CHAPITRE IV
Avènement dos Capétiens. — Guerre entre le roi et les comtes Je Champagne — Incendie de Vitry. — Siège de Sainle-Ménehould. — Saint-Dizier. — Suzanne. — Joinville. — Evènements dans l'Argnnne. — Affranchissements et fondations de villages. — Communes. — Réunion du l’erthois à la France, — du pays de Seinte-Mcnehould à la Champagne. — Croisades, — Mouvement religieux. — Fondations d'Abbayes.
ÎN'ous entrons dans la période la plus compliquée de notre histoire provinciale , celle de la féodalité, des communes, des croisades : trois grands principes auxquels se rattachent, pendant trois siècles, tous les évènements. Le couronnement d’Hugues-Capet fut la confirmation de la féodalité, de ce système qui prépara, par son extrême rigueur, le mouvement réactif de l’affranchissement des communes, voie par laquelle la bourgeoisie, depuis tiers-état, débuta au maniement des affaires. Hugues-Capet, soutenu par presque toute la noblesse de France, triompha aisément de ses faibles adversaires (988); ce changement ne se fit pas sentir bien vivement en Champagne : seule, la ville de Châlons y avait gagné une quasi indépendance, parce que, pendant les guerres qui précédèrent de quelques années la déchéance de la dynastie Carlovingienne , le souverain , craignant de voir la cité occupée par quelques ennemis , préféra la donner aux évêques plutôt que de la laisser aux mains des comtes de Champagne ou de quelques autres seigneurs (963). A ce moment, en effet, les Comtes de Champagne, — dont Eudes, comte de Blois, allait inaugurer la seconde maison (1 019), — - s’affermissaient singulièrement dans notre diocèse ; un grand nombre de villages leur étaient soumis, quand, à l’occasion de sa guerre avec le roi Henri, le comte éleva des forteresses dans les campagnes, et l’évêque Roger II se fit donner par Eudes une charte pour promettre de ne bâtir ni laisser bâtir aucun château-fort à moins de huit lieues de la ville. Mais la puissance de ces grands vassaux, qui arboraient si fièrement la devise de : Passe avant li meillor, devait causer de cruels malheurs au pays, excepté à Châlons, qui demeura toujours fidèlement attaché aux rois. On i. 3
INTRODUCTION
connaît assez les causes qui provoquèrent la guerre entre Louis VII le Jeune, et le comte Thibaut de Champagne. Thibaut, résolu à ne pas seconder Louis, ne négligea aucune occasion pour faire éclater son mauvais vouloir, tantôt refusant de se joindre à l’armée, tantôt soutenant l’archevêque de Bourges dont ne voulait pas la cour. Louis VII, prince jeune, inconsidéré et violent, ne supporta pas longtemps cette opposition , envahit avec une armée la Champagne, vint assiéger Vitry (11 42), et escalada la place après une résistance désespérée; n’écoutant que sa colère , le roi fit massacrer tous ceux qu’il rencontra, et mettre le feu aux quatre coins de la ville. Un grand nombre de femmes , d’enfants et de vieillards s’étaient réfugiés dans l’église : Louis VII n’hésita pas à faire cerner par ses troupes l’édifice sacré, et y allumer l’incendie, en faisant repousser à coups de lances les malheureux qui cherchaient à s’échapper; deux mille personnes y périrent. Le lendemain, le château fut enlevé, et Louis, content de son triomphe, revint à Paris (1).
