CHAPITRE Y
Gu«rrc des Bourguignons et dos Anglais. — Traités de Brétigny et de Troyes. — Bataille de la Croisetle. — Fin de la Guerre. — Pestes. — Evènements dans l'Argonnn. — Invasion de Charlcs-Quint. — Destruction deVitry. — Fondation de Vitry-le-François. — La réforme. — Progrès des idées nouvelles dans le Pcrthois. — Ligue. — Joinville, quartier-général des ligueurs, — Henry IV.
L’avénement des Valois au trône de France fut le signal d’une triste époque pour la monarchie; Philippe VI avait à peine placé la couronne sur sa tète, qu’Edouard III, roi d’Angleterre la réclama du chef de sa mère, tille de Philippe-le-Bel (1338). La guerre commença aussitôt et l’on a immédiatement à enregistrer les batailles de l’Ecluse, de Crécy et de Poitiers, où périt l’un de nos évêques, Renaud Chauveau, commandant la cavalerie royale. Les Anglais, dès ce moment, se trouvèrent maîtres de la plus grande partie de la France, et la Champagne fut aussi maltraitée que les autres provinces. Châlons notamment, servit en quelque sorte de but aux courses des ennemis, et j’ai raconté ailleurs, en détail, les attaques qu’elle eut à subir en 1338, en 1392 , et deux fois en 1418 ; la campagne, du reste, pendant plus d’un siècle, fut constamment. foulée par les Anglais , les Bourguignons, les Armagnacs et les bandes -de routiers qui ravageaient le pays pour leur propre compte. Une partie de la Champagne tenta cependant de demeurer fidèle au roi, et le dauphin-régent fut reçu avec enthousiasme à Eludons, quand il s’y présenta en avril 1358; quelques jours après, les Etats Provinciaux, réunis à Vertus, votaient des subsides pour soutenir la lutte contre les ennemis; mais bientôt Robert knolles et ses bandes ne laissèsèrent plus un village intact. Vertus fut enlevé, et ses deux abbayes livrées une première fois aux flammes. Le traité de Brétigny arrêta un moment seulement ces ravages, et le retour du roi Jean n’apporta aucun soulagement à l’état des choses. Il mourut d’ailleurs presqu’aussitôt (1362). Son successeur, Charles V, eut à combattre un ennemi encore plus redoutable que les Anglais , les Routiers qui , devenus plus nombreux , se
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montraient partout à la fois ; l’une de ces compagnies venait, en 1361, de renverser Beaulieu, sans oser cependant entrera Sainte-Ménehould. Charles VI ne fut pas plus heureux au début, et bientôt sa démence vint mettre le comble au désordre, en livrant le pays à la régence de la reine Isabelle, 1 alliée des Anglo-Bourguignons. Ceux-ci revinrent à Châlons, brûlèrent l’abbaye de Toussaints, alors hors des murs (1392), et continuèrent au-delà leurs violences. C’est évidemment à cette époque qu’il faut faire remonter la destruction de plusieurs villages dans notre pays, comme Magneux , dont le nom est resté seulement à une ferme près de Valmys Haulzy dans la forêt de ce nom, près de Sainte-Ménehould, Buzy, le Châtelet, dans les mêmes environs, et un plus grand nombre encore dans les parages de Vertus et de Sézanne. Les mêmes bandes, en effet, étaient allées attaquer de nouveau la première de ces villes, la pillèrent avec ses deux monastères (1380). « Et h » eut une grande escarmouche, dit Froissard, devant le » chastel et grand foison de blecés ; si logea le .comte de » Bouquinguan en ladite ville, et la nuit la ville de à ei tus fut » arse, hors l’abbaye de Saint-Sauveur pour ce que le comte y » était logé. Le lendemain , l’ost se délogea et vint passer par » devant le chastel de Moymer, » qui était alors un des quartiers-généraux des ennemis. On peut juger de ce que les villages pouvaient éprouver en voyant ce que les villes avaient a supporter, et en pensant au nombre de châteaux-forts occupés par des garnisons bourguignonnes, comme à Somme-Vesle, Récy, Sarry, Saint-Rcmy, Dampierre, Etrepy, Juvigny, ou des garnisons Armagnacs , comme à