CHAPITRE III
Période Carlovingienne. — Séjour des rois à Pontliion. — Réception dn pape Etirnne II. — Comté de Châlons. — Fondation de l’abbaye de Saint-Urbain. — Concile de Ponthion. — Invasion des Hongrois. — Guerre des Comtes de Bourgogne et de Vermandois. — Invasion des Normands. — Destruction de Ponthion. — Prise de Vilrv. — Prise de Châlons. — Abbaye du Der. — Accroissement de Sainte-Ménehould. — Villages du diocèse connus à l’époque Carlovingienne. — Etat topographique du diocèse. — Etat religieux.
Les derniers Mérovingiens se montraient trop dégénérés pour conserver le gouvernement de la France : le pays avait été habitué à une administration vigoureuse, énergique, et au moment où nous sommes parvenus, c’est-à-dire au VIIIe siècle, l’autorité était partout accaparée par ces maires du palais qui, en Austrasie comme en Neustrie, régnaient sous le nom de ces fantômes de rois, ces rois fainéants, comme les historiens les appelaient. La révolution, qui devait donner définitivement la couronne à l’un de ces ministres, n’était donc ni difficile à prévoir, ni difficile à exécuter : les esprits y étaient préparés depuis longtemps ; on sentait le besoin d’arrêter cette décadence qui menaçait d’annihiler un royaume encore si récent : aussi
(1) Voir une Elude sur le Dormois , insérée par mon frère, Anatole de Barthélemy, dans la Bibliothèque de l’école des Chartes, année 1855.
INTRODUCTION
quand Pépin-le-Rref, en 752, s’empara du trône au détriment de Childéric III, l’opposition fut-elle presque nulle et le nouveau roi n’eut pas de peine à^e faire accepter par tous. C est du reste une erreur généralement répandue que de vouloir reconnaiti e en Pépin-le-Bref le fondateur de la dynastie Carlovingienne ; c’est à Pépin-d’Héristall qu’il faut remonter (680), car c’est bien lui qui, dans le duché d Austrasie, a jete les fondements de la grandeur de sa race ; apres lui, Charles-Martel, puis Carloman lui succédèrent avec le meme titre de duc ; enfin Pépin le porta lui-même jusqu’au jour où il 1 échangea contre celui de roi.
Il y avait alors dans notre diocèse un bourg dont nous avons déjà prononcé le nom plusieurs fois et qui acquit à cette époque une plus grande importance : je veux parler de Ponthion {Pons hugonis) : Pépin-le-Bref y séjourna fréquemment, et en 754 ce château fut le théâtre d’un grand évènement. Le jour de l’Epiphanie de cette année, la cour sortit du palais pour aller audevant du pape Etienne II, qui venait solliciter le secours du nouveau roi contre les Lombards. A 1 approche du pontife, Pépin descendit de cheval et se prosterna ainsi que la reine, ses enfants et les seigneurs de sa suite, puis il marcha à pied à côté du cheval d’Etienne, lui servant d’écuyer. Le pape, Bladalde , évêque de Châlons , et les autres ecclésiastiques entonnèrent des cantiques d’actions de grâce qui furent chantés jusqu’à l’arrivée du cortège à Ponthion. Le lendemain, le pape se présenta au roi avec tout son clergé, couveit de cendres et de cilices, se jeta à ses pieds et ne voulut se relever que quand Pépin lui eut promis de le délivrer, lui et le peuple Romain, du joug des Lombards. Le roi jura de le protéger, de lui faire céder Ravenne et de remplir tous ses vœux. Etienne passa dix jours à Ponthion et en partit ensuite pour se rendre à 1 abbaye de Saint-Denis, où il sacra Pépin. Ponthion fut encore le théâtre d’évènements importants sous le règne suivant. Charlemagne y vint ainsi que Louis-le-Débonnaire, qui y reçut les députés chargés de lui apporter la soumission des Saxons.
