CHAPITRE IV
Prieurés : Epincuseval. - La I'itié de Joinville. - Saint-Michel. - Sainte-Ame. - Sermaae
Ulmoy. — Vinelz. — Les Hcrmites de Wassy. — Anciens monastère abandonnés. — Hancourt.
Vanault. — Véqueville.
,le n’ai pas la prétention de donner ici l’historique de tous les prieurés du diocèse comme je l’ai fait pour les abbayes ; tous d’ailleurs relevaient de monastères etleurs annales sont complètement confondues.il en est quelques-uns cependant qui méritent une mention et qui présentent une importance presque aussi considérable que des abbayes, je veux parler de ceux de Vinetz d’Ulmoy, de Sermaize, d’Epineuseval, deValdosne, etc. Un grand nombre n’ayant laissé d’autres traces que leurs noms et le sounir de leurs archives dispersées aujourd’hui, ne permettent pas que l’on songe à reconstruire leur passé; d’autres ne consistaient qu’en un titre attaché aune cure; je vais essayer d’en donner une nomenclature aussi exacte que possible. De l’abbaye de Monlier-en-Der relevaient les prieurés de Larzicourt, dePerthes, deRosnay, de Ville-en-Blaisois, de Flammeréeourt et de Sainte-
Anne de Villiers-en-Lieu , tous simples prieurés -cures au XVIIe siècle. De Toussaints dépendaient : le prieuré de Sainte- Geneviève-de-Sivry, le prieuré-cure d’Ante, ceux de la Veuve, Saint-Nicolas d’Oger, du Mesnil Oger et de Saint-Michel. De Saint-Pierre-au-Mont : Chaintrix, prieuré-cure, Sainte-Croix de Vitry, Sainte-Geneviève de la même ville et qui existait dès 1 168, et Saint-Crépin de Possesse, fondation des seigneurs de ce bourg et qui jouissait d’assez riches revenus en 1172. Saint- Sauveur de Vertus avait les prieurés-cures de Givry, de Loisyen-Brie et de Villeneuve et celui de Grauves.
Parmi les autres prieurés d’une importance très secondaire, je citerai le prieuré de Saint-Chéron, à l’abbaye de Saint- Memmie, qui compta jusqu’à six religieux, mais qui au XVIIe siècle n’avait plus qu’un titulaire ; le prieuré de Horricourt à l’abbaye de Moustier-la-Celle (diocèse de Troyes) ; le prieuré de Charmont , à l’abbaye de Huiron ; le prieuré de Auzecourt appartenait en 1259 à l’abbaye Saint-Vanne de Verdun, à celle de Beaulieu en 1446, et postérieurement fut réuni au grand séminaire de Châlons; le prieuré de Vanault-le-Chatel à l’abbaye de Gorze ; le prieuré de Saint-Thibaut, avant de Passeloup, à Saint-Dizier, dépendant de l’abbaye de Saint-Urbain et qui ne consistait plus, en 1628, qu’en une mauvaise chapelle de bois; le prieuré Saint-Jacques de Joinville, de la filiation du même monastère, et existant avant 1181 (1 ) ; le prieuré-cure de Gorzon , à l’hôpital Sainte-Croix de Joinville; quant aux prieurés de Loupvemont, de Saint-Thibaut de Vitry, dePré-sur-Marne quiremontait au XIIIe siècle et n’était plus au XVIIe qu’un prieuré-cure, de Guincourt à Junecourt , je n’ai pu retrouver leur filiation nulle part. L’abbaye Saint-Remy de Reims avait un prieuré dans le diocèse de Châlons, celui de Braux-Saint-Remy , qui reçut en dot de l’évêque Erlebert les autels de Verno, Failly et Villiers en 1128, et dont au siècle suivant Erard de Thuisy vendit l’avouerie au monastère. L’abbaye Saint-Vanne de Verdun possédait celui de Chaudefontaine (2) , qui lui fut enlevé en 1606 pour être donné aux Pères Jésuites et réuni après la des-
(1) Archives départementales de la Haute-Marne .
(2) Je ne m’arrête pas sur cet intéressant prieuré , parce que son histoire est tellement liée avec celle du village, que j’ai cru devoir la renvoyer au deuxième volume de cet ouvrage.
traction de cet ordre à l’hôpital de Reims. Enfin l’ordre des Rillettes disposait du prieuré de Boucheraumont situé près de Donjeux, au confluent de la Marne et du Rognon et qui jouissait des biens d’une valeur de 4 à 500 livres de rente.
