‹ Diocèse ancien de Chalons-sur-Marne histoire et monumentsChapitre 9 sur 128 · II. — A Vitry, ce 1 6 novembre · texte numérisé non relu

II. — A Vitry, ce 1 6 novembre

« Je vous doibs compte de ce que j’ay faict en cette ville où j’ai trouvé beaucoup de désordre et de confusion. Il n y a point d années que les officiers de ville n’ayent fait imposer des tailles de frais de leur autorité privée ; il y a eu en 1664, 7,000 liv. de levées en vertu d’arrest ; c’estoit pour le paiement du droit de saclet, et à cause d’un arrest du conseil contradictoire qu’ils nous ont présenté en bonne forme ; mais il y a une somme de 1,500 liv. pour prétendus intérests de sommes que la ville a esté obligée d’emprunter ; 400 et tant de livres pour le sol pour livre qu’ils donnent aux collecteurs, pour faire la levée de ces deniers extraordinaires ; en 1669, 900 tant de livres pour pareils intérests, 3,500 pour le droit de saclet 400 tant de livres pour prétendues non valeurs. Ces impositions extraordinaires m’obligèrent de faire venir les collecteurs pour sçavoir d’eux à quoy s’emploient ces deniers là, et voïant qu’ils ne voulaient pas parler, je pris le parly de leur faire lever la main et de les interroger. Par leur interrogatoire, ils ont reconnu que les eschevins ne leur avoient remis

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enlre les mains les mandemens pour faire l’imposition et le reste de la taille de Vitry pour l’année 1664, qu’au mois de novembre de la mesme année, et en 1665, le xe aoust dernier ; qu’à cause de ce retardement, ils avoient esté obligés de faire divers emprunts des particuliers par ordre de la ville, tant pour payer le droit de saclet que pour payer au sieur Langault, commis à la recepte des tailles, les quartiers qui lui estoient deus pour la taille ; que ledit sieur Langault avoit receu 200 écus de ladite somme à cause qu’il avoit esté obligé à la prière des eschevins d’avancer à la recepte générale les trois quartiers de la taille de la ville, à deux autres particuliers 200 écus pour les intérests des sommes qu’ils leur avoient preslées pour payer le droit de saclet, et 100 escus aux officiers de l’esledion pour leurs droits prétendus à cause de la levée desdils deniers extraordinaires, et qu’on leur avoit fait païer à eux collecteurs le sol pour livre desdites choses. Nous avons reconneu que les officiers de ville s’estoient rendus les maistres de l’imposition, et que par là ils intimidèrent tous ceux qui n’entroient pas dans leurs intérests en les surchargeant, et favorisoient leurs amis en sorte qu’ils ne portoient quasy rien, quoyque des plus riches et des plus accomodés de la ville. — J’oubliois de vous dire, Monseigneur, que je ne puis vous rendre compte des années précédentes, parce qu’il y a un désordre dans le greffe de l’eslection et qui est général pour tous les greffes de toutes les juridictions de la province, qui est que les greffes appartiennent à des particuliers qui les afferment pour trois ans à des commis, et, lorsqu’ils changent de fermiers, ils prennent, tous les registres et jugements qui sont au greffe et les emportent chez eux. C’est un mal à quoy il est nécessaire de pourvoir et pour le public et pour les particuliers. »

Ce 20 novembre.

III. « A l’esgard de Vitry, je suis obligé de vous dire que le désordre y est tort grand ; que par les informations que j’ay commencées il paroît que les officiers de ville ne se sont fuit que par brigues, qu'ils ont fait eslire des collecteurs tous les ans, gueux et misérables et entièrement à leur dévotion, affin de les obliger à faire des rosies à leur fantaisie, et ainsy ils deschar geoient et ils augmentoient qui il leur plaisoit; à l’esgard des gens de guerre, c’estoit un abus encore insupportable ; il n’y avoit que les pauvres qui fussent chargés de logement. J’ay tasché de pourvoir à cela par une ordonnance que j’ay fait publier, affin que tous les bourgeois, tant officiers que marchands, fussent tenus chascun à leur tour de loger les trouppes, à la réserve des exempts et privilégiés. Il y a mesme deux personnes qui disent avoir donné 40 à 45 écus d’or à trois officiers de la ville pour avoir une diminution sur une ferme qu’ils tenoient de la ville ; mais j’appréhende bien qu’il s’y trouve avec le temps bien d’autres grivelées !»