En 858 , Louis de Germanie , compétiteur de Charles-le- Chauve, au trône de France, y vit venir les prélats chargés de lui signifier la décision du concile de Quierzy, qui condamnait ses tentatives contre Charles; mais, peu après, un grand nombre d’évêques et de Seigneurs se rendirent au palais de Ponthion, et y proclamèrent l’avènement de Louis et la déchéance de
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Charles-le-Chauve . Charles quitta alors précipitamment le camp d’Oyssel, remonta la Seine et la Marne, traversa Châlons, campa à Brienne, où les deux armées rivales restèrent trois jours en présence, et, abandonné de ses troupes, s’enfuit tristement en Bourgogne. Louis revint à Yitry, puis à Ponthion, où il établit son quartier-général, après s’être fait sacrer à Sens. Charles revint de nouveau avec une armée dévouée, et se dirigea vers le palais, d’où Louis s’enfuit à son tour, abandonnant ainsi sans lutte la couronne de France. Charles convoqua bientôt un concile à Ponthion (juin 866) ; deux légats du pape , neuf archevêques et quarante et un évêques s’y réunirent : la conduite des prélats de France à l’égard de Louis de Germanie y fut sévèrement blâmée ; enfin, à la huitième et dernière séance, qui eut lieu le 16 juillet, Charles entra dans la salle, vêtu à la grecque, suivi des légats habillés à la romaine; il prêta un nouveau serment entre leurs mains, et son élection au trône de France fut de nouveau confirmée.
Le diocèse était alors dirigé par un des prélats les plus remarquables qui figurent dans la liste des évêques de Châlons. Erchanraüs, avait été un des deux évêques chargés de notifier à Louis de Germanie la décision du concile de Quierzy, et il ne s’épargna pas à faire triompher la cause de Charles-le-Chauve. C’est à lui qu’il faut faire remonter l’origine de la grandeur de l’évêché et des nombreuses prérogatives qui y furent attachées, car l’empereur ne lui refusa rien de ce qu’il demandait, lui ayant même concédé l’établissement d’une monnaie à Châlons. Erchanraüs fit faire la levée du corps de saint Memmie le 15 mars 868 ; peu avant, il alla chercher à Baye le corps de saint Alpin, et l’ensevelit dans l’église Saint-Laurent, de Châlons, qui prit dès lors le nom de notre illustre évêque : ce fut lui qui fonda l’abbaye de Saint-Urbain de Joinville, mise d’abord sous le vocable de la Trinité ; on y reconnaissait également Charles-le- Chauve comme fondateur et les religieux célébraient chaque année, le 8 octobre, un service solennel pour son obit, comme pour Erchanraüs. Les moines prétendaient même devoir la même reconnaissance à Charlemagne et à Lothaire, car anciennement on voyait dans l’église abbatiale les portraits de ces quatre personnages, peints en peinture plate sur les piliers du jubé, avec cette inscription: « Icy sont les quatre fondateurs » de la maison et église de céans. » Erchanraüs établit égale-
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ment près de Yitry une cella cum altare pour un ermite nommé Herbert (865), qui devint bientôt un prieuré. Louis-le-Débonnaire ayant pris l’abbaye de Montiérender sous sa protection spéciale, confirma ses privilèges et agrandit considérablement ses possessions. Mais en même temps l’empereur y fit rétablir une règle sévère. Depuis quelques années, en effet, les moines ayant eu à repousser les fréquentes attaques des brigands des environs, avaient endossé la cuirasse' et bientôt après abandonné la robe monachale pour revêtir le costume de chanoine, « ce » qui leur permettait, disaient-ils, de vaquer sans indécence » aux besoins temporels de leur maison. » A la même époque, l’abbaye de Moiremont envoyait quatre chanoines s’installer au château de Sainte-Ménehould, pour le service de l’église que Erchanraüs venait d’y consacrer sous le vocable de Notre-Dame (866) ; peu après, les habitants construisirent une chapelle dédiée à Saint-Pierre, près du Châtelet, à cause de la difficulté qu’ils éprouvaient pour parvenir à l’église paroissiale, surtout en hiver.
