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à oublier, dans la douce fraîcheur d'une superbe nuit d’été, la chaleur brûlante qui les avaient * accablés pendant le jour.
Dinah resta un moment silencieuse et comme plongée dans une sorte d’extase :
— De quel côté, dit-elle enfin, est située Jérusalem? Que de loin au moins je salue la ville sainte, la cité de David, le Dieu de mes pères et le temple où il est adoré !
Septime lui en indiqua la direction.
Dinah s’inclina et pria un instant.
S’asseyant ensuite sur des coussins, et s'adressant à Septime :
— Je vous ai promis, lui dit-elle, de vous faire le récit des malheurs qui ont fondu sur Saraccus et sa famille et qui m’ont amenée en ces lieux ; mais laissez-raoi, avant tout, vous remercier, ainsi que votre Julia, de l’accueil que vous avez fait aux pauvres Priscille et Dinah, car nous sommes presque aussi indigentes l'une que l’autre. Laissez-moi aussi vous féliciter du bonheur qui semble habiter sous votre toit.
Dieu l’a dit : la femme vertueuse est la joie de son époux, et ses enfants seront la bénédiction de sa maison.
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Julia rougit Cl l'embrassa.
Dinah prit sur ses genoux le fils aîné de Septime, bel enfant de trois ans qui, depuis un moment, s’était approché d’elle et jouait avec les glands de sa tunique. Après ün instant de silence donné encore à la contemplation de cette belle nuit, au ciel étoilé que la douce clarté de la lune embellissait encore, elle commença en en ces termes le récit des événements qui avaient changé sa destinée et celle de Priscille.
— Malgré mes pressentiments, la prospérité de Saraecus avait duré quelques années encore, ou pour mieux dire, il avait réussi une pre*mière fois à conjurer l’orage qui menaçait sa fortune. Elle avait paru lui sourire de nouveau. Il n’en fut que plus téméraire et imprudent. Son faste n’eut plus de bornes. En vain sa femme, dont j'avais éveillé les craintes, essaya-t-elle quelques représentations ; elles furent repoussées.
«Les fils, aussi insensés que leur père, jetaient comme lui l’argent à pleines mains. Un jour
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enfin, la catastrophe éclata, la foudre tomba sur cette famille, naguère si heureuse et l’objet de l’envie de tous. Saraccus rassembla les siens, leur annonça sa ruine complète avec une indifférence ‘affectée, engagea ses Gis à partir pour Rome et leur donna le moyen d’y recouvrer quelques créances qui pouvaient les mettre à même d’attendre que le crédit de leur beaufrère leur fît obtenir une place. Il leur dit qu’un vaisseau partant pour Ostie était dans le port, qu’il fallait en profiter et s'éloigner sur l’heure.
» Atterrés par tout ce qu’ils apprenaient, ces malheureux jeunes gens, plus égarés que coupables, obéirent, et, peu d'heures après, ils avaient quitté l’Egypte. Après leur départ, Saraccus me fit appeler :
» — Toi seule, me dit-il, m’inspires assez de confiance ici pour te recommander Priscille.
Tu es libre, et pourtant, j’en suis sûr, lu ne l’abandonneras pas ; toi seule lui resteras, car il faut qu’elle se hâte de vendre ses esclaves et tout ce que cette demeure contient, si on lui en laisse le temps. Elle n’est pas en état de m’entendre ; lorsqu’elle sera plus calme, tu lui répéteras ce que je viens de te dire et lu lui
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remettras ces tablettes ; il est possible que le oom du débiteur qui y est gravé soit celui d’un honnête homme et quelle obtienne de lui le payement de cet argent qui m'est dû; mais il habile la Syrie, pourra-t-elle faire ce voyage? Quelqu’un se chargera -t-il de ses intérêts? Les malheureux n’ont pas d'amis.