Du côté de Sainte-Ménehould, des évènements assez malheureux s’accomplissaient également, ou, pour mieux dire, à Sainte-Ménehould, comme dans tout le diocèse, comme dans tout le royaume, les campagnes étaient ravagées par des bandes d’hommes armés qui , commandées par des seigneurs égarés ou de hardis aventuriers , rançonnaient les villages et menaçaient les châteaux. Quand Eudes, après sa guerre contre le roi, se fut ensuite tourné contre l’empereur, qui lui refusait l’investiture de la Bourgogne, il envahit la Lorraine, mais il fut battu et tué près de Bar-le-Duc, en 1037. En même temps , le comte Valeran assiégeait Sainte-Ménehould , qui appartenait au comte de Rethel, allié d’Eudes; les habitants, auxquels s'étaient réunis un grand nombre de gens des villages, résistèrent héroïquement et invoquèrent la protection de leur sainte patronne: un soldat, ayant aperçu dans la tranchée le comte Valeran, le tua d’un coup de flèche, et le siège fut aussitôt levé. Peu d’années après, l’évêque de Verdun, irrité contre
(1) Je donne ici la version généralement adoptée, ne voulant pas m’engager dans une dissertation spéciale ; la question de ce massacre cependant a été contestée et est en effet très contestable ; je compte y revenir en m’occupant de Vitry.
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Manassès de Rethel , qui ne cessait de ravager son diocèse , se présenta avec des troupes devant Sainte-Ménehould, qui lui ouvrit ses portes (1065). Ces courageuses tentatives des ecclésiastiques ne suffisaient pas pour réprimer les manœuvres coupables des seigneurs; presqu’en même temps (1074), le comte de Vienne-le-Château saccageait l’abbaye de Moiremont. En 1105, Albert de Moeslains se présente devant Châlons et enlève l’évêque Hugues, l’enferme à son château, près Saint- Dizier , et le garde plusieurs mois. Plus fard , c’est le bâtard Albert Pichot, gouverneur de Sainte-Ménehould pour le comte de Rethel , qui , ligué avec le comte de Chartres, parcourt tout le diocèse de Châlons, pillant les villages et voulant s’emparer des fiefs de l’évêché ; Guy de Joinville, Arnoul de Chiny, évêque de Verdun, et Simon de Lorraine s'unirent pour attaquer le bandit dans sa place. La défense fut opiniâtre au château, et Arnoul ayant été tué, les troupes coalisées se séparèrent (1181). En 1170, un seigneur nommé Roger Tokel et Guy, fils du sénéchal de Châlons , n’avaient pas craint de maltraiter, au milieu de cette ville, les gens du chapitre pour leur extorquer de l’argent; plus tard, c’est Simon de Broyés qui donna à la cathédrale tous ses biens d’Ecury pour indemniser les chanoines des dommages causés par son llls , Simon de Commarel ; en 1185, Ayrard d’Aulnay, maréchal de Champagne, s’en va prendre de vive force Saint-Amand , seigneurie de ce même chapitre, et s’y maintient jusqu’à sa mort. Les archives des abbayes sont remplies de chartes de seigneurs qui, à leur lit de mort ou à la veille de prendre la croix, réparent généreusement tous les maux qu’ils ont causés à des établissements religieux.
Les autres localités importantes des environs se développaient assez paisiblement. Sézanne, qu’il faut citer bien qu’étrangère au diocèse, mais parce qu’une partie de son bailliage en dépendit, appartenait avec le titre comté au baron de Broyé (XIe siècle); unie au comté de Champagne, en 1 1 62, cette ville fut démantelée, en 1228, par Thibaut VI, qui craignait qu’elle ne tentât quelques-uns de ses ennemis. Puis, quand l’illustre chansonnier se fût attiré la haine du roi Louis IX, en entrant dans la ligue du duc de Bretagne, Sézanne fut brûlée par les troupes royales qui, du reste, ne s’avancèrent pas plus avant en Champagne (1240), et, en 1289, réunie au domaine royal.
INTRODUCTION
Près de cette ville, à Lachy, s’élevait alors un magnifique château bâti par Blanche de Castille, mère de saint Louis, ou plutôt, selon moi, par Blanche d’Artois, mère de Jeanne de Navarre ; une contrée du territoire de la commune de Lachy se nomme encore aujourd’hui Buisson-la-Reine. Au XIIIe siècle, la ville de Saint-Dizier appartenait aux sires de Dampierre, YYassy grandissait, et les sires de Joinville faisaient tous leurs efforts pour accroître la population de cette petite cité : l’un d’eux, Etienne, y bâtit un château; plus tard, en 1258, un de ses successeurs affranchit les habitants. Comme évènements généraux, la fin de la période qui s’étend jusqu’à l’avènement de la maison de Valois, renferme peu de faits importants.
