‹ Diorama de Londres; ou, Tableau des moeurs britanniques en mil huit cent vingt-deuxChapitre 9 sur 38 · UN MINISTRE FAMEUX · texte numérisé non relu

UN MINISTRE FAMEUX

Jffiff^t^, Gomment te portes-lu, Rùberf? Tii as Wxtmécontent ; scraîs>tu rassasié de jouissances f Youdraîs-tu fii^r plulM que apus ne sommet, convenus ? ,

SpiET2.

Que ne déTOÎlcsrttt I« secret de ta mort 4 fe peuple !c * Apvlke..

Comme ]t suis presse de faire le portrait de lord Castelreagh , je couperai court à la dîscussioa relative à la pétition du capitaine Romeo , et je dirai que la chambre eti ordonna d^abord le dépôt sur le bureau; mais qu^à une des séances suivantes , la majorité minis-^ térielle décida qu'il n'y serait donné aucune suite.

Il faut bien , me disait le docteur Dublason, un jour qu il était en verve métaphysique , que \û vue d'un personnage célèbre ajoute beaucoup à la connaissance de soH caractère , puisque nous sentons toujours un si Violent désir de voir les individus qui ont acquis nlm^ porte quel genre de célébrité.

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D'après rhartnonîe que la nature a mise dans toutes se* œuvres, nul doute que le caractère de chaque homme ne soît ëcrît sur sa physionomie; l'imperfection de nos sens nous empêche de le juger uniquement d'après ce texle,^ et nous force de recourir aux actions , qui ep sont une traduction en langage vulgaire. Combien de fois, pourtant, l'instinct, qui est le principal appréciateur de la première, n'a-t-til pas foumi sans le secours de la raison, qui est seule capable de juger les secondes , des inspirations d'une vérité et d'une profondeur étonnante! Quel est cet homme que j'ai vu passer près de moi ? Je ipe sens entraîné vers lui ! Qu'on ne me montre plus cet homme qu'on m'a présenté ! Sa figure me repousse, me fait horreur! Tels ont été les accèns prophé#ques de quel-. que$ rois, de quelques génies , qui se connaissaient ei\ homoies, Ces exemples sont rares , sans dpu te ; maisi l'étude de la physionomie d'i^n individu doit singulièrement aider à juger son caractère .lorsqu'on connaît déjà ses actions. II y a dans le son de la vpix , dans les habitudes du corps , dans les môuvemens de la figure , et même dons le matériel des traits , un je ne sais quoi qui nous aide à pénétrer dans les profondeurs du cœur,ç et dans les replis delà conscience.

Je dois le dii^e, à la honte de la science de Lavater, Dublazon et Amirau, qui s'en piquent tous deu-x, procédant avec les mêmes moyens , jugeant d'après lei mêmes données, avaient sur Caslelreagh une opinion lout-à-fait différente. Sans prendi'e parti pour aucune

des deux, je vais exposer franchement ce que je pense du caractère de ce ministre. Je Faî vu très-souvent, et de , très-près, à la chambre des communes; je connaissais presque toutes les mesures qui ont signalé son administration, et j^ai lu depuis sa mort tout ce qu^on a écrit sur son compte. De cette triple source sont résultées des im^ pressions que je vais exposer.

Robert Slewart, vicomte Castelreagh, et ensuite marquis de Londonderry, me paraît être un des exemples les plus frappans d'une influence funeste que la société exerce sur certains caractères heureusement créés par la nature. SUl était né dans une condition moins élevée, s'il eût été libre de se vouer à une profession modeste , il aurait coulé des jours heureux. 11 avait toutes les qualités nécessaires pour se procurer le bonheur , l'apprécier et le goûter. Sans avoir un esprit transcendant , il avait une facilité générale, qui l'aurait fait réussir passablement dans tout ce qu'il aurait entrepris ; sans avoir une imagination très-vive , il en avait tout juste la dose qu'il faut pour être la sauvegarde de la vertu , et pour ne pas envier le sort des hommes que les chances de la fortune ont placés au-dessus de nous. Les premières actions de sa vie font foi de cette simplicité de goûts. Ses premières amours avec la fille d'un pêcheur irlandais ^ses promenades sur le Lac, et plusieurs autres circonstances un peu romanesques , attestent que son imagination dominait un peu sa raison à l'époque de son çQtrée dans le monde.