INTRODUCTION

A Cliaalons, ce 18 décembre.

IV. « Dans le peu de temps qui me reste à demeurer dans la province, j’ay cru que vous approuveriez que je travaille à restablir le repos et 1 unyon entre les habitants de Vilry, et pour cela je les ai mandez pour essayer s’il n’y aura quelque jour pour les accomoder à faire procéder à l’esleclion des eschevins et officiers de ville pour ceste année. Ils ont une sentence arbitrale qui a esté rendue il y a six ou sept ans par M. l’évesque de Chaalons. laquelle auroit prévenu tous les désordres qui sont arrivez dans leui ville, s’ils l’avoient exécutée. Je tascheray de leur faire agréer ce parti, en cas qu’ils s’y soumettent et que vous l’ayez pour agréable, je commenceray par leur faire exécuter ; car pour le reste, il seroil difficile d’en estre esclaircy plainement qu’en travaillant à la liquidation de leurs dettes, qui est un travail, pour le bien faire, de trois mois. Ainsi je laisserai à M. de Machault, s’il vous plaît, à discuter cette affaire. »

Comme on le voit, M. d’Herbigny avait eu peu de bonheur dans sa mission; c’est tout au plus s il put espéier, après trois mois d’effort, avoir remis un peu d’ordre à Yitry. Un pareil état d’ailleurs s’explique quand on songe à la quantité de services financiers existant alors , empiétant les uns sur les autres et amenant une confusion inévitable. Il y avait à Châlons un bureau des trésoriers généraux des finances, créé en 1551, ayant la haute juridiction des questions financières et de l’élection, comptant au XVIIe siècle, six présidents et vingt-cinq trésoriers ; une élection chargée de lever les impôts et remontant au XVe siècle; sa circonscription commençait à Belval en Argonne et finissait à Fromentières, du nord au sud, et de l’est à l’ouest, à Faul-sur-Coolle jusqu’à Yadenay, comprenant 182 paroisses et produisant 103,000 livres en 1696; un grenier à sel remontant également au XVe siècle et qui ne fut réuni à l’élection qu’en 1685; un bureau des traites foraines et gabelles. Yitry, Joinville et Sainte-Ménehould étaient les chefs lieuxde trois autres élections ; de plus, il y avait en cette dernière ville une maîtrise des eaux et forêts.

Au point de vue judiciaire, du reste, la confusion était tout aussi grande; les présidiaux et les bailliages avaient les pouvoirs les plus indéterminés et toutes les paroisses , même du diocèse, ne relevaient pas de la juridiction des tribunaux de la même circonscription. Par une bizarrerie assez anormale, Sa-

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pignicourt, Tilloye et une partie d’Arzillières ressortaient des présidial, bailliage et prévôté foraine de Reims.

J’ai été obligé de m’écarter quelque peu du reste des pays qui font le sujet de cette histoire ; mais dans cette période de guerre civile, tous les efforts des frondeurs se portèrent, comme je l’ai déjà dit, vers l’Argonne ; les autres villes demeurèrent tranquilles. Vitry même demanda et obtint le droit de démolir sa citadelle (1620).

Malgré les agitations des guerres, le XVIIe siècle fut un siècle éminemment religieux et qui a laissé dans notre diocèse de nombreux vestiges. Le siège de Cliâlons, du reste, avait le bonheur d’être toujours occupé par des prélats vertueux et distingués. Cosme Clausse avait succédé en 1574 à son frère Nicolas Clausse, et avait multiplié les preuves de sa foi : un instant enveloppé dans la Ligue, il avait bientôt renoncé à ses erreurs et devint un des sujets fidèles du roi. Cosrne Clausse s’occupa de la réforme du rituel et des quelques cérémonies religieuses qui, sous le nom de procession verte ou de fête des fous, donnaient parfois lieu à des inconvenances regrettables. En 1610, il introduisit dans son diocèse les Récollets, malgré la vive opposition des Cordeliers, et ils eurent bientôt des maisons à Cliâlons et à Vitry, sur l’emplacement de la citadelle ; il favorisait l’établissement des Filles de la Congrégation de Notre-Dame du Père Fourier de Matincourt, dans sa ville, et en fonda une maison à Sainte-Ménehould. Cosme Clausse plaça les Capucins à Saint-Dizier, à Joinville et à Sainte-Ménehould ; les Annonciades à Joinville, et les Minimes à Vitry. Après quaranteneuf ans d’épiscopat, il mourut le 22 mars 1624; son neveu, Henri Clausse, lui succéda et laissa le siège en 1640 à Félix Vialart de Hesse, qui, pendant une prélature de quarante ans, étonna le diocèse par des prodiges de charité: il développa les institutions hospitalières autant qu’il fut en son pouvoir, régularisa les services religieux, fit imprimer un bréviaire. Il fil prêcher une mission dans tout son diocèse où l’hérésie janséniste commençait alors à se répandre , tint des conférences au séminaire et entreprit enfin une visite pastorale dans chaque paroisse, établissant partout des institutions pour l’éducation des jeunes filles. Au bout de deux ans, il célébra la clôture de cette mission entreprise et exécutée à ses frais et fit brûler, dans un grand feu allumé sur la place du marché,

