CHAPITRE Ier
Le Diocese. — Sa division. — Les évêques de Chàlons. — Leurs droits. — Leurs juridictions emporelle et spirituelle . — Démêlés avec le chapitre de la cathédrale. — Discipline ecclésiastique. — Officiers de l’évêque. - — Le vidame.
Comme je l’ai dit dans la première partie de cet ouvrage, le diocèse de Châlons fut dès l’origine formé des territoires qui se trouvaient encore , dans ses limites en 1789 : YAger Catha launensis (la ville, la banlieue et les champs cathalauniens), le Perthois, le Stadunois ou pays d’Astenay, le pays de Ponthion, le Der, le pays de Vitry, le pays de Vertus. Le seul clergé régulièrement constitué fut d’abord le collège des Clercs, les sept prêtres chargés de diriger les sept titres urbains, et d’autres prêtres qui prêchaient dans la campagne et célébraient de temps en temps la messe sans avoir de résidence fixe : peu à peu, quand la religion s’étendit, des prêtres spéciaux furent affectés au principaux villages, et une organisation sévère devint nécessaire : l’évêque de Châlons choisit alors quatre membres de son clergé qui, sous le nom de centeniers, furent chargés de la direction de leurs paroisses ou villages ; ce furent plus tard les archidiacres de Châlons, titrés grands archidiacres, de Vertus, d’Astenay et de Joinville-Perthes. Au-dessous d’eux se trouvaient les doyens, quatre dans l’archidiaconé de Châlons, à Châlons, Bussy-le-Château, Coole et Vitry-le-Château ; deux dans celui de Joinville, à Joinville et à Perthes ; deux dans celui d’Astenay, à Sainte-Ménehould et à Possesse ; un dans celui de Vertus, à Vertus. En outre, chaque doyenné se subdivisait en un certain nombre de conférences, qui remplacèrent avec le temps les réunions auxquellesle clergé ru al, dans l’origine, était soumis fréquemment. Chacun des archidiacres avait une officialité résidant à Châlons, qui connaissait des diverses matières religieuses relatives aux fidèles de leur circonscription : des chanoines du chapitre remplissaient ces fonctions.
Depuis Saint-Memmie jusqu’à notre temps, la liste chronologique de nos prélats compte quatre-vingt-treize noms, dont la distinction et l’éclat rendraient, s’il en était besoin, un puissant témoignage en faveur du clergé français. Huit saints, des écrivains, des hommes d’Etat, figurent dans cette longue nomenclature, et chaque homme éminent représente à sa date le mouvement des esprits et les tendances les plus remarquables des idées de son siècle.
Saint-Memmie parut entre l’an 170 et l’an 220 de notre ère ; il est inutile d’insister sur le rôle qu’il a joué dans nos pays, et malheureusement nous n’aurons rien à dire de ses six successeurs, saint Donatien, saint Domitien, Amable, Didier, Sanctissime et Provinctus. Saint Alpin (409-455) ouvre la suite des évêques sur lesquels l’histoire ne demeure plus ni muette ni incertaine : il naquit à Baye et fut porté jeune au siège de Châlons, où il lui fallut affronter les périls de l’invasion Hunnique, et ensuite, quand le torrent fut passé, essayer de restaurer ce que les barbares avaient ruiné. Le VIe siècle vit se succéder dans notre diocèse deux frères, également distingués par leur naissance et par leurs lumières ; Saint Elaphe, dix-septième évêque, né à Limoges, un des principaux conseillers du roi Sigebert Ier d’Austrasie ; il mourut en Espagne où la reine Brunehaut l avait envoyé comme ambassadeur (584) , saint Lumiei continua l’œuvre de son frère, en s’occupant activement des affaires ecclésiastiques du pays ; mais ayant eu des démêlés avec Brunehaut, qui l’ aimait d’une folle passion, il fut exilé, et réinstallé seulement après la mort de cette princesse. Enfin, Félix Ier, qui succéda a Lumier, vit, pendant sa longue prélature, bien des maux fondre sur Chalons. Landobert, qui \int après lui, n’est connu que pour avoir imposé la règle de saint Benoît aux moines de Saint-Pierre-au-Mont (660).
Au VIIIe siècle, Bladalde , vingt-cinquième évêque, étonna par les miracles de sa charité ; il vendit jusqu à ses meubles pour nourrir les pauvres dans une affreuse famine qui désola alors la Champagne. En 804 , saint Hildegrin , frère de saint Léger , fut incontestablement élu évêque de Châlons ; mais il quitta ce siège au bout de cinq ans , pour occuper celui d’Halberstadt, récemment créé par Charlemagne. Loup II et Erchanraiis (trente-deuxième et trente-troisième évêques), vécurent dans l’intimité des rois, Louis-le-Débonnaire et Charles-le-
Chauve, et se firent concéder de larges privilèges. Loup assista aux conciles de Beauvais (845), de Quierzy, de Mayence, de Soissons (853) : Erchanraiis prit part aux travaux des deux conciles deToul, des deux de Soissons, et à celui de Troyes; profondément attaché au roi, il en reçut encore de nombreuses libéralités. On raconte de lui une anecdote assez bizarre : notre évêque était au concile de Soissons , et contribua beaucoup à la déposition de Rothalde , titulaire de ce siège ; voyant la foule murmurer contre la décision des pères, Erchanraiis se mit à la tête de quelques hommes ardents comme lui , voulut convaincre ses adversaires , non plus par des arguments persuasifs, mais par des moyens violents, et engagea avec le peuple une rixe des plus vives; c’est probablement au sujet de cette scène, que Flodoart dit que l’archevêque Hincmar prescrivit à Erchanraiis une conduite plus régulière, et d’agir avec la charité et la modération qui conviennent à un évêque. Willebert ensuite joua un rôle important dans l’église de son temps (868-877); d’abord trésorier du roi Charles-le- Chauve, il embrassa tard la carrière ecclésiastique, et eut assez de peine à se maintenir à Châlons, l'archevêque Hincmar ayant attaqué très sérieusement son élection; il se fit cependant une haute réputation par sa piété et par ses écrits, rédigea plusieurs statuts synodaux pour réformer les mœurs de ses clercs , assista aux conciles de Ponthion , de Verberie et de Douzy ; ayant accompagné le roi en Italie en 877, il y mourut.
