‹ Diocèse ancien de Chalons-sur-Marne histoire et monumentsChapitre 31 sur 128 · III. — Abbaye Notre-Dame de Vertus · texte numérisé non relu

III. — Abbaye Notre-Dame de Vertus

Non content d’avoir appelé à Vertus les Bénédictins, le comte Thibaut Ier de Champagne voulut aussi y introduire les chanoines de Saint-Augustin et les installa à 1 intérieur de son château, dans l’enclos duquel il leur céda deux arpents de terre et bientôt le monastère se trouva patron des églises de Colligny, Clamanges, Coizard, Renneville, Saint-Grégoire, Poivre et de six autres avec la dîme et le charnage à Vertus : à ce moment, il était placé sous le vocable de Saint-Martin et nommait à la cure de Vertus, sous la juridiction de l’évêque de Châlons, quoiqu en 1111 l’abbé Anchère ait voulu se soustraire à cette espèce de vasselage Cette difficulté se termina à l’amiable. Anchère remit la cure entre les mains de l’évêque Hugues qui la lui rendit immédiatement « sub subjectione et servitio» , et ces prétentions ne se représentèrent plus; mais en 1120 une sentence arbitrale fut encore nécessaire pour rétablir le calme entre les chanoines et les bénédictins de Saint-Sauveur qui prétendaient à tort au droit curial ; ces dissensions se renouvelèrent assez fréquemment , et le pape Innocent III dut intervenir en 1 198.

En 1167, un incendie réduisit la ville de Vertus en cendres , les chanoines de Saint-Martin , grâce à leur position dans l intérieur du château, ne souffrirent pas de ce désastre, mais en profitèrent pour obtenir du comte Henri-le-Libéral leur translation4 à l’extrémité du faubourg du levant. Henri leur donna 26 arpents qui furent aussitôt enclos de murs. Les bâtiments s elevèrent rapidement et l’église tut promptement tei minée et mise cette fois sous le vocable de Notre-Dame. Le comte de Champagne ne borna pas là ses libéralités : il donna la cense de la Motte-Noire, le mouiin Le Comte ou du Puits-Saint-Martin, le pré l’Abbé et plusieurs autres le long de la Marne, entre Atlas et Epernay, le fief de la Folie , autrement dit de la Madeleine ; l’exemption du droit de minage à Vertus pour les hommes du monastère, l’usage dans les forêts de Wassy et de Tandy, près Château-Thierry, pour le chauffage et les constructions « ligna » scilicet mortua ad comburendum et viva ad ædificandum » , privilège confirmé en 1336 par la reine Jeanne. Une nouvelle foire fut aussi établie à Vertus le lendemain de la Nativité de la Sainte-Vierge, dans le ban de l'abbaye, et les moines eurent

le droit, pendant le temps qu’elle durait, de percevoir une pinte sur huit vendues par les cabaretiers. Enfin les abbés exercèrent entière justice dans la rue Saint-Martin, près du château, et sur le faubourg Notre-Dame; le comte de Champagne alla encore plus loin, en leur concédant le même droit sur toute la ville la veille, le jour et le lendemain de la Nativité de la Sainte-Vierge. Ce privilège fut maintenu, en 1457, par arrêt du parlement, contre le duc d’Orléans, comte de Vertus. Il ne semble pas, du reste, que les moines aient beaucoup usé de ce singulier privilège : on n’en peut guère citer qu’un exemple : un orme avait poussé dans la rue de Châlons et gênait singulièrement la circulation par ses énormes proportions; le bailliage se refusa longtemps à l’abattre, quand, à la fin du siècle dernier, l’abbé profita de son droit, à l’approche de la Nativité , et fit abattre le malencontreux arbre "(I).

Nous parlerons encore une fois des comtes de Champagne ; en 1261, Thibaut 4 donna à Notre-Dame la léproserie de Vertus et ses dépendances , à charge de payer 40 sols, monnaie de Champagne, par an à chaque malade, d’entretenir les bâtiments de cet établissement et de faire chanter trois fois par semaine la messe en la chapelle de celte maladrerie , dédiée à saint Nicolas. Les religieux de Notre-Dame se conformèrent assez mal à leurs engagements , car un arrêt de la chambre souveraine de la Charité les condamna, en 1607, à reconstruire « la maison des lépreux et à remettre ès-mains du maire et des » échevins de Vertus la copie ou titre concernant l’ordonnance » du comte Thibaut. »

L’abbaye eut à souffrir cruellement; elle fut une première fois incendiée en 1227, lors de la révolte de Thibaut-le-Chan-

(1) Nous empruntons presque tous les documents relatifs aux abbayes Saint-Sauveur et Notre-Dame-de-Vertus aux savantes études publiées par M. Maupassant, dans le Bulletin de la Société d’ Agriculture de la Marne en 1838 et 1839; ses recherches ont été dirigées avec une véritable érudition, et nous avons été heureux de rencontrer ce guide pour nous aider un peu dans notre travail

Aucune de ces pièces anciennes n’existent aujourd’hui, mais elles sont soigneusement mentionnées dans un inventaire dressé en 1669, et dans un autre répertoire antérieur d’un siècle, intitulé : « Extraicis des sacques, » conlenanl les droicls de l'abbé et des chanoines de Nolre-Uame-de- Vertus. » (Arch. de la Préfecture).

