‹ Diorama de Londres; ou, Tableau des moeurs britanniques en mil huit cent vingt-deuxChapitre 10 sur 38 · L'ARMÉE ANGLAISE · texte numérisé non relu

L'ARMÉE ANGLAISE

Inceduntpuerî, parîterquc antèora parentale Frenatîs lucent in equîs ; quos omnîs éuntci Trînacrîœ mîrata frémît, Troj«que juvcntus.

Virgile.

J^avais retrouvé à Londres un de mes compatriotes ^ue j^avais laissé à Paris lorsque j^en étais parti. Le l>aron de Flan est un de ces êtres qui, ayant le malheur ^'avoir une fortune assurée, au moment où ils entrent ^aos le monde, étant assez sages pour ne pas la dévorer, ^t ne se sentant aucune espèce d^ ambition de Taugmen* *er, sont condamnés à s'ennuyer toute leur vie, ou, comme ils le disent, à tuer le temps en s'industrian^ pour manger leurs revenus.

Depuis sa sortie du collège jusqu'à l'âge de vingt- ^atre ans, il était demeuré dans une maison de campagne du Languedoc, présidant à la récolte de ses fourrages, de ses blés et de ses vins; allant à la mairie de . son canton toutes les fois que son père, qui s'en était fait nommer maire, avait à y prononcer quelque mariage ; courant les fêtes des villages voisins ; et passant

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le reste de ses momens à faire une cour timide aux paysannes de ses fermes, et une guerre déterminée aux sansonnets et aux moineaux francs.

Il apprit , un beau jour , qu^il existait une capitale d^où Ton ne voulait plus revenir quand on y avait été une fois , ce qui lui fit penser qu^on s^y amusait plus que dans sa baronie. Il prit soudain la résolution d^aller visiter Patois ; mais, peubabîle à goûter, ou même^ à détiieher les plaisirs de cette capitale, il ne tard pas à y regretter les figures brûlées de ses fermières^, les minois agaçans des demoiselles avec lesquelles iB. lisait quelquefois des romans de Ducray Duminil,et sur — tout son cheval et saa fusil à â«ux coups. LWvie de visiter |iOtt<)res lut vint comme une inspiration du ciel , sa moment où j^aUai prendre coi^ de lui. Il fit venir. Le leademaia, im maître d^anglais ; et , au bout de deux ou trois mois d^étnde de cette langue, il se crut assez foii, ou, pour mieux dire, il fat assez las de Paris, pour entreprendre de passer la Manche. Dieu sait si les regrtXs durent augmenter, lorsquMl se trouva au milieu de Londres , novice à toutes les habitudes, et n^entendant pas un seul mot d^ anglais. Je ftss une providence pour lui, lorsqu'il eût découvert mon adresse. Il vînt d'abord me visiter deux ou trois fois par jour; et, plus tard, lorsque je quittai le quartier de Covent-Ganien pour aller me loger hors la barrière de PiccûdiUy^ il falhit absolument que je lui trouvasse un appartement à côté du mien , parce qu'il ne pouvait phis, disait-il,.se

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passer de ma compagnie. Je n^elaîs pas la dupe de ce cromplîment ; je savais très-bleu que ce n'était que parce ^ue je lui servais d'interprète, que j'étais devenu si pré- ^cux pour lui ; et comme mes occupations d'observateur m'obligeaient souvent à être seul , ou en la com- 2>agnie d'autres personnes que lui , je priai mon ami le licencie' de le présenter au docteur Dublason. Celui-ci ïut doublement enchante d'en faire la connaissance, ^' abord parce qu'il était baron, ce qui était à ses yeux une recommandation puissante ; ensuite parce qu'il s'apperçut bientôt que M. de Flan avait du goût pour ic blason, et même pour l'anglomanie.