De l’époque où vécut saint Memmie jusqu’au Xe siècle, un seul de nos prélats , Milon , oublia ses devoirs , et encore ne fut-il qu’un intrus sur le siège de Châlons, et n’est-il pas cité dans le catalogue épiscopal. Bozon II, frère de la reine Fréderune, deuxième femme de Charles-le-Simple, avait embrassé avec ardeur la cause de ce prince. Mêlé aux affaires de l’Etat et y prenant une part active, Bozon attira sur Châlons la haine des alliés du roi Raoul; cette ville fut enlevée et brûlée pal* Bozon, comte de la Haute-Bourgogne, Bozon emmené prisonnier et le clerc Milon institué à sa place. Loin de réparer les maux causés par la guerre , Milon se mit à piller les biens ecclésiastiques , à chasser cinq des membres de son clergé, qui voulaient s’opposer à ses violences , et à ruiner le pays par ses exactions (932); àlafin, le pape l’excommunia, et Bozon ayantété rétabli, on le pria aussitôtde réprimer ces désordres. Malheureu-
sement ces efforts ne servirent à rien, etGibuinIer,ditle Bon, fils du comte Hugues de Dijon et successeur de Bozon, ayant activement contribué à la déposition de Hugues de Yermandois, élu à cinq ans archevêque de Reims, Robert, comte de Yermandois, vint de nouveau prendre et brûler Châlons (969). Ce Gibuin , que l’historien Glaber cite comme un des cinq plus éminents prélats français de son temps, ouvre la liste de huit évêques des plus distingués de ceux qui ont gouverné notre diocèse : Gibuin II, son neveu , qui organisa sa cour; Roger Ier, le restaurateur de l’abbaye Saint-Pierre-au-Mont ; Roger II , fondateur de l’abbaye de Toussaint, et qui alla en Russie demander la main de la fille du grand-duc pour le roi Henri Ie , Rogei III, restaurateur de l’abbaye de Huiron et chancelier de France , Philippe, fils du comte Thibaut III, de Champagne, et fondateur de l’abbaye de Cheminon; Hugues, chanoine de Toul, qui eut de rudes démêlés à soutenir contre les seigneurs laies; Guillaume de Champeaux, le maître d’Àbailard , 1 ami de saint Bernard, qui fonda le monastère de Trois-Fontaines, et tut 1 un des plus intimes conseillers de la couronne (PH 3-1 122). , Guillaume de Champeaux résume parfaitement la pensée que l’on doit se faire de ces anciens prélats, indépendants en piésence des rois, humbles et soumis devant la tiare. Cet évêque, appelé Maître profond par l’abbé de Saint-Thierry , principal docteur du siècle par Àbailard, grand homme par les rédacteurs de la chronique de Maurigniac et le Vénérable par la voix unanime du peuple , occupa un rang éminent dans les querelles de la Scholastique, et assista aux divers conciles où fut excommunié l’empereur Henri Y. Louis-le-Gros l’envoya en ambassade à Rome et en Allemagne; puis, plus tard, il ne quitta plus Châlons , vivant au milieu de son clergé , instruisant ses clercs et le peuple , et donnant des réglements dune haute équité. Guy de Joinville, cinquante-sixième évêque (H62-H90), se montra aussi zélé que ses prédécesseurs , aussi aumônier que Bladalde, mais encore jaloux de ses prérogatives , et intrépide guerrier; il semblait fier d’occuper un siège auquel saint Bernard avait été promu (H 90), mais qu’il avait refusé, poui demeurer tout entier aux affaires de l’Eglise; en H 81, Guy était allé assiéger Sainte-Ménehould; en H 88, il prit la croix et mourut à Jérusalem. Déjà Barthélemy de Senlis (cinquantetroisième évêque) s’éfaif également croisé avec Louis-le-Jeune en H 47, et était mort en Palestine.
Ici se termine ce que l’on peut nommer la période héroïque de l’épiscopat châlonnais. Aux apôtres, aux guerriers, vont succéder des administrateurs et des théologiens. Châlons vit à cette époque les évêques s’occuper de construire des églises et introduire les ordres religieux dans leur diocèse ; Guillaume du Perche appela les Dominicains et les Cordeliers (1219, 1224); Jean de Châteauvillain, les Au gus tins (1292). Ce dernier fut, cependant, un des plus remuants prélats qui aient porté la mitre dans notre pays ; son épiscopat fut une longue lutte contre son chapitre, et le pape dut intervenir pour y mettre fin. Son successeur, Pierre deLatilly (1313), avait été chancelier de France, et Louis-le-Hutin l’ayant accusé d’avoir participé à la mort de Philippe-le-Bel et empoisonné Jean de Châteauvillain, il fut destitué de sa charge, exclu de la cérémonie du sacre et bientôt incarcéré. Un synode fut réuni à Sentis, sous la présidence de l’archevêque de Reims, et décida la mise en liberté de Pierre de Latilly, sans trancher positivement la question ; mais quelques semaines après, on fit brider à Paris trois femmes convaincues d’avoir composé le poison dont mourut Jean de Châteauvillain. Pierre de Latilly, reconnu innocent, fut alors rétabli et put assister au sacre de Charles-le-Bel.
