IV. — Chapitre de Vitry
Le comte Henry de Champagne institua deux chapelains dans son château de Vitry-en-Perthois en 1150; la comtesse Blanche confirma cette création par une charte du 5 février 1 201 , mais bientôt elle se décida à constituer un chapitre dédie a Notre-Dame et composé de cent chanoines : ce nombre fut réduit peu après à quarante (charte de novembre 1212), et à seize vers 1510. Guillaume du Perche, évêque de Chalons, approuva la nouvelle collégiale en mars 1221 , et le comte Thibaut de Champagne la confirma en 1224 et en février 1229. En 1248, Nicolas du Pasquis y fonda une prébende. Nous voyons ensuite le comte de Champagne s’occuper fréquemment de ce chapitre; en 1265, il décidait que quand un chanoine viendrait à
(i) Toutes les pièces que je mentionne existent en original ou en copie authentique au dépôt des archives départementales de la Marne. Cette observation s’applique à tous les titres mentionnes dans cet ouvrage. Je n’ai pas cité un document sans 1 avoir vu de mes yeux.
mourir ou à quitter, sa prébende accroîtrait la manse canoniale. La même année, il ordonna que tout chanoine paierait cinq livres en entrant, chaque personnat dix livres : en 1295, quatre prébendes furent affectées aux chanoines qui assisteraient aux offices , ce qui ferait penser qu’ils ne se montraient pas très-zélés. Le roi modifia en 1302 la décision du comte Thibaut : à l’avenir le revenu d’un chanoine mort servit à acquitter les frais de son anniversaire. Des lettres de Charles VII nous apprennent que le roi payait chaque année au chapitre une maille d’or fin (19 mars 1440).
Le chapitre de Vitry avait été approuvé par bulle de l’année 1223: le pape reconnaissait , en outre, aux chanoines, le droit de tenir les écoles en ville. Il se trouvait sous la dépendance de l’abbaye Saint-Pierre-aux-Monts et du chapitre Saint-Etienne de Châlons qui nommait à la quinzième prébende.
Par une seritence arbitrale du mois de juin 1251, les chanoines de Vitry obtinrent la permission de transférer leur église du château « in vico qui dicitur Rachat inter domurn Bertranni » Bridolle et pontem Barre; » mais les bénédictins de Saint- Pierre eurent alors la jouissance de deux prébendes sans être astreints à la résidence, plus moitié des oblations des enterrements qui se faisaient à la nouvelle église. Les chanoines étaient en outre tenus de présenter les corps, excepté ceux de leurs domestiques non mariés, à l’église paroissiale, dédiée à Saint-Memmie. Un accord du mois de mai 1260 vint encore changer une partie deces dispositions: l’abbé de Saint-Pierre abandonna au chapitre la moitié des cires et candélabres qui se mettent autour du corps exposé et à l’occasion des anniversaires , se réservant seulement la moitié des cierges offerts au prêtre officiant, et la part de cire attribuée aux deux prébendes dont il jouissait.
Le chapitre très-jaloux de ses prérogatives déniait à l’évêque . le droit de le visiter, non plus que de visiter l’église de Vitryle-François quand il fut transféré en cette ville. Dans sa tournée diocésaine, en 1627, Henri Clausse voulut passer outre, mais fut repoussé et condamné par le Parlement. Les marguilliers de la paroisse refusèrent même de recevoir un prédicateur envoyé par l’évêque (1).
(1) Arch. de la préfecture de la Marne, rég. de la visite.
y Chapitre Saint-Laurent de Joinville.