Conflans , Cheniers, àaugency, Montjalons, Courtisols, Vitry, Villers-aux-Corneilles, Cernon, Hans, qui couraient sans cesse les unes sur les autres et envahissaient les villages dont les habitants devaient se trouver bien heureux, quand les gens de guerre se contentaient de lever une forte imposition sur eux au lieu de se livrer au pillage. Vitry fut pris par les comtes de Salisbury et de Luxembourg-Brienne, quelques jours avant le honteux traité de Troyes | (1420); la ville et l’abbaye Saint-Jacques furent livrés aux flammes. Les gens de Sainte-Ménehould, voulant se mettre en garde contre une semblable attaque, avaient commencé à élever des remparts dès 1398, mais ils n’en furent pas moins attaqués par un corps de trois mille anglais qui pénétra, sans résistance,
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dans la place privée de garnison (1423); pendant ce temps, Salisburv était revenu saccager une troisième fois Vertus, puis il organisa un système de blocus autour de Chalons, seule ville de Champagne demeurée au roi; elle n’ouvrit cependant ses portes aux Anglais qu’en 1428, quand il fut devenu impossible de soutenir plus longtemps un isolement insupportable, etpresqu’aussilôt Jeanne Darc parut pour rétablir la monarchie et relever le sceptre dans la main du jeune et vaillant prince qui venait de succéder à Charles VI. Le voyage de Charles VII, qu’on allait bientôt appeler le Victorieux, fut une sorte de course triomphale à travers la Champagne: il entra dans notre diocèse le 13 juillet 1429 et coucha à Lestrée, où il reçut l’évèque et la députation Châlonnaise et d’où il data ses lettres de pardon pour cette ville. Le 14, il coucha à Chalons et en repartit le lendemain pour se rendre à Reims, en séjournant au château de Sept-Saulx.
Peu de jours après, les Anglais tentèrent inutilement encore d’escalader les murs de Chalons. En 1 430, M. de Barbazan rassembla quatre mille hommes et marcha au-devant d’une colonne de 8,000 Anglo-Bourguignons qui s’avancaient de nouveau sur Chalons. La bataille eut lieu à la Croise 'te, village voisin del.épine; les ennemis y furent complètement défaits et laissèrent huit cents prisonniers. Cette victoire eut une grande influence sur les suites de la guerre dans notre pays. Barbazan alla s’emparer ensuite du Mont-Aimé qui, depuis que le bailli de Vitry l’avait démantelé en 1407, était devenu un repaire de brigands, et du château cl’Anglure, occupé par le comte d’Arundel. 11 n’y eut plus dès lors, dans les campagnes, que quelques troupes d’Anglais, mais en revanche le nombre des Routiers, des Grandes-Compagnies, des Ecorcheurs, des Retondeurs, augmenta au point que les villes de Reims et de Chalons durent s’unir pour aviser aux moyens de triompher de ces terribles ennemis. Ces bandits parcoururent également l’Argonne et attaquèrent, au nombre de 3000 , l’abbaye de Bau- 'lieu, mais le duc de Richemond, qui commandait encore à Sainte-Ménehould, les joignit près de Vaubecourt, les battit et les dispersa. La guerre étrangère était à peine terminée, que la révolte du dauphin, depuis Louis XI, renouvela les inquiétudes, mais n’eut pas d’effet dans le Châlonnois , à la tête
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duquel venait d’être élu un nouvel éveque , Geoffroy Floreau, ami du roi et rival du candidat du dauphin, Ambroise de cambrai.
Comme si la Champagne n’avait pas assez souffert depuis plus de cent ans pour jouir de quelques années de tranquillité, la peste vint remplacer les guerres pendant toute la fin du XVe siècle: elle parut en 1455, 1466, 1467, 1478, 1483, 1493, et exerça d’effroyables ravages ; il y eut des villages complète- ; ment dépeuplés, et c’est, à ce fléau, joint aux guerres précédentes , qu’il faut faire remonter la cause de la dépopulation sensible de la Champagne à cette époque. La peste reparut encore en 1 51 6 et 1 521 .
