‹ Diorama de Londres; ou, Tableau des moeurs britanniques en mil huit cent vingt-deuxChapitre 14 sur 38 · SUR LES BARBES ET LES RASOIRS · texte numérisé non relu

SUR LES BARBES ET LES RASOIRS

liCs marcliands de lâ terre pleareront et M désoleront ^ parce qu^ilt ne Mrquvfsront plm à placer leurs marchandises^

apocalypse,

Kingston! KlligstonJ goodnaturcd and bUcI^ wîskcred fcllow» I am very hearily rejoictd tdi see yoi».

Paroles de Georges IF"^ en (te'haryuant en Irlande^

Chaque pays a certaines productions qui sont, à f oi*t ou à raison^ plus célèbres que les analogues des autres pays. Le voyageur ne manque jamais d^en acheter quelques-unes : ce sont des objets auxquels le sou* Tenir de ^es impressions se t'attachera pour long-tems ou des témoins de ses excursions qu^il montrera avec satisfaction , lorsquMl sera rentré dans sa patrie»

Parmi les nombreux produits nationaux que les Anglais > ou leur infatiguable avocat , le docteur Dublason,^^ nous avaient recommandés, nous en avions déjà choisie plusieurs^ dont nous comptions faire de petits cadeaux nos amis d^outre-roer : maïs, le batjondeFlan, qui avai plus de temps à perdre devant les boutiques ou aupr

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des marchands âmbulans, en eut Uentot forme une col*^ lection, si non mieux choisie^ dti nàoins plus nombreuse <]ue la notre.

Peu de jours après son arrivée, il avait acheté ^eux de ces couteaux à douze lames que les colporteurs de Charing-eross et ^t PiccadHljr\tnàtni pour un schilling et demi ou deux schillings ; il avait fait empiète dans le bazar à^So/io^uare^ et dans celui de BaïUngton-Areade^ d^une douzaine de pierres de savon de FFindsor^ de ciseaux à limes 9 de canifs portant, outre plusieurs laïqes à tailler les plumes, des giattoirs , et un instrument à parer le^ ongles y des pains à cacheter, façonnés en camées antî^ ques, qu^on appelle pour cette raison, MidalUon JVafers\ il avait en outre acheté trois paires de rasoirs dt)nt les plus beaux lui avaient coûté près de i5 francs la pièce , et les moindres, unschçltnget demi, c^est-à-dire trente* six sols.

C'est* de ces derniers seulement qu'il se servait, de peur de gâter les antres avant de retourner en France. Il en était si content , qu'au lieu de ne se raser que deux fois la semaine , comme il l'avait fait jusqu'alors , U faisait sa barbe chaque jour. Aussi, soit mauvaise qua-^ Uté dje Tinstrument, soit irritation excessive de la partie DÙ il était exercé, son menton était toujours couvert âe coupures et d'écorchures !

U acheta également du linge, et ne manqua pas. d'allep t^oir Àmirau, aussitôt qu'il en eut sur lui quelque échan-^ liUIon, Je me trouvais ches le licencié à ce moment , t%

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ii^ que je connus le sujet de la visite ctu baron , je me promis du plaisir , tû pensant h la discussion qui allait s'en suivre; d'autant mieux que le docteur Dublason, pen confiant dans les moyens^oratoires de son collègue en anglomanie , Tavait accompagné pour le soutenir ait besoin ; il jugea même à propos de prendi*e Tini* ttative»

Eh bien f dit-il , en offrant an licencié une prise de tabac, voici pour le coup des produits de Findustrie, briianniqne qui l'emportent certainement sur ceux que vous pouviez trouver en France. Voyez la finesse de cette perkale ; vayez la beauté de cette cravatte ^ continua-l-il, en ouvrant le gilet du baron qui se prêtait an jeu Sivec complaisance , et en détachant de son coq la cravatte qui y était nouée! Peut être la France ponirà ioEurnir Fanalogne de ces étoffes, mais le donner à aussi bon marché , impossible ! ^ •

