MIDI
De ses rayons épais, cruels et magnifiques, Midi frappe les flots qui, fiévreux et plaintifs, Viennent se déchirer au corail des récifs Et défaillent parmi le goémon des criques.
Sur le coteau voisin, la céleste splendeur Cuit les ligues, les noix, les raisins et les cormes. Des serpents, des oiseaux, des bêtes multiformes (iisent dans une étrange et funeste torpeur.
Mais, au sein d'un vallon flatté par le zéphyre, Le lac qu'un divin geste a naguère l'orme Cache sous le feuillage ombreux et parfumé l'ne onde fraîche et verte où se baigne un satyre.
Et si vif pour cet être est l'attrait de cette eau Qu'il n'entend pas un son tout proche de cymbales Et ne voit pas vers lui courir les nymphes pales Que l'effrayant soleil fit s'enfuir du coteau.
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.le l'aperçus de loin, à l'ombre d'un genièvre.
Ses pieds étant fourchus, ses poils noirs et frisants,
•le supposai d'abord que c'était une chèvre.
Mais je lis quelques pas sur les cailloux luisants
Et vis se préciser sa forme séductrice :
Il avait la longueur d'un homme de quinze ans.
Couché parmi des fleurs au bleuâtre calice. Il dormait, semblait-il, d'un suave sommeil : ,1e pensai qu'il rêvait d'un tout prochain délice.
Son corps paraissait frêle et, par endroits, vermeil, Car, au-dessus de lui, les onduleuses branches Laissaient parfois glisser des gouttes de soleil.
Soigné comme un éphèbe, il avait les mains blanches. Sa droite avait lâché la tlùte de roseaux Qu'un rayon éclaira sur l'une de ses hanches.
Sa barbiche ignorait l'usage des ciseaux : Kile était fine et longue ; et ses graciles cornes Servaient en ce moment de perchoir aux oiseaux.
Je remarquai soudain qu'il avait les yeux mornes, Que sa bouche saignait, pleine de mouches d'or : Et je m'enfuis, saisi d'une terreur sans bornes.
Dieux grands ! se pourrait-il qu'un petit dieu fût mort ?