1 — - prieuré d’epineuseval.
Guy et son fils Guillaume de Dampierre, seigneurs de Saint- Dizier, laissèrent dans la Champagne de nombreuses traces de leur haute piété ; la plus importante de leur fondation est celle du prieuré de Notre-Dame d’Epineuseval , qu ils établirent près de Villiers-au-Bois, et dotèrent richement ; une charte royale de l’année 1294, nous apprend que le prieur avait dû payer à l’État 78 livres 10 sols, pour l’investissement de 140 nouveaux journels de terre. Ruinée par les guerres de religion qui, comme nous avons déjà eu des occasions de le remarquer, furent terrible dans le Perthois , la maison perdit beaucoup de son importance; en 1318, on y comptait sept religieux; en 1628, il n’y en avait que trois avec le prieur commendataire , et les bâtiments s’écroulèrent avant le commencement du siècle suivant et demeurèrent inhabités ; le prieuré qui appartenait à l’ordre des Chanoines Réguliers de Saint-Augustin, fut supprimé en 1776, et le seul vestige qui en reste consiste en deux très jolies statuettes de pierre conservées à la chapelle du château de Bienville. Tout le reste a disparu. Les biens de ce prieuré étaient considérables; on en peut juger par l’état que j’ai extrait de l’inventaire général des revenus temporels dressé en 1720 (1) :
Avrainvïlle , ferme, 4 septiers de rente sur la dîme pour 4 messes annuelles.
Ancerville, rente de 8 septiers de grain sur les terrages donnés par Gobert d’Apremont, en 1228.
Bienville, dîmes par échange avec l’abbaye de Saint-Urbain (1250).
Brouvilliers, terre.
Bettancourt-la-Ferrée. Le 22 janvier 1402, Edouard, sire de Saint-Dizier, abandonne ce qu’il a en ce lieu et paye 100 écus d’or pour son obit.
(1) Manuscrit de la Biblioihèque impériale, topogr. de Champagne, torn. xvi.
Chatonrup, deux tiers des dîmes vendues par Hue de Chantonrup, en 1268.
Cousance , part de dîmes données, en 1216, par Aubert de Narcy.
Chamouilly, dîmes, terrages, moulin par échange avec l’abbaye de Saint-Urbain.
Epine use val, seigneurie, ferme du Bonneteau, moulin.
Eclaron, ferme.
Eurville, part de dîmes, terre.
Flornoy, pré.
Gourzon, dîmes, terrages, fourbarinal, échangé contre une rente de trois septiers de blé sur la dîme de Chatonrup (1272).
Gigny, une chaumière [sic) .
Humbécourt, ferme (1529).
Halignicourt, part des terrages.
•Joinville. En 12/8, Jean de Joinville cède au prieuré une rente de 60 sous sur les rentes de cette ville, en échange du droit que les moines avaient de prendre dans les bois de Wassv et Villiers dix charrettes de bois à vignes par an.
Les grandes et petites Cotes, rente de 38 septiers sur les dîmes constituées par le seigneur de Saint-Dizier (1257).
La Noue, ferme.
Morainvilliers, moitié des terrages vendus par René de Renis, chevalier, en 1257, avec l’approbation du sire du Mesnil.
Maigneux, cense.
Moeslain, terre.
Malignicourt, cense.
La Neuville-a-Bayard, cense.
Narcy, ferme.
Pré-sur-Marne, un septième des dîmes (1280), donné par Lore de Dampierre.
Ragecourt, ferme.
Roche, dîme des vins donnée par Gaucher de Villiers en 1 221 , cense.
Saint-Dizier. Jean de Saint-Dizier constitue une rente de cent huit septiers de blé pour la chapelle Saint-Jean-Baptiste de Saint-Dizier, appartenant au prieuré ; Guillaume de Dampierre, du consentement de sa femme Marie d’Apremont, permit aux moines de prendre chaque année douze charretées de bois à brûler dans la forêt du Val (1402).