Le commencement du XVIe siècle, siècle de réforme et de progrès, fut paisible; le commerce reprit un certain essor, Châlons regagna une partie de son importance ; X i try se releva de sa ruine, Vertus se repeupla ; le calme enfin faisait espérer une amélioration nécessaire et méritée après de si rudes épreuves, mais tout ce mouvement de réaction favoiable fut arrêté par la troisième guerre que François Ier déclara à 1 Empereur. Charles-Quint envahit la Champagne et, comme il voulut d’abord descendre directement de Luxembourg dans l’Argonne , les gens de Sainte-Ménehould se mirent sur la défensive et demandèrent au roi, pour réparer leurs remparts, l’ingénieur Jérônfe Marin, qui venait de relever ceux de Saint- | Dizier; mais les forêts firent reculer l’Empereur qui remonta la Marne et vint assiéger Saint-Dizier où le comte de Sancerre, le vicomte de Rivière et le capitaine La Lande venaient de se renfermer avec 2000 hommes. Le 8 juillet, toute 1 armée impériale avait investi la place; après trois jours de canonnade, une tranchée ayant été pratiquée, les assiégeants tentèrent l’assaut, mais ils furent brillamment repoussés , des j deux côtés, il y eut des pertes considérables, de l’un le capitaine La Lande tué par un boulet, de l’autre le jeune prince Renaud d’Orange également atteint mortellement. Saint-Dizier résistait depuis au moins six semaines quand l’empereur fit parvenir au comte de Sancerre une fausse lettre, par laquelle le duc de Guise lui ordonnait, au nom du roi, de capituler ; la pièce était habilement contrefaite, et Charles-Quint lavait scellée d un sceau enlevé à une lettre authentique. Le comte s’engagea à rendre la ville si, sous huit jours, il n’était pas secouru; à
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l’expiration de ce délai, il sortit en effet suivi de la garnison, avec les honneurs de la guerre; un Te Deum célébra à Paris cette héroïque défense. L’empereur alla ensuite brider Joinville et descendit sur Vitry , où s’était renfermé le comte de Brissac avec de la cavalerie et deux mille hommes de pied, et qui, de là, durant le siège de Saint-Dizier, avait fréquemment inquiété l’armée ennemie en lui enlevant de nombreux convois. Vitry, dominé de tous côtés par des collines élevées sur lesquelles les impériaux avaient établi des batteries, ne put résister, et M. de Brissac l’ayant évacué, les habitants eurent le regrettable courage de vouloir résister ; les canons de Charles-Quint réduisirent Vitry en un monceau de cendres. Un détachement des troupes impériales se porta sur l’abbave de Haute-Fontaine, mais fut repoussé par l’abbé Jean de Montluc, frère du maréchal, qui avait transformé son monastère en une véritable forteresse.
Le vieux Vitry, depuis ce siège conserva, le nom de Vitry-le- Brûlé ; trois ou quatre maisons seules restèrent debout avec l’église qui conserve encore aujourd’hui, sur ses murs, des traces des boulets de 1544. L’armée suivit la Marne en faisant un détour pour éviter Châlons et gagna Epernay ; Charles dut bientôt s’arrêter faute de vivres, signa avec empressement la paix de Crespy (septembre) et sortit immédiatement de France.
François Ier ne voulut pas laisser rebâtir Vitry, sur l’emplacement où cette ville se trouvait, et choisit l’emplacement du village de Maucourt, dans une plaine que ne dominait aucune élévation; le château de l’ancien Vitry fut démantelé, et tous les matériaux de la ville jusqu’aux pavés furent transportés à Maucourt qui, bâti sur un plan régulier, s’éleva rapidement et prit le nom de Vitry-le-François , du nom de son fondateur. Les habitants de l’ancien Vitry réclamèrent en vain, le roi fut inexorable et usa même de la force pour les empêcher d’aller relever leurs demeures à demi renversées ; contraint cependant de céder un peu devant leur insistance, il consentit à laisser à Vitry-le-Brûlé le titre de bourg, avec un doyenné, un marché mensuel, une lieutenance de prévôté et la châtellenie d’où relevaient 120 fiefs. Toutes les autres juridictions furent données à Vitry-le-François que Jérôme Marin fortifia.
A la guerre étrangère, et comme si la France ne devait pas pouvoir se reposer un instant, succéda la guerre civile
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d’abord avec la Réforme, puis avec la Ligue. La Réforme, ce grand mot qui sert à expliquer lant de changements politiques, tant de révolutions, la Réforme naquit, si je puis parler ainsi, en 1555 seulement en France, et les idées nouvelles étaient complètement répandues en 1559. La guerre civile eut pour prétexte un évènement accompli dans notre diocèse et qu on est convenu , j’ignore pourquoi, de décorer du nom sinistre de Massacre de Wassy. A ce moment la Réforme comptait de nombreux adeptes en Champagne; Châlons montrait une vive opposition et prenait toutes les mesures nécessaires pour fermer ses portes aux Prétendus Réformés, mais le Perthois fut excessivement favorable à l'hérésie; la ville de Massy se distingua notamment dans ce mouvement; ses habitants, nouvellement convertis, et par conséquent très ardents, commirent de sérieux désordres; l’évêque de Châlons s y rendit vainement pour essayer de la conciliation, et la duchesse de Guise, Antoinette Vie Bourbon, dut prier son fils d’intervenir. Le duc de Guise se hâta d’accourir, et le lendemain de son arrivée à Wassy , étant un dimanche, le prince, pendant qu’il assistait à la messe, entendit les chants des calvinistes dans une grange voisine qui leur servait de temple (1) ; d leur fit demander un moment de silence, ce qu’ils refusèrent, alors deux pages du duc et quelques valets se portèrent au prêche et une rixe s’engagea ; le duc s’y rendit a son tour et, ayant ete atteint d’une pierre au visage, ses gens se jetèrent sur les protestants, en tuèrent soixante et en blessèrent deux cents (1er mai 1562) (2).
