‹ Diocèse ancien de Chalons-sur-Marne histoire et monumentsChapitre 7 sur 128 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Avènement de Henri I\ . — V Evêque de Cliûlons expulsé. — Menées des Ligueurs. — Siège de Yilry. — Attaque de Sainle-Ménoliould, de l’Abbaye de Reaulieu. — Henri IV en Champagne. — Etablissement du eu I le prétendu réformé. — Mort du Roi. — Guerre de la Fronde. — Sainte-Ménehouhrprise par M. le Prince. — Episcopat de Mgr Vialart de Herse. — Invasion des Impériaux. — Growesiein. — Fin du XVIII" siècle. — Révolution. — Suppression du Diocèse.

L’assassinat de Henri III donnait, malgré les ligueurs, la couronne au roi de Navarre, et Henri IY se Data de se faire reconnaître par les villes qui étaient demeurées fidèles au dernier des Yalois :• Châlons et Sainte-Ménehould furent les seules de notre diocèse. Châlons avait alors une grande importance, possédant dans ses murs une chambre du Parlement de Paris, depuis le transfèrement de cette compagnie à Tours IG avril 1589) ; le 27 mars précédent, le roi lui

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avait donné le rang de principale cité de Champagne, au détriment de Troyes qui avait adopté avec enthousiasme le parti des Guise. La ville avait alors pour évêque un ardent ligueur, Cosme Clausse, qui finit, grâce à ses menées et à ses fréquents voyages à Reims, par se laire fermer les portes de Châlons en vertu d’une conclusion du conseil municipal. Dans l’Argonne, sur la frontière du Barrois, la lutte était vus e à ce moment : le duc de Lorraine, peu après l’avènement du Béarnais, s’était emparé des châteaux de Triaucourt et de Sois} et vint assiéger Beaulieu, où M. de Nettancourt résista quelques jours i force lui lut cependant de capituler et de se îetiiei a travers les bois, à l’abri des remparts de Sainle-Ménehould (10 octobre) ; le roi lui écrivit, du camp de Saint-Denis, une lettre pour le remercier de sa fidélité et 1 engager à joindre ses troupes à celles du comte de Grandpré. Saint-Paul revint attaquer Sainte-Ménehould au mois de novembre, et bloqua pendant trois semaines la porte des Prés et le faubourg Florion , il se retira quand il vit les bourgeois bien résolus a se defendi e et même à refuser toute promesse de neutralité. Mais, en septembre 1590, les Lorrains reparurent : heureusement que plusieurs gentilshommes avaient eu le temps de se jeter dans la place avec un certain nombre de soldats ; c étaient le comte de Grandpré ; de Dinteville, lieutenant du roi en Champagne , Le Dieu, ancien gouverneur de Verdun ; de Nettancourt, colonel de cavalerie ; Burosse, maistre de camp du régiment de Champagne ; de Bettancourt, de Pouilly de Cornay, de Beauveau dépense. Le duc de Lorraine se présenta, en effet, le 1 0 octobre, après s’être emparé de Villefranche-sur-Meuse, a\ec o,000 fantassins, 2,000 chevaux et une artillerie considérable. Godet de Renneville avait été, comme on sait, nommé gouverneur de la ville; mais n’ayant pas reçu le brevet confirmatif, les echevins réclamèrent et obtinrent, selon 1 usage, le droit de commander en l’absence de ce fonctionnaire et jusqu’à sa complète institution. Le duc de Lorraine établit son quartier-général à Verrières avec sa cavalerie et fit loger 1 infanterie a Chaudefontame, Vaux et Bignipont. Sainte-Ménéhould, investie au couchant et au midi, fut canonnée par des batteries dressées sur les monts Belair et Carraut. Les assiégés résistaient avec énergie, 1 artillerie des forts Saint-Pierre, Sainte-Catherine et du château répondaient vigoureusement au feu des ennemis, tandis que la garnison,