La manière dont ce dernier goût se manifesta cbez lui estasses curieuse, pour que je la fasse connaître ici. le baron a une taille d'au moins cinq pieds neuf pouces; et, comme presque tous les gens d'une haute stature, il pofesse beaucoup d'estime pour les individus qui lui ressemblent sous ce rapport. En rencontrant quelques soldats anglais dans les rues de Londres, ou en voyant les factionnaires devant les palais, il avait admiré leur rfche taille, mais il avait pensé qu'on ne devait pas juget de l'armée anglaise d'après quelques individus isoles, d'autant mieux que, selon toute apparence, on choisissait les plus beaux hommies pour les faire figurer prts des résidences des princes. Mais quand il eût vu ^es tégîmetis etitiers composés de ce qu'il avait pris pour dés hommes d'une compagnie d'élite, lorsqu'il ^t vu surtout les régimens de grosse cavalerie, qui

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étaient alors en ganiison à Londres, son admiratîoii alla si loin , qu^il voulut aller chaque jour aux parades^ de St.-Jame's-Park, aux manœuvres et à l'exercice à feu qui se faisaient le matin dans Hyde-Park. Tontes les fois, qu'il y eut quelque grande replie ou quelque petite guerre, il ne manqua pas d'aller les voir, quoiqu'elles eussent lieu dans des plaines situées à douze ou quinze milles de Londres.

\ Comme il jouissait beaucoup plus de ces spectacles lorsqu'il était en compagnie, il faisait tous ses efforts pour entraîner quelqu'un de nous avec lui. Pendant près de deux mois, il est rare que le docteur, Amirau ou moi , nous ayons passé un jour sans assister à des manœuvres militaires. Cela m'a mis à même de faire une étude complète des uniformes anglais ; en outrent Âmirau a été militaire pendant quelque temps, le baron a été capitaine de grenadiers dans la garde nationale de son canton, et maréchal-dcs-logis dans la compagnie à cheval du chef-lieu de son département ; le docteur, qui sait un peu de tout, se connaît par conséquent un peu en stratégie : ces trois sources de lumières, unies à ce dont j'ai pu profiter en conversant avec des militaires du pays, m'ont fait un fonds dont je vais profiter pour discourir sur l'état présent de l'armée anglaise.

Ce qui fait une hpnnt partie du soldat, s'il ne le fait pas en totalité, c'est l'uniforme. De là l'importance que tous les peuples civilisés ont jugé nécessaire de lui donner. Les hommes sont de grands enfans : c'est avec

àts joujoux qu'on Ifs mène. On peut dire qu'en ge'ne'ral dans l'équipement d'un militaire , on a donné moins d'importance à la partie défensive ou offensive qu'à celle qui est destinée à flatter agréablement l'œil. A quoi servent les sabredaches , les flammes des colbats « les panaches, les aiguillettes? A rien, si ce n'est à gêner les mouvemens du soldat ; et cependant c'est vers les régimens qui sont distingués par ces inutilités que l'ambition de tous les jeunes sujets les fait tendre! C'est là que, dans les pays ouïes troupes se recrutent par des engagemens volontiaires, l'on voit affluer de préférence les bommes qui ont le goût guerrier. L'esprit d'union et même la bravoure d'un régiment sont à peu près en raison directe du pittoresque de l'uniforme. Les administrateurs de l'armée anglaisé ont donc fait très-sagement de modifier Thabillement des troupes, aussitôt après qu'une longue guerre les a mises en rapport avec des soldats qui n'étaient pas moins célèbres par la beauté de leurs uniformes que par leur valeur. Tant que les régimens anglais sont demeurés en garnison dans leg trois royaumes, ils ont pu se contenter de l'accoufrement qu'ils avaient vu déjà porter à leurs frères d'armes ; ils ont même pu le trouver très-élégant, parce qu'ainsi que me l'explique souvent la métaphysique du docteur, lea idées de goût tiennent aux habitudes ; mais aussitôt qu'ils ont été à même de voir souvent et long-temps ^es régimens de même arme , plus richement et plus "égamment habillés, ils ont dû soupirer après un çhaa-

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geoie.nt qui les rendît semblables aux soldats qu^iU avaient admires en pays étranger. La révolution d^ns k costume militaire ne s'opère qu^ biea Içntem.eni parmi les régimenjs de ligne , parce qu^ ceux-là sont les plQ& pauvres ;. elle ne s'est pas opérée du tout parmi les réçimens de montagnards écossais y parce que des idées très-anciennes, et désormais à l'abri des caprices de la mode^ sont attachées à la permanence de ce costumf*^ D'ailleurs, il est on ne peut pas plus pittoresque ; et le^i modifications ne pourraient que le gâter.

