‹ Diorama de Londres; ou, Tableau des moeurs britanniques en mil huit cent vingt-deuxChapitre 13 sur 38 · PE LA RELIGION EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

PE LA RELIGION EN ANGLETERRE

pan^ le nombro ck oe^ divinilt^s, îl en est.

qui veulent des sacrifices do nuît^ d^autres de jour ; quelques-unes demandent un culte secret y quelques autres un cuhe public; pellcs^eî sfe plaisent dans la gàllé , ecUcs-U ^fins la tristesse. Les Ejgypttens honorent leurs dieux par des lamentations, les Grecs par les danses, et les barbares par Icsondc^ ^nslf ufiien^.

Apulée^

Quel temps loard ! me disais * je , un des premier^ jours après mon arrivée dans Londres, en mettant la tête h ma fenêtre, à dix heures du matin. C'est , san& doute, en un jour comme celui-ci que les Anglais se donnei|t la mort! Une couche uniforme dejiuages gris me dérobait r^zur du cjel et les rayons du soleil ; un brouil-r lard presque- aussi dense rampait dans le^ rues et sur les maisons au-dessus desquelles mon œil planait du haut d\m troisième étage !

Aucun mouvement ne s^apercevait dans l'al^os^ pKère , aucun bruit ne s'y faisait entendre , et la ferre sembldil: paitagor la torpeur qui régnait dans l'air;

l86 S^tORAMA

Celle cite, qui, la veille, m'avait paru sî populeuse, cfaît canvcrtie subitement en un véritable désert ! L( fcilence avait succédé au fracas des voitures , aux crû des marchands ambulans. Toutes les branches de Tinc{ttslvie avaient à la fais suspendu leur iiction ; auicun< boutique n'était ouverte^ aucune cheminée ne fumait Les troloîrs étaient vides , les fiacres avaient abandonn< leurs places. A peine si Vàn apercevait , çà et là , quelques individus glissant dans le brouillard , comme de: ombres, légères , l'air pe;nsif et recueilli , un livre sou;

le bras, et se dirigeant vers une chapelle voisine doa"* la cloche les appelait par ses tlntemens faibles et r^— P^tés !

Je compris que c'était uïi dimanche , et lorsque je rentrai pour déjeûner à la pension bourgeoise où je m^étais placé momentanément avec Amirau, je m'aperçus que le pain qu'on nous seiVaît éiait rassis.»

La' dame an logis nous expliqjia qu'on ne pouvait jamais avmr du pa>B frais^./en un pareil jpw; attendu que les boulangeas faisant cbdnier lemv fotir et : leai pétrie pendanl les vingt-quatre heures d« jour d« seîgmtïr^ il faljlait faire, à la £oijS,, âal provisiocr péuirlé saaiedi et le jour d'après.

h cela piles du brouillard ^ qui a pow; variante « dé la pluie plus souvent que dli beau iemps ^ la matinée <kfr 4ffi^*nebe: est toujours teU« (f^ je Vm déerite; Les geiis ^ toute! kr^ classeur, et d« Icwt^s^les* opinions a^baiidooteuf leurs fcci^>alwis . brdijetanFes pour ae

B% liONDaES. 187

^^occupfr que dt religion. Ceux qui sôut trap éloignés.

c^es chapelles, ou que la paresse eiïipéche de s^y ren-

idre j lisent chez eux les livres de prièires ou les testa-

jûnens anciens çt nouveaux.

On ne comprend pas > en Angleterre , qu^on puisse

«passer un dimanche sans se rappeler les devoirs de la

sreligion , et sans en suivre les pratiques. L^inditférence

.absolue, qui est ai coûm^one daAs d^autres pays, est

ici entièremeut inconnue.

Dans quelle croyance avez-vous été élevés? nous dî^ sait la dame du logis pendattt le déjeuner ; quelle quelle aoît elle a des teuaplc^ daiis Londres, et vous pourres en aller accomplir les ri tes. Catboliqut^, -calviniste, luthé^ Tien, juif, quaker, mélbodiste, presbitâiien, quoique vous ^oyez, vous trouverez ici , le moyen de sanctifier le dir manche, d'après les, préceptes de votre religion.