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Ses nouvelles occupations ne tardèrent pas à le chai^ ger. Voué aux afFairçs, par suite du rang élçvé qu'occupaient ses parens, il profita bientôt de la flexibilité de <(on esprit pour en faire fructifier ce qui pouvait être utile à son avancement, Mais les calculs de Tanibition^ comme ceux des mathématiques , tuent promptement l'imagination ; et, comme chez un ministre la raison d'état est au-dessus des lois de la morale ^ le jeune lord dut s'accoutumer à étoufifer toutes les inspiratiens généreuses du cœur, puisque cea^ inspirations pouvaient être défavorables au système de gouvernement auquel il s'ctait attaché. Il y réussit si bien, que, dans ses discours à la chambre des communes, il parut faire le commerce des idées politiques, avec h même froideur et la même méthode que la compagnie des Indes fait celui du!hé.(i) Les apologies des mesurées ministérielles n'avaient jamais été entortillées dans un langage plus aride et plus, formulaire ; elles étaient dépouillées de tou$, les orne-t

(i) En apprenant la nouvelle do rînçenflio que les nègres avaiunÏL fllumë dans les plantations de Sainl-Domingue , Pîtt fit çv quolibet ^oideraent cruel : «i Cette fois, je crois que les Français prendront leur çafë au caramel. » f^lùvc de Pitt, Castelrcagh a surpassé son maître en fai( de ce genre de froideur. Lorsque la question de la réunion de l'Irlande ^ r Angleterre était sur lé point d^être jugée au parlement irlandais» Cartel-, reagh, qui tenait beaucoup à faire opiner en sa favèù^ un membre pjépon-r gérant qui était opposé à la réunion, s*approche de lui et lui dit à Vo^ reîlle: «Si vous votez et partez pour mon systèroei je vous ferai compter co i»oir vingt mille livres sterling. » — « Non-seulement je ne le ferai paS|^ ^^pondit \^ député, mais encore je vais déclarer à la chambre la propo^^Tr

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xnens de la littérature, parce qail avait calculé que ces omemens se puisent dans des analogies , ordinairement peu exactes, et que les adversaires peuvent aisément tourner à leur profit.

On a dit qu'à cette époque ses bonnes qualités s'e%

talent réfugiées dans sa vre privée; qu'il était bon

maître , bon mari : qu'il foroiait avec sa femme un de$

couples les plus heureux et les plus unis de PAngleterre

et de tous les pays pq il Tavait emmenée avec lui. Mais

on ne fait pas attention qu'un homme occupé, comme

Castelre^gh Ta été pendant toute sa vie ministérielle ,;

n'est jamais en relation qu'avec les domestiques affectés;

au service immédiat de sa personne, et que ceux-là , étant

nécessairement dépositaires de certains secrets , il est

plus prudent de les bien traiter que de les changei^i

pour de noyveaux dont on ne serait pas sûr. On n'a

pas fait assez d'attention, en citant sa tendresse pour s^

femme, qu'un diplomate, qui ne veut pas être surpris, ne

doit pas avoir de maîtresse. D'ailleurs, un homme qui

ne voyait dan^ l'abolition de la traite des noirs qu'un

tion honteuse que vo«$ vencs de me faire». En ce cas, reprît le minîstrCf, je nîeraîy et nous nous battrons ensuite v.