Bail! répliqua le licencié en hochant la tête, ignorez- \ous la différence qu'il y a dans leprix de la main-d'œuvre, dans lesdeux pays? Lesmatièrespremières sont à*peif*près également chères partout*^ comment ne voulez-vous pas que les manufacturiers de Rouen puissent rivaliser, efe pour la beauté de l'étoffe , et pour le bon marché , avec ceux de Biimingham et de Manchesier?,

Erreur, mon cher ami; erreur! Dans ce moment-ci la main-d'œuvre est pour rien dans ces deux dernière villes : tbe promis vetyeasy; voilà une cravate qui a pi^è^ d^upe toise carrée ^ ellie est rayée blanc sur blanc ,

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inoins grand et moins beau que cela vous coule a Pam SIX et sept francs ; voîlà une chemise qui vous coûterait

au moins quinze francs à Paris Eh bien! s'^écria

vivement Amirau, quel en est le prix h Londres?

La cravate coûte 4^ sols , re'pondît le b^ron , cl la chemise toute faite, revient à tsept francs, cinquante centimes.

Le licencié demeura un moment interdît , Doblasoa qui s'en apperçut poursuivit d'un air triomphant : Àh! Je savais bien que je vous forcerais à en convenir; cVst plus beau , et de moitié meilleur marché -qu'en France; toutes les étoffes de coton sont à si bon compte aujourd'hui^ que les mannfacturiers font tous banqueroute.

Pardiea ! répondît Amirau, en éclatant de rire, leicplication que vous me donnez, me satisfait complètemeuL Il n'est pas diUicile de donner à bon compte et beau, quand on se ruine I nos manufacturiers sont plus sages; EHaîs il est bien évident , d'après les données que vous lii^avez fournies, que les produits de leurindustrie peuvent maintenant comme toujours é£^aler ceux de Bùmmfham en beauté, et être vendus à meilleur marché, pourva :jae les £abriquans anglais vendent de manière à ne pas lire obligés de faillir. Cependant je préférerai toujours les objets de fabrique française... Aarcieu, continua-t-U, en ^''approchant de moi , et en me parlant à l'oreille, pen* âant que Dublason rajustait la cravate du baron, tâ-> chez d'avoir l'adressé du niiarchand chez lequel ils oui

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achète la chemise et la cravate, j'en veux avoir quelque! douzaiues; Il ne faut pas que l'esprit national noosem^ pèche de profiter du bon marché !

Mais^ dit le baron , eu défaisant à son tour la cra<* tate du docteur, ce n^est pas seulement dans les objets dont la fabrication ruine les manufactjariers d'Angleterre y qu'on voit éclater la supériorité de l'industrie britaii^ niquie : Toyez ce funlard , admirez sa souplesse , sa force, sa finesse ; il vient de trois mille Jieaes; et quoiqu'on le vende à gros bénéfice, il ne coûte pas plus cher que les imitatiotis bâtardes qu'on- en fabrique à Paris.

Ce n'est pas tout, continua Dublason, en le develop-* pant davantage ; avez-vous jamais vu parmi les foulards firançais un dessin aussi riche et d'aussi bon goût?

Quand même, on me l'aurait voulu vendre deux foif plus cher, je l'aurais toujours acheté; ce dessin a pour mol nn prix infini , il forme exactement les armes de h bran( he aînée de mon illustre famille. .•« Voyez.... Voui rappellez-vous l'écu des Montesquiou : Tourteaux gueules sur champ iTor/

lit licencié le dépita eu lui faisant observer que puisque ce foulard avait pour lui une valeur si particulière^^ il était un peu partie dans le procès , et qu'il ne devait^ j)as y être juge. Moi, qui n'^i pas à acheter mes armoi--' ries sur un foulard, continua-t-il, je ae m'exagère la va— leur ni de ceux qu'on vend à Paris , ni de ceux de Londres. Très-probablement . iils ne viennent pas plus d<

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VlnAe les uns que les autres ; et quant h leur beauté et à leur prix réciproque, tnon argumetit stir la cherté de la main-d'œuvre, plus grande en Angleterre, s'applîquétaît d'autant plus aux foulards , que la soie est récoltée en France, tandis que les Anglais sont obligés de la faire venir de fort loin.