11. est certain, que tout^es leà o|>itiiotts^ et même toutes les puam^es d'opinion qu'ont; &it naître la hihle et les ivanjjiles, sont repré4Êntéès> en Anjfleterre , et régulièrement constituées, on secte ^tLa lib^te va si loin sur le 4cbapitre;d^ la croyance, pourvu qu'elle ne reconnais.^ pas la juridiction papale, que l'on peut dire que le déï^e 4 ides seelateilrs avoués; car une secte de disstde^s, çotmue ious le n^iA àe soeiniens ^ se sert des é vanilles cooime <de bon^ recueils de préceptes moraux ;

«nais elle doute de la nùssioift du Ghiist^et doute de sa

^latbre divine,

On, fKM cfoife/ qtieJfesiwWi^l! sopt en très-petit

'lS8 BÎORAMA -•

•nombre tn Angleterre, et qu'ils ne se recratent

peuinî hs classes (k la société qu? sont les plus indépen

dantesv En effet, fe gofwernefnent , bien qne tolérante sons certains rapports , ne confierait pas des emploi 'ya-biics à ctes individus qui professent une croyance ac cusée de n*être qu^un ;(tbéïsine dégirisé. Des ouvriers o d'cs gens obligés dé vivre de leur travail,- ne trouveraîe guère à exercer leur industrie dans le sein d^une natîo qui professe uq 31 grand respedt pour le ehristia nîsmc.

En Angleterre, comme dans beaucoup d'sitti^s paj les gens qui pensent comme les sociniens sont en très^ %rand nombre parmi les classes qn^on appelle éclairées; ^mais la crainte ou rambitlon et même une certaine pi>^ deur, qui fait qu on répugne à heurter de front les opf'nions à^vttïe majorité imposante , les empâcbent âe st placer ouvertement dans les rangs de ces sectaires.

Le nombre des sectes du christianisme , proprement 'dit, est infini; on nVst jam^ais sur de lès avoir comp^ lies toutes exactement, parce qu^ au moment même oi Fcn écrite il ejst possible qu'il s'en ^oit âabli quelque

Onclisait autrefois, proverbialement, qa'il suffisait d'une vieille femme , d'un ministre et d'un chat peur fermer une secte religieuse en AngleteiTe. Les motifs <le k scission Siont presque toujours on ne peut pas plitt légers; il suffit souvent d^une acception différente don^ néeîfk on po^sbge^ à un mot des écritures saintes* j'

De lÔNDRËS, 1%

lies seuls cTiatigemfns^ que les presbvtorléus aieai ^ns leur Service pour se dîslioguer de l'éfjîîse aRglî-* Cane sont la supressîon des lùanles que t:eHe-<i consei'W de Pancîen rit catholique. Les puritains prélendenï cjtt« répéter le même mot plusieurs fois est une aîjsuixlîtc ^ «t nient que cette re'pe'lition ajoute à la fcrreur àt la prière et a Telan qui porte Tame Ters Ja divîmté.

I-cs mcthodbtes ont supprime', outre les lîtauîes, vmé formule que les anglicans ne lîsetit qu une fois rannée du jour de Pâques. Dans celte formule, ils déclatïcut exactement qu^ils regardent comme damnés t^ns Ici sectateurs d'une antrfe -croyance que la leur. ' Cette déclaration est peu en harmonie avec là réputatîoii ^e tolérance dont le clergé anglican jouit généralefneBt:^ D'aucuns prétendent avec une certaine vraisemblatice ^ue cette réputation est un peu usurpée^ Sans parler ici ^e ToppressiOB que Ton a toujours fait peser sur les catholiques irlandais ; oj^ressîen à. laquelle tous les é^é* ques anglicans prennent une part active, puisqu'ils siègent à la chambre des Pairs^ il est certain qu'à différentes époques le tlergé a essayé de faire entrer dan» ses attributions l'inspection des églises dissidentes, avec une juridiction pai1:iculière sur elles ^ ce qui , comme U est .facile dt le CGrmpréndre, n'aurait pas manqué d'a-^ mener bientôt, ou une abolition totale de ces seote», ou des guerres civiles comïfie il y m eut, en.Écosse, lors ^s persécutions exercées contre les puritains.

Un ministre habile, que son fUs n'égala ui eu talen»

igp DIORAMA r

ni ea phrlanf ropie, Pitl, le premier coui le de Chat^.^ s^opposa , de toute son autorité et de toute la force $on éloquence, aux empiétement^ du clergé. Un passag du discours quMl prononça à cette occasion , est encad au bas de «on portrait, dans la maison de la plupart de ^ familles de dissenfers.