Mais une immense révolution s’accomplissait, je veux parler des croisades d’abord, qui affaiblirent la féodalité en France, et ensuite de l’affranchissement des communes. Les barons Champenois prirent avec ardeur la croix une première fois à la voix de saint Bernard, qui était venu avec le roi prêcher au Jard de Châlons, et fournirent leur contingent à chacune de ces expéditions lointaines. Notre diocèse vit partir deux de ses évêques, Barthélemi de Senlis (1151), Guy de Joinville (1191), tous deux morts en Palestine, et un assez grand nombre de gentilshommes parmi lesquels on comptait les sires de Joinville , deGarlande, de Dampierre, d’Amance, de Conflans, de Hans, de Possesse, d’Elise; il faut citer encore Bertrand et Audemar de Sainte-Ménehould , dont le premier mourut en Terre- Sainte, et le second revint dans sa ville natale fonder le prieuré de Saint-Etienne-du-Château. Le mouvement communal fut dû en Champagne, moins que dans les autres provinces, à la prédication des croisades : ce qui le décida, ce fut le gouvernement de la comtesse Blanche qui , jeune encore , régente de la Champagne, s’appliqua à faire prospérer ce beau pays et à augmenter sa population. On sait qu’une erreur grave, et cependant généralement accréditée , fait considérer Louis-le-Gros comme l’auteur de l’affranchissement des communes. Rien de plus inexact ; les souverains se seraient bien gardés, malgré certains avantages, de donner ces libertés qui, quoiqu’on en dise, offraient de graves dangers, en créant un nouvel ordre dans l’état, mais les populations, emportées, après une longue compression , par un désir insatiable de liberté , s’insurgèrent en plusieurs endroits pour se faire concéder de vive
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force les franchises qu’on leur refusait, et se constituèient ainsi en communes ou confréries qu elles firent ensuite reconnaître par le seigneur , qui aimait mieux conserver une partie de son autorité que la perdre toute entière. Nul doute que le roi de France n’eût compris l’avantage qu’il pouvait retirer en affranchissant des villes , pour les enlever ainsi des mains des seigneurs qui les dominaient ; mais il est bien ditléient. d’avoir profité des avantages d un évènement nécessaiie , ou bien d’avoir déterminé cet évènement. A Chalons, la commune existait depuis le milieu du XIIe siècle, malgré les effoits de l’évêque Guy de Montaigu, qui dût a la fin faire intervenii le roi contre les bourgeois insurgés et néanmoins céder.
Aussitôt son avènement au pouvoir, la comtesse Blanche comprit quelle devait s’attacher les populations par de larges concessions : elle commença par constituer la commune de Sainte-Ménehould , établissant un prévôt , quatre écbevins bisannuels, et un certain nombre de jurés (1201). C est sur ce modèle que la princesse basa les chartes d affranchissement qu’elle accorda à quelques villages : a La Neuville-au-Pont. cependant, il y eut un mayeur, sept sapientes et des juiés (1203) : elle en fit autant pour Yillers-en-Argonne (1203) ; plus tard, quand Thibaut-le-Chansonnier eût pris les rênes du gouvernement, il imita sa mère et affranchit Florent, village formé au milieu de l’Argonne par les chanoines du chapitie de Reims au XIIe siècle (1226) : les habitants durent se conformer à la loi de Beaumont et servir dans les armées du comte comme ses hommes de Sainte-Ménehould : les seigneuis, à leur tour, durent écouter les réclamations de leurs vassaux. Renard de Dampierre, à son