Tel fut le prétexte de nos longues guerres de religion ; comme si les Prétendus Réformés n’eussent attendu qu’une occasion, ils commencèrent aussitôt la lutte. Dès le 25 août, Antoine de Croy , prince de Porcien , un des chefs du parti de la réforme, se présenta devant Sainte-Ménehould avec 4,000 hommes de pied et 800 chevaux; la place, défendue par le capitaine Lescouardin, résista a cinq assauts, et le prince de Porcien leva le siège après avoir perdu un grand nombre de ses hommes, et se dirigea sur Châlons en pillant les villages : quelques-unes de ses bandes se répandirent dans l’Argônne; le territoire du
(1) Joinville était aux Guise depuis le mariage de Marguerite de Joinville avec Ferry de Guise (I 42n).
(2) Sur 3000 habitants, Wassy comptait 1000 protestants.
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canton actuel de Dommartin-sur-Yèvre fut principalement ravagé , et l’on se figure difficilement l’état où les Prétendus Réformés ont mis les églises de ces contrées. L’une de ces compagnies alla rançonner et brûler Moiremont ainsi que tous les environs de Sainte-Ménehould ; une autre mit le feu à Beaulieu, brûla les livres d’église, emporta la chasse d’or de saint Rouin dont ils jetèrent le corps au milieu des bois et ruina le couvent des Cordeliers, bâti en 1500 par Gilles de Nettancourt entre Yaubécourt et Triaucourt; l’abbaye de Chatrices subit le même sort. A Florent, les gens du capitaine Béthune commirent d’atroces excès et firent mourir le curé d’une horrible façon : celui qui remplissait en cette occasion les fonctions de bourreau, disait avec satisfaction que c’était le dixseptième prêtre qu’il traitait ainsi.
L’autre partie du diocèse n’était pas mieux partagée : l’abbaye de Saint-Martin de Huiron, saccagée une première fois, était attaquée par la compagnie protestante du capitaine La Cha-* pelle et, sans la présence du commandeur de La Neuville avec ses soldats, le monastère était de nouveau incendié. Ses moines durent cependant se retirer dans leur maison de refuge de Yitry et enterrer leurs archives : les abbayes de Saint-Jacques, de Haute-Fontaine et de Trois-Fontaines furent aussi rudement éprouvées; Saint-Urbain de Joinville fut brûlée pour la troisième fois en 1566, Sainte-Marie et Saint-Sauveur de Vertus n’étaient que des monceaux de cendres. Durant cette première période delà guerre civile, Chalons demeura assez calme , la ville en fut quitte pour une émeute peu sérieuse et dont le principal agent fut pendu ; le château de Sarry. fut enlevé par les Prétendus Réformés (1567), mais presqu’aussitôt repris par la milice bourgeoise qui ne laissa pas aux vainqueurs le temps de démolir les remparts dont ils venaient de se rendre maîtres et qui avaient été relevés à la fin du siècle précédent par l’évêque Geoffroy Floreau.
Pendant ces dissensions si longues et si pénibles, notre diocèse fut gouverné d’abord par un grand seigneur lorrain, Philippe du Plessis de Lénoncourt, nommé évêque de Châlons à 23 ans, et qui y consacra la nouvelle église de Toussaints, qu’on venait de reconstruire dans l’intérieur de la ville; mais il quitta son siège en 1556 pour le laisser à Jérôme Bourgeois, fils du premier médecin de François Ier, et déjà
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abbé de Saint-Pierre-au-Mont. C’était un prélat distingué, instruit, fortement prononcé contre les idées nouvelles et qui prit part aux travaux du Concile de Trente. Châlons, du reste, était le but auquel tendaient les insurgés, mais ses habitants résistèrent, malgré les efforts des novateurs qui allèrent jusqu’à faire venir un certain nombre de leurs adeptes des villes voisines pour former une population protestante fictive et provoquer l’établissement d'un prêche , ce qu’ils obtinrent cependant par l’acte de pacification (1576). Cet édit donna le signal de la ligue formée, sous prétexte de religion, par les princes de Guise, mais constituée en réalité par eux pour s’emparer du pouvoir au détriment du faible Henri III.