C'est dans la garde royale que la réforme s*est faîtç le plu;s rapidement et de la manière la plus complète. Le roi a, dit-on, présidé en personne à la déterminatioa de l'uniforme de la plupart des régimens qui tiennent garnison dans Londres ou aux environs. Il a fait mieux encore ; il leur a servi de modèle en endossant le premier, le costume nouveau qu'il voulait leur faire adopter^ C'est presque toujours sur l'uniformie de la gajrde impériale de Napoléon, avec quelques modifications tirées, des uniformes russes, que Ton a calqué la nouvelle ternie des régimens de la garde.

L'infanterie portait des habits à basques longues, qui paraissaient très-lourds ; on les a rendus plps légers en les écourtant d'un pied ; on a substitué le bonnet à poil à un ignoble petit shako dont elle était coiffée; on a donné des lances, des chapska , et tout le reste du costume des Polonais à quelques régimens de chasseurjs à cheval , qu'on a ainsi convertis en lanciers. Plusieurs

tég^imens de grosse cavalerie ont eu les boite» fortes, le casque à cimier, et la cuirasse. Les hussards ont été mis tout-à-Éait à rall«nande, e'est-à-dîre, qu'on a raccourci leur dolman, et qu on leur a donné une pellisse fl'ottânïe^, un shako léger ou un colbat a remplacé )e rîdîcuïe chapeau à claque. Toute la cavalerie légère, et même la grosse cavalerie, quand elle n'est pas en grande tenue, porte èts pantalons krges qui dissimulent un peu la maigreur ordinaire aux jambes des écuyers. Enfin il n'est pas jusqu'aux flegmatiques ingénieurs , et a Fîmpassibte corps d'artillerie , qui n'aient suBi d'heureuset modifications dans leur uniforme.

Le sabre est la seule chose dont je ne sois pas content dans l'équipement de la cavalerie : le fourreau et: la poignée pèchent toujours par la lourdfcur. On dîtqiie les lames en sont d'une trempe excellente , mais je ne crois pas que celte qualité leur serve beaucoup ; en effet, les sabres courbés de la cavalerie tégètr n'ayant point de paradé dans leur monture, cela doit donner mr désavantage très-grand dans un combat contre la cavalerie, puisque la main qui tient ce sabre ne peut tardeit ï être blessée par le sabre ennemi. Les sabres de I» grosse cavalerie n'ont pas cet inconvénîenl par rapports a la poignée, mais ils en ont un plus grand dans le» Isimes : ils sont hors de proportion avec la haute taiHe^ rt des soldats et des chevaux qu'ils montent. H est pHy- *iquemcnt impossible qu'un cavalier anglais atteigne *^cc la pointe 9 un ennemi qui sci'ait vis-à-vis la tête de

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son cheval, et plus difficile par conséquent qu^îl V^U teigne avec lé tranchant. En général, tant par sa lourdeur que par sa^^ forme courte et ramassée, le sabre d^u cuirassier anglais a moins Tair d^une arme militaire que d'un couperet de boucher.

Les officiers ont un peu corrigé ces défauts en adoptant des iaties plus longues, plus étroites et montées plu légèrement. On a Thabitude de garnir le dedans de 1 parade des sabres de grosse cavalerie, avec un morcea de cuir, comme si Ton avait calculé que la pointe du fei^ de l'ennemi peut encore pénétrer par lès jours de la pa — rade; les officiers remplacent ce cuir par un morceau d^ velours violet ou ronge, comme on en voit aux daymore^ ( épées ) écossaises. Je ne sais si cela est bien utile ^ c'est au moins d'un effet très-pittoresque.

Le costume actuel des soldats des régimens de cavalerie , réunit l'élégance à la simplicité. Celui des officiers est un peu moins beau , parcequ'il pèche un peu contre celte dernière. Soit par arbitraire, soit par la volonté des chefs, les officiers se sont surchargés d'or; ils plient sous le faix des galons \ des broderies et des aiguillettes; ils ont des épaulettes plus pesantes que celles des tambours-majors de notre garde nationale. Outre que ce luxe est de mauvais goût, il est ruineux pour les officiers d'un grade inférieur. Presque tous s'endettent pour s'équiper en entrant au régiment. Il est superflu de dire que tous les chevaux sont d'une beauté remarquable; c^est une chose obligée dans un pays où l'on a

tant de soin des races de ces animaux , et où le gouvernement fait de si grands sacrifices pour monter la cavalerie.