Nous nous sommes trompé en disant tout à l’heure que Guy de Joinville avait été le dernier des évêques guerriers de Châlons ; il faut encore citer Régnault Chauveau qui périt à la bataille de Poitiers où il commandait une division de la cavalerie royale (1356). Malgré les désastres de toutes sortes, malgré les déchirements de la guerre civile et de la guerre étrangère, les XIVe et XVe siècles furent pour notre épiscopat des époques glorieuses et relativement tranquilles ; la plupart de nos prélats alors appartenaient cependant à de grandes familles et se trouvaient mêlés à tous les événements, Archambaud de Lautrec, Charles de Poitiers, Louis de Bar ; Geoffroy de Saint- Géran, abbé de Saint-Germain-des-Prés, était du conseil royal et prit une vive attitude au procès du duc d’Alençon, en 1458. Au milieu des troubles religieux du XVIe siècle, nos évêques montrèrent une grande modération, imitant en cela leur prédécesseur Roger qui avait refusé de livrer les Manichéens aux flammes des bûchers ; tous, à une seule exception, demeurèrent fidèles au roi. Gilles de Luxembourg prit part au jugement du connétable de Bourbon (1524); Robert de Lénoncourt, le
premier institué selon le Concordat de 1510, tut aussi le premier de nos prélats revêtu de la pourpre romaine ; Philippe de Lénoncourt, son neveu et son successeur, jouit du même honneur. Peu après, trois membres de la famille Clausse parurent l’un après l’autre sur le siège de Chalons.Le second, Cosme, est le plus remarquable (1574-1624). Il joua un rôle actif dans le parti de la Ligue qu’il avait embrassé avec ardeur , les Châlonnais lui fermèrent leurs portes et il ne put y rentrer qu’après avoir fait sa soumission à Henri IV. Du reste, il s occupa beaucoup de son diocèse, faisant publier un nouveau rituel, appelant les Récollets malgré la vive opposition des Cordeliers, favorisant le développement d’une nouvelle congrégation, instituée dans notre pays par Pierre de Mataincourt, sous le nom de Fille de la Congrégation Notre-Dame, et multipliant les établissements religieux. Son successeur, Henri Clausse , compléta l’œuvre de son oncle en faisant une visite minutieuse des paroisses de son diocèse (1628). Les X\IIe et XVIIIe siècles d’ailleurs semblaient devoir renouveler les beaux jours de l’épiscopat châlonnais : on y voit, comme au XIIe siècle , huit noms , et huit noms également honorés et vénérables : Félix Vialart de Herse, qui pendant quarante ans (1640 à 1680) rétablit l’ordre dans le pays, le calme dans sa ville, arrêta le progrès du jansénisme et fit oublier par ses grandes actions et une charité digne des premiers temps, les scandales des évêques surnommés les prélats de cour. Puis Louis et Gaston de Noailles, dont le premier devint cardinal et archevêque de Paris; Nicolas de Saulx-Tavannes , depuis grand aumônier de France, cardinal et archevêque de Rouen ; Claude de Choiseul-Beaupré ; tous deux visitèrent les églises du diocèse; Antoine Leclerc de Juigné, enfin Jules de Clermont- Tonnerre; le jansénisme et la philosophie leur causèrent souvent de graves embarras. Mgr de Juigné surtout attaqua avec énergie cette hérésie qui se répandait de nouveau, il dut chasser un certain nombre de prêtres qui penchaient ouvertement pour les idées nouvelles ; et quand il eut pacifié son diocèse, il commença une longue série de bienfaits qui le firent appeler par le peuple : « le pontife selon le cœur de Dieu»; il quitta Châlons pour le siège de Paris. En 1789, Mgr de Clermont-Tonnerre émigra.
Originairement, les biens de l’évêché et de l’église cathé-
drale d’un diocèse ne formaient qu’une seule et même chose, séparés plus tard et distingués alors par les noms de manse épiscopale et manse canoniale. Nous n’avons que des données très incertaines sur les possessions de l’église de Châlons pendant les deux premières races : le grand cartulaire ne renferme que deux pièces mérovingiennes ; l’une est la donation des évêques saint Elaphe et saint Lumier, par laquelle ils cédaient à leur église ce qu’ils possédaient au royaume d’Aquitaine, savoir : dans le Limousin, les villes et villages de Migauna, Fusciacus, Viviniacuset Jamniacus : dans le pagus Rudmgus, Nigracus, Nidilliacus et Curbaserra ; dans le pagus Albus, Cossia et Succossia; dans le pagus Alvernicus, Liniacus, Prisciacus, Villa Modin et Belgismus ; dans le pagus Arizagus, Majestas (an 565). Cette donation est faite « in luminaribus ecclesie sancti Ste- » phani Cathalaunensis et in stipendio servorum dei ibidem » deo famulantium pro remedio anime genitoris nostri Leonis.» Et elle se termine, outre la formule d’usage à l’égard de ceux qui voudraient dans l’avenir s’emparer de ces biens, en les condamnant à payer à l’église « auri libras v, argenti pondera x. » Signé Elafius Cathalaunensis episcopus. Leudomirus diaconus. Egidius archiepiscopus Remensis. Le second instrument est relatif
au monastère de Montier-en-Der.
Les possessions de l’église de Châlons sous les Carlovingiens, sont relatées dans dix-neuf chartes royales de ce même cartulaire, et sont au nombre de trente-six environ ; en voici l’énu¬
mération à peu près complète :
Mention de terre dans les pays de Vertus, de Perthes, de Changy et de Sainte-Ménehould (Marne), le duché de Thuringe et le pays de AVorms, 845.
L’église Notre-Dame en Vaux, 850.
Thibie (Marne), 850.
Plichancourt, id. , 850.
Ablancourt, id., 850.
Aulnay-l’Aistre, id., 850.
Laffion, id., 850.
Baye (Marne).
Villevenard, id.
Changy, id., 853.
Jaalons, id., 850.
Champagne, id., 865.
Recy (Marne), 869.
Roquineicort (en Perthois), 900.
Haminicomoni (Ibid.), 900.
Acociacus (Ibid.), 858.
Aubennacus, in pucjo Cuthalaunensi
1 icobernus , in pcigo \ irlulense
Vitrv (Marne) 866.
Le cours de la Marne, depuis le gué Haimon jusqu’à Condé, 850.
Le vieux Châlons (Velus caihalaunum), 850.
Lignon (Marne), 860.
Florigny (Yonne), 860.
Coole (Marne), 886.
Mailly (Aube), 921 .
Champigneulles (Marne).
Soudron, id., 865.
Thonnance (Haute-Marne), 866.
Sompuis, id., 921 .
Charny (Aube).
Goncourt (Marne), 900.
Bailleul, in pacjo Bansionensi , 869.
Germinon (Marne), 878.
Couvrot, id., 900.
Haussignémont, id.
La chapelle Sainte-Anne, près Heiltzl’Evêque (Marne) .