» Je n’avais pas osé l’interrompre. Quand il eut fini :
» — Seigneur, lui dis-je, pourquoi ne vous chargeriez-vous pas de ce soin et de tous ceux qui seront indispensables. Je vous promets, par le Dieu d'Abraham et de Moïse, que je n’abandonnerai pas ma maîtresse. Mais que peuvent faire deux faibles femmes? pourquoi nous quitter? où allez-vous, seigneur? quel est votre dessein ?
» — Ma fille, me répondit Saraccus, je vais faire un sacrifice à Esculape, et ensuite entreprendre un long voyage qui m’apprendra lequel de ton Dieu ou de Jupiter est le véritable, ou bien, ce qui est plus probable encore, qu’il n’existe pas de dieux.
» Je ne compris rien à ces paroles énigmatiques. Persuadée que mon maître ne pouvait
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partir sur l'heure, je me retirai pour donner mes soins à Priscille et profiter du premier moment où je la verrais plus tranquille pour l'engager à parler à son mari et à le faire renoncer à ses projets de voyage.
b Plusieurs heures se passèrent sans que Saraccus eût reparu. Enfin, ayant réussi à faire comprendre à Priscille la nécessité de sortir de son abattement et de parler à Saraccus, j’allai le chercher par son ordre. Je parcourus en vain les salles désertes de cette somptueuse demeure, je ne le trouvai nulle part ; personne ne l’avait revu. Je pénétrai enfin, non sans hésitation, jusque dans la salle de bains, qu’une riche draperie séparait de la chambre destinée au repos, et, n’osant entrer, j’appelai à plusieurs reprises. Ne recevant pas de réponse, après avoir attendu quelque temps, j’entrai.
Une odeur nauséabonde me frappa ; je m’approchai de la baignoire en marbre qu’un rideau de pourpre entourait ; avec une frayeur secrète, je soulevai ce dernier voile et j’aperçus Saraccus étendu sans vie dans la baignoire, nageant dans l’eau mêlée de son sang. Incapable de supporter le malheur qui l’avait frap-
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péi il s’était donné la mort en s’ouvrant les veines.
» Vous pouvez vous faire une idée de l’état dans lequel me mit cet horrible spectacle. Je n’avais pas un ami à qui je pusse demander conseil; personne pour apprendre à Priscille l’excès de son malheur, personne que moi...
Je priai Dieu de m’inspirer, et, après quelques instants de réflexion, je revins dire à Priscille que Saraccus était loin, que je n’avais pu le rejoindre, et ce ne fut que plusieurs jours après que, sa santé étant plus raffermie, je lui appris la vérité, lui transmettant les dernières instructions de Saraccus.
» Tout fut vendu, non par Priscille, mais au profit des créanciers ; on ne lui laissa que ses joyaux, dont elle a vendu une partie ; l’argent que nous en avons retiré a servi à payer les frais de notre voyage, entrepris dans l’espoir de pouvoir recouvrer la créance dont Saraccus m’a parlé dans notre dernière entrevue.
» Dieu nous protège, puisque je vous ai trouvé, Septime. J’espère que vous consentirez à nous aider de vos conseils. »
Septime assura Dinah de tout son intérêt pour
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elle et pour Priscille, les conjurant de prolonger leur séjour chez lui pendant qu’il ferait d’actives recherches pour découvrir le débiteur de Saraccus. Dinab y consentit, se réservant cependant d’obtenir le lendemain l’approbation de sa maîtresse.
La nuit était si belle qu’aucun d'eux n’avait le courage de quitter encore la terrasse. Les enfants s’endormirent sur une natte au pied de leur mère , et Dinah conjura Septime de lui faire connaître la Judée. Cette contrée était la patrie de sa mère, elle était la sienne par la religion qu’elle professait. Marie lui avait appris l’histoire merveilleuse du passé de ce peuple appelé le peuple de Dieu ; elle lui avait dit que les temps approchaient où devait paraître le Rédempteur promis à Adam.
Près de trente ans s’étaient écoulés depuis le départ de Marie.
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I.es Israélites gémissaient sous l’oppression étrangère, et les légions romaines occupaient la Palestine.
Devant un idolâtre, elle n’osa parler ni de Marie, ni de ce qu'elle avait appris d’elle, se contehtant de demander qui commandait en Judée, et si les Romains étaient des alliés ou des maîtres.