Je Toi^ pousserai à bout, répliqua le docteur, <n appercevant sur le secrétaire d'Âmtrau trois ou quatre paires de rasoirs dont celui-ci avait fait empiète chez les fabricans les plus renommés du Sirand^ d Oxford Street , ou de la Gité.

Habemus conjideniem reum , ajouta le baron en se frottant les mains ; si ces instrumens n'étaient pas supérieui^ à ceux qu'on fabrique en France , pourquoi câ aori^z-vous acîheté ici et en si grand nombre ?

— L'on ra'çn avait donné commission : tous les blancsbecs parisiens veulent avoir des rasoirs anglais. — Gela prouve pour leur célébrité, reprit le docteur ; et, certes, je ne crois pas que votre dialectique puisse démontrer que ces rasoirs jouissent d'une réputation usurpée ; la trempe de l'acier tient à certaine^ circonstances locales qu'on n*a pas encore pu reproduire en F||nce ; cela fait que malgré la différence du prix de la main-d'œuvre , les couteliers anglais peuvent dor^ner de bons rasoirs à meilleur compte que ceux de Paris,

En outre, et vous pouvez l'avoir remarqué cent fois, puisque vous avez si bien parcouru les boutiques des Couteliers , if n'y a pas ce qu'on appelle un rasoir ab-

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solament mauvais en Angleten*e. Même pour le vil prit d'un shilling et demi , on en a qui rasent aussi bien queceux qu'on paye quatre >ou cinq francs de Tautre côté de la Manche. é

— Oh ! pour cela ! répondit le licencié^ nego ! Je vous assure que si mauvais et à si bon compte que soit ua rasoir' français , il coupera autant , où pour mieux dire ^ il ne fera pas plus de coupures que vos rasoirs d'un schiling et demi ; vous avez ici un échantillon de leuc valeur.' Voyez plutôt la mâchoire de M. de Flan*

Quant à ceux que j'ai achetés moi-même, et que j^ai

payés fort cher, j'avoue qu'ils sont bons , très-bons ^

mais en y mettant le même prix, on peut en avoir de pareiU en France.... 11 y a long- temps que je fais dos barbe, et sârement elle avait toujours été rasée ausft' exactement qu'elle l'est depuis que }e suis en Angleterre*

En disant ces paroles , il passa sa main sur son meim ton à plusieurs reprises , et avec un air de satisfactioa^ qui semblait donner un démenti à ce qu'il venait d^ dfre.

Vous m'upordez plus que je n'attendais de vousreprit Dublason en pétrissant dans sa tabatière uiM prise de tabac; je m'attendais à vous voir sotitefïiir 1^ supériorité des rasoirs français ; vous vous êtes borné ^ dire qu'ils égalaient ceux qu'on fabrique en Angleterre dans voire bouche une pareille concession est équivs^" lente à l'aveu de leur infériorité.

Mais en vérité , je mVtoiiAe, moi h çv&omjfou art deeply knoi»n, de m^obstîner si soqvent et si long^ lemps à discuter avec vous; je sais qu^au fond vous sip4 precies les objets à leur juste valeur , et qi^ vos dé* ^^lamations contre TÂngleterre et ses produits ne pro*- Vieanent pas d^une convictioa intime^ mais seulaoïei^ ^ Qa système calcule.

— Quaiid même cela serait Musi, le droit dies geti^ serait mon excuse ; car/ depuis long- temps, ce qiie Vo^t appelle de ce nom » n Vst qu^un échange rigourem de <^présailles ; et certes, sHI est au mondie une ne^tiop visà-vîs de laquelle il faille en user en toute circpustance, ^ e^t bien la nation anglaise, car aucune au mon(}e n'est J^\xs prompte que celle-là k flétrir la générosité du uoni ^G faiblesse.....