Dans celte nouvelle lutte, le diocèse de Châlons acquit encore une assez grande importance à cause de Joinville, 1 un des principaux centres d’action des Guise. Châlons demeura longtemps fidèle au roi, mais fut enfin forcé de céder à la force et de recevoir une garnison de ligueurs, de 1585 à1o88. Le conseil expulsa M. de Rosne, leur chef, et ses gens, le 29 décembre 1588 et se remit au roi. Joinville, comme on le pense, demeura à la ligue, tandis que Wassy, dévoué à la Réforme, s attirait la rancune de ses voisins qui , en 1591, allèrent le livrer au pi lage, puis aux flammes; Saint-Dizier fut occupé de 1585 à 1594 par des troupes du duc de Guise. Vitry-le-François embrassa ce parti avec ardeur : le gouverneur, M. de Montigny de Minecourt, laissa surprendre la place, le 17 janvier 1589, maigre la résistance de quelques royalistes, et livra le chateau au comte de Saint-Paul. En même temps, Saint-Paul s’emparait du château dePringy, après avoir battu farinée du maréchal d Aumonl à Saint-Amand (avril), mais les Châlonnais qu incommodait fortement la garnison de Pringy, prirent les armes sous les ordres de leur gouverneur, M. de Thomassin, et de Claude de Bar, capitaine de la compagnie de l’Arquebuse. Le régiment du comte de Grandpré s’était joint a eux. Les ligueurs d’abord battus en plaine, rentrèrent dans le château qui fut enlevé d’assaut, et furent poursuivis jusques sous les murs de Vitry : il y eut un grand nombre de morts dans ce combat, et notamment Robert de Joyeuse, comte de Grandpré, et Claude de Bar atteint de vingt-six blessures. Quand le roi eût appris que Vitry avait donné refuge à ses ennemis, il punit la félonie de ses habitants en leur enlevant leur bailliage (2 mai 1587), leur gre-
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nier à sel (27 mai) et en réunissant ces juridictions à celles de Châlons « dont les habitants ont seruy et obéi au roy avec plus » de fidélité et sincère affection qu’aulcun aultre lieu de la » province, » disent les lettres patentes.
Sainte-Ménehould, comme Châlons, était demeurée à Henry III, bien que le duc de Guise y fût venu le 20 mars \ 585 et que le gouverneur,DuVal de Mondreville, appartîntà son parti. Ceprince, après -avoir essayé d’entraîner les habitants de cette ville dans une assemblée, les quitta brusquement, mécontent, les traitant de mutins, e t alla prendre Verdun. Mondreville fit cependant en- " core un effort quand, en 1588, la ville dut envoyer aux Etats de Blois leurs cahiers de doléances ; il parvint à y faire mentionner que les bourgeois de Sainte-Ménehould adhéraient à la Ligue et repoussaient le roi de Navarre comme hérétique et relaps ; mais l’avocat Jean Beschefert démasqua cette fraude et fit échouer la tentative de Du Val, qui alla rejoindre le duc de Guise à Blois, laissant le gouvernement à son lieutenant La Mothe, ardent partisan de l’Union. A cette époque, une garnison de ligueurs occupait le château de Hans, seigneurie de Du Val. et La Mothe résolut de s’e'n servir pour prendre Sainte-Ménehould ; mais il y avait alors dans cette ville un magistrat courageux et profondément attaché à la royauté, Germain de Godet, seigneur de Renneville, lieutenant-général au bailliage : ayant été prévenu des projets de M. de La Mothe, Renneville feignit un dimanche de se rendre au bailliage en robe, suivi par honneur de ses sergents et de quelques bourgeois armés ; puis il se présenta inopinément à l’hôtel du gouverneur et se fit annoncer. La Mothe court au devant de lui, et Godet lui annonce qu’il vient l’arrêter par ordre du roi. — Monirez-moi cet ordre, s’écrie La Mothe. — Le voici, répond Godet en lui présentant un pistolet ; il est toujours ordonné à un bon Français de prévenir tout ce qui peut nuire aux intérêts du roi. — M. de Renneville fit aussitôt jeter hors des murs La Mothe, ses soldats et sa famille, qui tous se retirèrent à Hans ; le lendemain, ce dernier se présenta pour rentrer, mais il y avait bonne garde aux murailles, et il dut se retirer en proférant d’inutiles menaces. Renneville se hâta d’informer le roi de sa conduite, et sa dépêche arriva à Blois précisément le jour de l’assassinat du duc de Guise ; Henri III se hata de répondre à M. de Renneville, en le nommant gouverneur à la place de M. de Mondreville.
