LES FIGUIERS
Nourris de l'air salin et du sable argenté, Les figuiers d'Eleusis valent qu'on les admire Ils ont de l'harmonie et de la majesté.
Le bel ennui des bois ne leur saurait suffire : Nés au bord du mouvant abîme, ils aiment voir L'onde que le vent crêpe ou que l'écueil déchire.
L'écorce de leur tronc, lisse comme un miroir, Se plait à refléter en frêles lignes d'ombre Les longs vols d'alcyons <ju»' rassemble le soir.
Os arbres fortunés, aux feuilles d'un vert sombre, Gardent le souvenir du bruit qu'en se sauvant Fit la flotte persane aux mâtures sans nombre.
Devant eux, chaque jour, dès le soleil levant, Salamine du golfe émerge, rose et noire ; Et leurs fruits, qu'inventa Dionysos enfant,
Ont sous la peau vineuse un parfum de victoire.
LE SUHEAl
De ses fleurs glorieux il embaumait la nuit Quand, sous l'Arcture, l'autre année,
Théocrite, il me plut de marier à lui La vigne que tu m'as donnée.
De noble espèce antique, elle était jeune encor,
Toute petite, toute grêle ; Et l'arbre vaniteux s'imagina d'abord
Trop splendide et trop grand pour elle.
Mais, très vite, poussant de flexueux rameaux, Des bourgeons d'or, des vrilles blanches,
Elle le caressa de ses tendres réseaux, Elle s'enlaça dans ses branches.
Et, cet été, voici quelle l'a recouvert
Lascivement jusqu'à la cime, Sans qu'il tente de fuir l'amour qui le conquiert
L'excessif baiser qui l'opprime.
Couronné de raisins déjà presque mûris,
Il plie, il chancelle, il se livre :
Sureau comme on n'en voit jamais en ce pays,
Mon cher Théocrite, il est ivre.