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soutenue par les chevaliers de l’Arquebuse, la milice et la compagnie des volontaires de la Jeunesse, commandée par M. de Saint-Remi, faisaient de fréquentes sorties. Le siège durait depuis trois semaines et la ville avait failli être livrée par la trahison d’un portier allemand, quand le duc de Nevers fit dans les Ardennes une importante diversion en battant Saint-Paul et en enlevant aux ligueurs Mustigny, Maubert-Fontaine, Montcornet et Rocroy; d’un autre côté, une vive mésintelligence éclata entre les ducs de Mayenne et de Lorraine qui voulaient chacun disposer de la place de Villefranche-sur-Meuse : le duc de Lorraine leva alors le siège de Sainte-Ménehould, refusant brusquement «de se donner tant de peine et de s’exposer à tant de péril » au profit d’autruy » (25 octobre). M. de Nettancourt alla alors s’emparer de Beaulieu, Soisy et Triaucourt; mais des lansquenets étant revenus sur l’abbaye, Nettancourt y mit le feu avant de la quitter. Tous les environs de Sainte-Ménehould, comme on pense, avaient été ravagés : quelques bondes y demeurèrent après le départ des Lorrains; l une d’elles tenait encore à Florent, mais une nuit M. de Renneville alla les surprendre et les chassa après en avoir tué le plus grand nombre : une quarantaine d’ Albanais voulurent résister dans le château, mais se rendirent quand on leur promit la vie sauve, et M. de Renneville rentra avec 50 prisonniers et 400 chevaux, n ayant perdu que 17 hommes. Peu après, cet intrépide magistrat se réunit à M. du Renel, commandant pour M. de Thomassin, dons son château de Braux-Sainte-Cohière, et marcha sur Hans dont le gouverneur Limpost était alors à Clermont-en-Argonne : cette expédition ne présenta ni péril ni difficulté, et Henri IV en ayant été informé, écrivit d’Attigny à M. deGodet pour faire démolir la forteresse de Hans et celles des environs (28 novembre). Pendant cette courte période, les habitants de Sainte-Ménehould avaient dépensé, pour le service du roi, 14,000 écus que Henri IV leur fit intégralement rembourser.

Le reste du diocèse n’était, pas plus tranquille ; les ligueurs y occupaient partout de nombreuses forteresses ; les bourgeois de Châlons, commandés par M. de Thomassin, allèrent prendre et raser celles d’Aulnay-aux-Pl anches , d’Aulnay-Lettrée et de Conflans ; cette dernière ne se rendit qu’ après avoir reçu 80 coups de canons (18 août 1590). Mais c’était surtout dans le Perthois que la résistance était vive : Vitry et Joinville tenaient

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énergiquement pour la Ligue, aussi Henri IV, dans ses nombreuses lettres au conseil de ville de Châlons, exprima sans cesse son désir de venir « purger la Champagne de ses ennemis » et ses regrets d’être retenu ailleurs. En 1590, cependant, une division de l’armée royale pénétra dans la province et vint assiéger Vitry-le-François ; l’assaut fut donné le 28 mars et la citadelle emportée, mais reprise le lendemain par le comte d£ Saint-Paul, qui y laissa le' sieur de Frignicourt pour y commander; dans l’attaque de la veille, M. de Mutigny avait été tué d’un coup de lance, et son successeur lui fit faire un tombeau magnifique que l’on peut voir encore dressé près d’une des portes de l’église de la ville. En 1591 , Henri IV vint à son tour dans notre diocèse qui se trouvait toujours privé d’évêques ; il passa à Châlons et alla s’emparer d’Epernay.

Mais bientôt la conversion du roi ralentit la guerre civile (juillet 1 593) ; les Prétendus Réformés ne s’éloignèrent pas de lui et un grand nombre de catholiques firent leur soumission, les uns par vrai désir de voir la paix rétablie, les autres heureux de trouver une occasion honorable pour déposer les armes. La Champagne retrouva son calme : Claude de Lorraine remit Saint-Dizier au roi, et Charles de Lorraine lui rendit également hommage pour Joinville ; Vitry se fit acheter à prix d’argent et ne voulut ouvrir ses portes que pour 20,000 écus bien comptés, encore fallut-il en laisser le gouvernement au sieur de Frignicourt ; Châlons laissa rentrer son évêque Cosme Clausse qui abjura complètement ses anciennes erreurs politiques (1594); l’Argonne, troublé encore en 1592, par le bailli de Clermont qui était venu surprendre Sainte-Ménehould, redevenait tranquille et la paix était entièrement rétablie dans les derniers mois de l’année 1 594.