Le chapitre Saint-Laurent de Joinville avait été fondé au X1P siècle par Geoffroy III de Joinville dans la chapelle du
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Jean de Joinville s’en occupa activement et établit dans cette église un autel consacré à saint Louis (1308). Il fit de nombreuses donations au chapitre: 10 septiers de blé sur Gondrecour (1); et 5 septiers 1/2 de froment de rente sur le moulin de la Fontaine (juin 1247); 12 septiers de blé en décembre 1254; 5 muids de vin de rente en novembre 1260; 42 sols de rente ès~arpens de Joinville, en novembre 1266. En 1281 , il reconnut au chapitre le droit d’avoir un homme franc taillable « pour sonner les cloches, et pour ânsgarder à la » passion pour netoier le monstier Saint-Lorant. » En juillet 1258, Jean de Joinville se fit concéder par le chapitre le droit d’avoir une chapelle dans une des tours du château (2) , mais reconnut, en novembre 1266, qu’il ne pouvait y faire chanter la messe sans permission du doyen. Une charte du mardi après la décollation de la Saint-Jean-Baptiste, 127 G par laquelle Jean engage au chapitre les ornements de la chapelle particulière pour une somme de quarante livres, donne de curieux détails à ce sujet. Le mobilier de la chapelle se compo-
m « Ce fu fait quand li mortranis (mortalité) courroit. j » — Tous ces documents sont extraits du cartulaire de S. Laurent de Joinville, copie manuscrite du XVIIe s. à la bib. imp., supplem. français, n 1054.
]e Jehan sire de Joinville, sénéchaux dé Champaigne, fait savoii à lois ceux au Verront ces lettres que li doien et li chapitre de 1 eglise S Loranz de Joinville m’ont offert à faire un oratoire en ma tornele de mon chastel prédist, mes hoirs ne je moi hevron pooir faire chanter messe oudit oratoire en ma manière ne par nul besoing que nos aient ny puissions avoir, et li devant dist doien et li chapitre feront chanter la messe oudit oratoire au jour des quatre festes chacun an et a la feste de S. M chiel, tant corne il leur plaira ; et li prestre qui chantera la messe seia des nrestres de l’église S. Loranz, et aura chacun des giors qu il i chantera toutes les offrandes qui vêtiront à ses mains et trois pains de neuf deniers de mon os?el et un quarte de vin ausi, qui seront au devant dit doien et du chapitre, et toutes autres offrandes qui venront audit oratoire aussi. Et pot aue ceste chose soit ferme et estable, je ai fait saeler ces letres de monsael. ïe fut fait l’an de grâce 1258, au mois de juillet.
sait de : « un vestiment inde, c’est à scavoir chasuble , aubes , » estole et fanon , et un autre vestement blanc , c’est à scavoir » chasuble, aube, amit, fanon et estole , tunique et dalmatique » blanche , et deux chapes de cuir royée , et deux custodes , et » un frontal à parer autel, et deux bras d’argent à reliques ; » c’est à scavoir Saint-Jorges et Saint-Jehan boche d’or, et » une croix de cristal et deux vasseliers d’argent et de cristal , » l’un de Saint-Jacques , de la joue , et l’autre du chief de » Saint-Estienne. » Le château de Joinville fut pillé par les Tards-venus vers 1 560 , et la chapelle incendiée peu après par accident. Malgré cela, on admirait dans l’église de la collégiale de magnifiques mausolées, c’étaient ceux de Jean de Joinville, de sa femme , de Anceau , son fils , et des deux femmes de ce dernier, Marie de Saarbruck et Marguerite, de Yaudémont; de Henry de Joinville et de sa femme ; de Ferry de Lorraine, d’Yolande d’Anjou et de Henry de Lorraine, évêque de Metz , qui avait fait bâtir une chapelle dans l’Eglise ; de Marguerite de Yaudémont et de son mari Ferry de Lorraine, sire de Rumigny, tué à Azincourt; de Claude de Guise et de sa femme, d’Antoinette de Bourbon, du duc François, son fils ; du duc Charles et de ses enfants; de François, prince de Joinville; de Charles, duc de Joyeuse ; de Louis , duc d’Angoulême ; de Roger de Guise; de Henry de Guise et de son fils, Louis-Joseph, dernier duc de Guise. Le trésor de la collégiale, également riche, possédait la ceinture de Saint-Joseph en soie blanche rapportée par Jean de Joinville en 1254, et un reliquaire de toutes les reliques de la sainte chapelle données par Charles IX au cardinal de Lorraine. Jean de Joinville y rapporta aussi l’écu de son oncle, Geoffroy Trouillard, qui avait été suspendu dans une église de Palestine en souvenir d’un exploit dont le récit n’est pas parvenu jusqu’à nous. Cette écusson , qui était écartelé des armes d’Angleterre, fut enlevé par les impériaux lors du pillage de Joinville, en 1 544.