retour de la croisade, affranchit le bourg de Givry en Argonne (1258). Guillaume de Dampierre avait agi de même envers sa ville cle Saint-Dizier (1228), en modelant l’organisation sur celle d’Ypres, qu’il possédait du chef de sa femme, Marguerite de Flandres ; Saint-Dizier fut administré par treize echevins ayant 1 autorité judiciaire, et un bailli qui commandait la garnison elle château. En juillet 1293, l’abbé de Beaulieu affranchissait Charmontois-l’Abbé. La commune existait aussi à Wassv, puisqu un titre conservé au trésoi des chartes nous apprend qu’en 1308 elle envoya deux députés aux Etats-Généraux; plus tard, en 1 506, le roi Louis XII confirma de nouveau les franchises et privilèges des habitants de Wassy
INTRODUCTION
En même temps que la comtesse Blanche affranchissait quelques villages, elle donnait aux autres une organisation plus régulière, en renouvelant l’institution des prévôts et en accroisant le nombre : ces fonctionnaires judiciaires ne recevaient pour traitement que les parts prélevées sur les amendes et devaient supporter les faux frais ; ils exerçaient une autorité immédiate sur tous les mayeurs des villages, relevant directement ou indirectement de la comtesse. La prévôté de Yitry, qui existait dès 968, fut maintenue : il y en eut dès lors dans notre diocèse, pour le compte de Blanche, à Larzicourt, Saint-Dizier, Wassy,auVal-du-Rognon, à Passavant, où le comte Thibaut bâtit, en 1209, un château-fort sur le mont de Rotunchamp que lui céda l’abbé deChatrices, à Sainte-Ménehould, à Vertus et àCompertrix; l’abbaye de Saint-Urbain et quelques villages relevèrent de la prévôté d’Andelot ; quelques autres, mais en petit nombre, de celles de Chaumont, de Bar-sur-Aube , de Sézanne et de Rosnay, au diocèse de Troves.
En même temps, l’impulsion donnée par les croisades aux fondations religieuses multipliait les monastères autour de Châlons ; tandis que Montier-en-Der et Saint-Urbain grandissaient, que Moiremont, Saint-Memmie et Saint-Pierre-aux- Monts se relevaient de leurs ruines par de nouvelles institutions (1074,. 1031 et 1028), la charité des seigneurs élevait partout des couvents : les évêques de Châlons fondaient Toussaints-de-Châlons (1040), Huiron (1134), Montiers-en-Argonne (1195), l’évêque Alberon de Verdun, Chatrices, en 1197; les comtes de Champagne créaient Sainte-Marie et Saint-Sauveur de Vertus (1080), Cheminon (1100), Trois-Fontaines (1116), qui envoyait en 1136 une colonie à Haute-Fontaine, Montcelz (1142), La Charmoye-des-Bois (1167), Saint-Jacques-de-Vitry (1233) ; le sire de Broyés fondait Notre-Dame-d’Andecy (1131) ; d’autres monastères existaient au Xlïïe siècle, sans que j’aie pu me procurer de renseignements précis, à Ulmoy, à Hancour, à Aviniac , ce dernier réuni presque aussitôt à l’abbaye de Montcelz ; celui de Sermaize fut fondé par le comte de Champagne, Hugues, vers 1100 (1). En outre de nombreux prieurés remplissaient les campagnes : Béchamp (1 220), Notre-Dame-des-
(1) Voir Brusset, p. 662 et 818, note (a), d’après le liber principum.
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Hermites-de-Wassy (1 200),Valdône deWassy (1 1 1 6), Epineuseval près Saint-Dizier, Braux-Saint-Remy , Saint-Laurent-de-Chaude- Fontaine, Chaintrix ; Sainte-Geneviève, Sainte-Croix et Saint- Thibaut de Yitry, Bazoche, Pinteville, Saint-Michel prèsChâlons, Oger, Grauve, Loisy , etc., etc. Des chapitres étaient institués à Vertus , Yitry , Joinville ; ceux de la Trinité et de Notre-Dame, à Châlons.