Dès cette époque , nous voyons plusieurs villages de notre diocèse figurer dans les chartes : Chaude-Fontaine, près duquel, sur la côte qui dominait le vignoble, était un ermitage dédié à saint Laurent et destiné à être bientôt transformé en prieuré ; Verrière-sur-Àisne , Argers , qui remonte peut-être à une plus haute antiquité, car on y a découvert, au siècle dernier, un grand nombre de monnaies romaines, principalement du règne de l’empereur Vespasien. Des chartes carlovingiennes nous parlent de nombreux villages donnés au chapitre Saint-Étienne de Châlons : ïhibie (850) , Plichancourt (850), Jaalons, Ablancourt, Baye , Villevenard , Aulnay-l’Aistre (850), Changy (853). Acociacus inpago Pertensi (858), Vicobernus inpago Virtutense, Lignon (860), Champagne, Aubennacus in pago Cathalaunensi, Soudron (865), ïhonnance (866), Recy (869), Germinon (878), Côle (886), Roquineicort in pago Pertensi, Couvrot, Haussignemont, la chapelle Sainte-Anne d Heilz-1 Evêque, Concourt (900) .
Mais cette paix qui régnait enfin en France et qui permettait d’espérer un peu de prospérité après de si longues secousses, cette paix allait être encore troublée. Charlemagne ne s était pas trompé en gémissant à la vue des légers bateaux des hommes du Nord : ce fut la ruine du pays au Xe siècle. Les Nor-
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raarids parurent sur les bords de l’Aisne et de la Meuse dès 836, mais n’envahirent que les campagnes des frontières dans le diocèse ; ils n’attaquèrent ni Sainte-Ménehould, ni Yitry, ni Châlons, quoiqu’ils se soient approchés bien près de cette ville, puisqu’ils portèrent l’incendie jusqu’à Saint-Gibrien, et qu’ils détruisirent même l’abbaye de Saint-Memmie. Dans l’Argonne, les Normands laissèrent de tristes preuves de leur invasion : Beaulieu et Moiremont furent impitoyablement saccagées, et la victoire que le roi Eudes remporta sur eux à Montfaucon-en- Dormois, sur les limites de notre diocèse, n’arrêta pas le cours de leur pillage (842). Quand ce terrible ennemi eût disparu, quelques années à peine de repos séparèrent l’invasion Normande de l’invasion Hongroise, qui cependant fut moins terrible (929). Puis les guerres civiles du Xe siècle vinrent achever de mettre le comble à la misère du pays : Charles-le-Simple était trop faible pour résister aux ennemis qui l’accablaient de tous côtés, et les comtes de Yermandois, ses adversaires acharnés, exerçaient une trop grande influence sur le Rémois, pour ne pas entraîner notre contrée dans ces luttes criminelles. Bozon, évêque de Châlons, ayant, à cause de ses liens de famille, résisté à Raoul à qui la mort du faible Charles venait de laisser la couronne, fut déposé par le nouveau roi, qui installa le clerc Milon à sa place. Châlons voulut défendre son prélat. Bozon, comte de la Haute-Bourgogne et frère de Raoul, vint s’en emparer et l’incendier (932). La mort de Raoul rappela Louis-d’Outremer, fils de Charles-le-Simple, en France : son règne fut d’abord paisible, mais lors de la révolte du comte de Yermandois, les bandes armées ravagèrent encore une fois notre pays, et l’évêque Gibuin ayant, dans le concile de Meaux, contribué à la déposition d’Héribert de Yermandois du siège de Reims, le frère du prélat dépossédé vint avec Robert de Champagne prendre une seconde fois Châlons et la livrer au pillage et aux flammes (963). Louis d’Outremer avait essayé de lutter. Il vint dans les plaines du Perthois rassembler une armée pour aller délivrer Laon, assiégée par Héribert de Yermandois; battu dans le Porcien, Louis cependant obtint la paix qui fut signée à Montfaucon en Dormois (942) ; puis, quand au bout de dix ans la guerre recommença , Louis revint dans le Perthois ; mais il trouva cette fois les portes de Yitry fermées : il assiégea la place défendue par Walter, brûla plusieurs villages et détruisit