Les princes de Lorraine ne se montrèrent pas moins généreux envers le chapitre Saint-Laurent que les premiers barons de Joinville; René II lui concéda le 1er mars 1503 les grosses dîmes de Dommartin-le-Franc et la collation de la cure de cette paroisse, à condition « que le doyen et le chapitre de la » dite église Saint-Laurent seraient tenus d’y nourrir et entre-
» tenir à toujours deux enfants de chœur de voix non » muée (1).»
On a tout récemment découvert le sceau du chapitre de Joinville (septembre 1854); il représente Saint-Laurent sur son gril avec cette légende: + S. CAPITVLI. S. LORANZ. JOINVILLE.
Le personnel du chapitre se composait d’un doyen, de huit chanoines et de deux demi-prébendés : les quatre premiers furent institués par Geoffroy III, les quatre autres par son frère, Guy, évêque de Châlons, elles deux derniers par Geoffroy IV, de Joinville: en 1505, le pape Jules II amortit une de ces canonicats pour les convertir en deux demi-prébendes. Plus tard, le duc René de Lorraine créa à son tour un maître de chapelle et quatre enfants attachés au chœur : toutes les charges capitulaires étaient conférées parles titulaires entr’eux (2).
De ce chapitre dépendait celui de Sailly qui, d’après Du Gange, fut fondé par les seigneurs de Joinville et de Sailly : il fut supprimé en 1600; deux des six prébendes qui y existaient
(1) Arch. de la maison d’Orléans, carton de Joinville, 14-, liasse 262.
(2) D’après le procès-verbal dressé en 1790 par les officiers municipaux de Joinville, voici en quoi consistaient les biens du chapitre :
Dîmes et portions de dîmes à Donjeux, Rupt, Pansey, Osne-le-Val, Evesqueville, Gillaumé, Echenet, Avrainville, Noncourt, Charmes, Magneux, Cousancelles, Montreuil, Vaucouleurs, .Ferrières, Sommermont, Sailly, Dommartin-le Franc, Chevillon, Vaux, Gudmont.
La terre de Chancenay.
Des gagnages à Pansey, Eclaron, Echenet, Domhlain, Morancourl, Noncourt, Charmes-la-Grande, Mandres, Magneux, Cousances, Cousancelles, Wassy, Avrainville, Guindrecourl, Fays, Sommermont, Breuil, Belloncourt, Bayard, Ambrières, Burres, Baudrecourt, Maconcourt, Halignicourt, Suzannecourt.
Un cens sur la communauté d’Evesqueville.
Des vignes à Joinville, Poissons, en tout 181 journels.
Des maisons et prés à Joinville.
Un pré à Thonnance.
La chapelle Sainte-Anne au cimetière de Joinville.
Des biens à Courcelles, et enfin 035 arpens de bois. Ce qui constitua, en 1790, un revenu de 549 boisseaux 1/2 de blé, 602 d'avoine et 8606 livres 13 sols pour les dîmes et pour le surplus de 897 boisseaux de blé, 683 d’avoine et 10118 livres 19 sols. A cette époque, le personnel du chapitre se composait de MM. Ledeschault, doyen; Petitjean, Dosne, Bluget, Ganthois, Valdruche, Paillette, Durant, Devilliers, Corner, chanoines.
furent, attachées à l’hôpital Sainte-Croix de Joinville; une troisième au monastère des bénédictines de Notre-Dame de la Pitié, les trois autres furent converties en simples bénéfices : du reste, toutes les six réunies ne valaient pas plus de quatrevingts écus en 1711. Ges bénéfices étaient alternativement conférés par l’évêque de Toul et le chapitre de Joinville.