Septime sourit à cette question.
— Dinah, lui dit-il, partout où la puissante aigle romaine abat son vol, elle y domine bientôt. C’est ainsi que toujours nos alliés sont devenus „ nos tributaires; seuls, les fiers Germains, retranchés dans leurs impénétrables forêts, ont osé nous résister avec quelque espoir de succès. La Judée est, du reste, un pays qui ne ressemble à aucun autre. Ses habitants furent; à n’en pas douter, favorisés des dieux. Mais soit qu’ils aient offensé le leur, soit que les nôtres les punissent d’en avoir adoré un autre qu’eux, ils semblent, depuis de longues années, livrés au courroux du ciel.
t il y a plus d’un siècle et demi, qu’un héros fit parmi eux des prodiges de valeur. Judas Machabée et ses frères défendirent vaillamment
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feur pays et le délivrèrent de la domination des Rois de Syrie.
» Aristohule, fils de Simon, prit le titre de Roi; mais en lui commença à dégénérer la race des Asmonéens. Elle parut se relever un instant dans Alexandra , sa femme , pour retomber plus bas dans ses fils Aristobule et Hyrcan. Ces deux frères, en lutte continuelle, s’adressèrent à Pompée comme à l’arbitre qui devait décider entre eux. Il se prononça en faveur d’Aristobule. Hyrcan se soumit, et, laissant le pouvoir à son frère, il se contenta des fonctions sacerdotales. Mais Aristobule paya l’intervention de Pompée en sa faveur par la plus noire ingratitude. Pompée, irrité, entra en Judée, mit le siège devant Jérusalem et s’en empara. Vainqueur généreux, il respecta le temple et ses richesses. Aristobule fut envoyé à Rome et Antipater, lduméen de naissance, fut nommé gouverneur de la Judée.
n Son fils Hérode lui succéda sous le nom de Tétrarque, mais gouverna au nom de César, puisque la Judée fut soumise au dénombrement qu'Auguste fit faire de la population de tout l’empire Romain. Il eut cependant plus tard le titre de roi.
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» Prince cruel et débauché, il ne brilla que par ses vices et ses cruautés. Sur je ne sais quel soupçon de la naissance d'un prétendu roi des Juifs, il fit égorger une foule d’enfants; entre les bras de leurs mères. Plus tard, il fit mourir sa femme; enfin, il mourut luimême, et son fils, Archélaüs. lui succéda. Il fit périr Hyrcan, le grand sacrificateur et le dernier de cette race des Asmonéens, qui après avoir brillé à son aurore a fini si misérablement.
» Hérode, frère d’Archélaüs, habite Jérusalem où gouverne le Romain Ponce-Pilate. Nos soldats couvrent la Judée, bien qu’Hérode toutefois porte le titre de roi de Galilée, Voilà, ma chère Dinah, l’état de votre pays.
U est en outre déchiré par les factions intestines; sa religion se divise en plusieurs sectes ; les unes, comme celle des Pharisiens, couvrent leurs vices et leur orgueil du manteau d’une exacte et scrupuleuse observance des préceptes de leurs lois; d’autres, comme les Esséniens, poussent l’austérité jusqu’à la folie, mais au moins, ils paraissent de bonne foi.
» (.es Sadducéens sont les épicuriens du
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judaïsme, vos prêtres eux -mêmes cachent leurs désordres sous la robe sacerdotale. Est-ce une religion qui se meurt et la remplacerezvous par le culte de Jupiter? »
— Jamais, s’écria Dinah ; l’erreur peut-elle prendre la place de la vérité? Pardon, Seplime. je ne veux pas vous blesser ; mais si vous connaissiez l'histoire de ce peuple que vous me représentez tombé si bas, vous sauriez que si Dieu le punit de ses fautes, il ne l’abandonne jamais entièrement. Cette religion se meurt, dites-vous... Elle peut se transformer comme cet oiseau de l’Arabie qui, dit-on, renaît de ses cendres. Le Dieu que nous adorons, seul, unique et vrai, sera toujours le même ; il ne peut changer. Après la sévérité, viendra la grâce ; après la justice, viendra l’amour. Dieu, éternelle vérité, a promis à Abraham qu’un fils naîtrait de sa race et qu’il rachèterait son peuple. Ce jour est proche, il s’est levé peut-être, et qui sait si les merveilles qu’il fera éclore ne vous amèneront pas aux pieds de ce même Dieu que vous méconnaissez aujourd’hui?