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le palais de Ponthion (952) ; malgré les efforts du comte Renaud de Roucy, le siège traîna en longueur; le roi fit bâtir avec les matériaux du château de Ponthion un fort au midi de la ville, y laissa une garnison, et reprit avec son armée le chemin de Laon. Une nouvelle invasion de Hongrois sur les marches de Champagne décida les seigneurs révoltés à faire la paix, et Louisd’Outremer consentit à la démolition de sa citadelle de Vitry; mais bientôt le comte Héribert de Yermandois, forcé de rendre à l’archevêque de Reims, Epernay et quelques villages, se jeta sur Yitry et s’en empara (964). La ville demeura dès lors dans le patrimoine des comtes de Ghampagne : 1 année suivante , Robert, successeur d’Héribert, força l’archevêque de Reims à lui céder Vertus, donne en 892 a son eglise, mais, pour ces domaines, les comtes de Champagne demeurèrent vassaux du siège de Saint-Remy.
Je suis arrivé dans mon récit à une époque où les circonscriptions civiles et ecclésiastiques s’établissent avec plus de fixité. Le capitulaire de 779 constate l’existence des pagi du Stenois et du Châlonnois ; celui de 853 nomme Hincmar, archevêque de Reims, Ricwm et Engicalsk missi dominici dans dix pagi notamment ceux du Stenois, du Perthois, du Châlonnois, du Yertusois et des Calmiziaci. Presqu’en même temps commence à s’opérer la transformation qui, au XIe siècle, devait être radicale, le changement des pagi en comtés. C est ainsi que nous voyons, lors de l’expulsion de l’évêque Ebbon (843), l’évêque de Soissons et le comte Routfride recevoir l’investiture des comtés de Reims, Laon, Soissons, Beauvais, Senlis et Châlons (Capit. 14 e L. cap. 15). Dans le Perthois, nous trouvons le comté de Vitry, gouverné successivement par Bozon, vice-roi d Italie [Si i), qui épousa à Ponthion, en 877, Hermengarde, fille de l’empereur Louis, etaprès lui par Bozon II, son fils (941); sur ses ordres et à cause de son humeur belliqueuse, Vitry fut pris trois foispar Héribert de Yermandois ; après sa mort, comme il n’avait pas d’enfants, le roi Raoul, son frère, en donna l’investiture à son autre frère Hugues-le-Noir, comte de Bourgogne, qui établit un châtelain à Vitry, usage qui s’est conservé pendant toute la durée de la domination de }a maison de Champagne. Nous voyons également mentionner le comté d’Astenay, et enfin une charte royale de l’année 825 nous apprend queLouis-le-Débonnaire, voulant reconstruire à neuf Notre-Dame de Reims, où se faisait le sacre
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des rois, donna à cette église le monastère du Der avec les forêts situées in comitatu Blesensi ad pagum Pertensem. Comme on peut l’apprécier, ces deux mots : pagus et comitatus , sont employés à la même époque et presque indifféremment; et, en effet, les comtés ont conservé originairement les exactes limites des pagi ou pagelli.