A cette liste il faut ajouter l’abbatiale de Saint-Sulpice de Chàlons (860) , celles de Saint-Etienne et de Sainte-Tanche (ggO) près d'Arcis-sur-Aube, la monnaie de Chàlons, certains droits sur cette ville, et d’autres revenus encore
Plus tard et avec la troisième race, les biens de 1 église de Chàlons s’accrurent singulièrement par suite de dons et probablement aussi par la vente des propriétés éloignées comme celles du Limousin , de la Thunnge , etc. Outre la collegiale de la Trinité, à Chàlons, on la voit jouir des seigneuries de Billy, de Champagne, de Coupéville, de Francheville, de Saint- Amand, de Trépail, de Villotte, de la Cheppe, de Courlisols, de Dampierre-sur-Moivre, d’Ecury-sur-Coole, de Pogny, de Sapignicourt, de Yésigneul , de la vicomté d’Ambonnay et de bien d’autres encore dont nous aurons à parler plus tard.
L’absence de l’acte de partage jettera toujours a notre grand
reeret une fâcheuse obscurité sur la matière qui nous occupe en
ce° moment. Dans le grand cartulaire de S. Etienne, nous ne voyons qu’une seule fois la mention de la manse canoniale pour leq domaine de Trépail, et, postérieurement, la seule fièce où le prélat se dépouille en faveur de son chapitre, est Abandon fait par Pierre de Hans, en 1259, dune partie de ses droits seigneuriaux sur Chàlons, ce qui constitua le ban de Saint-Étienne. Une charte de Guy, probablement premier du nom (1004-1008), parle du village de Charny, appartenant a a manse canoniale et qu’il donna, moyennant un cens annu ru comte Angelbert, ce qui indique qu’à cette époque encore, l’évêque avait plein pouvoir sur les biens de son eglise et con firme par conséquent notre opinion fixant la séparation a 1 an 1065 Roger I" (1008-1045) combla le chapitre, il lui donna îerres de Biaise! de Fontaine et l’église Sa,nt-Mar -sur-le-Mon ; mais ces donations n’étaient sans doute que de libéralités octroyées à la manse canoniale, et ce qui nous fait nous attacher encore plus sûrement à notre idée de séparation des deux manses en 1005 seulement, c’est que la première bulle confi maûve des biens du chapitre ne fut donnée qu’en 1107 parle
pape Pascal lï el renferme l’énumération de tons les biens capitulaires, savoir: les villages de Saint-Amand, de Pogny, Sapignicourt, le pont de Châlons et sa justice, le four de Grève, la Monnaie, le rivage de la Marne, la terre de Rognon, les deux moulins de la porte Marne, la moitié de l’aleu de Norgand, l’aleu de Genemieourt, la terre de Saint-Etienne, les églises de Saint-Nicolas de Châlons, Pogny, Saint-Amand, Saint-Mard-surle-Mont, la prévôté ; les églises de Sapignicourt, Plichancourt, Soudron , Fontaines, Gionges , Jalons, Dampierre-sur-Moivre, Chatrices, Villers, Ablancourt, Aulnay, Chepy, Coupelz, Saint- Jean-sur-Moivre , (ces quatorze églises données par l’évêque Roger III), de Somme-Suippe, de Vuimero, de Yely, deClamange, de Somme-Puis, de Huiron, les fiefs de Conades, de La Neuville et de Melette. Remarquons aussi que c’est à dater de 1065 que nous voyons le 'chapitre commencer envers l’évêque son système de vexations, dont il ne devait plus se départir pendant quatre siècles, ce qui indique bien une indépendance dont on ne trouve pas de traces antérieurement à cette époque.
L’évêché était personnellement très riche, ses biens nombreux et variés. Ils comprenaient des terres, des villages, des châteaux, des églises avec leurs dépendances, des fermes, des moulins, des dixmes, des cens et d’autres droits de tous genres, indépendamment de ceux de ban et de seigneurie. L’évêque avait à Châlons bailliage et prévôté, les droits régaliens, droits sur les fouleries, la jauge, le poids, l’aunage des toiles, des serges et des draps, le mesurage des grains, des vins, la Marne et ses affluents depuis Sognyjus qu’à Saint-Germain-la-Ville, la seigneurie des deux tiers de Châlons, les fiefs directs de Villeneuve, de Saint-Maurice- aux-Riches-Hommes , de Château- Gaillard, du Plessis, de Heilz-l’Evêque, de la Loupetière, de Sarry, deThonnance, de Suzannecourt, de Pogny, de Vésigneul, de Saint-Germain-la-Ville, de Villers-aux-Corneilles. En 1097, l’évêque Philippe de Champagne remit à l’abbaye de Saint-Rasle le droit d’avouerie qu’il y pouvait exercer.
Les principaux seigneurs du pays figuraient parmi les feudataires de l’évêque de Châlons et lui rendaient hommage. Et d’abord le comte de Champagne se trouvait son vassal, comme le prouve une charte de Gérard de Douay, où ce prélat déclare que le comte Thibaut, étant en chemin pour lui faire son acte de foi et hommage à Chevilly, comme il le devait, il le lui avait
bien voulu faire à Saint-Memmie, p^rce que lui, Gérard, s y trouvait malade, mais que cela ne pourrait servir de précédent pour l’avenir, le comte ne devant son hommage qu’à Chevilly ou en quelqu’autre lieu de la marche convenue (septembre 1214). Ensuite on voit figurer le sire d’Àmboise (1464), pour la terre de Cernon qu’il détenait alors, les seigneurs de Sommevesle, de Montcetz, de Chepy, de Pogny, de Cheppes, de Mairy, de Nuisement, de Bussy-Lettrée, de Melette, de Cherville, le baron de Conllans, le vidame de Châlons, la famille de Béthune pour la baronnie de Baye, les sires de Yaudenay, de Valais, de Saux, le châtelain de Fagnières, les abbés de Saint-Memmie et du Reclus, l’abbesse d’Andecy. M. de Cernon à l’installation de l’évêque devait tenir la bride de son cheval, lui présenter l’étrier et marcher ensuite l’épée nue devant lui. La cour épiscopale depuis Gibuin II (998-1 004) était composée comme celle d’un souverain, elle comptait douze pairs, six ecclésiastiques, les quatre archidiacres, le doyen et le trésorier du chapitre ; six laïcs, le vidame, les seigneurs de Conllans, de Baye, de Cernon, de Sommevesle et le châtelain de Fagnières. On y voyait un maréchal, charge attachée à la terre de Cernon, un sénéchal, un chambellan, un bouteiller, un chapelain, un maître-d’hôtel, un argentier et un écuyer. L’hommage était du par tous à l’évêque qui donnait pour son investiture , au maréchal, le cheval sur lequel il avait fait son entrée; au vidame, son anneau; au bouteiller, un tonneau de vin et une coupe d’argent ; au sénéchal, une écuelle d’argent ; au chambellan, les fourrures des manteaux de ceux qui lui faisaient hommage.