Un soir y qu*il était allë passer la soirée dans une maison où Madame dei Stacl se trouvait, il cama beaucoup avec elle sur la situation de la France; «Avouez que vous lui en voulez bien à cette pauvre France, lui dit cctte^ dame ; c'est sûrement parce qu'elle vous fait envie ». — « Il est vrai, répondit-il ; mais maintenant npus ne la quitterons pas qV<:Uc ne nQua. f^sse pîtîc ». G^était en \8i5.

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ttioyen de ruiner plus sûrement les colonies françaises , pouvait bien calculer que sou bonheur domestique ajouterait à sa considération aux yeux des princes oq des diplomates étrangers, en général peu accoutuméa a un spectacle pareil.

On n'est pas plus fondé quand on parle de la politesse^el de la bonté avec lesquelles il répondait ordînaîment aux attaques de Topposition. Itest vrai qu'il s'interdisait l'aigreur et la véhémence, parce que l'une et l'autre s'appuyent sur la passion; mais il est impossibltB de parler avec plus de froideur et avec un accent plusironique.

Sa voix, qui était naturellement assez forte et assea bien timbrée, prenait toujours un son artificiel guttural et demi étouffé qui était parfaitement en harmonie avec son accent ironique. Ses yeux gris, qui étaient assez bien fendus^, étaient toujours pre«qu'cntièreraenl couverts parses paupières; sa bouche^ qui parait gracieuse dana tous les portraits que le flatteur Lawrence a faits du noble lord , semblait ne pas exister lorsque sa figure était att repos: elle n'était alors marquée que par une ligne peu profonde.: les lèvres en étaient si minces, qu'elles semblaient avoir été réellement séparées par un coup dçj jabre^ comme le disent les peintres. Mais lorsqu'il parlait en public, les angles de cette bouche remontaient , les boïds s'en écartaient, sans découvrir les dents, et donnaient à Tensemble de la figure l'expression du sarcasme ou d'un sourire sardonique.

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Ce fut avec une pareille expression de ph^^slonomie) et en hochant à plusieurs reprises la tête sur ses épaule», qu'ail répondit au discours de M. Hutchinson dans k discussion relative à la pétition du capitaine Romeo, On verra diaprés les circonstances dans lesquelles il puisa son'exorde, s'il restait la moindre bonté , la moindre obligeance dans le coeur de ce ministre consommé. « Je dois rémercier l'opposition , dit-il , de m'avoîr plaeé sur un terrain si avantageux pour ma défense : j'aime à "voir ces valeureux apôtres de la morale se constituer les champions de l'espionnage et les avocats des es-*pions. J'aime à voir un Ii*landais faire l'éloge de la rehellion tandis que son pays est en pleine révolte ; cela nous donnera , pour l'avenir, la mesure de son patriotisme et de son attachement au gouvernement du roi. >» Le reste de son discours fut sur le même ton. Et, en général, toutes les fois que je l'ai entendu parier, j'ai vu dominersoit dans ses pensées, soit sur sa physionon^ie^ 4^ette raillerie froidement amère, qui faisait le fonds de son éloquence et lui tenait lieu de ce qu'on appelle mouvemens oratoires.

S'il avait réussi à corrompre les bonnes qualités que la nature lui avait départies , il n'avait {)as été moins habile à s'approprier les défauts tiécessaires à l'exercice du pouvoir. On peut dire qu'il représentait les trois royaumes par son caractère, comme il les gouvernait par son* autorité : il avait l'astuce écossaise, il était fier et hautain comtae un Anglais ^ et, s'il n'avait pas cou-.

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serve la vivacité et la franchise qu^ôn remarque' daîiâ presque tous les irlandais, il n^avait pas renoncé dit moins a leur habitude de faire des bulls. Il né faut qu^avoir assisté quelquefois aux débats parlementaires auxquels il prenait part, pour lui avoir entendu lâcher quelqu'un de ces non-sens.

Pour défendre la sainte alliance, il disait, un jour, que ^ sans elle l'Angleterre se serait tenue debout agenouillée devant la France ( standing" at ihe feet of F^rance ); Pour dire qu'il ne se mettait jamais en contradiction avec ses antécédans, il disait qu'il ne s'était jamais tourné le dos à lui-même ! Comme de raison , ces bulls faisaient rire aux éclats , et l'opposition et même les membres ministériels.