Dans notre diocèse, comme partout ailleurs , l’organisation paroissiale fut longue à s’établir ; ce travail était encore très incertain au IXe siècle, puisque nous voyons Amolon, archevêque de Lyon, écrire en 844 à Albéric, évêque de Langues « que » chacun reste dans sa paroisse, où il reçoit le baptême et les » autres sacrements, où il entend la messe, où il est visité pen- » dant sa maladie, où il est enterré après sa mort, où il lui est » ordonné de porter ses dîmes, ses prémices, où il a fait » baptiser ses enfants et où il entend la parole de Dieu. » Comme on le voit, les paroisses étaient assez éloignées entre elles pour être presque étrangères les unes aux autres. Leur érection d’ailleurs a été un des évènements les plus importants du moyen-âge, celui qui a le plus efficacement contribué à développer l’association agricole en la limitant, en créant le village. L’Eglise était le centre du gouvernement spirituel, quelque chose de plus encore, parce que les attributions du gouvernement spirituel étaient bien plus étendues alors quelles ne le sont de nos jours. Avant le IXe siècle, les paroisses étaient peu nombreuses et existaient comme nous pouvons encore les étudier en Bretagne : quelques habitations seulement, élevées autour de l’église, constituaient le bourg, et le reste consistait en groupes de deux ou trois maisons éloignées les unes des autres dans un assez large rayon. Ces petits hameaux ont formé depuis les villages; c’est ce qui explique le nombre restreint de ceux que l’on trouve à citer jusqu’à la chute des Carlovingiens et la quantité que l’on a au contraire à enregistrer ensuite, parce que c’est à ce moment que la population s’est le plus puissamment développée, grâce à l’influence monastique, qui, plus que tout autre élément, a porté l’effort des bras vers l’agriculture. Et remarquons que c’est avec ce mouvement que paraissent définitivement constitués les archidiaconés rendus nécessaires pour surveiller soigneusement les paroisses qui se multipliaient de jour en jour. Les titulaires de ces dignités ne se rencontrent guère dans les actes publics avant le XIe siècle, et ce n’est qu’au
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siècle suivant qu’on trouve employée communément la désignation de doyens et de curés, decani presbyteri, et que paraît la division topographique des chrétientés qui répondent aux décanats ruraux.
C’est à cette époque cependant que la topographie ecclésiastique s’affermit sur des bases plus précises par l’exercice de l’autorité des archidiacres, car, je le répète, je ne crois pas le partage définitif des archidiaconés antérieurs à l’an mil : il est probable au contraire que jusque-là il n y avait qu un archidiacre résidant au chef-lieu et suppleant 1 éveque dans ses visites, à défaut du chorévêque dont la trace ne se retrouve pas dans notre diocèse: delà ce titre de grand archidiacre conservé par l’archidiacre de Châlons. A dater du IXe siècle, les rapports de l’évêque devinrent plus suivis : chaque année il visitait les paroisses rurales, tenait au chef-lieu de la chrétienté des synodes où l’on entendait les pénitents et où se traitaient les affaires des églises. Dès lors il y avait deux espèces principales d’églises rurales: les églises publiques (tituli, plebes) auxquelles était attaché un clergé, où se faisaient les cérémonies du culte, les baptêmes, mariages, enterrements, qui percevaient les dîmes, etc.; et les églises privées, appelées chapelles, quand elles étaient fondées par des seigneurs , et cellæ, quand c était une abbaye, ou des moines qui les établissaient. Peu à peu des curés, perpetui sacerdotes, , furent placés dans quelques-uns de ces oratoires qui devinrent de véritables paroisses. Mais les seigneurs, profitant des droits que leur reconnaissaient les capitulaires, multiplièrent les chapelles privées qui, dans un grand nombre de villages, étaient les seuls édifices où se célébraient les saints mystères, en conservèrent le patronage, la propriété comme de leur chose et donnèrent le scandaleux spectacle d’églises divisées par testament en moitié, en tiers, en quarts ; le seigneur nommait seul le clerc chargé d’officier, et le faisait approuver par l’autorité ecclésiastique : c’est à ce mouvement qu’il faut faire remonter la plupart des paroisses rurales. Dès lors les églises percevaient deux sortes de revenus, les offrandes (altare), les dîmes et le patronat (ecclesia), sur lesquels se prélevait la portion congrue ou traitement fait au curé.
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