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En 1 589, Saint-Paul lit proposer aux gens de Sainte-Ménehould de lui ouvrir leurs portes (9 mars) ; sur leur refus, il leur offrit d’observer une absolue neutralité, ce qu ils ne voulurent pas accepter. Il se mit alors à ravager les environs de la place; ayant rencontré une nuit quelques cavaliers de Clialons conduits en reconnaissance par M. de Thomassin, il les défit et revint tout d’un coup assaillir Sainte-Ménehould par la porte des Prés ; mais Renneville radiales milices, soutint le combat pendant huit heures entre les ponts, et Saint-Paul se retira emmenant tous les bestiaux des faubourgs.
Au milieu de ces guerres civiles, les villages souffraient cruellement : les ligueurs les rançonnaient sans pitié, et malheureusement les royalistes aussi les traitaient en ennemis ; plusieurs bourgs se fortifièrent, mais ce lut principalement dans le diocèse de Reims. Les gens ue Triaucourt obtinrent en décembre \ 577 des lettres du roi, portant « qu’il leur est permis » de fermer le bourg de portes et portaux , de le clore de » murailles et fossés, de le fortifier de remparts, boulevarts,
» bastions, ponts-levis, plates-formes, tours et tourelles; de » s’armer de toutes armes offensives et défensives pour s’en dé- » fendre et conserver le bourg en l’obéissance du roi, qui le » met sous sa sauve-garde ; enfin, de lever sur eux et sur les » taillables de la banlieue la somme de 30,000 livres tournois. » Les habitants de Triaucourt se contentèrent cependant d’augmenter les fortifications du château. Du côté de Reims, des remparts furent élevés à Somme-Suippe, à Saint-Jean-sur- Tourbe, à Baconne, etc., et se présentent encore aujourd’hui dans un bon état de conservation.
Les passages des gens de guerre étaient alors les plus grands obstacles au rétablissement du calme et à la reprise des travaux dans les villages. On pourra se faire une idée de l’insolence de ces hommes d’armes, en lisant la lettre suivante (1), adressée par le chef d’une de ces bandes marchant pour le service du roi, au conseil de ville de Chalons : s ils parlaient ce langage aux représentants d’une cité importante, comment devaient-ils traiter les habitants des villages et des hameaux ?
(1) Lettre autographe. — Ardu de l’hôtel de ville, à Châlons.
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<a Messieurs, j’ay à la vérité recongneu que vous avez tousiours eu tant d’affection à ce qui a esté du service du roy, que ses vrais serviteurs sont obligés de le recongnoislre ; mon vray chemin s’adressoit à Notre Dame de Lépine, mais pour conserver votre voisinage, je me résous à passer plus haut; vray est que ne puis, si je n'ay du pain, conduire mes gens en telle diligence et en si bon ordre que le service de Sa Majesté le requiert. J’ay escript à ceulx de Yilry afin de m’envoyer 24,000 pains à Cermoise. C’est beaucoup pour eulx. Je crains que cette grande quantité les empêche d’y pourveoir. Toutefois je ne veulx pas m’enfourner en Champaigne sans avoir du pain, tellement que je serois contrainct de séjourner longuement à Cermoise, ce qui serait la ruyne des affaires du roy et du pais. Cela me fait vous prier de les adverlir en diligence que vous les rembourserez de 8,000 pains, s’ils me les adressent, et ne voullant pas vous celer que si je n’ay du pain, je serai contrainct de m’approcher de vous jusqu’à Notre Dame de Lépine, à quoy j’auray grand regret. Je seroi, si Dieu plaît mardy à Cermoise où je ne désire pas séjourner plus d 'un jour ; si je n’ay du pain, il me faudra séjourner davantage. Usez de diligence sur cette affaire, je vous prie, vous asseuraut, Messieurs, que je seroi tousiours voslre humble et très affectionné pour vous servir. »
« Sancy. »
De Morçay, le xve d’octobre 1593.