Durant le reste du règne de Henri IV, on sait que la France put enfin se reposer et travailler à effacer les traces des longues guerres, qui depuis plus de huit siècles n’avaient presque pas eu d’interruption. En 1601 , le roi vint à Châlons et de nouveau, en 1603, lors de son voyage à Metz ; chaque fois, il adressa aux habitants les plus gracieuses paroles et, se rendant à Sainte- Ménehould en poursuivant son trajet, il dit à la reine au moment où les délégués du conseil, venus au-devant de lui, allaient les haranguer : « Je vais entrer dans une petite ville » qui a fait des actions signalées pour mon service. » Puis il

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accorda aux volontaires de la jeunesse et aux arquebusiers le droit de le garder, tandis que ses chevau-légers allaient loger à Verrières et à Chaude-Fontaine.

Henri IV régla aussi dans notre diocèse une importante question : celle des Prétendus Réformés qui, peu nombreux à Châlons, l’étaient un peu plus à Vitry, à Sainte-Méneliould et dominaient à AVassy ; il fut décidé qu’un temple serait établi à Vinay et à Compertrix, près Châlons, mais il lut définitivement installé a Fagnières; pour le Perthois , le prêche fut maintenu à A itry-la- Brûlée, comme auparavant, avec permission au sieur de Somme- Vèvre de conserver un oratoire public dans un de ses villages, près de Vitry (7 octobre 1 599); les lettres du roi ne parlent pas de AVassy qui se relevait à peine de ses ruines. Le temple de Fagnières fut démoli en 1687, et ses biens réunis aux hôpitaux de Châlons, où depuis 1606 les enfants des Prétendus Réformés étaient admis comme ceux des catholiques.

L’assassinat de Henri IV vint remettre tout en question au moment où la guerre éclatait entre la France et 1 Empire; le sceptre tombait aux mains d’un enfant et d’une femme, tandis que la noblesse se montrait remuante, et que les parlements élevaient la voix pour réclamer sans cesse de nouvelles prérogatives. La Champagne perdit plus peut-être qu une autre province au meurtre du 14 mai; Henri IA s était toujours occupé avec sollicitude de cette contrée où il avait pu recueillir des preuves d’une rare fidélité, d’autant plus remarquable que près de là étaient les centres deses ennemis les plus déclarés (1).

Il est curieux de parcourir les soixante et une lettres qu il a adressées au conseil de ville de Châlons, religieusement conseivées et qui témoignent du soin qu ii mettait a entretenir le zèle de ceux qui lui étaient attachés; les archives de Sainte-Méneliould en renferment aussi quelques-unes, mais c est dans la correspondance avec les Châionnois qu’on retrouve des traits de ce grand caractère en même temps que des renseignements historiques intéressants. Dix de ces dépêches sont de 1 année 1 590, dans 1 une il

(1) J’ai découvert ces lettres aux archives de l’hôlel-de-ville, postérieurement à la publication de mon Histoire de Châlons; je me permets donc d’insister sur ces curieux documents. — Aroir, du reste, ma C orrespondance inédite des rnis de trunce avec lu ville de Châlons » laiis, c.icz Aubry, in-18, 1855,

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informe les gens du conseil que le maréchal d’Aumont a reçu l’ordre d’aller avec des reitres et des Suisses « eslargir les » environs de Chaalon, en attendant que nous y allions en per- » sonne, ayant esté tellement favorisé de Dieu que depuis » nostre parlement du faubourg de Paris, nous avons nettoyé » entièrement plus de 500 lieues de pays (1); » deux mois après le roi engage ses bourgeois à aller reprendre le château de Conflans (2), puis les félicite du brillant combat de Pringy (3). Quand Henri IY entra en Champagne, en 1591, la correspondance devint encore plus suivie, ce prince informant sans cesse le conseil de sa marche : quinze de ses lettres appartiennent à cette année ; l’une d’elles, datée d’Àttigny, annonce la réduction du Château de Hans et de celui de Cernay en Dormois dans le voisinage, mais sur les terres du diocèse de Reims (4); en même temps il prenait des mesures pour assurer la conservation des vignobles en chargeant M. de Poinville avec ses escadrons de garder les environs de Châlons. D’autres lettres présentent un grand intérêt historique, soit quand le roi rend compte de ses opérations militaires ou de son projet de conversion ou de sa conversion même (5), soit quand il raconte lui-même en grand détail la tentative d’assassinat commise contre lui par Pierre Chastel (6). Pour ce qui concerne notre pays, je mentionnerai une dépêche du 26 juin 1593, annonçant l’envoi, à Châlons, de M. Garault, général des finances chargé d’emprunter 20,000 écus, somme à laquelle « on estoit » sur le point de s’arrester avec le sieur de Frémicourt pour » la reddition de Yitry, » laquelle somme devait être fournie par l’écu 1 5 sols levés sur chaque minot de sel du grenier de Vitry, l’écu sur chaque ’muid de vin passant en cette ville et pour le surplus « par les plus clairs et prompts deniers de la » recepte général le qui y sont employés, toutes choses post-