Le pouvoir ne donne pas le bonheur ; la mort Më liOndonderry en offre aux ambitieux une leçon terrible^ et qui, pourtant, sera improfitable, commeles mille au*^ très qu'ils ont reçues! Le ministre qui avait vu le fantôme qu'il poursuivait se réfugier toujours dans le grade immédiatement supérieur à celui qu'il occupait ^ dut perdre rourage en le voyant s'évanouir toqt*à-foit^ lorsqu'il fut monté à sa suite au dernier échelon du pouvoir et des honneurs ministériels ! Four s'étoui^ir^ il usurpait le travail des autres ministres,- après avoir usurpé leur autorité. Il était devenu ministre universel; et c'était par son intermédiaire seul que tous les dépar*' temens communiquaient avec le roi. Un homme, soutenix par une grande pensée, par xXQt aotbition noble, peutré^

DK LONDRES. lit

sister à des travaux efTrayans pour le commun des ïommts. Mais le cerveau de Londondeny dut s^affaibiir uenlot parce quMl h^étaît pas capable de cette contention prolongée , attribut exclusif du génie. Il nepouva^pa# tre soutetin non plus par la conviction qu'il faisait le bien le son pays ou de l'humanité, puisque son système était m machiavélisme brutal. Le pouvoir Pennuyait, le tra- -aH accablait ses facultés , le temps des plaisirs ou des lélassemens n'arrivait jamais; cet état violent ne pou-* 'ait pas durer! Un ministre sage, s'il a jamais pu s6 nettre d^ns une pareille position, en serait sorti, eu i'endant à ses collègues le travail et Tautorité qu'il aurak asarpës ; en se retii^ant momentanément des a{raires,pour soigner sa santé affaiblie. Un homme d'un grand caractère, un philosophe aurait mieux fait encore ; il auraît renoncé au pouvoir pour toujours; Userait redevenu dlmple particulier. Aucun de ces deux pailis ne plut à Londbfaderry. il frémit à Tidée d'affaiblir ou de perdre son pouvoir ; cependant sa santé ne lui permettait plus de le conserver; il trancha toutes les diflicultés en mourant ministre. Dans une alternative pareille, cette décision mérite, ce me semble , le reproche qu'un poëte anglais a un peu légèrement adre^isé a un grand homme qui eut la force de survivre à la perte de son pouvoir.

TAr choice is mosl ignobly bran !

Ton choix est lâchement courageux !

Malgré le soin avec lequel il r alculaîl toutes ses ac-

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lions, ClRelreagh avait commis dans sa carrière mînis^ térielle quelques inconcequences. Aucune ne pouvait être plus funeste à sa réputation et à son système que celle pari^aquelle il a fini. Nul doute en effet que les champions du pouvoir absolu et delà sainte alliance ne's^empressent de proclamer comme un faux frère un hommjB qui a terminé sa carrière pai' un acte qu'ils regardent comme la ressource favorite des démagogues, des anarchistes et des athées. Le suicide de ce ministre commence à dessiller les yeux de ses plus ardens défenseurs^ puisqu'ils se spnt crus obligés démêler aux éloges qu'ils lui prodn guaient des réflexions sur la fragilité de la natm*e humaine. Mais une justice plus prompte et plus terrible, sans doute^ puisqu'elle provient d'un peuple cité pour son respect pour sa religion, a été rendu déjà au caractère du défunt. Des vociférations injurieuses ont troublé son convoi funèbre , des cris d'indignation ont énergi-» quement protesté contre l'apothéose de Westminster, (i) ^

(i) Les habîtans d*une pclîle vîUe d'Angleterre ont encore rcnchcn. •ur le peuple de Londres ; ils ont sonné les cloches de leurs églises^ c» apprenant la mort du noble marquis.

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