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à Châlons, tous les livres pernicieux qui avaient été saisis. Monseigneur Yialart fit bâtir le petit séminaire , plaça des Dames de la Doctrine à Vitry, des Dames Régentes à Vitry, a Wassy et à Vertus; des Drsulines à Saint-Dizier et à Joinville; des capucins hibernois à Wassy. Ce vertueux prélat mourut le 10 juin 1680, ayant dépensé en bonnes œuvres tout son patrimoine estimé plus de 800,000 livres.

Pendant ce temps, la paix était revenue en Champagne et le traité des Pyrénées avait fait partout déposer les aimes, b é\< nement capital de la fin du siècle fut la révocation de l'édit de Nantes, en 1685; les Prétendus Réformés étaient assez nombreux à Vitry, à Wassy, et formaient le tiers -de la population de Sainte-Ménehould et des villages de Verrières et de Cliaudefontaine. Tous ceux qui purent s’expatrier le firent sans hésiter, et comme ils constituaient la partie la plus laborieuse de la population, cette émigration, après l’insurrection des ouvriers de Châlons qui, en 1657, avait à peu près anéanti la draperie de cette ville, acheva de ruiner le commerce dans notre diocèse.

Les alarmes se renouvelèrent, en 1710, pendant la guerre de Flandres; des bandes allemandes envahirent notre pays, lune d’elles menaça Beaulieu et pilla tout à côté le village de W arU , mais ce fut en 1712 que Growestein, major-général des troupes hollandaises, répandit une frayeur sérieuse ; après avoir dévasté les environs de Reims, il voulut attaquer Châlons et s’avança jusqu’à Suippes ; prévenu des préparatifs que les bourgeois de cette localité avaient faits , il s’arrêta, dévasta la Neuville-au-Pont (12 juin), et campa le soir à Chaudefontaine.

Ce pauvre village, qui semblait devoir être l’étape de toutes les armées ennemies depuis trois siècles , fut livré par lui à toutes les horreurs d’un sac; puis, le lendemain ils vint rançonner la ville de Sainte-Ménehould, hors d’état de résister à cause de la ruine de ses fortifications. Growestein cependant n’entra pas j en ville, se contentant des vivres que la municipalité lui fit remettre au quartier Milanais par 1 ’éclievin Legai et le conseiller de ville Dez, donnés en otage: les ennemis allèrent ensuite piller Verrières dont les habitants voulurent se défendre et, se croyant poursuivis par les divisions de cavalerie de M. de Coigny, ils se débandèrent par Daucourt et Chatrices ; Growestein les rallia, passa à Beaulieu, à Triaucourt, à Beauzée et

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s’éloigna en Lorraine. Legai et Dez parvinrent à s’échapper à la suite de l’échec des Hollandais devant Metz quelques jours après.