(1) 14- janvier 1590, au camp de Lisieux.

(2) 30 avril 1 590, au camp de Bray.

(3) 28 mai 1 590, au camp de Gonesse.

(4) 29 septembre 1591.

(5) 29 décembre 1 593, à Vemon.

(6) 27 décembre 1594. « JS n’y a Dieu mercy si peu de mal que pour * cela je ne me meüroi pas au licl de meilleure heure. >

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» posées. » Pour clore cette correspondance, je citerai comme document historique la lettre adressée au même conseil par le gouverneur, le lendemain de l’assassinat de Henri IV.

« Chers et bien amis, sur les quatre heures du soir le roi, nostre très honoré sire et seigneur à qui Dieu fasse paix, estant par cette ville dans un carosse, a esté frappé au costé par un malheureux assassin d’un coup de couteau, duquel il est peu de temps après décédé. Ce que nous vous avons voulu aussitost faire savoir, à ce que chacun de vous en général et en particulier fasse son debvoir et prenne une ferme résolution de s’unyr et conserver soubs nostre authorité en l’obéissance des édits de pacification. N’y faites doncq faulte, car tel est nostre plaisir. — Donné à Paris, le xvie jour de mai 1610. — Louis. — Et plus bas, Potier. s*

La guerre civile, en effet, ne fut pas longue à commencer; le prince de Condé, mécontent de se voir éloigné du pouvoir, appela la noblesse aux armes et se retira à Soissons (1614); ce mouvement éclata rapidement: les protestants se joignirent aux mécontents qui entouraient, à Angers, Marie de Médecis. La Champagne fut principalement exposée, par le voisinage de Bouillon et des Ardennes où se trouvaient les principaux agents de l’insurrection. Dès le début le prince de Condé avait voulu s’emparer de Vitry, mais cette fois la ville était demeurée fidèle à Louis XIII; les seigneurs de Scrupt, de Blacy, et du Buisson furent appelés dans la place avec 400 hommes armés des [villages, les ponts furent rompus et M. le Prince dut renoncer à son projet (octobre '1615); Châlons éloigna de même le duc de Nevers (1619). Sainte-Ménehould avait été occupée dès les premiers jours de l’existence de la Liguejdes grands (1616). Pradines de Bouconville, gouverneur de la place et créature deM. le duc de Nevers, lui en avait ouvert les portes ; les gens du conseil tentèrent de résister, mais M. de Bouconville se retira dans le château tandis que le duc menaçait de ne pas laisser une maison debout; le soir, l’armée de M. le Prince, repoussée de Vitry, se présentait aux pieds des remparts : les bourgeois délibérèrent cependant toute la nuit et les échevins Hoccart et Raulet ne voulaient pas céder ; enfin ils comprirent qu’ils allaient être pris entre deux feux, le sieur de Bouconville ayant fait braquer les canons de la citadelle, et ils durent se soumettre. Quand la reine-mère eut appris le succès des insurgés , comme elle ne désirait que rétablir prompte-