Enfin, voici la copie d’une pièce des archives de l’évêché, du XVIIe siècle, et intitulée : Revenus de l'évêché de Châlons :
Le greffe du bailliage. ..." . 1 ,100 livres.
Le greffe de l’échevinage . . . 950 —
Les quatre moulins à bleds . * . ^ ^00
La foulerie . . . » 500
La jauge. . . . . ^ 50 —
Le poids. . . --5
La pêche de la rivière (Marne) . . . 809
La ferme des Amendes. . 126
Les droits régaliens . . 2,000
La minette de Saint-Thibaut (?) . 1:>
L’aunage des toiles. .
L’aunage des serges et draps qui se fabriquent dans la
ville et faubourgs .
Les amendes du ban l’Evesque non affermées .
Le passage de Comperlrix . .
Les prez de Barbaise .
L’Heure du Noyer, prez l’Islet-Legare .
Les prez aux Sept-Bœufs et l’islet-au-Pourceau .
Les Prez de Sarry .
Le Prez Henry de Lorraine .
Le petit prez de Forest .
Les prez de Balsay. .
Les terres de la porte Saint-Jacques .
Celles de la porte Sainte-Croix .
Le bois de Saint-Thibaut .
Le mesurage des grains .
Le bois et la terre de Forest .
Le Prez-l’Evesque .
L’Islet aux Pourceaux et Grande-Retraite .
Les vignes . - .
La grande cense de Sarry louée 40s froment, 5U5 seigie, 25s avoine, 200 nombres de paille, 25 chapons,
6 oisons, 2 voyages aux vignes d’Avize .
Les censives de Sarry . ' .
Le greffe de Sarry .
. et autres droits de Sarry non loués .
La cense de Saint-Germain, 12s froment, 12s seigle,
12s orge, 10s avoine, et 12 chapons . »
Greffe de Saint-Germain .
Terrage et censives dudit lieu . . .
Cense et garenne de Vésigneux .
Cense et seigneurie d’Helvesque . . .
Le prez de Mareuil .
Tonnance et Suzancourt .
Dixmes de Minecourt .
Droits de crieurs de vin .
La seigneurie et les bois de Villeneuve .
Les greffes .
Launelle . - .
Les censives de Paris et Chaalons .
Le greffe et l’officialité .
30 livres.
Les amendes du bail l’Evesque. . . 3 livres.
Le greffier de la Loge . . . 12 —
L’ajustement des poids . . . 3 —
■Total . 27,244 livres.
La juridiction temporelle de l’évêque était fortement constituée et remontait, quant à sa reconnaissance officielle, aux diplômes octroyés par Charles-le-Chauve de 845 à 860 (1). Le prélat était comte et pair de France: Guy de Monta gu (1142-1147) est le premier qui nous ait laissé une pièce mentionnant le titre de comte de Châlons. Le fief épiscopal s’étendait sur toute la ville d’une manière absolue jusqu’à ce que les évêques eurentrestreint d’eux-même cette autorité en cédant des biens aux abbayes de Saint-Pierre-au-Mont, de Toussaint et au chapitre de la cathédrale avec toutes les prérogatives seigneuriales; l’évêque rendait dénombrement au roi et exerçait divers droits sur 1 administration de la cité qui donnèrent lieu par la suite à d interminables discussions entre l’évêché et le conseil de ville.
L’évêque affranchissait ses vassaux de Châlons en leur faisant baiser son anneau, et ce ne fut qu’en 1265 que Conon de Yitry se dépouilla de cette prérogative, ne voulant plus à l’avenir qu’aucune personne relevant de l’évêché par main-morte ou for-mariage, pût jouir de cet avantage sans 1 avis du chapitre. Les gens ainsi affranchis constituaient les chevages du franc annel ; ils étaient soumis à un cens qui se payait le lundi de Noël, savoir : quatre deniers pour les hommes et deux poulies femmes ; ceux qui manquaient à ce devoir payaient cinq sols d’amende. Enfin une charte de Saint-Louis, adressée au comte de Champagne en 1227, reconnaît la puissance de l’évêque en déclarant qu’il ne réclamait sur Châlons que les droits de protection et de sauve-garde, et, en 1283, le parlement attribue la garde du chapitre à l’évêque et non plus au roi, excepté dans les cas de vacance du siège (2). Ce droit de
(1) Voyez mon Histoire de Châlons.
(2) Voici une pièce assez curieuse relative à ce sujet :
« Excellentissimo principi ac domino Philippo, Dei gratia regi Francorum, Joannes miseratione divina Cathalaunensis episcopus, ejus fidelis et devotus , salutem et paratam ad regis beneplacita ac mandata voluntatem : cum nos ratione episcopatûs nostri Cathalaunensis, simus et esse debeamus legitimus gardianus ecclesiæ noslræ Cathalaunensis cl ipsius ecclesie
garde gardienne était de ia plus haute importance puisqu il rendait 1 évêque en quelque sorte le patron du chapitre. Les corporations des métiers devaient toutes une redevance à 1 évêché et la plupart d’entre elles relevaient de sa juridiction : Pévêque percevait des droits particuliers sur le minage, le forage du vin, les boucheries, les foires, les fers, boulangeries, les friperies, la draperie, les pelleteries, les toiles, le sel, etc. Dès 1147, Louis VII avait renoncé, en faveur de l’évêché, à un privilège assez bizarre qui rendait le souverain héritier des biens de l’évêque de Châlons, meubles et immeubles.
