SILÈNE
Quoique, parmi les Ilots d'un ciel aux bleus très purs. La lune en ce moment vogue vers l'Acropole, La moitié de la ville, et non pas la moins folle, Est comme enveloppée en des tissus obscurs.
Aussi, le long des toits, avons -nous à des hampes Suspendu de vermeils et crépitants flambeaux ; Et nos femmes, portant leurs atours les plus beaux. Se montrent sur les seuils, entre de hautes lampes.
Le vieux dieu phrygien qu'on fête cette nuit A traversé déjà la place des Grands-Ormes.
De là-bas, de tout près, montent des cris énormes, Le hibou de Pallas jusqu'aux temples s'enfuit.
Le cortège nombreux, obscène, et qui serpente, Avance maintenant sous des arceaux de ileurs. Nus malgré la tunique aux barbares couleurs, Voici le baladin et voici la bacchante.
Farouches, stimulant des porcs avec répieu, Voici les égorgeurs aux pieds noirs, aux mains rouges, Voici les jeunes gens qui couchent dans les bouges. Et puis, voici les boucs. Et puis, voici le dieu.
Il a les yeux étroits, obliques du satyre, Sous un front balafré par un pampre flétri. Grasse et ronde, sa bouche a tout le jour souri ; Et, si triste qu'il soit, il peut encor sourire.
Car ii est triste, hélas, étant de ceux qui n'ont Dans le silence exquis jamais versé de larmes, — Hélas, étant de ceux qui n'ont connu les charmes D'aucun désir secret, d'aucun rêve profond.
Et vainement, monté sur une ànesse pleine, Il sourit en llattant sa bête de la voix, .le vois que son regard nous évite : je vois Que le divin Silène a honte de Silène.
THYADE
Parmi les feuillages amis Des pins trapus, des bouleaux grêles.
Les merles, puis les tourterelles.
Par couples se sont endormis.
Sous sa chevelure qui vole S'épanchait une acre sueur Quand, près de la colline en fleur, Irène a fui la danse folle.
El le a jeté le javelot Qu'entoure un double lierre sombre.
l'Aie a laissé tomber dans l'ombre Le tambour au triple grelot.
Afin de disperser sa lièvre Aux baleines du soir calmant, Elle a défait nerveusement L'agrafe de la peau de chèvre.
Devant la source où les oiseaux Demain matin reviendront boire, La grande rose presque noire Parfume les pâles roseaux.
L'est à deux pas de la fleur brune Que le pied d'Irène a glisse Une grenouille a coassé Tandis que paraissait la lune.
Et, sous l'astre victorieux Dans la nuit douce et grandiose, Entre les roseaux et la rose, La bacchante terme les veux.