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III. — Abbaye de Haute-Fontaine

L’origine de cette abbaye, fille de la précédente, est assez obscure, bien que les auteurs de la Gallia Christiana en fixent positivement la fondation au troisième jour des ides de juillet 1136; il ne reste aujourd’hui aucun titre qui puisse per-

mettre de discuter ou d’établir le fait. Les archives de Haute- Fontaine sont d’une désespérante pauvreté, et depuis fort longtemps, car une bulle du pape Benoît XI reproche aux moines la négligence qui leur a fait perdre la plus grande partie de leurs titres (septembre 1304). Quoiqu’il en soit, le monastère existait en 1 1 41 , ce qui est prouvé par une charte dans laquelle Isambard, comte de Vitry, donne aux religieux de Haute-Fontaine des biens considérables situés entre Landricourt et Sainte-Livière à Bonnevais, avec l’usage et le droit de passer dans ses forêts; dans la même pièce, le comte Thibaut, en accordant son autorisation, ajoute de son chef le don du fief de Sainte-Marie. Le pape Honorius III confirma, en 1218, ces biens, auxquels le comte de Flandre ne tarda pas à en ajouter de nouveaux (1241). C’est à peine si, dans le fond de ce monastère, on compte en tout une douzaine de chartes antérieures au XIVe siècle; par l’une d’elles, du mois d’avril 1274, Guy de Dampierre, sire de Saint-Just, donne à l’abbaye une croix d’or fin garnie de saphirs et autres pierres précieuses, avec un piédestal en argent.

Cette abbaye ne prit jamais un grand développement; ses biens se bornaient à quelques territoires voisins, et d’ailleurs, l’abbé de Trois-Fontaines y exerçait une surveillance sévère et se montrait jaloux d’y conserver sa suprématie: elle traversa l’époque de la ligue sans avoir à souffrir sérieusement des guerres. En 1547, les impériaux l’attaquèrent, mais en furent vigoureusement repoussés par l’abbé Jean de Montluc, et ne purent achever leur œuvre de destruction; ce Jean de Montluc, frère du célèbre maréchal, fut d’abord employé par François Ier et Henry II, comme ambassadeur en Angleterre, en Ecosse, en Italie, en Allemagne, et contribua beaucoup à l’élection de Henry III, au trône de Pologne : il avait été nommé en 1 547 à l’abbaye de Haute-Fontaine, et fut promu en 1559 à l’évêché de Valence.

En 1600, Haute-Fontaine était en outre sous la dépendance du duc Piney-Luxembourg, et j’ai trouvé une charte de lui, par laquelle il accordait aux religieux le droit de chasser au bois et

(1) Ce document est extrêmement curieux.

Nous François de Luxembourg, duc de Piney, pair de France, conseiller du roy en ses conseils d’Etat et privé, capitaine de cent hommes

de porter l’arquebuse (1). En 1789, Haute-Fontaine ne comptait qu’un très petit nombre de moines, et rapportait six ou sept milles livres. Les bâtiments étaient vastes et remarquables; agrandis d’abord par Jean de Montluc, ils le furent encore par l’abbé Le Roy, en 1670, et leurs débris, transformés aujourd’hui en maison de campagne, sont du plus pittoresque aspect; on y remarque quelques vestiges du XIVe siècle et un cloître plus récent, en bon état de conservation.

Etat des biens de l'abbaye de Haute-Fontaine, d'après le fond des archives du monastère, conservé au dépôt de la Marne.

àrigny, le tiers des dîmes donné en décembre 1219, par Roger Grozos, chevalier d’ Arigny : grange achetée en 1452 à Aubert, seigneur du lieu.

Bonnevais, terres et droit de glandée, (1222).

Champaubert, Isle, terres.

Le Charmc, Ecolemont, ferme.

Chalons, une maison donnée par Jean Barrat, chevalier, au XIIIe siècle.

Cloyes, rente donnée par Jacques de Monte-Aspero, chanoine de Vitry (1249).

Les Grandes-Cotes, terres.

Eclaron, prés donnés avec les pâturages des bois, par Etienne d’Ambrières, chevalier (1218).

Garsault, grange de Gunhersault, et bois voisins donnés en 1168, par Albert, fils de Guy ad buccam.

Hauteville, dîmes cédées parles moines du Der; rente constituée, en 1260, par Henry, chevalier.

d’armes des ordonnances de S. M., savoir faisons que sur la requeste a nous faicte par nos féaux et amés les abbés et religieux deHaulte-Fontame, estant nar la vollonté du roy eu notre protection, nous leur avons — en vertu du pouvoir qu’il a plu à S. M. nous donner, de faire chasser et tirer 1 arquebuse, par son arrêt du 22 mai 1599, signe Henry et plus bas Pothier avons permis et permettons de porter l’arquebuse et a leurs forestiers, ou gardes des bois et au-dedans des territoires, justice et finage dudit Haulte- Fontaine, et d’aller tirer aux loups, renards, oiseaux de vivier elaultres gibiers non défendus par les ordonnances royaulx, conformement a notre poulvoir. En vertu duquel, etc., scellé à nos armes, en noslre hostel a Pans fe 19° jour de may 4600. François, et plus bas, Callot.(Arcâ. delà Préfecture).

Heilz-le-Hutier, rente sur les dîmes (1226).

Huiron, pâturage au bois de Yermond, chevalier du lieu, (1 1 91 ) .

Humbécourt, Alichamps, rente (1241).

Hoiricourt, terres.

Landricourt, terres et bois (1171) ; 80 fauchées de prés données par Hugues, seigneur du lieu (1199).

Lhuistre, terres (1185).

Moeslain, glandée sur les terres de Guy, seigneur du lieu, (IM 89) .

Nuisement, l’abbé de Saint-Léon de Toul remit aux frères de la grange de Gunhersault (Gonhardi saltus) la clef de la maison de Pontus (1133).

Pringy, terres (1174); pressoir donné par Odo, chevalier du lieu, avant 1222.

La bulle de Henri III, en 1223, énumère lesbiens de l’abbaye comme situés à Haute-Fontaine, Gersaux, Bonnevais, Pont, Charme, Lhuistre et Pringy (toutes granges); rente de 24 septiers d’avoine, sur les moulins de Haute-Fontaine, terrage de Blesme; biens à Champaubert, Hallignicourt, Isle, maison et jardin à Vitry, etc., etc.

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