— Ma chère Dinah, lui ditSeptime, je respecte
vos croyances, sans pouvoir les jiartager jamais. Les miennes sont loin d’être aussi ardentes quç les vôtres ; je m’incline devant les dieux de mes ancêtres, sans trop approfondir s’ils ont pour eux la vérité. Je crois que Jupiter adoré par les Romains, Osiris par les Egyptiens, Teutatès par les Germains, ne sont, peut-être, qu'une seule et même divinité, sous des noms divers. Mais à quoi bon ces controverses? Les Romains qui ont étendu leur domination jusqu’aux conüns de la terre, y sauront faire triompher leur culte aussi bien que leurs lois. Il est tard, allons prendre du repos, et souvenez-vous, Dinab, que si mon récit a pu vous déplaire, mon intention n’a été que de satisfaite votre curiosité.
Pour toute réponse, Dinah lui tendit la main, et ils se séparèrent.
Rentrée dans sa chambre, Dinah s’accouda sur la fenêtre, les yeux tournés vers Jérusalem. Elle repassait dans sa mémoire le récit de Septime, et se disait :
— Serait-il possible que Dieu eût abandonné son peuple? N’aurait-il plus pitié de ses enfants ?
Il lui semblait que quelque chose d’extraordinaire se préparait,
— Quel est donc, disait-elle, ce découragement ou cette attente qui est dans tous les esprits et dans tous les cœurs? Les gentils
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ne s’inclinent plus devant leurs idoles qu’avec un sourire railleur; on dirait qu’ils comprennent l’absurdité de leur culte, et pourtant leur ame ne sent pas le besoin d’aimer le vrai Dieu.
« Les adorateurs du Dieu des Juifs se divisent en sectes comme si la vérité pouvait être opposée à elle-même, et ils substituent d’autres préceptes à ceux qui leur furent donnés par le Ciel même. La corruption, au dire de Septime, s’étend jusqu'au temple. Ah ! mon Dieu, en verrez- vous le divin Réparateur à ce peuple qui s’en est rendu indigne et qui le méconnaîtrait peut-être? Nos fautes vous auront-élle» fait rétracter vos promesses? Mais pardon, pardon, Seigneur I j’oublie que vos paroles sont éternelles et que le temps n’existe pas pour vous. Vos promesses sont immuables ; rien ne vous circonscrit, ni le temps, ni l'espace, ni le lieu. Oui, c’est avec confiance que j’attends l’accomplissement de celte volonlé, dont le temps fut marqué pour nous et non pour vous ; car, à vos yeux, le passé, le présent et l’avenir se déroulent sans nuages. »
Les leçons de Marie avaient élevé l’intelli-
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gence de la pauvre esclave jusqu'aux conceptions les plus sublimes, et celait bien plus ce souvenir qui se reflétait en elle, que l’instruction profane qu’elle avait acquise en assistant aux leçons prodiguées à Flavie. Après être restée quelque temps encore absorbée dans une sorte de contemplation, Dinah alla chercher le repos dont elle avait si grand besoin.
Le lendemain, Priscille ratifia tout ce qui avait été convenu entre Dinah et Septime, qui commença la recherche du débiteur de Saracus. 11 s’appelait Marc, et avait habité Joppé, mais il en était parti et on ignorait le lieu de sa retraite.
Le soldat avait chargé plusieurs personnes de prendre des informations, quand la cohorte qu’il commandait reçut l’ordre de se rendre à Capharnaüm. Il apprit, en même temps, que Marc habitait aux environs de celte ville.