Sainte-Livière, rente de soixante sous sur les tailles données par dame Lore de Dampierre, pour la chapelle Saint-Jean-
Baptiste (1278). . , ,
Trois-Fontaines, cense, cure échangée contre celle de Cha
mouilly. , n
Yilliers-au-Bois, moitié des terrages cédés par Lore de Dampierre (1280), pour doter la chapelle de Saint-Jean-Baptiste. Wassy, cense, pré.
Parmi les autres bienfaiteurs, dits fondateurs, figuient Edouard de Dampierre, sénéchal de Champagne; Raoul et Jean de Dampierre; Jean de Vergy, tous seigneurs de Saint-
Dizier et inhumés dans le prieuré.
Placé d’abord sous la filiation et la collation de 1 abbaye du Yal-des-Écoliers , le prieuré d’Epineuseval fut, depuis sa mise en commende, à la nomination du roi.
Il Prieuré Notre-Dame-de-la-Pitié de Joinville (1).
Vers l’année 1530, Antoinette de Bourbon et Claude de Lorraine appelèrent des bénédictins à Joinville, et les placerent dans des bâtiments qu’ils venaient de faire construire au faubourg Saint-Jacques de cette ville sous le vocable de botre- Dame-de-la-Pitié ; c’est dans la grande salle de cette maison que fut déposée la figure en cire de Claude de Lorraine, a laquelle on servit pendant huit jours un repas somptueux dont les plats étaient ensuite donnés aux pauvres Ce ne fut que le 5 octobre 1553 que la duchesse Antoinette de Guise octroya au prieuré sa charte de fondation, dont voici les principales dispositions : « Voulons et ordonnons par ces présentes, que ledit monastère sera nommé et appelé le Prieure Hotre-Damede-Pitié, près Joinville, et qu’en icellui, seront maintenant et toujours demeurant ordinairement dix religieuses et deux converses. Lequel prieuré et religieuses nous voulons estre subjects et deppendants immédiatement en toutes irritations, corrections, disciplines, commandements et obédiences de 1 abbaye Saint-Pierre en la ville de Reims. En recognoissance de laquelle subjection et obédience seront lesdites religieuses tenues payer
(\) Archives départementales de la Haute-Marne, de Joinville et notes postérieures, par M. fenel.
-Voir aussi V Histoire
par chascun an au jour Saint-Remy, huit d’octobre, à l’abbesse et couvent dudict Saint-Pierre, présent et advenir, deux livres de cyre blanche ; sans aucune diminution toute fois des droits, puissance et autorité que de droit ou coutume, N. S. P. le pape et Mess, les archevesques de Reims et évesques de Châlons, à cause de leur supériorité, peuvent avoir sur ledit prieuré duquel les religieuses seront réformées, suivant la règle de
Saint-Benoît . Et seront tenues lesdites religieuses défaire
et célébrer tous les jours l'office et service divin tout ainsi que font celles dudit Saint-Pierre de Reims , et de chanter toutes ensemble, à haute voix, par chacun jour, à l’issue de leur grande messe, à l’intention de nostre dit feu seigneur époux (Claude de Lorraine), Stabat mater dolorosa , et comme on a accoutumé de faire tous les lundis de la semaine pour l’intercession en général des âmes de tous les pauvres trespassés, une procession par leur esglise et autour de leur cloistre. Seront aussi tenues par chascun an perpétuellement, le XIIe jour d’apvril, célébrer un service solennel des trépassés pour l’asme de nostre cher feu seigneur époux qui décéda à tel jour, et un pareil tous les ans au jour de nostre décès et à nostre intention. Et davantage seront tenues lesdites religieuses tous les ans, le premier jour de l’an, de dire et chanter après l’élévation du Corpus Domini de leur grande messe, Te jure laudant , te adorant , te glorificant omnes creaturœ tuæ , o beata trinitas; tibi laus, tibi gloria, tibi gratiarum actio, et aussi 1’oraison protectorum in te sperantium, et à la fin d’icelle oraison Pater noster et Ave Maria à l’intention de notre très cher et très aymé fils, François de Lorraine, duc de Guise, per et grand chambellan de France, prince de Joinville, marquis de Mayne, gouverneur et lieutenant-général pour le roi et ses pays de Dauphiné et Savoye, en louant et remerciant N. S. J. C. de ce que à tel jour il lui pleut délivrer nostre dict fils de l’obsidion des Allemands, Espagnols, Italiens et Flamands, lesquels seuls l’empereur Charles- Quint, ennemy du roy de France tenait nostre dict fils assiégé dans la ville de Metz. ... De toutes lesquelles choses et pour l’accomplissement d’icelles lesdites religieuses seront tenues d’obliger par veu solennel moyennant lequel nous les avons fondées et dotées, leur baillant, cédant, délaissant et transportant dès maintenant et ce toujours pour elles et leur couvent les terres, rentes et possessions qui s’ensuyvent. C’est à scavoir le