^Qus prétendes que j'ai fait une grande concession; €1^ avouant que les rasoirs anglais sont bons ; voici un correctif que je ne puis pas me dispenser d*y ajouter. S^ îl ne diminue en rien la réputation de Tindustrie brît^xinique , il n'en blessera pas moins vivement Pamour- Propre des Anglais ; car ces messieurs sont aussi jaloux ^^ ce qui tient a leurs personnes, que de ce qui vient ^^s combinaisons de leur esprit. ^

Les rasoirs anglais sont bons, jVn conviens; ils sont ^'^^me excellena ; mais F Angleterre est le àemîer pftjs ^K:t monde où ces Instmraens auraient dâ acquérir ce **aiut degré de perfection.

£n effet , ee n'était ^as la peine de tremper si bî^i

l'acîcr, pour remployer à raser des barbes sî peu fournies, et si fines, que le plus mauvais rasoir les faucherait -aisément !

Depuis que je suis en Angleterre, je me croîs dans lin pays d^eunuques; je ne vois que des peaux blanches et sans poil! pas une paire de favoris, pas un brin de moustache ! La barbe est si blonde et si clairsemée sur ces faces blanches et roses, qu^il faudrait un microscope pour l'y appercevoir.

La plupart des régîmens de la garde ne portent point la moustache ; et ceux qui ta portent feraient mieux d'avoir imité ceux-ci; car, en vérité, ces quelques poîb qu'ils laissent croître sur leur lèvre supérieure, sont plutôt une apologie de la moustache , qu'une moustacrlie véritable.

Il en est de même de celles des petits-maîtres à éperons qu'on voit passer dans Bond-sireet, dans Oxfordrow et dans Hyde-park.

En un mol, si l'on rencontre dans Londres une figure mâle , c'est-à-dire ornée d'une barbe bleue ou de favoris touffus et bruns, on peut assurer qu'elle appartient à quelque Français, ou à un acteur du théâtre italien !

Les Juifs ont aussi des barbes assez brunes et assez fournies ; mies yeux se sont reposés avec plaisir sur celles de quelques marchands d'habits; elles étaient touffhes et noires comme celle de Judas JUcariote, et accompagnaient fort bien les chevetix long» et bouclés que ces .

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Israélites conservent soigneusement sous leurs chapeaux crasseux.

Mais les Juifs ne font pas loi, en fait de barbes att-glaises; on sait que dans tous les pays, excepté en Abyssinîe, les Juifs sont beaucoup plus bruns que les Abdti-* gènes.

S'il y a quelques barbes un peu touffues en Angle-

^eiTe, elles ^sont entachées d'un vice qui est pire quW

banque total ; elles sont rousses comme celle de Charles*

Q^îpl, ou de celui de ses prédécesseurs à l'empire, qui

consentit à devenir palefrenier d'un pape, dans les la-

Jï^nes de Venise.

ï*our apprécier, à sa juste valeur, ce qu'Amirau disait suï" les barbes anglaises, il faut savoir qu'il a de bonnes i^c^îsons pour être extrêmement difficile, en jugeant cet o^iiiement du sexe masculin : il a une barbe si noire et si toiaffue, que lorsqu'elle est fraîchement rasée, une bonne lUoitié de la surface de sa figure paraît d'un bleu foncé ; ses favoris sont rudes et épais comme des brosses de poil de saùglier; et tout cela est accompagné d'un teint méridional si brun, et de cheveux si noirs, que s'rl'eiit débarqué à Douvres pendant le procès de la reine d'Angleterre , il aurait été lapidé par lé peuple, ou porté en triomphe, parce qu'on l'aurait sûrement pris pouf un' <Jcs témoins à charge ou à décharge, qui venaient d'Italie pour déposer dans ce fameux procès.