Le reste du siècle ne fournit plus d’événements importants à relater; il faut seulement citer les incendies de Sainte-Méneliould en 1719 et de Saint-Dizier en 1775. Jusqu’à la révolution, le diocèse eut le bonheur de se voir dirigé par des évêques dignes de leurs prédécesseurs et qui se faisaient un devoir d’y résider et de s’occuper activement de ses intérêts. Louis de Noailles avait introduit à Châlons des sœurs de Saint-Vincent de Paul (1682); son frère Gaston de Psoaill es fonda l’établissement du Bon-Pasteur pour les filles repenties. Nicolas de Saulx- Tavannes 1721-1734), visita jusqu’aux moindres villages du diocèse et s’occupa dans le plus grand détail des églises rurales. Mgr de Choiseul-Beaupré suivit cet exemple. Son successeur, Anne Leclerc de Juigné, eut à combattre le jansénisme qui avait fait d’assez grands progrès ; il dut expulser un certain nombre de prêtres, mais il eut au moins la consolation d’avoir rétabli l’ordre avant de quitter son siège pour aller occuper celui de Paris (1781). Notre dernier évêque lut Jules de Clermont-Tonnerre, qui supprima plusieurs couvents. Mais à cette époque les événements marchaient à grands pas, et Mgr de Clermont-Tonnerre, ayant refusé le serment constitutionnel, émigra. Peu après, le diocèse était supprimé (juin 1790) et réuni à celui de Reims.

Les gentilshommes des bailliages de Vilry, de Sainte-Ménehould, de Saint-Dizier, auxquels étaient venus se joindre ceux de Fisme et d’Epernay, se réunirent en assemblée générale pour le choix des députés et la rédaction des cahiers, au mois de mars 1789 à Vitry-le-François, sous la présidence du marquis de Thomassin, grand bailli et commissaire royal, dans l’églisedes Récollets. On remarquait dansla réunion les vicomtes de Mov et de Girardin d’Ermenonville, les comtes de Chiéza et de Gizaucourt, représentant du comte d’Artois, du ducd Orléans, de Mesdames de France et du prince de Condé; parmi les principaux membres figuraient les comtes de Failly, de Coigny, de Dampierre, de Wignacourt, de Ballidart, de Lardenoy, de Vauréal, les vicomtes du Hamel, Duhan, MM. de Bonnay de Nonancourt, de Joibert, de Fresne, de Montendre, de Fleurigny, Le Goix , de Maubeuges, de Vieux-Dampierre , de

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Christon, Haudos de Possesse, de Hédouville, etc. Furent nommés députés pour le bailliage de Vitry comprenant ceux de Saint- Dizier et de Sainte-Ménehould , les comtes de Ballidart et de Failly (27 mars); peu après on jugea utile de leur adjoindre pour suppléants M. deMarassier et le comte de Lardenoy (22 juillet). Cette assemblée eutune certaine réputation à ce moment, à cause d’un acte énergique auquel ses membres s’associèrent à l’unanimité. Le duc d’Orléans avait chargé M. de Girardin de le représenter et, en faisant prévaloir ses idées, d’obtenir l’insertion au cahier des conditions les plus répréhensibles ; les membres de la réunion s’émurent vivement de cette prétention et des conséquences quelle pouvait avoir. xàprès avoir pris connaissance des instructions du duc, elle refusa à son mandataire le droit de prendre connaissance de ses résolutions.

Ces cahiers, d’ailleurs, différaient peu de ceux qui furent rédigés alors dans tout le royaume ; les mêmes idées envahissaient toutes les têtes et aveuglaient les intelligences , au point que l’on ne voyait pas le précipice sur le bord duquel on courait. Les villes du diocèse avaient assez ardemment embrassé les idées nouvelles, et Châlons a eu le triste honneur d’envoyer aux assemblées l’un des plus fougueux tribuns de l’époque, celui qui, au moment où 1 Assemblée Constituante travaillait à une loi contre les émigrés, sans vouloir cependant les frapper autrement que pécuniairement, osa prononcer ces paroles déjà pleines de sang: « Nous demandons, dit Prieur de » la Marne, un projet de loi qui suspende sur la tête des cou- » pables le glaive de la loi et du citoyen! » Monseigneur de Clermont-Tonnerre fut chargé de représenter le bailliage de Châlons àl’assemblée du clergé, le baron de Pinteville-Cernon à celle des nobles, et MM. les avocats Prieur et Choisy d’Arcefay pour le tiers-état. La députation du bailliage de Vitry fut ainsi complétée: clergé, les abbés Damont et Brouiller, curés de Ailiers et d’Avize; tiers-état, M. Le Sure, lieutenant-général au bailliage de Sainte-Ménehould, du Bois de Cramée, ancien mousquetaire. Barbier, lieutenant-général au bailliage de Vitry et Poulain de Boutancourt, maître de forges.

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