C^est dans les rëgimens de grosse cavalerie que le luxe m^a frappé davantage. En général , quand les chevaux sont d'une très-grande taille , ils perdent un peu de Télégancede leurs proportiops. Leur tête paraît empâtée, leurs jambes sont grosses^ leur poil est long et moins luisant ; rien de semblable ne se. remarque ^ans les chevaux des cuirassiers anglais; quoique d'une taille gigantesque, ils sont tous fins et très légers à la course. Je les ai vus galopper comme des cerfs malgré le poids énorme du cavalier qu'ils portaient. Ce spectacle paraîtrait sans doute étonnant à nos cuirassiers, qui se sont entendu dire si souvent par leurs frèi-es d'armes de la cavalerie légère : « En avant les gros talons , ils vont charger au pas » !

Comme la taille moyenne des habitans des Iles-Britanniques est en général supérieure à celle des peuple» plus méridionaux, la plupart des régimens sont, pour la stature des hommes, un peu au-dessus de leurs aiia^ logues en France. Beaucoup de soldats des régimens de troupes légères seraient de véritables grenadiers dans la garde royale française. On peut juger d'après cela quelle doit être la taille des grenadiers dans les régimens anglais , et surtout dans. ceux qui se composent de l'élite des plus beaux hommes de l'armée. Je ne crois pas que le grand Frédéric, malgré le goût qu'il avait pour le»

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geam, en ait jamais rassemblé nne plus belle coHection^ que celle quVa rencoaire dans les garnisens des environs de Londres. C'est un spectacle vraiment imposant que devoir manœuvrer le ré^ment des Ufi-guards-rouges ou celui des Oxforà-blues. Ils offrent tout ce que Ton peut désirer dans des militaires , Ja force et la beauté; hommes et chevaux tout est également digne d'admiration. Aucvm soldat n'est admis dans ces régimens s'il n'a six pieds anglais et s'il n'est fort à proportion. L'art n'a négligé aucun des moyens qui pouvaient ajcrater ençore aux avantages de la nature. Les vastes poitrines de ces colosses sont épaissies et protégées par ime cuirasse d'acier. Leur taille est rehaussée par un casque à cimier auquel, depuis son retour d'Allemagne, le roi. a &h substituer un bonnet à poil. Quand ils sont sans cuirasse, je crois que la couleur ronge fav<M*ise beaucoop' Tapparence des Life-guards , car les O^frcd-hlues , qpoî scmt d'aussi belle taille, paraissent nn peu écrasés par la couleur foncée de leur habit. Tous les chevaux de ce»deux régimens sont aussi bien chossis que les hommes; ils sont tous de la plus haute stature et du plus beai:^ bay-brun*

Le lecteur comprendra maintenant le plaisir que Jer baron de Flan prenait à voir défiler ces deux régimens.. Bans l'enthousiasme de son admiration , je lui ai entenda dire plusieurs fois , lorsque Amirau lui citait comme des^ soldats aussi remarquables par leur taille les grenadiers^ achevai de la garde royale française ou les Cent Suisses^

DE I:.ONDR£S« ^ 12^

« Laissez-moi donc tranquille avec VOS comparaîsoifô; le tambour major des Cent Suisses ne pourrait pas être trompette dans le régiment des Life-guards !

Moi , qui m^avîse quelquefois de rais&nner mon admiration , comme le dit le docteur , et qui , comme îl m^en accujse souvent , respecte un peu rerapire des ha^ bitudes , j'étais comme M. de Flan, chai*mé de Taspect martial de Tensemble de ces terribles cuirassiers; je les comparais comme lui à des montagnes mobiles, et capables de tout renverser dans leur cours ; mais qiaand je m'approchais des individus, pour chercher sur leur phy-*» sionomie les signes de cette fierté mâle qui doit ani* mer le guerrier , j'y trouvais une contradiction frappante avec la force de leur corps et la sévérité de leurs armes. Je voyais des yeux bleus, des figures rosées, des barbes blondes ; et je préférais les moustaches bru* nés , les yeux noirs et le teint de bois d'acajou des vétérans de notre armée !

