‹ Diocèse ancien de Chalons-sur-Marne histoire et monumentsChapitre 24 sur 128 · I. — Abbaye de Trois-Fontaines · texte numérisé non relu

I. — Abbaye de Trois-Fontaines

Trois-Fontaines était un des plus riches monastères de la province; à la fin du dernier siècle, il possédait près de vingt mille arpents de bois, et rapportait annuellement cinquante mille livres de rente. Cette abbaye portait le titre de première fille de Clairvaux, et devait sa fondation à Saint-Bernard; c’est donc le premier établissement de Citeaux dans notre diocèse, et il reconnaissait pour fondateurs le comte Hugues de Vitry, Pierre-le-Vénérable, abbé de Cluny, Benoît, abbé de Saint-Pierreau-Mont, et le chapitre de Compiègne. La charte du comte de Champagne est de 1116, mais ce ne fut que deux ans plus tard que l’illustre abbé envoya des moines à Trois-Fontaines, que l’on voit, dès ces premiers temps, grandir au point qu’en 1137 six autres abbayes se reconnaissaient pour ses filles. Cheminon, Monstier-en-Argonne et Haute-Fontaine, dans le diocèse de Châlons, Les Chalade et Châtillon, au diocèse de Verdun et Orval, dans le diocèse de Trêves. Les comtes de Champagne se plurent à augmenter ses biens en lui cédant de vastes territoires (1150) ; Thibaut IV les prit sous sa protection spéciale (novembre 1223); les comtes de Flandres et de Bar, les évêques de Châlons, de Verdun et de Toul, imitèrent cet exemple, et élevèrent le monastère ainsi rapidement à ce rang distingué qu’il a occupé jusqu’en 1789, et qui en a fait demander l’investiture par les personnages les plus éminents. Douze papes confirmèrent les privilèges et les libertés des moines de Trois-Fontaines; la plus ancienne de ces bulles est celle d’innocent II, datée des idées de janvier 1 1 41 . La bulle du pape Alexandre III, de 1178, mentionne les granges — on sait que ce nom désignait alors les exploitations agricoles — de Beaulieu, Bronne, Rancières, Bar, Hoxerie, Villers-en-Chêne et de nombreuses forêts : en 1219, on vit paraître dans les chartes la Neuve-Grange près de Robert-Espagne. Les moines ne se bornaient pas à ces seuls travaux de culture ; ils faisaient valoir de nombreux

moulins, et, en 1 1 71 , le comte de Champagne leur concéda l’usage de ses mines deWassy, pour les besoins de leur haut-fourneau; il est très curieux de voir les Cisterciens s occuper de cette industrie, et je crois que c’est un détail peu connu jusqu’à ce jour.

L’abbé jouissait de plusieurs privilèges remarquables; il n’était point obligé d’exécuter les excommunications lancées contre les bienfaiteurs du monastère (bulle d’août 1235); il ne pouvait être excommunié, ainsi que ses religieux, que par 1 ordre exprès du pape (1243); il pouvait refuser aux évêques et à leurs gens en passage chez lui le logement et jusqu aux choses les plus nécessaires, de peur que par la suite un tel précédent ne donnât lieu à l’établissement d’une servitude (1254); enfin, il avait l’autorisation de faire célébrer la messe dans toutes les fermes de l’abbaye (1255). Sa juridiction était absolue pour tous les délits commis dans ses forêts ; les officiers de sa gruerie en connaissaient, et un arrêt du parlement confirma ce privilège que le grand maître des eaux et des forêts avait essayé de faire supprimer (21 février 1697). En 1529, le pape Léon X permit à Louis de Dommange, 38e abbé, l’usage de la mitre et de la crosse.

Trois-Fontainés n’eut point à souffrir des guerres, et ses annales ne contiennent rien d’autre que la mention de querelles avec les abbayes voisines, surtout avec celle de Cheminon, qui

lui contestait à chaque instant quelques portions de ses droits ou

de ses biens. Elle comptait près de cent villes ou villages parmi ses tributaires : Bar-le-duc, Bettancourt (1117), Bronne (1150), Husserie (1150), Lambroye (1117). Saint-Dizier, Wassy, Villersle-Sec (1151), et les seigneuries de Trois-Fontaines et de Baudevilliers, etc.

L’abbaye avait été reconstruite presqu’entièrement en 1741 , et il reste aujourd’hui une bonne partie des bâtiments conventuels d’un aspect vraiment grandiose; on peut même voir encore des fragments de quatre siècles antérieurs, qui sont convertis en une habitation particulière, avec les jardins du monastère, arrangés d’une façon trop moderne; l’église du village en dépendait. Sur une porte de style gothique, mais maladroitement réparée au siècle dernier, on remarque deux statues très an ciennes et d’un assez bon travail, de la Vierge et de saint Hubert, qui était en grande vénération dans le pays; on célébrait tous les ans sa fête au monastère, et un nommé Mengin la

Guide avait fondé dans l’église abbatiale une chapelle en son honneur, le 24 novembre 1514.

État des biens de l'abbaye de Trois-F ontaines , extrait de l’inventaire des chartes de ce monastère, dont une copie authentique est

conservée aux archives départementales de la Marne.