Une des causes les plus actives de la multiplie» — . ûon des sectes en Angleterre , est la pirotusion avec 1 ^ai* quelle rancien et le nouveau testament sont répande») dans toutes les classes. Les sociétés bibliques , dont Je zèle est parvenu à propager la connaissance des écritures parmi les peuples sauvages, ont du réussir, à plof forte raison, aies rendre familières à tous leurs compatriotes.

Loin de mettre certains obstacles à ce résultat pour les hommes peu éclairés, loin de faire des éditions de U bible avec des retrancbemens considérables, à Tusagii des femmes ou de la jeunesse, ainsi quVn Ta fait pru-^ demment dans beaucoup d^autres pays , les Anglais le* plus zélés pour le christianisme, ont cru qu^on ne saurait trop populariser le livre sur lequel s'appuie celtf religion.

Us se sont piqués de donner dans leur intégrité le$ ' dirers écrits qui le composent, et les ont traduits en la»-» gage courant avec toute la iidélité possible.

Si les intentions du lecteur sont bonnes , disent-ils la lecture du livre les rendra meilleures ; si eli^s son malignes, elle les changera !

DF. LOKXMaES* I9<

11$ so0t de si bolide foi c|an$ renthoiisiasmc qoe Iei4r izispire la bible, qu'ils appellent à son étude, n&n-sculerment les personnes inspirées par les lumières vivifjaates de ia foi , mais encore celles qui ne marchent qu'à 1^ clîirté douteuse de la froide raisoo ou , pour mieux dire, àxk raisonnement.

La naissance de quelque nouvelle sect^ , de quelques nouveau commentaire donne chaque jour la preuve que bien des gens répondent à cet appel. C'est à qui fera quelque découverte nouvelle sur 1^ sens des mots et des phrases, sur l'origine de telle pièce ou sur lac^ thenticité de telle autre.

Oo défend à la fois quelques passages attaqués par Toltaire et par d'autres écrivains de sa trempe , avet l'apologie du sens propre et la découverte d'un sew £gur€ que le^ accusateurs impies n'y avaient pas sa trouver.

Ainsi, par exemple, selon un commentateur don( on a inséré quelques notes dans une édition récente de la bible anglaise , l'Apocalypse n'est autre chose qu'une brochure politique composée par Saint Jean, après que Domitien l'eut exilé dans l'île du Tibre*

Pourquoi nous creusa la tête à trouver la atguificar tîon d'une chose^ indépendamment de ses anak)gues, dk le critique; c'est, au contraire, avec les analogues qui se passent sous nos yeux, qu'il nous est permis d'espérer d'en trouver l'explication. Suppposons que de nos jours «n potentat exile un chef de secte religieuse ^ apitàn

ravpîr persécuté ; que fera celui-ci poilt se teîigef? il n^a d'autre ressource que d'écrire contre son oppresseur. Mais des agensdu tyran peuvent faire un^e descente chez lui, dn peut le mettre en jugement y le condamnar à mort en conséquence de la saisie de ses papiers; il fatrt . que récrit soit rédigé en termes allégorîquespour dé- 'payser. les inquisiteurs. Cesl pfécîsémerit ce qu'a fait Jean : pour déclamer contre Rome , il a- parlé des abo^ minations de Babylone ; pour prédir^ la chute de Teffl^ 'pire, il a parlé de la desti*uttion de la puissaûce Chai — déenne. ^ .

Un honnête tailleur, qui deviendra peut-être! un jour" chef d'une secte nouvelle, à essayé d'expliquer par les lois ordinaires de la physique , comme M. Virey ï'a fait quelquefois en France, les miracles qui ont le pliis fourni niatièré atix réclamations des commentateurs sceptiques.

' i^uand la physique a échoué ou que sa science l'a mal servi, il a eu recours à des interprétations nouvelles du texte. D'après quelle version ? je if!en sais rien , ma& ^ce n'est assurémetit ni d'après l'hébreu , ni d'après le grec, ni d'après le latin, car malgré la popularité extrême de l'éducation , en Ecosse , on n'y enseigne aucune de ces trais langues aux garçons tailleurs.

Quoi qu'il en 5oit, voici la th«se qu'il soutint devant nousle soir du premier dimanche où nous mangeâmes do^ pain rassis dans Londres ; car c'était la. femme de •taiUeui* qui tenait la pension bourgeoise où Aœirau,

mot qous nous çtions abonnés pour une semaine , ea attendant de trouver mieux*

' Entre tous les miracles opérés par la force de Samsoû^' disait le tailleur (i) Mac Shirreeff en prenant son thé^ il en est un qui a été le sujet d'un grand nombre d'at-^ taqnes et de plaisanteries indécentes de la part des en" xiemls de la religion. Ce malheur, bien affligeant pour les fidèles, ne selrait pas arrivé si Ton n'avait pas corn- Jxiis une erreur en traduisant le texte sacré en langage vulgaire.