La cavalerie légère porte sur le shako un plamet de crin, qui est de l'efifet le plus pittoresque ; comme les brins en sont très-longs, ils retombent en avant avec un balancement qui suit le mouvement du cheval ou d» cavalier. Les officiers inierieurs ont en place, des pkimes! de coq de diflerentes couleurs ; et les officiers supérieur» ont comme chez nous des aigrettes. Le panache de& Ufé-guaràs-rouges mérite d'être cité , par rappoit à soa arrangement singulier; il est en plumes d'autruche, mais, au Ïw3k d^étre libre^il est cousu, dans tmote sa longueur.

«ur un des côtés du bonnet à poil, ce qui, d^un peu loin,

fait paraître cette coiffure mi-partie de blanc et de

noir.

Les lanciers ont , de plus que les nôtres , une petite pelotte , dans laquelle se fiche la pointe de leur lance. Tai vu une pelotte semblable sur les cornes de certains bœufs, qui sont très-longues et très-pointues. Je suppose que Tune et l'autre sont destinées à empêcher ces armes de blesser les personnes quelles pourraient atteindre, soit par Fimprudence du soldat soit par la fureur de Tanimal.

Telles sont les principales remarques que j'ai faites sur la cavalerie de Tarméc anglaise. Celles que j'ai à faire ëur l'infanterie seront plus courtes et porteront comme les premières , principalement sur les armes et •ur les vêtemens. Les manoeuvres sont à peu de chose près les mêmes en Angleterre et en France ; tous les peuples civilisés ont adopté les reformes qui y ont été introduites par le grand Frédéric. Excepté un trèspetit nombre de régimens, qui sont habillés en jaune, en bleu ou en blanc, et les chasseurs , qui sont en verd^ toute rinlantei^e anglaise porte l'habit rouge ; c'est la couleur nationale. Le peuple se sert du nom de fed-^ coai^ habit rouge, pour désigner les soldats en général. Mais c'est un terme de mépris : dans ce pays, qui a des institutions civiles si libérales, on n'aime guère l'armée, obéissant passivement de sa nature, et aveugle instrument des volontés d'un chef... Dans la garde royale

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les sioldats portent, en guîse d'épaulettes, une espèce de lioupète recouvrant la couture , qui unit la manche au corps de Thabit , et rattachée à un bouton voisin du collet par une pièce de passementerie de la méme^ couleur, et d'un travail analogue ; chez les sous-officiera cette houpète est en drap bleu, garnie de brins d'or ou d'argent; les sous-lieutenansou enseignes, comme on les appelle , la portent garnie de bouillons de même métal^j à graine d'epinai*d. L'épaulette à bouillons simples, qui, chez nous, marque les trois premiers grades d'officiers , n'est pas en usage en Angleterre. Celle , dite à graine d'épinard, est la seule qui soit portée par les officiers. Le lieutenant la porte sur l'épaule droite, It capitaine sur l'épaule gauche, le major et le colonel en portent deux avec des distinctions particulières.

Les officiers et les sous-officiers sont , en outre,

distingués des soldats par la ceinture et par l'épéc

ou le sabre. Le soldat ne porte point de sabre. La

bajonnette est la seule arme qui soit suspendue

\ son baudrier. L'épée des officiers est d'une form»

très-variable. Il parait que chacun est libre de porter

telle espèce qui plaît le plus à son caprice ; j'en ai vu

qui traînaient suspendue à deux petites courroies une

fcrette d'officier de marine , longue à peine de deux

pi^ds. D'autres portent un bancal égyptien , courbé

«I demi-cercle. D'autres , enfin, ont des sabres longs et

recourbés avec une parade lourde, et garnie de velours

comme la claymore écossaise. Ceux-ci , de même que le

bancal, sont toujours suspendus à un baudriet* blanc et places exactement derrière le dos. C'est ainsi que les .sergents portent toûjoufsieur sabre ; il leur bat les mollets ou les talons, tandis qu'ils marchent en poKaiit leur hallebarde, ou en s'appuyant sur leut* cantie, attribut de leur grade, bien plus redouté du soldat, parce que la discipline des coups de bâton est cncoi^ en vigueur dans rannée anglaise.

Le mousquet anglais n'a point de capucines. Le canon est attaché au bois par des crochets et par des goupilles. Comme dans nos fusils de chasse. Le fer , au lieu d'en être luisant, a cette couleur particulière d'oxidatiort que les arquebusiers nomment rouille damassée; cela ne les empêche pas d'être tenus fort propres, et épargne aux soldats anglais la peine que ks nôtres prennent à frotter le ïhétal pour le faire reluire.