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ment la paix, elle envoya à Sainte-Ménehould des commissaires pour s’entendre avec les chefs de la Ligue, le prince de Condé, les ducs de Longueville, de Mayenne, de Nevers et de Bouillon, qui se trouvaient dans la ville ; les commissaires royaux étaient le c1 uc de Ventadour, les présidents Jeannin et de Thou , Thumery de Boississe et de Boullion ; le 1 5 mai 1614, on signa le traité de Sainte-Ménehould qui n amena qu’une courte trêve. M. le Prince ayant recommencé les hostilités sous le prétexte de la non-exécution du traité , et en réalité par haine contre le maréchal d Ancre. La ville fut donc aussitôt assiégée par le duc de Nevers; ses bourgeois répondirent encore aux sommations « qu’ils étoient sujets du roi et qu ils » n’entroient en rien dans les querelles particulières du duc » de Nevers avec la cour. » Mais M. de Bouconville, qui avait conservé le gouvernement, ouvrit la porte Canard au duc , tandis que 400 des principaux habitants abandonnaient volontairement leurs maisons, et se retiraient dans les villages (1616). Peu de jours après, le roi envoyait une division commandée par le marquis du Plessis -Praslin, et ce derniei reprit Sainte-Ménehould sans coup-férir, en achetant M. de Bouconville au prix de cent mille écus qui ne lui furent jamais payés.

La lutte s’éloigna momentanément alors de la Champagne, bien que la proximité des frontières ne permit jamais à notic diocèse une complète quiétude. La guerre, déclarée à l’empire en 1 635, vint renouveler toutes les craintes ; mais 1 Argonne seule, que la peste venait de décimer, fut encore ravagée par les quarante cornettes lorraines du baron d Offlence, qui incendièrent Beauzei, Rubécourt, Triaucourt, Soisy, Menoncourt, Senart , Aubercy, Riocourt; Beaulieu lut menacée et peut-être eût-elle été ruinée sans l’arrivée du comte de Nettancourt et de son régiment (1636); l’année suivante, l’armée du maréchal de Châtillon se rassembla à Sainte-Ménehould avant d entrer dans le Luxembourg.

Mais à peine la paix était-elle signée a Munster, que le prince de Condé et les parlements se révoltèrent contre 1 influence du cardinal de Mazarin et constituèrent la Fronde, la dernière enfin de nos guerres civiles (août 1 648) . Durant la Fronde, c’est encore à Sainte-Ménehould qu’il faut nous arrêter: Châlons résista sans peine, Vitry, Wassy, Saint-Dizier, Joinville, ne furent même pas

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inquiétés. 11 est mal aisé, en revanche, de peindre l’état de désolation des environs de Sainte-Ménehould ; après la peste, il y avait eu une disette, puis de nombreux passages de troupes allemandes qui affamaient les campagnes, sous la menace de tout mettre à feu et à sang, en cas de résistance ; en ville, on mangeait déjà du pain d’avoine, quand le marquis de La Ferté vint camper à Verrières, après avoir repris Clermont (28 mai 1650). Au bout de six semaines, il fut obligé de se retirer vers Epernay, ne pouvant plus se procurer de vivres par aucun moyen. La guerre continuait cependant, et, chaque jour, quelques bandes ennemies venaient enlever des troupeaux jusques sous les canons de la place. Une fois, et malgré le traité de neutralité fait entre M. de Sainte-Maure, gouverneur de Sainte- Ménehould, et le comte de Meille, gouverneur de Clermont, un parti lorrain vint piller les fermes de Gergeau, de Bignipont et des Marécages. La compagnie de la Jeunesse courut aussitôt sur les maraudeurs, les battit à la vallée Colletet et rapporta ce qu’ils avaient pris. En reconnaissance, les propriétaires des trois fermes s’engagèrent, par acte authentique, à donner tous les lundis gras, à la jeunesse de Sainte-Ménehould, Gergeau et les Marécages, une oie ou un canard, Bignipont, une oie et un canard ; droit qui est encore observé dans les baux des fermiers. Ce fut le 30 octobre 1652 que leprince de Coudé, après la journée du faubourg Saint-Antoine, traversa avec son armée et les Espagnols les Ardennes, enleva plusieurs villes et forma enfin le siège de Sainte-Ménehould.