11 est dit dans Tbistoire de Samson qu'il tua un jour

^ois cents Philistins avec une mâchoire d'âne : si l'oii j

^vait bienfait attention, ou aurait reconnu que le mot de

niâchoire d'âne n'est pas pris ici dans sqn sens propre.

^xi avait appelle de ce nom , un lieu fortifié par la na-

^^^e et par l'art, un rocher, au haut duquel Samson

^ ^tait retranché lorsqu'il fut surpris par ses ennemis ^

^^ du haut duquel il fît rouler sur eux une grande quan-

^^^ de pierres. ^ i

-Avec cette version, la chose paraît toute naturelle ; on

P^iat aisément concevoir que , favorisé par sa position et

P^i:' les armes terribles .qu'il mouvait contre les Philîs-

^^^s, il en ait tué un aussi grand nombre^ quoiqu'il fut

l^i-même tout seul. ,

Cl) iftfc est une partie intégrante du nom de tous les Écossais. Lors^ ^^"^À EdiniLonrg, à Abcrdeen, ou à Glasgçw, on cric mac àsns la me, ^^t le monde se met è la {enètre^

Le commentaire que vous venez de nons donner e»t précieuse, répondis-je au tailleur ; outre la difficulté qu'il lève, il en applanit encore une autre à laquelle vous avez sûrement réfléchi. C'est celle de la fontaine qui jaillit d'une des dents de la mâchoire pour désaltérer SanisoTi.

En effet, une fois reconnu que la mâchoire d'âne est un rocher, il est naturel de penser que par une des dents de la mâchoire on entend une aspérité de ce rocher sons laquelle il pouvait hien exister une source.

Mais un obstacle invincible m'empêche d'abonder absolument dans le sens de vos explications , tant pour le miracle de la mâchoire d'âne en particulier, que pour tous les autres miracles en général. En essayant d'expliquer les miracles, on se rend plus coupable, peut — être, et plus impie que ceux qui les nient ou s'en mo- — ' quent. La foi ne consiste pas à les expliquer, mais à lè^ff croire. En effet, si vous trouvez leur clef dans les phé — nom ènes naturels de la physique, vous en exclurais^ ^participation de la puissance divine, et vous sapez I^ religion dans ses bases.

Lés miracles Sont ses premiers fondemens : puisqui^ l'homme n'a pas pu deviner à lui tout seul la religion pa cxceKence, il faut qu'elle lui ait été révélée par la dîvî nité. Pour pouvoir la propager parmi les autres homme il faut que la divinité ait fait, en faveur des élus , miracles capables d'appuyei^ et de faire fructifier leiK^ mission. ^

Plus un miracle s'éloigne des lois ordinaires de la

DE LONDRES: lûS

ttàit, ft plas îl est une preuve de rintervention it Dieu; Chercher à Texpliquer est un sacrilège qu'il est super^^ flu de commettre pour ch«rcher à répondre aux doutes des incrédules^

NVst-ce pas un ai^gutnent assez péremptoire que dé leur dire : Ce que vous contestez , ce que vous feignez de ne pas comprendre, serait réellement attaquable si un liomme livré à ses seules forces en était Fauteuri Mais

fi

ffx^y a-t-il d'impossible à la puissance divine ? vous ad« ^ mettez avec nous que Dieu peut tout. Il a institué les iois de la nature, et vous niez qu^il puisse les changer momentatiément en faveur d'un élu !

Parmi les gens plus instruits que le tailleur , ce zèle pour Tétude critique et pour les commentateurs des ii^vres sa ints a produit des découvertes assez curieuses» ^211ts sont presque toujours consignées au fur et à me^* ^vre de leur appai*ition ^ dans les nouvelles éditions de ^^ bible.