L’ordre du Temple était venu prendre possession des terres que lui donnaient les seigneurs, et avait des maisons à la Neuville-les-Châlons , Saint-Hilaire, Saint-Amand , Maucourt, Noirlieu et Bussy; l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem avait un hôtel à Châlons; enfin, les ordres mendiants avaient été également appelés par nos évêques; les Dominicains, les Coideliers , les Augustins, les frères de la Pénitence à Châlons ; une maison de Trinitaires existait, au faubourg Saint- Sulpice avec une succursale à La Yeuve : les Cordeliers étaient encoie installés à Joinville. Je terminerai ce rapide tableau des établissements ecclésiastiques du diocèse au XIIIe siècle, en ajoutant que des hôpitaux s’élevaient à Châlons, a Y itry , a Sainte-Ménehould , à Saint-Dizier, à TV assy et a Joinville, et que de nombreuses maladreries ou léproseries étaient ouvertes a la Maison- Dieu de Biesme, à la Côte-Carraut de Sainte-Ménehould , près la fontaine des Bons-Malades, à Hans, à Verrières, à Dampierrele-Château, à Rovon près Moiremont, à Pogny, à Mérv , à Sommevesle, à Saint-Memmie , etc.
Il me reste peu de faits historiques à mentionner jusqu à l’avènement de la branche des Valois au trône de f rance . le principal fut la réunion de la Champagne à la couronne de France, en 1284, parle mariage de Jeanne, fille unique du dernier comte, Henri III , avec Philippe IV le Bel.
Presque aussitôt de graves démêlés éclatèrent entre le nouveau propriétaire de la Champagne et le comte de Bar , qui réclamait la possession de l’abbaye de Beaulieu ; le roi y mit garnison et le comte en référa a 1 empereur dont les commissaires déclarent que Beaulieu était de 1 empire, attendu que le ruisseau de Biesme formait la limite des deux états (vendredi avant la Pentecôte 1288). Philippe répondit en faisant déclarer le contraire par son parlement; alors le comte de Bar commit quelques violences sur les gens et les biens de 1 abbaye : on en vint aux armes, et la guerre, commencée par Thibaut II, fut
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continuée par son fils Henry, qui surprit Beaulieu , chassa les moines, brûla les bâtiments , saccagea les archives, et emporta à Bar le trésor et la châsse de saint Rouin. Le roi alors fit avancer des troupes avec Gaucher de Châtillon, et le Barrois fut envahi pendant qu’on mettait Sainte-Ménehould en état de défense. Le comte de Bar fut battu et pris , et fit, en août 1301 , sa paix, à la charge de réparer tout le mal par lui causé au monastère.
Philippe-le-Bel , comme on le sait , acquit une grande célébrité par la destruction des Templiers : cet évènement s’accomplit sans résistance dans notre diocèse, et les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem furent aussitôt mis en possession des biens des Templiers (1319). Peu après eut lieu le massacre des Juifs à Yitry. J’ai déjà dit que les Juifs s’étaient établis en cette ville à une époque très-reculée; ils y habitaient un quartier dans le bourg et avaient une synagogue. Très-nombreux alors en France , saint Louis les avait expulsés avant son départ pour l’Orient, et les laissa revenir à son retour. Sous le règne suivant, ils furent plusieurs fois chassés et autorisés à rentrer; puis, sous Philippe-le-long, on les accusa d’avoir empoisonné les cours d’eau du royaume, afin d’empêcher le roi d’exécuter la croisade qu’il méditait. Vraie ou fausse , cette accusation se répandit d’autant plus rapidement que de terribles maladies désolaient alors nos provinces. De nombreux lépreux, soupçonnés de tremper dans la conspiration, furent mis à mort; les habitants de Yitry exécutèrent sommairement les Juifs (1321) ; ils en tuèrent d’abord 67, et en emprisonnèrent 40. Pendant que les bourgeois réfléchissaient au genre de supplice qu’il conviendrait d’employer, deux des captifs égorgèrent leurs compagnons, et se donnèrent ensuite la mort. La tradition rapporte qu’une femme juive, condamnée au bûcher avec son fils, s’écria en y montant : « Malheur à toi, ville cruelle et maudite ! Ces flammes, qui semblent s’éteindre, se rallumeront à plusieurs reprises et te consumeront un jour toute entière. » Une croix fut élevée sur l’emplacement du lieu du supplice. Détruite en 93, elle fut réparée en 1816; aujourd’hui elle est dans un état regrettable, et mériterait cependant d’être conservée.
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