L'OISELEUR
Ce jeune esclave aux doigts rouges du sang des mures,
Au Iront marqué de noir, Marche dans la fraîcheur légère des verdures,
Cruel sans le savoir.
Il ne voit pas que, d'arbre en arbre et fous de haine,
Le suivent les ramiers
Dont il emporte aux plis de son surtout de laine
petits effrayés.
Et si, droites au seuil des caverneuses roches,
Les dryades, là-bas, Jettent vers l'oiseleur de soupirants reproches,
Il ne les entend pas.
Il ignore, ce jeune esclave aux mains brutales, Que la blanche Artémis
Interdit que Ton touche à ces deux êtres pâles : La colombe et le lys.
L'ÊCUKEIÏL
L'animal que tu pris au piège, sous l'hièble, Et qui, bien que sauvage, a l'aspect si poli, Kpargne-le, Dryas, parce qu'il est joli, Parce qu'il est naïf et parce qu'il est faible.
Il a peur ; mais, pudique, il cache son effroi. Je lui vois du chagrin, et non de la colère. S'il est vrai que tu sois désireux de me plaire, Cei écureuil farouche et doux, donne-le moi.
Dans la cage où le mit ta vanité brutale, Ses voltes, ses élans, ses bonds semblent languir Il parait ne jouer que pour nous divertir. Permets que je le rende à sa forêt natale.
A quoi te servirait de te montrer cruel ? Sa fantaisie étouffe en nos ombres recluses : Et bientôt il mourra si tu me le refuses. Laisse-le retourner à la clarté du ciel.
Qu'il grimpe de nouveau sur le hêtre ou le chêne, Ou se balance encor parmi le noisetier : Comme naguère libre, heureux, prime-sautier, Qu'il cueille l'aveline ou le gland ou la faîne.
Et peut-être demain, peut-être cette nuit,
Au plus épais du bois, en haut de la montagne,
Saura-t-il retrouver sa dispose compagne
Et dans un arbre en fleurs referont-ils leur nid.