Dernièrement , un érudit qui avait acheté en Italie, '^n grand tiombre de manuscrits trouvés dans des cou- Vents , a découvert, parmi ces manuscrits, la copie d'un ^es soixante-dix évangiles qui furent condamnés au feu, j t!omme apocryphes, par leconcile de Trente* ^ Comme les concUes ne font plus autorité aujourd'hui

^ parmi les Anglais, on a jugé à propos d'imprimer cet )f^ évangile, selon je ne sais quel saint , et de Taccompa;. S^er de commentaires, à l'aide desquels on tâche d'exa t t^lîquer par les choses nouvelles qu'on y a trouvées-fki

19^ blORAMA

passages obscurs ou contradictoires , qui se rëncontTed^ ^ans les quatre évangiles authentiqués.

On juge bien que* la publication d^un pareil ouTiragè à causé une grande rumeur parmi les hommes zélés dé toutes les sectes religieuses. La polémique a été réchauffée par un échange d^injures et par des accusations réciproques d'hérésie*

On s^est disputé long-temps, et plus d'une fois, d'une manière scandaleuse , à cause de la nature de la querelle, le tout ad majorem Deigloriam,

Malgré le nombre, toujours croissant, des sectes dissidentes, la religion mère continue d'être la plus suivie en Angleterre, et quoique de beaucoup plus ancienne, on voit ses sectateurs en accomplir les pratiques avec autant de zèle que ceux dont la ferveur est stimulée par la nouveauté et par Tesprit d'opposition. < Il y a dans Londres plus de trois cents églises con« '^^ sacrées au rit anglican, et ces trois cents églises ont un- JSi très-grand nombre de petites chapelles 'pour succurr :=* salçs. r , —

Ce nombre , quelque prodigieux qu'il puisse paraifre, ^'^ est. loin de suffire aux besoins de la capitale ; car dans ce moment-ci on y bâtit soixante et dix nouvelles églises et cinquante chapelles.

Toutes les classes de la société, ainsi que je lé disaL au commencement de ce chapitre , tiennent rigueur 9 l'observation du dimanche et à l'accomplissement de^ pratiques de la religion. On voit dans les églises plu^

DE lOKORES. 197

sieuts sortes de. gtos quVii n^y rencontre g^ères dans les pays catholiques.

Les ministres et les employés supérieurs^ quelque ur* ^ns que soient leurs travaux, trouvent du temps pour aller au service ;les petits-maîtres y vont également ; et ce qui est plus extraordinaire, leur tenue y est décente ; ils prennent sur eux de négliger leur lorgnon pour s^ocçuper du livre de prières sans lequel personne ne se présente jamais dans les temples. Avouer une religion pi la suivre ne leur paraît pas une contradiction avec la vie mondaine qu^ils mènent pendant toute la semaine éi quHU reprennent même au sortir du lieu saint* >

Passé trois heures de Taprès-midi , le silence cesse

dans Londres: les rués redeviennent vivantes; mais

toutes les personnes qu^on y voit sont parées, les voir

tures y roulent de nouveau, mais c*tsi pour transporter

leurs maîtres à la promenade. Les parcs, les jardins ^

publics s^emplissent , et les petits-^maîtres viennent y

étaler leurs beaux habits en fai3ant T inspection du beau

sexe. Ils jurent presque à chaque mot, ainsi que leVeu-*

lent les règles du bon ton, et plus ancienement encore

ainsi que le comporte . le ton de brusquerie particulier

an caractère anglais. Mais'les jurons des petits^-maîtres-,

comme ceux, du peuple , portent encore un caractère re-*

Ugieux : en invoquant souvent le nom de la divinité, on

montre que Ton y croit; en mettant la damnation en

perspective avec une chose pour laquelle on a de la re««

pugnance , en Tappellant sur upe personne quW hait 4

igS DIOKAMA

OB prouve qjam craindrait cl^j étre.TOné sot*méiM!

En France les juremens étaient autrefois tirés de là même classe d'idées ; aujourd'hui ceux-là sont tombés dans une désuétude presque complète, et il n'est pas trhg^ malheureux que ceux qui les ont remplacés soient vt* gardés comme de très^mauvais ton , car, d'sdmrd , ils prouvent une indifférence complète pour la religion; et secondement ils font allusion a des actes obeènes^ on à des vices qui révoltent la liature!