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LES SOaÉTÉS MIUNTHROPIQUES.

Il ttatt tneoft une chose rraîiacnc bell et BMrak flont FîgBorancc et la frivoK nepeuTent îoaîr ( c'est l*assoc!atîon de ton les hommes qui pensent d'un bout deP£u< rope à Fautre. Sçurent ils n*ont entre eu aucune relatîoni îls sont dispersas sou à de grandes distances l'un de l'av^e maïs quand îls se rencontrent, un mot suffi pour qu*ils se reconnansent. Ce n*c9t pat telle religion, teik opinion, uà genre d'étude», c'est le culte de U T^rit^ qui lei réunit

Va» BB SftJm,

SI quelqm chose pouvait compenser le machiaTe^ lUme dont le gouvernement anglais a toujours été accusé ^ec juste raison, ce serait la noble solKcitlide avec laquelle les particuliers poursuivent le bien de rhumar iiité dans toutes les circonstances de la vie sociale* Leur zèle ne s Vst pas borné à leur propre pays ; il s^est étendu à toutes les parties de la terre où il y avait ie$ malheureux à soulager ou des doctrines consolantes à propager.

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C^est principalement par Tabolifion de la trahe des )îrs , et la propagation de la bible , qae les sociétés iglaises se sont fait connaître au dehors. Vencourage* ent de Tinstruction première et de* renseignement été aussi une de leurs principales œuvres, paisqu^il était écessaire que les individus auxquels ils voulaient faire 3DQaître les livres saints, fussent d'abord capables dé îslire.

Dans TAngleterre même, il y a une infinité d Wrés ssocîations qui contribuent de toutes leurs forces à ^parer ou diminuer les maux qui affligent toujours un at de civilisation très-avancée. Il y a des sociétés pour destruction de la mendicité ; il y en a pour Taméliora- >n des prisons, pour Tinstruction et la conversion des isonniers.

I^a société royale d'humanité a pour but spécial iê oiéger la vie des individus dans toutes les circonsr ^ces possibles ; elle a des établissemens sua^ t<^utes lefl ^ières ou sur tous les cana'ux ou Ton a Thabitude de si igner, afin de pouvoir donner des secours prompts ^ personnes qui se noient.

Snfin, Ton peut dire qu'il n'est pas, en Angleterre , i établissement charitable, une institution philantlKt)*^ îque, qui ne sok l'ouvrage de quelque|association de sirtîculiers, sanq l'intervention du gouvernement. Bres- [ue tous les hôpitaux de Londres, la plupart des écoles; es hospices, des asiles pour les orphelins, sont soutenus ^ des contributions volontaires annuelles. Ces établis^.

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i^emens sont innombrables, et il est inoui qu^aucun ait jamais manqué d'argent. • -

- Toutes les -sociétés sont régulièrement constituées; elles ont un bureau ^ des secrétaires , dies commissaires, des présidens, et tiennent; chaque année, quelque séance publique dans laquelle elles rendent compte de leurs travaux. Pour éviter l'aridité des détails généraux sur ces séances publiques, je vais chofsir entre toutes celles auxquelles, j'ai assisté, celles que j'ai suivies avec le plus d'attention : elles sont toutes à peu près les mêmes; k

lecteur pourra ab unâ discereomnes.

, Le baron de Flan, qui avait reçu des lettres de recom* mandation de quelques membres d'une société biblique française à laquelle il est affilié^ recevait presque chaque semaine quelque lettre d'invitation pour lui-même, avec des billets pour ses amis, de la part des sea*étaires des associations philanthropiques qui devaient tenir leur séance publique annuelle. Ce fut avec ces billets que nous fûmes admis à laséanôetde hsaciélé brïtanniçueet éfranffère pour la propagation de lensôigfiement.

