LE GENÉVRIER
Là-haut où la rafale a coutume de battre,
Il s'agrifle aux débris de la roche rougeâtre
Que d'âge en âge il fit éclater peu à peu.
A sa cime, la foudre a mis le sceau de feu.
A son pied, célébrés par un couteau néfaste,
Les noms entrelacés d'Œdipe et de Jocaste
Rappellent qu'une fois, sous le feuillage noir.
Un couple incestueux et royal vint s'asseoir.
Mais, en ces lieux altiers et non toujours funestes,
D'autres amants plus chers aux dieux et plus modestes
Allièrent leur rêve ainsi que leurs regards Tandis que, descendu des nuages hagards. Le gerfaut grivelé chassait la tourterelle.
Le vieux genévrier, dès la saison nouvelle,
Epanche sa résine aux mains des embaumeurs ;
Et, quand les premiers froids naissent sur les hauteurs,
A la magicienne il propose les baies
Qui calment le délire et qui charment les plaies
Et dont Pan séjouit, pour la nymphe au col blanc,
De former l'autre année un atour odorant.
LES P1XS
Jadis on nous ornait de bandelettes blanches, De roses en couronne et de patènes d'or. Vous le voyez, passants : l'autel existe encor Que vos pères avaient élevé sous nos branches.
Si vous ne croyez plus qu'une divinité.
Qu'un adorable esprit, qu'une dryade augush\
Habite notre tige élégante et robuste,
Vous devez toutefois croire à notre beauté.
Et lorsque vous venez à l'ombre de nos porches, Vous vous rappellerez peut-être que c'est nous Qui vous abandonnons le baume le plus doux, Les larmes de l'encens et la sève des torches.
Et, sinon parce que nous abritons des dieux,
Du moins pour les raisons que nous vous avons dites,
Pour notre belle forme et nos autres mérites,
O passants, vous ferez ce qu'ont fait vos aïeux :
De cet heureux autel que la vigne enguirlande Et qu'ils baignaient de lait et frottaient de parfum, Vous vous approcherez lentement, un à un ; Et vous déposerez la rituelle offrande.
LE CHATAIGNIER
Il offre un lit feuillu quand le soleil descend.
H donne un Irais couvert quand le char d'or s'élance.
Il conseille le calme et la munificence
Depuis mille ans qu'il croît sur ce raide versant.
Ses fruits dont l'enveloppe a l'air dur et blessant Ont nourri de leur saine et friande substance L'oréade qui rêve et L'aigipan qui danse, Le sanglier féroce et le pâtre innocent.
A son tronc est fixée une Artémis d'argile, Image que parfois un chasseur vient prier Avant que de courir la gazelle subtile.
Et nos sages vieillards se gardent d'oublier Qu'au seuil bleu de la nuit, jadis, Anaxagore Debout parmi les hauts rameaux du châtaignier
Regardait les bouquets des étoiles éclore.