■Iis partirent tous ensemble. Pour rendre le voyage moins fatigant, une partie en fut faite par mer, ce qui les empêcha de visiter Jérusalem qui se trouva sur la roule. A leur arrivée à Capharnaüm, malgré les instances de Septime, Dinah voulut habiter un modeste logement avec
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sa maîtrese qui avait paru accepter avec peine tine hospitalité si prolongée chez le légionnaire. Dinah elle-même la trouvait indiscrète. La vente des derniers joyaux qui restaieit à Priscille leur assurait pendant quelque temps une existence indépendante. D'ailleurs, Dinah comptait bien que son travail leur viendrait en aide. Cette résolution affligea Seplime et la bonne Julia ; mais forcé leur fut de se soumettre à la volonté de. Dinah. Elle trouva deux chambres à proximité de la maison qu’occupaient Septime et sa famille, et ils continuèrent à passer, pour ainsi dire, leur vie ensemble. Le fils aîné de Julia ne quittait pas Dinah, à qui lui prodiguait mille amitiés. La pauvre Dinah eût bien voulu aller à Jérusalem, mais pouvait-elle abandonner Priscille.? Elle Gt donc, pour le moment, le sacriGce du désir qu’elle avait d'adorer Dieu dans son temple. Jamais le souvenir de Marie ne s’était effacé de son cœur. Elle se disait que, sûrement, elle était rentrée dans ce pays qui était le sien ; mais tant d’années s’étaient passées ! Vivait-elle encore? Si Dinah la rencontrait, la reconnaîtrait-elle ? Il y avait plus de vingt-huit ans quelle ne l’avait vue. Dinah méditait ces pen-
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sées dans son cœur. A qui en aurait-elle parlé? Sa vie s’écoulait doucement, et peut-être, malgré sa pauvreté, était-elle plus heureuse qu’autfefois. Priscille l’aimait comme sa fille, Septime et Julia étaient pour elle un frère et une sœur ; le petit Flaminius la charmait par ses caresses et ses espiègleries enfantines.
Septime, enfin, rencontra Marc, le débiteur de Saraccus. C’était un honnête homme qui reconnut sa dette et l’acquitta. Cette somme a amené une sorte d’aisance dans le petit ménage de Priscille; une jeune fille vint, aider Dinah dans les soins domestiques. Elle était de Nazareth. Un jour, elle rentre à la maison tout essoufflée, criant à Dinah :
— Le prophète est ici, venez le voir !
Dinah ne comprenait rien à l'agitation de la jeune fille, qui, la prenant par la main, répétait :
— Venez donc le voir, il ne s’arrêtera pas longtemps.
Julia était près de Priscille. Dinah, sans trop se rendre compte de ce qu’on lui disait, sortit avec la jeune fille, suivie du petit Flaminius qui s’était accroché à sa robe. Elles coururent,
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plutôt qu'elles ne marchèrent. Arrivées hors la ville. Dinah vit, assis sur une pierre et entouré «le quelques personnes, celui que Sémira appelait le prophète. Il avait près de lui quelques enfants que la curiosité avait attirés, et qui cherchaient à s’en approcher. C’étaient des camarades de Flaminius, qui alla les rejoindre, malgré l’opposition de Dinah. Elle avait, en effet, remarqué que les personnes qui entouraient le prophète voulaient éloigner ces enfants importuns. Soudain, elle entendit une voix douce et ferme leur dire :
— Laissez ces petits enfants venir à moi ; le royaume de mon Père est pour ceux qui leur ressemblent.
Et, les prenant par la main, il les fit approcher, les caressa et les bénit tous. Dinah ne {wwvait détacher ses yeux de ce spectacle. Jamais figure, jamais regard n'avaient fait une telle impression sur Dinah. Elle retrouvait dans son cœur je ne sais quel souvenir d’une émotion déjà éprouvée ; et, sans s’en apercevoir, ses lèvres balbutiaient le nom de Marie. Après quelques instants, Flaminius revint près d’elle et elle reprit, pensive, le chemin de sa demeure.