La portion la plus intéressante peut-être des droits de nos prélats, fut le pouvoir d’intervenir directement dans les élections des échevins de la ville, droits qu’ils purent exercer sans 'Contrôle jusqu’au XIIIe siècle. A cette époque les bourgeois s’arrogèrent à leur tour l’autorité de choisir leurs échevins en • cas de vacance. L’évêque s’y opposa, soutint son droit, et enfin une sentence arbitrale, rendue par Pierre de Hans, doyen du chapitre, Pierre de Hermonville, archidiacre de Joinville, Pierre abbé de Toussaints et Drogon de Chantemerle , chanoine de Troyes, en juin 1288, décida qu’à l’avenir les bourgeois présenteraient leur candidat à l’évêque qui lui accorderait des provisions et recevrait son serment. Peu a peu 1 échevinage acquit de l’indépendance, et bientôt la puissance de 1 évêque devint purement nominale, sans qu on songeât à 1 exercer. Un des droits de l’évêclié était encore de prendre chaque jour un panier de verjus dans les vignes voisines delà ville, tant que les raisins restaient dans cet état. Sous ce prétexte, les domestiques de l’évêque y causaient des dommages réels et les propriétaires s’en étant plaints, Simon de Chateauvillain convertit ce droit en un cens annuel de douze denfers par arpent de vignes situés sur le mont Saint-Michel et huit pour celles plantées du côté de la rue Ranciennes (1332).
Tous les biens vacants ou confisqués appartenaient à l’évê-
personnarum , hominum , bonorum et jurium eorumdem , quam gardiam a vobis tenemus in feodum , ut jura dicte ecclesie dictarumque personnarum et hominum liberius et salubrius conservari valeant , etc. » L’évêque termine en chargeant Robert de Sarry de se rendre près du roi comme son procureur spécial , et de régler en parlement la question même de la garde gardienne ( décembre 1287).
( Arch. de la Préfecture de la Marne , fonds du chapitre.)
que; de nombreuses chartes royales, et notamment celle de février 1315, stipulent que les biens des bâtards et des aubains décédés dans son ban, demeurant dans sa seigneurie et nés de ses femmes de corps, lui revenaient également.
Le cartulaire de l’hôtel de ville mentionne formellement que, ni le bailli de Vermandois, ni ses officiers, ni le prévôt forain de Laon ne pouvaient avoir de siège à Cliâlons ou dans les villages de l’évêque et ne pouvaient non plus y tenir justice.
Le capitaine royal, son lieutenant et les deux valets de ville devaient présenter leurs lettres à l’évêque ou à son bailli et prêter serment entre leurs mains. « Et ledit capitaine n’a cog- » noissance sy non de ceulx qui deffendroient au guet ou à la » porte, comme il est à plain convenu sur ce faict entre le sei- » gneur temporel et gens du conseil de ville (1). »
Le jour des Brandons, à six heures du soir, l’évêque avait le droit de faire assembler devant la Loge tous les bourgeois et sujets non nobles de son ban, ceux qui en avaientles moyens à cheval, et tous en armes ; puis le prévôt leur faisait faire le guet dans la ville ; chaque défaillant sans motifs supportait une amende de cinq sols. C’est ce qu’on appelait le guet du prévôt ou des Brandons.
La justice patibulaire de l’évêque était hors de Ghâlons, aux Petits-Monts, sur le chemin de Fagnières, laquelle « justice on » a accoustumé de faire prendre et estrangler tout malfaiteur » de toute ancienneté (2).» Le pilori, pour l’exposition des condamnés, était sur la place du Marché devant l’hôtel des Trois-Rois. Quand un individu était condamné à être fouetté « aux contours de la cité, » le bourreau le menait aux fourches patibulaires, lui donnait deux ou trois coups de verges pour bien constater que c’était le véritable lieu d’exécution, puis le ramenait subir sa peine en ville.
On ne pouvait bâtir de maisons en saillie , mettre des enseignes , fenêtres , auvents , étaulx , faire des cris publics , établir de théâtres forains , etc., dans la ville ou autres seigneuries, sans l’autorisation de l’évêque. Il la donnait gratuitement ou non ; dans ce dernier cas le vidame percevait un droit.
(1) Cart. de l’évêché, à l’hôtel de ville.
(2) Ibid .
HISTOIKE ECCLESIASTIQUE.
La justice épiscopale était souveraine et jugeait de tous les délits et crimes commis dans le ressort de la seigneurie, et cela en dehors complètement de la juridiction du grand bailliage de Yermandois qui , à Châlons , était à peu près nulle dans 1 origine : en 1260, nous voyons meme saint Louis ordonnei au grand bailli de retirer ses sergents qui empiétaient chaque jour sur l’autorité de l’évêque et insultaient ses officiers.
Cette justice était rendue par le bailliage, présidé par le bailli qui, en réalité, se trouvait le premier après l’évêque, le pouvant représenter en toute circonstance : il jugeait au civil, connaissait des arts et métiers : le bailliage se composait en outre d’un lieutenant, d’un sous-lieutenant, d un procureur fiscal et d’un greffier-notaire. La juridiction criminelle et de police était exercée par la cour prévotale, composée d’un prévôt, d’un lieutenant, de sept conseillers et échevins de 1 évêché, d’un procureur fiscal et d’un greffier notaire. Le premier prévôt de Châlons que l’on trouve dans les chartes est INicholas, en 1134. Au moyen âge, cette cour était généralement connue sous le nom de la Loge, et l’on voit fréquemment figurer dans les actes des XIIIe et XIVe siècles le nom du clerc de la Loge.
Les appels allaient au parlement, parce que cette cour se trouvait seule hiérarchiquement au-dessus des deux juridictions que je viens de citer, les officiers qui les composaient étant juges de paierie.
