‹ Diocèse ancien de Chalons-sur-Marne histoire et monumentsChapitre 8 sur 128 · A Bignicour près Vilri, ce 2 septembre IGG · texte numérisé non relu

A Bignicour près Vilri, ce 2 septembre IGG

€ . J’ai "venir les sindics des communautés voisines et leur ai

donné ordre de faire assigner leurs créanciers et les détenteurs de leurs usages pour travailler ensuite à la liquidation de leurs dettes , mais quelque soing que j’aie pris, quoique j’aye envoyé les archers qui sont près de moy pour les intimider et les forcer à exécuter mes ordonnances, je n’ai pu obliger que quatre à cinq communautés à venir, et à l’égard des autres il n’est venu que des misérables qui n’ont point de biens et par conséquent rien à perdre, et desquels je n’ai pu tirer aucune lumière, parce qu’ils n’estoient pas instruits des affaires de leurs communautés ou feignoient de ne 1 estre pas. Cela m’a obligé de m’informer du sujet pour lequel les paysans en usoient ainsy, et j’ai appris que l’appréhension qu’ils ont des gentilshommes ou des officiers des villes, lesquels jouissent de presque tous leurs usages, et quelques autres usuriers auxquels les pauvres communautés sont engagées qui ont eu l’adresse de prester de l’argent aux principaux en leur particulier, ont intimidé ces pauvres gens, les uns par la crainte de leur autorité, et ces derniers par les menaces qu’ils font à leurs débiteurs de les faire périr en prison, s’ils les font assigner devant moi ; et ainsy, Monseigneur, vous voïez l’embarras dans lequel je me trouve pour le plat païs.

» A l’égard des villes, je n’ay pas moins de peine; d’abord que j’ay esté arrivé à Chaalons, ceux de la ville m’ont demandé mes ordonnances pour faire assigner leurs créanciers ; ils m’ont asseuré qu’ils me présenteroient leurs comptes incessamment, ce qui leur estoit fort facile, puisque M. Marin y avoit déjà travaillé et même apostillé grande partie des articles ; mais parce qu’il y a de fausses dépenses qui y sont empîoiées et que les marchands prétendent justifier telles, il n’y a pas eu moïen de les faire joindre ; ce n a esté que fuittes, et tout cela parce que les officiers de ville qui du moment qu’ils ont esté esleus, y demeurent toute leur vie, se sont accomodés entre eux des deniers patrimoniaux et octroy, et font leurs efforts pour s’accomoder avec les marchands, affin après cela de couvrir une partie de leur désordre.

» Pour Vitri, c est encore pis : quelque diligence que j’aie faitte pour les obliger à me présenter leurs comptes et de leur faire assigner leurs créanciers, ils se contentent de me dire qu’ils y travaillent, mais que c’est une affaire de longue discussion, et dans la vérité je suis averty qu’ils ne font rien, et qu’ils seront tous les derniers, s’ils peuvent, à satisfaire leurs debvoirs, et cela à cause de quelques particuliers de cette ville là qui s’en sont tellement rendus les maîtres, qu’il ne s’y fait aucusne despense qu’ils ne 1 aient arrectee entr’eux. Il ne s’est pas fait un échevin ni un conseiller ce ville depuis vingt ans, que par eux, et perpétuant leur authorilé dans cette ville, ils ont disposé à leur usage particulier de partie de deniers pu-

INTRODUCTION

blics, et ont fait des violences contre les pauvres créanciers, et par cette voie, les ont obligé de s’accomoder avec eux de leurs créances pour des sommes fort modiques, et ont pris des transports, tant du sort principal que des intérêts et frais, dont ensuite ils ont fait des capitaux de rente qu’ils ont mis sous le nom de leurs affidés.

» Voilà, Monseigneur, en quel estât sont la pluspart des villes de cette province où il sera difficile de travailler utilement pour les communautés suivant vos intentions, si vous n’avez agréable de me donner un homme qui portant titre de procureur du roy de la commission, fasse toutes les diligences nécessaires et contre les officiers de ville et contre les particuliers, affin d’avancer notre travail même contre les usuriers, dont il y a grand nombre dans cette province et qui sont gens qui ruineront le pays, s il n y est remédié. Je m’en suis plaint aux officiers qui demeurent d’accord du mal, mais ils m’ont dit qu’il est impossible d’en convaincre aucun, par les grandes précautions qu’ils prennent dans leurs affaires. Cependant je prétends avoir des preuves assez fortes contre quelques-uns dans le peu de travail que j’ai fait icy.

» Si cette proposition vous agrée, Monseigneur, je vous supplie très humblement de vouloir gratifier de cet emploi M. Langault, trésorier de France à Chaalons ; c’est un fort habile homme et qui est fort instruit des affaires de la province ; M. Voisin vous en peut rendre témoignage, et, ce qui est de plus important pour cet emploi, il n’est mêlé en façon quelconconque avec certaine cabale de gens qui ont leurs intrigues dans toutes les villes de province et avec lesquels j auray beaucoup de choses à demesler dans le cours de ces affaires-cy. »

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