La ville n’avait d’autre garnison (pie quelques soldats invalides et un petit nombre de canonniers : M. Baillet de Daucourt, capitaine au régiment de La Ferté, père du lieutenant-général au bailliage, vint prendre le commandement de la milice qui devait seule faire face aux nécessités du siège. Dès le lendemain, les ennemis commencèrent leurs travaux d’investissement et prirent leurs cantonnements; leurs forces s’élevaient à 18,000 hommes de pied avec 3,000 chevaux et 18 canons. Le duc de Wurtemberg était à la tète des Allemands ; le chevalier de Guise, des Lorrains ; les Espagnols suivaient le comte deFuensaldagne et les Français le baron de Clinchamp : le prince de Condé prit en personne la direction de l’attaque. Le 3 novembre, les premiers coups de canon furent tirés et aussitôt M. le Prince, pensant avoir suffisamment effrayé les habitants, fit

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proposer la capitulation ; mais les gens du conseil se prononcèrent énergiquement, et, précisément le soir, M. de Taisy , lieutenant du roi, entra par la Porte des Bois, demeurée libre, avec une centaine d’Irlandais. On se hata de mettre le feu aux faubourgs, opération dont la compagnie de la Jeunesse s’acquitta avec succès. Tout le monde du reste rivalisait de zèle, et deux prêtres se chargèrent de la direction de l’artillerie au Châtelet ; l’un d’eux, l’ermite Pierre, y fut tué en servant une pièce. Le 1 1 , cependant, la batterie établie sur le mont Belair, avait pratiqué au bastion de Sainte-Catherine une brèche que M. le Prince crut suffisante pour livrer l’assaut. Cette tentative fut déjouée complètement par le courage des bourgeois qui tinrent tête énergiquement à la Porte des Prés et au bastion de Royon ; quelques heures après, M. le Prince recommença l’attaque, faisant marcher cette fois les régiments de Condé, de Berry, de Bourgogne et d’Orléans ; le lendemain, les ennemis tentèrent un nouvel assaut sur trois points différents : cette % fois les canons du château détruisirent les batteries du Belair et repoussèrent les assaillants, qui ne perdirent pas moins de 600 hommes. Malgré ce succès, les habitants de Sainte-Ménehould, n’espérant plus de secours et voyant les vivres prêts à leur manquer, consentirent, le 13 novembre, à signer une capitulation; le 14, au matin, l’armée entra dans la place laissant défiler la garnison avec les honneurs de la guerre. Quand le prince de Condé vit que cette garnison se bornait à un petit nombre d’Irlandais, il ne put s’empêcher de dire à M. Auber tin, qui faisait les fonctions de Maire : « Quoi, voilà en troupe réglée » toute votre garnison? Vous êtes tous des opiniâtres, des en- » têtés, des mutins ! »

Durant ce siège, le maréchal de La Ferté, alors sur les bords de la Meuse, avait détaché un régiment pour secourir Sainte- Ménehould , mais quand ce détachement arriva à Yaubécourt , il apprit la reddition de la place où le prince de Condé venait d’installer le marquis de Montai comme gouverneur; les principaux bourgeois et tous les fonctionnaires, sauf les échevins, émigrèrent. Le bailliage tint ses séances à Châlons tout le temps que dura l’occupation ennemie. Comme on le pense, les environs de la ville ne furent pas ménagés pendant le siège, ni après : l’abbaye de Chalrices fut brûlée et les rebelles pillèrent jusqu’aux ornements d’église, déchirèrent en mille morceaux les titres