Le bailli était institué par l’évêque , il habitait son hôtel et devait être versé dans la connaissance du droit et des coutumes, de manière à pouvoir rendre la justice et plaider lui-même les causes épiscopales devant le roi ou en cour du parlement. C’étaient du reste des hommes distingués, et, en 1449, nous voyons Jean de Ilaraucourt, éveque de Verdun, et Rene de Lorraine, choisir comme arbitres pour mettre fin à un différend important, le premier, Jean de Gratreuil, bailli de notie évêque, et le second , Jean de Vroil , bailli de notre chapitre. Le bailli connaissait des blasphèmes en dernier ressort. Ln aveu de 1464 , conservé dans les archives, londs de 1 évêché, rappelle une transaction de 1288, et s exprime ainsi .
« Item, pour l’exercice de cette justice temporelle, l’évêque de Châlons, de toute ancienneté a un bailli, un prévôt, sept échevins jurés et plusieurs sergents, auquel bailli appartient la connaissance et juridiction des droits dudit évêché et des
nobles demeurant en la temporalité de l’évêché, en actions personnelles, et auxdits prévôt et échevins jurés appartient la connaissance et juridiction de tous les autres cas criminels, réels et personnels appartenant à ofliciers en haute justice, moyenne et basse. »
Un acte de notoriété du 3 novembre \ 542 déclare formellement que les nobles de Châlons ne sont justiciables que du bailli de l’évêque. Il décidait aussi des nobles forains ayant procès au ban de Châlons, « for des arrêts coustumiers, » des tutelles, etc.; les échevins jugeaient les bourgeois; le bailli jugeait également les vilains. Mais qui décidait dans les contestations entre l’évêque et son vidame? (1) « Quand li évêque plai- » doye li vidame ou li vidame l’évêque , ou si li vidame ou li » chapitre se plaidoyent, li pers de Châlons les doivent juger » si comme est » (suit la liste de pairs). En cas d’incompétence ou à défaut de la présence de ces pairs, l’affaire allait devant le roi. « Qui ast son pers de Chaalons et font faire droit dou fié » de Chaalons dont on plaide, et seil ne le puent faire, li roi » le faict. » Voici maintenant le cas de l’appel au roi : « Si un » homme plaide en la cour de Chaalons et le plais va devant le » roi par appel ou en autre manière , se le plais demeure de- » vant le roi, il les fera juger à Vus de Chaalons dont ils sont » meu. Si aucun qui est de la justice de l’évêque se veut plain- » dre de lui au roi, il se peut faire ajourner, en sa eourt, et » lui convient répondre ou droit faire, et se aucuns se plaint » de chose d’où il doit tenir la justice, ou aucuns de ses justi- » ciables , ou plusieurs se plaignent de lui et vont au roi contre » lui par appel ou en autre manière et requiert ladres de lui : » si le devant dit évêque requiert sa court et offre droit à faire » as partie , il l’aura , for qu’en trois cas : sur le 1er se on ap- » pels de mauvaitié son cors; le 2e pour deffaute de droit; le » tiers se on l’apele pour faux jugement, et se ons l’apele pour » les deux derniers cas devant dits , et on dit contre lui pour-
(1) Ce que je place entre guillemets sont les fragments que j’ai pu retrouver dans le grand carlulaire de l’évêché , conservé à l’hôtel-de-ville. Mais les deux premiers passages qui suivent sont tirés du Peau de Veau, recueil des us et coutumes de l’évêché de Châlons , fait par les ordres de l’évêque Philippe de Nemours, et perdu depuis 1788 : ces fragments sont conservés dans les manuscrits de D. François, à la bibliothèque de Châlons.
» quoi il ait mesprins , il doit dire sa raison pourquoi il n’est » en nul défaut; s’il ne puet montrer raison pourquoi il ne soit » en défaut, il raura sa court. » Dans un autre passage se » trouve consacré l’usage des vacances de Pâques pour la ma- » gistrature : « On ne plaidie mie en la chrétienté sept jours » devant Pasques et sept jours après. »
Au moyen âge, les officiers de la cour épiscopale avaient des droits et une juridiction à exercer : nous examinerons dans un chapitre à part ceux du vidame.
« Quand l’évêque vient de nouviaux à Chaalons, cil qui tient » le fief à Cernon ( le maréchal ) a le palefroy sur lequel l’évê- » que a fait son entrée (1). »
Le bouteiller, qui recevait au même moment le tonneau de vin et la coupe d’argent, devait entretenir le crieur chargé de vendre les vignes de l’évêché.
Le sénéchal, qui prenait l’écuelle d’argent, « avait les plaids » des pécheurs dou metier, des selliers, des lorimiers, des » verriers, des fourbisseurs , des peintres, des chapeliers, des » armuriers, des tailleurs, et de cil qui font amuses (ou robes)
» aux enfants. Ils doivent chacun lui fournir une pièce de » leur mestier comme chef-d’œuvre. Si li uns se plaint de » l’autre ou des étrangers, et on se plaint de l’un d’ieux au pré- » vôt, le sénéchal n’avait mie le plaid, et si ale plaid de francs » homes deudans Chaalons et des arrestés de tous sergents a- » t-il le plaid jusqu’à sept sols et demi, quand il passe sept » sous et demi, que bataille est fermée, il doit rendre le plaid » au prévôt de Chaalons. Item sur les juifs : ils ne pouvaient . » vendre à gaiges sans congié des gens du sénéchal. » Dans une charte de 1 185 , on trouve la mention de Jean , sénéchal de 1 évêché. L’évêque, Jean de Châteauvillain , racheta le sénéchalat à Pierre de Courtisol et réunit à sa justice cette juridiction.
Le chambellan avait , avons-nous dit , un droit assez bizarre :
« Quand évêque nouveau vient à l’évêché , li gentilhommes » reprennent son fiefs dudit évêque , et quand ils le reprennent
(t) Le possesseur de la seigneurie de Cernon était maréchal héréditaire de l’évêché de Châloris ; le mariage de Marie du Fayot, en 1640, avec Pierre de Pinleville, donna celte terre et cette charge à la famille de t'nile ville.
» et li font homaige , ils doient au chambellan et li rendent la » doublure qu’ils ont deseur lors robes , soit chapes ou houces » et autres garnements , ou ils en font son gré, mais de droit » ne an don mie que il la doient et sont la droicture don cham- » bellan. »
Le maître d’hôtel, clapifer , était aussi un personnage assez important, car il figure parmi les témoins de presque toutes les chartes de l’évêché au XIIe siècle.
