‹ DingleyChapitre 6 sur 22 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ONDRES trahit le romancier; il avait trop espéré des jeux du soleil et des brumes et du rêve solitaire parmi ces foules qui vont du même train pressé à des gains médiocres ou fabuleux et dont parfois un de ses contes avait un moment suspendu la course. Il revit Trafalgar Square, la taverne où il avait accompagné le beau sergent et ses recrues, et le War- Office où il se dégoûta d'aller (on se lasse de tout, même du spectacle de la douleur) ; il remit ses pas dans les pas de rhomme qu'il avait été, mais l'harmonie était rompue entre l'histoire de son voyou, et ses sentiments intimes. Seul un souvenir pour accorder son imagination et son cœur :

sa chevauchée dans le Veld.

Aussi longtemps que Dingley vivra, les solitudes de l'Orange ne seront jamais tout à fait désertes ; sans trêve il les parcourt et sa pensée les couvre comme les ténèbres de la nuit et comme l'éclat du jour. Ainsi le monde est infiniment peuplé d'une présence

j3o DINGLEY

invisible de regrets et de désirs. ... Le cava* lier qui foula un soir les herbes brûlées, sous des étoiles qui ne le guidaient plus, était moins désolé que le piéton qui promène aujourd'hui le long de la Tamise ses regrets et son ennui. Alors il avait atteint Textrème domaine de Tangoisse ; mais qu'il reste de bonheur caché au fond de l'inquiétude I Dingley est aujourd'hui sans espérance.

Nulle aventure, nul accident sur ce Veld de douleur. La chambre vers laquelle il retourne chaque soir est vide....

Dans ce désespoir, la vanité demeurait vivante ! Comme il ne pouvait se résoudre à ne pas occuper l'attention du public — sincérité inopportune, amour de la lutte, mauvaise humeur contre lui-même, irritation de sa stérilité ? — Dingley écrivit l'article fameux qui causa dans l'univers anglais un scandale si retentissant :

Page 1