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sonnier contre le roi; elle le fut à trois reprises pendant la longue guerre des Anglais, en tr autres sous le gouvernement de l’abbé Michel Joly (1430). Chaque fois elle s’était relevee de ses ruines, mais bientôt le prince de Condé avec ses bandes réformées, vint y porter le dernier coup ; elles parurent aux portes de Notre-Dame en 1568, et n’y laissèrent rien debout; les moines dispersés ne se réunirent plus, et le monastère ne fut plus qu’un simple titre; l’abbé commendataire dut payer le curé et un des vicaires de Vertus; le curé devait être chanoine de Saint-Augustin et portait le titre de prieur. Enfin ,1a e donnait 200 livres à un moine, pour célébrer la messe dans a chapelle élevée sur les ruines du monastère, pour se contormer à la fondation que le comte Thibaut avait faite pour le repos de son âme et de celle de sa mère. f

Comme on le conçoit, les rentes servies à 1 abbe oommendatairepar les fermiers furent loin de s améliorer, en 1 /6 , le revenu net s’élevait à 7,845 livres , 12 sols , 2 deniers et un certain nombre de poulets, chapons, oies et canards sauvages, dans ce chiffre, la dîme des terres de Vertus figurait pour 1506 livres, et la dîme des vignes pour 1179 livres, 6 sols,

9 deniers; depuis longtemps, la dîme du charriage avait ete rachetée par les habitants. En 1 782 , l’abbé de Bouzet fut oblige de reconstruire la chapelle dans laquelle on conserva les murs de la nef de l’ancienne église , et en faisant des fenetres avec

les arcades; elle fut démolie en 1806 (1). , .

La révolution, dès son début, anéantit aisément les derniers souvenirs de l’abbaye de Notre-Dame ; les dîmes furent naturellement supprimées en 1790, et. les biens situes sur les territoires de Bergère, Broyés, Aulmzeuil, Foucheray etc ven us à vil pris; le prieuré de Gault dépendait egalement de 1 abbaye.

IY Abbaye de Notre-Dame de Chatrices.

Les documents manquent absolument pour l’abbaye de Chatrices établie dans une ravissante position , au milieu d u vallon verdoyant, sur la rivière d'Aisne , aux pieds des coteaux

(i) La chaçelle, démolie en 1782, avait été construite dans le chœur de l’ancienne église.

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boisés de la forêt d’Argonne ; les incendies répétés qui réduisirent ce monastère en cendres, n’ont rien laissé subsister de ses archives antérieurement au XVIe siècle ; or, pour les temps anciens, on est obligé de s’en rapporter aux auteurs qui se sont occupés de l’histoire monastique. Albéron, évêque de Verdun, envoya à Chatrices huit chanoines réguliers de Saint-Augustin, entre 1137 et 1145, sous la conduite d’Eustache, également abbé de Monstier-en-Argonne, alors placé sous la même règle 1 . Le pape Célestin III confirma les biens de Chatrices par une bulle, datée du 28 avril 1 197; c est 1 unique pièce ancienne échappée aux incendies , et qui puisse donner une idée de la richesse du monastère , qui comptait , dès cette époque , une douzaine de tîefs, et les cures de Montcetz, Hersonval et du Vieil-Dampierre. 4 ers 1189, Renard de Dampierre, au moment de partir pour la croisade, donna à l’abbaye la dîme de Sparneia Epense; 1202). Son fils, également nommé Renard, ajouta quelques années après, a cette libéralité, avec l’autorisation du comte Thibaut de Champagne, la dîme et le fourneau bannai du Vieil-Dampierre. Au mois de juin 1259, les moines se mirent sous la protection spéciale du comte, lui rétrocédèrent I usage, de la forêt de Verrières en échange de 120 arpents de bois au lieu dit les Alloës ; une charte, rapportée dans le grand cartulaire de Champagne (2), prouve, qu’en 1266, le prieur de Chatrices ne tint pas compte de cette soumission, et fitprocéder à l’élection d’un abbé, sans l’autorisation de Thibaut V, qui voulait l'empêcher de passer outre.

Pendant le moyen-âge, on ne peut citer presque aucun fait; en 1209, on voit l’abbé Guiibert céder un terrain à Rotunchamp mont de Passavant), au roi de Navarre, pour la construction d’une forteresse, et l'abbé Aubert, en juin 1247, lui abandonna ce qui restait aux religieux dans cette localité.

Les protestants attaquèrent l’abbaye en 1562, et y mirent une première fois Je feu ; ils recommencèrent en 1597 ; pendant le siège de Sainte-Ménehould , les religieux se retirèrent dans la maison de refuge qu’ils possédaient en cette ville, et, pres-

k ^irha//m Christ. IX, col, 952. — Waseburg, dans ses Antiquités neiges, f’ 299 ; mais on y voit de nombreuses erreurs.

Libft principum, à la Bibliolh. Imp., département des manuscrits.

qu'aussitôt après leur départ, les soldats de M. le Prince pénétrèrent dans le monastère, pillèrent jusqu aux plus simples ornements de l'église , déchirèrent en mille morceaux les pièces des archives et incendièrent les bâtiments (octobre 1652) (1). Le feu y prit encore le 9 octobre 1696 ; on les reconstruisit en 1709, et l'église en 1717 ; il n’en reste rien aujourd hui que quelques communs sans importance. ,

Cette abbaye, spécialement protégée par es seigneurs Dampierre et d'Elise, avait de nombreuses dépendances; des fermes à Herpont , la Chapelle , Elise, la seigneurie de Chair, ces, 1,500 arpents de bois, etc.; un état du 12 decem le ( ,

prouve quelle rapportait, net de toutes charges, b, 501 livres,

6 sols, 4 deniers.

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