Le notaire ou tabellion rédigeait les actes de l’évêché , était de droit le greffier des assemblées de ville (jusqu’au XVIe siècle seulement bien entendu), tenait les registres des délibérations, expédiait les institutions d’office et avait pour cela cent sols de gages delà municipalité. Cette charge se donnait àferme. Le notaire était astreint à résider à la Loge : il devait en outre faire l’instruction des crimes et délits commis dans l’étendue du ban épiscopal, tenir également les registres de la prévôté, visitei les prisons , et assister le prévôt, qui lui devait 20 livres par an II faisait seul les inventaires des successions dans toute la ville, et nul tabellion royal ne pouvait agir sans son autorisation , lui seul pouvait encore passer des procurations 11 était astreint à entretenir à ses frais dans la Loge, un nombre suffisant de clercs pour l’expédition des affaires.
L’argentier avait la direction des deniers de l’évêque, faisait les recettes , réglait les dépenses ; on verra plus loin que c est lui qui présidait à la mise à ferme des droits mobiliers de eve ché et qu’il était astreint à certains droits en cette circonstance.
De plus, il devait fournir à ses dépens le linge de table poui la Cène , des bassins et le linge pour le lavement des pieds du
Jeudi-Saint. ,, ,
On voit aussi paraître une fois le nom d’un avoue de eglise de Châlons; c’est celui du duc Godefroi, sans doute, uc de Lorraine; il figure parmi les signataires du nouveau privilège accordé pendant l’assemblée de Laon, à l’abbaye de Mouzon, par Arnoul, archevêque de Reims : on y lit : « Signum . Rotgeri Cathalaunêisis épiscopi. Signum Godefridi ducis ejusdem ecciesie advocati. » L’avoué était un officier de justice que les | églises, les abbayes et les évêchés quelquefois même prenaient p0ur protéger les biens ecclésiastiques. Ces patrons étaient | ' choisis parmi les plus puissants seigneurs des environs afin qu’ils fussent en état de se maintenir contre les autres seigneurs. |
Dans les seigneuries, l’évêque avait partout une justice régulièrement organisée : un maire ou majeur à Saint-Memmie, qui était chargé des ajournements, des saisies, main-mortes, exécutions et autres exploits : il percevait pour lui toutes les amendes au-dessous de 7 sols 6 deniers , et prélevait les mêmes sommes sur celles qui les dépassaient; d’autres maires à Thonnance, à Pogny, à Sarry, au Bois-Àmaide, au bourg du pont Ruppé ; des prévôts à Saint-Memmie , Sarry , Heiltzl’Evêque, Villeneuve, Tonnance, etc.
De la prévôté de Sarry relevait les seigneuries de Sarry, Saint-Germain, Coupéville, Saint-Jean-sur-Moivre, Dampierresur-Moivre, Francheville et Vésigneul. Le bailli jugeait des appels de toutes ces justices. Comme les prévôts, les maires étaient institués à ferme, en garde ou à l’année.
Le sceau de l’évêque ne diffère pas de ceux des autres prélats de France : au XIe, XIIe, XIIIe siècles, il est de forme ovale, et représente un évêque mitré, tenant la crosse d’une main et bénissant de l’autre, sur ceux de Gui de Montagu et de Gui de Joinville, avec la légende : j* SIGILL. GVIDONIS. DI. GRATIA. CATHALAVNENSIS. EPI.
A la pièce que je citerai pour le sceau capitulaire, est également appendu celui de Jean de Châteauvillain (ovale) : f S. IÜHANN. DEL GRA. EPISCOPI. CATHALAVNENSIS, évêque mitré, avec la crosse et bénissant. Contre-sceau : f ECCE. VIDEO. COELOS. APERTOS. Un Saint-Etienne lapidé.
Mais plus tard, il se charge de dessins : celui d’Archambauld de Lautrec est d’un charmant travail et de forme ovale :
f SIGILLV. ARCHAMBAUDI. DEL GRA. EPI. CATHALAVNENSIS. Au bas l’évêque en prières sous un portique ; sur les montants, à droite et à gauche, deux anges tenant l’un l’écusson de Lautrec, parti de — à 3 lions posés 2 et 1 , et de — au lion de — ; l’autre, l’écusson de l’évêché de Cbâlons, d’azur à la croix d’argent, cantonnée de quatre fleurs de lys d’or : au-dessus un Saint- Etienne à genoux accosté de deux hommes qui le lapident, et couronné. A droite et à gauche, deux anges en prières ; le tout surmonté de trois délicats clochetons.
Il n’est pas de mon intention de parler ici pour l’évêque de Châlons de la juridiction spirituelle qui lui était commune avec tous les autres évêques de France, mais seulement de dire
quelques mots sur les attributions particulières dont il jouissait dans le gouvernement de son église.
L’évêque nommait les quatre archidiacres et le trésorier du chapitre Saint-Etienne : toutes les autres dignités et les canonicats étaient à la collation des chanoines, comme les prébendes et les bénéfices.
Il ne pouvait pas visiter l’église ni le chapitre de Vitiy-le- François, mais en revanche il exerçait cette prérogative dans les monastères d’Orbais et d’Oye , au diocèse de Iroyes . ce droit de visite d’ailleurs était assez borné; il ne consistait guère qu’au pouvoir de bénir le saint-chreme, d ordonner les prêtres, de convoquer les abbés aux synodes et de se faire payer une certaine somme, en signe de soumission (1). Ces droits sont ainsi fixés dans le pouillé manuscrit dressé par le chanoine Nicolas Laficquet , en 1630, et conservé à la biblio¬
thèque impériale (2).
ABBAYES DE
Moiremont . .
Chatrices .
Huiron . . .
Saint-Urbain .
de Homero (?) ■ . .
du Der. . .
Notre-Dame de Vertus. .
S. Sauveur de Vertus. .
Andecy. . . . ■
Haute-Fontaine .
Montcetz .
Monstiers .
Haute-Fontaine . . .
Cheminon.. . .
La Charmoye .
Orbais . . . . .