Les tambours sont , comme chez nous, galonnés sur toutes les coutures , à la manière des laquais. Les sapeurs ne portent pas la barbe ; loin d'être, comme dans nos régimens , des hommes forts et de belle apparence, il semble qu'on les choisisse dans le rebut de l'armée. Ils portent encore le nom de pionniers ; et je ne serais pas éloigné de croire que c'est en vertu de quelque condamnation militaire qu'ils exercent de pareilles fonctions. Leurs habits sont plus négligés que ceux des simples soldats. Outre la hache obligée et la scie , ils portent sur le dos une pelle et un pic hoyau; leur tablier

^E LONDRES. t5^

-^mme leurfomniment, sont de cuir brut; ils ne le pas* fr^Bt jamais en couleur jaune ou blanche.

Les mucisîens sont, en général , Irès-rtchcment habtl* Les. Dansions l^s régimens de la garde royale et dans la plupart des régimens de ligne, la grosse caisse, les cymbales et le chapeau chinois sont toujours portés par des nègres ) des Indiens ou des hommes de couleur. Et y comme de raison , au lieu de porterie frac anglais et le shako , on le chapeau d^uniforme , ils sont revêtus de cosiumes africains ou asiatiques. Ils ont. des pantalons larges , ^es vestes à la turque , des turbans ornés de perles et de croissafK.

Les instrumens de la musique miiKtair^ sont a-peu- ^rès les mêmes que chez nous : cependant on y voit, en .plus grande abondance, les hautbois et les bugles, ou trompettes à clef. Les tambours battent souvent en même temtps que les instrumens portés par les nègres se Cwit entêndrje. Nous verrons dans un des chapitres coinsacrés à l'état présent des beaux-arts en Angleterre, ^ue k tintamarre faît le fonds de la musique britannique. « Après le bâton des sergens, me disait souvent Amirau, ce qui m'a le plus choqué dans l'armée anglaise, est le jabot d; la hallebarde. N'est-ce pas une contraaction ridicule que de voir un jabot , large comme un éventail, étalé sur la poitrine d'un soldat? Tous les régimens difïèreni par l'habit; cette partie du costume est la même dans tons. Depuis le colonel jusqu'au de^ mer tàmboiar, tons les individus ont les deuK premierg

laS DIORAMA

boutons de leur habit défaits pour laisser sortir le jabot. Si les cuirassiers osaient, ils feraient un trou à leurs cuirasses pour le montrer, lorsquUls sont en grande

tenue. Les idées de coquetterie et de recherche qu'on

attache dans le monde au jabot , sont on ne peut pai^v^ plus disparates avec la sévérité du costume m^itaire^ Une chose plus choquante encore, c'est de voir ces soldats, qui ont Tairai opulens , puisqu'ils étalent tant de luxe dans leur linge, donner de temps en temps la prtuve que le nécessaire a été sacrifié au superflu : ils se mouchent dans leurs doigts. Mieux vaudrait , ce me semble^ a^cheter un mouchoir et supprimer le jabot ». Dublason , toujours prêt à justifier les usages anglaise, répondait aa licencié qu'en France les soldats se mouchaient dans leurs doigts comme en Angleterre ; Amirau répliquait qu'au cas qu'elle fût vraie, la chose était moins choquante parce que l'on ne voyait >pas le contraste de cette habitude mesquine, avec le luxe du jabot; mais le docteur insistait pour prouver que l'habitude étant au fond la même dans les deux pays , les soldats anglais avaient de plus que les Français , l'air étoffé et riche que leur donne le jabot.

L'usage encore en vigueur de la Hallebarde parmi les sergens de l'infanterie, ne peut s'expliquer que par ce respect que les Anglais professent pour quelques vieilles habitudes. Un colonel de milice, avec lequel mon lecteur fera une connaissance plus ample» dans un des chapitres suivans , essayait de le justifier

.par quelques raisons tirées de rutilitë de celte arme dans les charges de l'infanterie. Etant plus longue que le mousquet, disait-il, elle peut atteindre Tennemi de plus loin que la bayonnette; e'tant plus légère elle se manie avec plus de facilité. Le sergent étant? d'ordinaire le soldat le plus expérimenté et le plus ancien de la compagnie , peut à Taide de son sang-froid et de sa hallebarde, choisir et atteindre tour-à-tour les plus menaçans des ennemis qui se présentent.