AlLLANCELLES, pré (1209).

Andernay. — Prés francs des dîmes dues à l’abbaye de Jand’heurs (juillet 1201). — Un muid de blé sur le moulin, pour l’obit de Philippe, châtelain de Bar-le-Duc (octobre 1300).

Arzillières, rente en grains (1240).

Aunoy, rente en grain sur le moulin (1222).

Bazincourt. — Les dîmes et rente d’un parc constituées par Varnier, fils d’Albert, chevalier d’Amance, vassal de Thibaut, comte de Bar-le-Duc (août 1213),— prés, pâturages, donnés par Colard, chevalier d’Haussignémont (1218).

Baudonvilliers. — La seigneurie entière à dater de 1198. — L’église, cure, dîmes, fermes, bois.

Bettancourt-là-Longue, terres.

Bettancourt-la-Ferrée, prés, pâturages.

Beurey et Robert-Espagne, pâturages, moulins, four, rente en grains. — Dîmes du fief de Pineval.

Belesme, portion des dîmes.

Brillon, rente en grains, constituée par Thibaut de Landricourt et Isabelle, femme de Guillaume, sire de Landricourt (avril 1241).

Bronne. — Cense (1165). — Pâturages.

Chalons. — Cense en diverses maisons (1194, 1214). Maison de refuge, dite Ridefort (1 194) dans laquelle l’évêque de Châlons permit à l’abbé d’ériger un autel (décembre 1228).

Charmont. — Rente sur les terrages (XIIIe siècle).

Cheminon. — Bois de Moilleberbis (1270).

Combles, tiers des dîmes (1235).

Contrisson. — Pré donné par Renaut, comte de Bar-le-Duc (1147?). — Cense, pêche, bois, concédés par Albert de Saint- Lumier, moine de l’abbaye. — Ferme. — Part de dîmes, aumônée par Yaucher de Yavincourt.

Coupéville. — Terrage. — Rente en grains.

Couvrot, vignes (1236). — Dîmes.

Culey.— Geoffroy, chevalier de Nonsart, donna au mois d’octobre 1249 tout ce qu’il possédait en ce lieu.

Doucey, Vaurer, terres.

Drouilly, rente en grains (1289).

Eclaron, dîmes, prés donnés par Etienne d’Eclaron (1225). Ecrienne, dîme dés charrues (1218). — Part de dîmes (1227). Frignecourt, moulin (1237). — Rente en grains. Hkilz-le-Hutier, tiers des dîmes (1232). Ferme. Heilz-l’évêque, deux maisons cédées par 1 éveque pour un obit (1502).

Jkllacourt. — En 1189, Henry, comte de Montion, approuve la donation faite par Théodoric de Montion, chevalier, à l’abbaye, d’une maison avec cinquante arpents de bois, quarante de terres arables, cinq fauchées de pré.

Gerrey, Rumont. — Alleu donné par Adam de Couzance, chevalier, en 1189.

Gondrecourt, la seigneurie (1128).

Làvincourt, dîme, rente en grains (1266).

Louvemont, pré (1217).

Mailly, rente de 100 sous sur le péage (1208).

Màupas, alleu (1224).

Magnéville, pâturages (1 1 96), cédés par Yiard de Risnel, chevalier.

Moncel, rente en grains (1226).

Monplonne, rente en grains (1212).

La Neuville-sur-Orne, pré (1489).

Perthes, cense (1505).

Plichancourt, prés, terres, (1241).

Ponthion, prés (avant 1 479).

Pargny, prés, pêche, (1186), part de dîmes (1273).

Rancières, fermes (1152), seigneurie.

Rancourt, cense (XIIIe siècle).

Revigny, rente en grains (1263).

Richebost, terres (1271).

Rosey, pré, bois (1147).

Saint-Dizier, rente en grain sur le moulin (1230). Saint-Eulien, rentes en grain, pâturages, 18 arpents de bois (1218).

Saint-Jean-sur-Moivre, moulin, cense, (1156).

Saint-Lumier, rente en grains (1253).

Saint-Vrain, droits divers (1485), seigneurie.

Somme-Logne, pré, dîmes, (1189).

Tremont, bois (1373).

Tronville, pré donné par Varin de Honsars, chevalier, en

Vanault, rente en grains (1208).

Vassincourt, rente en grains.

Vaucler, rente en grains (1202).

Ville-sur-Saux; quart dubois de Scru (1226).

Vjllers-en-lieu, seigneurie (XIIe siècle).

Vernoncourt, pâturage (1217).

Villers-le-sec, bois de 240 arpents, pâture, cense (XIIIe siècle).

Villers-le-chêne, ferme (1170), bois de Javart (1178); alleu donné par Hugues-le-Gros, chevalier de Ligny, en 1175.

Vilotte, fermes (1211, 1294), dîmes (1199).

Vitry-le-Brulé, maison (1 193), vignes, terres.

Vrainville, dîmes en partie (1485).

Wassy, forge, maison, terres (1175), vignes (1210), granges.

Ulme, rente en grain (1260).

Anciennement des biens à Verdun, et à Vie.

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