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III. — Chapitre Saint-Jean de Vertus

L’origine du chapitre Saint Jean-Baptiste de Vertus, qui était qualifié aux deux derniers siècles de chapitre Royal, est

T) Bulle du x des calendes de juin H 14.

assez curieuse; il ne fut pas fondé par une libéralité princière ou épiscopale, mais par un certain nombre de personnes religieuses , qui demandèrent au comte de Champagne la permission de se constituer. Une charte de 1188, datée de Provins, nous apprend que Renaud, doyen de Bergères; Jean, sous-

doyen, Léonin de Vertus, et Jean, son frère, Milo . ,

Lambert de Clamanges, maître Hardouin et Adam, chapelain, vinrent prier le comte Henry de Champagne de fonder un chapitre dans la chapelle Notre-Dame, qui avait été établie dans le château de Vertus par l’un des prédécesseurs de Henry ; cette charte fixe le nombre des nouveaux chanoines à vingt-quatre, leur permettant d’élire leurs dignitaires en demeurant seulement sous la garde du prince; le comte donna à cette collégiale cent trente sols de rente pour le luminaire , cinq muids de vin et un de blé pour le service des messes et tout le mobilier qui garnissait la chapelle. En 1201 , Guillaume., archevêque de Reims et oncle du comte Henry , énumère la nouvelle donation du prince : la moitié du péage de Vertus, cent septiers d’avoine de rente à Trécon , trente muids de vin sur les vinages, soixante-quatre septiers d’avoine à Strichentwn et Vadum petrosum ; seize sols de rente sur les sauvements de ces deux villages; et il ajoute de son chef soixante dix-neuf septiers d’avoine de rente à Soudron ; soixante et onze à Clamanges, dix livres de Provins sur les censives de Villeseneux, vingtcinq muids sur le vinage de Vertus, quatre livres de Provins sur le gît de Rouffy, vingt septiers d’avoine à Bergères, deux muids d’avoine à Vertus et soixante-huit à Soulières. Il ne semble pas cependant que les nouveaux chanoines aient longtemps observé leur règle, car, dès 1206, la comtesse Blanche se plaignit qu’ils ne résidaient pas et dut décider, qu'à l’avenir, tous ceux qui recevraient une prébende n’étant pas de ses clercs et qui demeureraient plus de six mois absents, ne percevraient que dix sols sur leurs prébendes (mai). Du reste les donations affluèrent; cette même princesse ajouta, en 1218, pour le pain des messes, sur les censives de Clamanges, cinq muids de blé qui devaient être amenés par les gens du village , sans frais, à la grange du chapitre; si les censives venaient à faire défaut, ce don devait être converti en quatre-vingts septiers pris sur les tailles de cette localité , et en récompense, les chanoines s’engagèrent à, chanter chaque jour après prime, à l’autel placé der-

rière le maître-autel , une messe de la Vierge ; la comtesse fondait aussi en l’église une chapelle, sous le vocable de sainte Catherine et saint Nicaise , et lui affectait certains revenus sur Yilleseneux et le Mesnil. Trois autres chapelles relevaient encore du patronage des comtes de Champagne, et pour faire cesser de graves abus , en février 4233 , Thibaut IV s’engagea à ne plus les conférer qu’à des prêtres. Plus tard, en mai 1267, le comte Thibaut donna à la collégiale de Vertus vingt sols tournois sur la prévôté de cette ville , pour célébrer l’obit du cardinal-archevêque de Reims, son frère, et une somme de quarante livres pour son propre obit , par son testament daté de « la Roche en la mer de lès Marseilles », le mercredi après les SS. Pierre et Paul , en juillet 1271 (1). Une autre piècç, de juin 1273, nous apprend que Hugues, curé de Haussimont, avait fondé une chapelle en l’église collégiale de Vertus, avec une dotation de trente livres, à laquelle il ajouta cette année d’autres droits de cens (2).

Une acte capitulaire de l’année 1384 me ferait croire qu’à ce moment la collégiale de Vertus était composée d’un nombre considérable de chanoines, car ce document fait connaître les noms des dix chanoines chargés , pour le compte de la communauté, de régir ses affaires, recevoir, plaider, transiger, engager et dégager les biens. Cela donnerait aussi la pensée qu’à cette époque, où la guerre civile fut très violente principalement dans l’archidiaconé de Vertus, les possessions du chapitre étaient dans le plus grand désordre , car antérieurement, d’après un document du 21 septembre 1325, toutes ces fonctions étaient réunies entre les mains d’un seul trésorier, exerçant également celles de camérier. Du reste, les guerres du XVIe siècle ne respectèrent pas davantage les archives du chapitre, et l’évêque de Châlons reconnut par acte-. public que

(1) En 1273, le comte Henry donna au chapitre, pour augmenter la distribution de vin aux chanoines capellam aule nosire de virlute et ses dépendances, à charge de célébrer son obit et 3 messes par semaine pour le repos de son âme : fait à Vertus, le dimanche après l’exaltation de la croix, en septembre.

(2) Trente sols sur les deux maisons de la place de Vertus, appartenant à Albin, cure de Bergères, 30 s. sur une autre, 49 s. sur des vignes sises près la porte de Bergères, à Vertus. Après la mort du fondateur, la collation de cette chapelle appartint au chapitre.

la plupart des titres anciens de propriété avaient été pillés pendant de longues et regrettables luttes (23 mars 1602) (1).

Une fois, la collégiale encourut l’excommunication pour avoir refusé de payer le droit de six livres dues au pape ; elle acquitta sa dette et reçut son absolution le 29 août 1340.

Depuis ce moment , son histoire devient assez insignifiante . elle perdit considérablement de son importance à mesuie que les guerres vinrent diminuer son patrimoine, et, dans les deiniers temps, son personnel était réduit à un doyen et six chanoines. Chaque prébende ne valait pas plus de 200 livres.

Primitivement le personnel devait être de neuf chanoines; au XIVe siècle, il fut porté à quatorze prébendes , dont quatre sacerdotales et quatre chapellenies. La pauvreté du chapitre rendait ces titres d’un revenu tellement minime, que les chanoines étaient obligés de chercher leurs moyens d’existence en prenant des cures rurales. Marguerite, comtesse de Vertus, frappée du désordre, qui était venu à ce point qu’une messe basse était à peine célébrée chaque dimanche dans l’église capitulaire, fit réduire le nombre de prébendes à douze par bulle du pape Pie II ( octobre 1460).

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