Mais songez donc colonel , lui répondit Amirau, que , depuis qu'on se sert de la poudre à canon , et surtout depuis qu'on fait la gueiTe de masses, ces combats . corps à corps dans lesquels la hallebarde vous paraît si «tile, sont devenus extrémen^nt rares. Quand même ils seraient plus fréquens, je crois que le mousquet armé cl^une bayonnette est bien préférable à la hallebarde. Loin .d'être un obstacle à son maniement, le poids y ajoute ^n avantage parce qu'il existe principalement vers le ^oint par où le mousquet esttenu,et où par conséquent ^e trouve la plus grande force motrice. Là où la halle- Ibarde ferait à peine une entaille ou une égratignure , la l)ayonnette s'enfonce d'un demi pied et de plus, renverse l'ennemi , à cause du poids du levier dont elle -forme le prolongement. San$ doute vous pouvez faire la liallebarde plus longue que le mousquet armé de sa hayonnette, mais pouvez-vous jamais atteindre aussi loin qu'avec la balle? Lorsqu'on est presque à bout portant^ pu n'a pas. à craindre de manquer le but que l'on

l3o . BIORAMA

TÎse. C'est jpar la balte sartbut c^ue le mousquet est st si

périëùr à la hallebarde. (Test à cause de la distance à la

quelle la balle peut atteindre, et du grand nombre qu^osen peiit lahcër, que les armes à Feu ont si prbmpteinea.^ fait fchangièt' le système militaire. Vous savez qu'un fan — làsàin bien exercé lire sept coupa de Fusil par minute : calculez ihainténant quelles pertes énormes chacune de vos côttipagutès doit faire d'après cette donnée. En ne comptant, par compagnie, que deux sefgensetun àtt- ^feht-ïfaajor, qui ne pôrle ni Fusil tii hallebarde, vous perdez par ihîiiutè vingt-uii coups de Feu, lorsque la Fusillade se Fait à distancé ; en supposant qu'elle dure uti ^uâi*tHd'heurë, ce seta dbnc troià céuts quinze balles que Votre compagnie aura lancées de moins que la compagnie qui lui est bppbsée.

Ge calcul lest si évident, qû'eti tVance îi Frappa leà administrateurs du bureau de la guerre, la J)remièrë fois qu'il lui (ut soumis. Un officier qui avait été miis k la Bàstiliie pbuk* qùelquei^ fredaines de jeuhesse, dédirait vivemeiit de recouvrer sa liberté ; il écrivait , presque chaque jour, au lieutenant-général de police, pour l'iriléressér à siàn sort. Si le roi me p)ermet de sortir, lui disait-il un jour, il ta sera récbmpensé sur-letfaamp , car je suis capable d'ajouter dans un jour vingt mille soldats iéîtccHenS aux nombreuses troupes tju il a màiiiitehanl en campagne. Lé lieutenant, cropnt ijue dette premesse était un ade de Folie de la part du prisonnier, en fit part au Réî, parce qu'il crut qu'elle

iBtait capable de Tamuser un moment. Soît curiosité^ sojt autre motif, le roi qrdonûa la mise en lit))erté du prisonnier; on le manda imme'diatement dans les bureauiL de la guen^, et lorsqu^on le pria de s^expliqae^ sur son étrange promesse, il se tontenta d^écrire en marge d'un papier qu^on lui présentait : Donnez des fusils aux sergeus. C^était au commencement du règne de Louis XVL Depuis cette époque la hallebarde a ité abandonnée et remplacée par le mousquet. C'est pour cela que, à certains oipmens de la manœuvre, le sergent -tient enecnre le fucil corafse en portait autrefois la hal-^ lebarde.

Le colonel qui aime à recueillir les anecdotes curieuses «t à se rendre aux bonnes raisons , même lorsqu'elles ^ont données par des Françab, avoua alors que sa con- A*iction était ébranlée, il nous promit de âtire son profit

de ce qn^Amirau lui avait fait observer, et , qui ptcm

«st, de demander prochainement une audience au com-^ mandant en chef de l'armée , pour lui faire solenneUe*

ttent la proposition avec laquelle le pri^oonier de bl

BoàttUe avait recouvré sa liberté.

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