lieu et pourpris où est assise leur église, cloître, couvent, cimetière, réfectoire, dortoir, cuisine, infirmerie, chambre aux ouvrages, granges, estables, vignes, jardins peuples d arbres et hortes laignes, puys et autres commodités, contenant environ dix arpents de terre, le tout bien clos et ferme de bonnes et hautes murailles de pierre près la ville de Joinville , hors la porte nommée Saint-Jacques, au pied du chateau de ladite
ville. Item des biens, terres, dîmes . a Pancey, Saudron,
Guindrecourt-aux-Ormes, Poissons, Marac et Joinville. . . . . Les quelles religieuses ne pourront par-dessus le nombre de dix religieuses et deux converses recepvoir ni admettre aucunes religieuses, sinon en donnant et apportant bien et rente audit couvent et suffisant pour leur nourriture et entretennement leur vie durant. Etadvenantle décès de la prieure dudit prieure, lesdites religieuses pourront et aurontdroit d eslire deux d entre elles lesquelles nommeront et présenteront a ladite abbesse de Saint-Pierre de Reims présente et advenir, laquelle abbesse eslira celle d’eulx deux qui lui semblera plus ferme et plus capable et l’instituera en l’administration dudit prieure, laquelle administration sera perpétuelle. Et pour cette fois première et tant que nous vivrons, vacation y échéant, nous y comme irons telle religieuse qui nous playra. Et avons ordonne que ceste présente fondation sera lue et récitée de mot a mot deux fois par chascun an, en un chapitre dudit prieure auquel assisteront toutes les religieuses; l'une desdites fois au jour de ... , l’aultre fois quand le commis de ladite abbaye Saint-Pierre de Reims viendra faire la visitation audit prieuré . . signe.
Anthoinette ; sur le reply ; Rocherau. »
En 1557, le pape Paul IV, sur la proposition du cardinal
Charles de Lorraine, alors abbé de Saint-Urbain , prononça l’annexion au couvent de la Pitié, du prieuré voisin de Saint- Jacques, dépendance, comme nous 1 avons dit, c e a aye . en 1 600, on y réunit encore une prébende du chapitre supprimé
prieuré de la Pitié s’agrandit rapidement; en 1718 les religieuses achetèrent, pour 3,000 livres les bâtiments et les jardins de l’hôpital de Saint-Jean; depuis longtemps elles lecla
(1) Archives de Chaumont .
inaient le droit de faire cette acquisition et on lit dans une requête adressée dans ce but, en 1687, à la princesse de Joinville, «que depuis que le grand hôpital du nom de Sainte-Croix a esté baty, celui de Saint-Jehan n’a servi qu’à y retirer quelques gueux passants, la plupart fainéants et vagabonds, quelques-uns mesme voleurs, traînant avec eulxdes femmes et filles sans qu’ils paraissent estre mariés, et qui y passent quelquefois les nuits à danser et à boire jusqu’à s’enyvrer au grand trouble et scandale des religieuses qui entendent distinctement ces désordres qui leur ostent le repos et la sécurité, ny ayant que la muraille qui sépare ledit monastère dudit hôpital. » (1). Repoussées cette fois les religieuses furent plus heureuses dans la pétition quelles adressèrent en 1705 au duc d’Orléans, prince de Joinville, et elles furent autorisées à acheter l’hôpital Saint-Jean dès le 8 août 1710 (2).
La foudre causa un incendie qui dévora, le 6 septembre 1756, l’église et une partie du couvent ; les religieuses se réunirent dans les bâtiments épargnés, et firent leurs offices dans la chapelle de l’hôpital Saint-Jean; en 1773, tout le monastère était reconstruit et l’église bénie.
Depuis 1842, ces bâtiments, vendus nationalement comme tous les établissements religieux, ont été réappropriés par les religieuses de l’Annonciade qui ont quitté Saint-Denis pour venir s’y fixer.