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des archives et incendièrent les bâtiments (octobre 1652); ils allèrent aussi mettre le feu à l’abbaye de Moiremont. Ce fut bien pis encore quand Turenne et le maréchal de La Ferté s’approchèrent de Sainte-Ménehould pour tenir en respect l’armée du prince de Condé et faciliter l’attaque de cette malheureuse place par les troupes de MM. de Castelnau, d’Uxelles et de Navailles. Le marquis de Montai fit sortir de tous les villages les chevaux, les voitures, les fourrages et les grains, incendier les granges, les fermes isolées et les bâtiments entourant le château de Bignipont. Le 28 octobre 1653, l’armée royale avait achevé l’investissement de la place ; elle se composait de 18,000 hommes, de 200 bourgeois émigrés à Châlons, et d’un grand nombre de paysans. M. de Castelnau campa sur le mont de Crémont, M. d’Uxelles à la Côte-le-Roi, M. de Navailles à la Côte-des-Chalaides ; des détachements occupaient Saint-Maure, à l’entrée des bois, et Chaudefontaine. Montai alors, après avoir refusé dignement l’offre que M. Baillet de Daucourt lui avait faite de se vendre au roi, organisa la défense avec un ordre remarquable, tout en ayant souvent recours à des actes de la dernière violence , à cause de la résistance des bourgeois qui ne voulaient pas soutenir le siège ; après de longs préparatifs de part et d’autre, le canon des assiégés se fit entendre le 1er novembre. Mais la cour, qui était depuis quelques jours à Châlons, s’impatientait d’attendre si longtemps l’annonce des succès ; le cardinal de Mazarin donna le commandement de l’armée au maréchal du Plessis-Praslin, qui arriva au camp le 3 novembre et modifia sensiblement le système d’attaque ; il amenait avec lui l’ingénieur de Clerville, Yauban qui, l’année précédente, était dans les rangs ennemis au siège de la même ville, et les gardes françaises ; il établit son quartier-général à Argers. Yauban, qui connaissait les localités, changea les batteries, en établit de nouvelles. Le 5, la ville fut canonnée de toutes parts et les poudres placées dans la chapelle de Saint- Jean de l’Église, sautèrent; la canonnade continua sans interruption jusqu’au 21 : ce jour-là, l’assaut fut donné et les troupes royales furent rudement repoussées ; mais M. de Montai, ayant perdu tout espoir d’être secouru par le prince de Condé, malade à Clermont, et ne pouvant plus tenir derrière des murailles abattues et au milieu d’une population hostile, proposa une capitulation que le maréchal de Praslin refusa, voulant faire ac-

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cepter des conditions beaucoup plus dures. Louis XIV arriva au camp sur ces entrefaites avec Mazarin et le duc d’Yorck, et fit rédiger un acte de reddition que M. de Montai se hâta de signer (25 novembre). Le 27 au matin, la garnison sortit avec les honneurs de la guerre par la porte Florion, et défila devant Louis XIV qui se tenait à cheval près du Châtelet : le roi seulement détourna les yeux quand Montai passa; puis il mit pied à terre et entra suivi de quelques officiers par la brèche, appuyé sur un bâton de saule. La cour fut reçue avec un enthousiasme sincère, et M. Faudel, le seul des échevins qui fût demeuré pendant le siège et ait pu sauvegarder les propriétés de ses concitoyens, obtint du roi que les tambours, valets de ville et sergents seraient vêtus de la livrée du roi, ce qui a subsisté jusqu’en 4 789. Louis XIV avait alors 4 5 ans, et c’est le premier siège auquel il assista ; le soir de son entrée, il alla coucher au château de Hans et revint le lendemain à Châlons.

Les malheurs de l’époque n’expliquent malheureusement que trop le généreux désintéressement d’un de nos plus respectables évêques. La France se trouvait épuisée par les guerres et les dépenses exigées par Louis XIV ; le XVIIe siècle est le siècle où le royaume eut le plus à souffrir de la crise financière, où l’argent fut le plus rare et où cependant le nombre des agents financiers fut le plus considérable et leurs exigences les plus vexatoires. D’un autre côté, les villes géraient de la manière la plus fâcheuse leurs deniers communs, de sorte que de tous côtés la souffrance et la gêne se laissaient voir. Colbert, au début de son ministère, voulut, comme on le sait, porter la main dans ces immenses dilapidations ; on connaît la sévérité inouïe avec laquelle il fit rendre gorge aux traitants ; mais cela ne suffit pas pour rétablir l’ordre dans les provinces. On peut dire cependant que le bureau des trésoriers généraux de Châlons était alors composé des hommes les plus honorables ; c’étaient desLangault, des Papillon, des deParvillez, desDeu, des de Bar, des Jourdain, etc., les membres enfin des familles les plus distinguées de la ville; et malgré leur présence, malgré leurs efforts, le désordre était partout. Je crois qu’on lira avec assez d’intérêt les extraits des dépêches suivantes que M. d’Herbigny, intendant des finances, écrivait à Colbert qui l’avait chargé d’une mission dans notre pays; elle donnent la plus haute idée de l’administration municipale à cette époque.

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