Dans les chapelles et dans les églises du second or jitt | «* le service anglicati est à peu près le même que ^ ceki de nos églises calvinistes ; cependant il y a quelquefob un luiçe que les protestans français n'emploietit jamais, c^ést celui de faire chanter les psaumes en partition^ par des musiciens , aiilieu de les laisser chantera la commo^* pauté, en les accompagnant seulement avec Torgné. , Dans les cathédrales , le rit ressemble davantage ^ celui de Téglise catholique, car, tant le matin qu0 Taprès-midi du dimanche, les membres du chapitre, préstotant nos chanoines, psalmodient quçlqqe cho2 d^analogue aux Vêpres et aux Compiles^

Ainsi que cela se pratique pailoat où la réfoi js^est étendue, c'est toujours dans la langue du pays qu< les diverses parties du service sont faites. J'ai vérifié ce sujet l'obsei*v2^ion que l'on a faite dans d'autn états : l'emploi d'un langage qui est également familier aux auditeurs et aux ministres , entre pouf beaucou] dans la solennité avec laquelle le service divin estaccoou

I^£ LOII.DK£S. I^

pli chez les protestai^. La prière dégeQère mbins vite en ime rx)i|tiqe presque mécanique lorsque tout le monde en cojQiprend les paroles] Le prêtre qui les débite y met plus d^Qnçtion 9 et V^Q^^oire le suit avec plus de fçrveur.

En outre , les prières et les litanies anglicanes , dont le lapg^ge n a subi aucune altération, depuis les premiers temps de la réforme , ont conservé une naïveté et une simplicité antiques , qui ajoutent singulièrement à leur effet solennel.

£iles parlent au cœur de tout le monde parcequVUès implorent la miséricorde divine pour toutes les erreurs de la vie et contre tons les maux de Thun^anité ! Il n^est pas, dans le temple , un seul individu qui ne puisse icroire que c^est pour lui-niéme^ pour ses parens ou. pour ses amis , que le ministre élsnce sa prière vers le. Très- Haut !

Pour moi j^ai toujours été prbfondéraent ému loirs- ^e j^ai entendu cette partie de Toraison où Ton re« commande à Dieu les malades de tous les pays, les voyageurs par mer et par terre... Cette philantropiè me touchait» cette sollicitude rappellait à la mienne les* parens desquels j'étais séparé par un espace immense , et qui, peMt*étriç,, à Qe moment, étaient inquiets sur mon sort, àts amis que j^avais laissés malades , d'autres au* près desquels je me trouvais alors ; mais desquels rOcéan devait bientôt me séparer pour toujours!

Telles fvurent , sans doute f les sensations .qu'éprouva

souvent madame de Staël , puisque sa plume: les retrace d^une manière si touchaàte , au moment ûù sa Gorinè assiste au service divin à bordd^n vaisseau anglais!

]Les soldats vont régulièrement au temple le diman-< che : certaines troupes se rendent en corps à des^ises \^^^\é particulières. Les fantassins de la garde assistent tou- \jCi jobrs àù service de la chapelle de WVhite-Hatl ; mais ils n^entrent pas dans Téglise avec leurs armes. Uapparell avec lequel ils y arrivent e^t plus simple- et plus en harmonie, «an3 doute, avçc le devoir qu^ils vont aeconh plîr.

U m'a toujours semble, me disait un^jour le colo-* nel , qaé Thabitude qu'on a dans les pays catholiques ^'introduire dans une église des troupes armées et pré-t cédées des tambours, ^ait une éohtradiction chpiquante avec le respect que l'on doit au service divin.

Pourquoi déployer un appareil de force militaire en présence des autels de celui devant qui toute force hu« maine s'anéantit ? N'est-ce pas oiiblier que tous les hom-'r mes sont égaux devant Pieu, quedVn faire rester quelques-uns le casque en tête et dans une attitude menaçante, . tandis que tous les autres s'humilient à genoux ? £t ces^ manœuvres commandées à haute voix, ^ ce cliquetis di fusils qui refrappent le sol , et ce fracas de tambours sont-ils bien faits pour ajouter au recueillement des 6dèles? €'est simplement comme hommes que nos soldats et noi officiers assistent au service divin; un livre de prièi^s esl )a seule arme dont leurs bras soient chargés,..

Mon cher colonel , lui répondis-je , j'ai souvent fait les méoies réflexions que vous sur Findécence de cette coutume y au moment où les troupes entraient dans Téglise : avant la fin de la messe militaire j^ai touJQurs change d'opinion ! Vous voulez de rhumilité dans les temples ; mais rinimilitë n^est-elle pas d^autant plus profonde, que celui qui s^bumilie vous parait plus puis- HaxA? N'avez-vous pas été ravi, atteifdri jusqu^aux larmes en voyant à Télevation, des hommes d^un aspect sévère, des guerriers accoutumés à tout braver, hu"-> milier leurs armes et leurs personnes devant la majesté (lerHostie!

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