Elle se tînt dans un local très-vaste et très-bien dé* coré, appartenant à une loge maçonnique; les invites étaient placés sur des bancs et sur des chaises disposées à cet effet dan^ les trois quarts de la surface de la salle; l'autce quart était occupé par un amphithéâtre dont b partie la plus basse était élevée d'envirpu six pieds au* dessus du piveau du sol, et sur lequel étaient placée I^ pré$;ideat, les mçmbves du bureau , le^ associés étran^

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gers , et toas les membres de la société qui atàîent k faire des motions.

Le titre qui avait procuré des billets au baron nous valut la faveur d^étre placés sur cet amphithéâtre : il fallut déranger beaucoup de monde pour arriver aux places que le maître des cérémonies nous montra.

L^usage des surséances est inconnu en ÂngleteiTe : notre billet portait qu^à une heure précise la séance commencerait ; il était à peine une heure et quelques minutes y le président avait déjà commencé le discours d^ouverture. On sera encore plus étonné de cette exactitude, quand j^aurai dit que le président était un prince de la famille royale , le duc de Sussex !

Immédiatement après qai\ eût achevé de parler, le secrétaîre-gfcéral lut un rapport très-long et très-détaillé sur les travaux de la société pendant Tannée qui venait de s'écouler.

Nous pûmes nous convaincre, en Técoutant, que les souscripteurs n'avaient pas fourni leur argent en pure perte : le but de Tinstitutlon était parfaitement rempli; car, outre un très- grand nombre d 'écoles que la société était parvenue à établir dans une inGnité de villages de l'Angleterre, qui en avaient été privés jusqu'alors, elle avait réussi à en instituer dans bien des parties des colonies britanniques, où les natifs avaient auparavant croupi dans l'ignorance la plus absolue.

Une vingtaine de jeunes gens et d'enfans originaires de rindci de Malaga, de Madagascar et de diverses îles

ftlS DIORAMA

ie ]ft -mer du èiiâ , places lous sur 1 aBiJ[>fakkéàtre , eâr Tue des spectatears, avaient été élevés et înstraitsan]^ frais de la isociété y pour être transportés ensuite, et

tteteous da^ leur patrie, eh leur habitude de la latij^uis *

les fera toutribuer, ^lus ^efiBcaoeaieât ^e les étrangen à la propagation du cbristianisilie et de risstmctioi éléfoeataire^

Dès fue h rappmt iht lerimAë, le président, qtii t< 4iait dans ses mains la li^le des «lotions ^qui devaieik^E élvt itfiles, appeHa ^occessiv^mesit <€liactm des membres ^oâ étaient insciits pour parler, et mit ^ensuite aux vef^L les proportions qu^îls avaient faîteîs.

Quoique la plupart ne fussent que des remercîmeiRâ Totés à telle ou telle société étrangère, à tel membre qu»>i jpar son zèle ou son argent avait contribue à la props»-— 'gation de renseignement, aux maîtres de telle école qi^^ filetaient distingués entre tous les autres, chacune foui nH texte à nn discomrs assez long. Celles qui furei faites par Wilberforce et par quelques autres pliil; ihropes, membres obligés de toutes les associations biei faisantes aussi bien que du parlement et des autres réi TÂons où il y a à parler en public , reçurent des dév^ ^ loppemens qui durèrent jusqu^à demi-heure, trois quarC^ ^ 4*heure ou une heure.

C'est à une séance de ce genre qu'il faut assiste-^"» pour se convaincre de l'avantage que le gouvememer»* représentatif répand dans toutes les classes de la société;

DE LONDKtS. 217

c^pst lài qa« Ton peut remarquer surtout la facilité quMl éraaie à tout le immâe pour parler en public.

Les hi^tn^es pai^ementaires scmt si ancieiiDes dans. Tesprit de tous les An^aasy elle se sont tellement identifiées , maintenant , avec Tesprit de toutes les institutîoos^ q^ae la moinâne réunion de table, le moindre banqvet, un club, ti , à plus forte raison, une séance d^ime sociélë à laquelle le public est admis , sont solensis^s par des improvisations brillantes.

Tottt le monde est capable de parler en public , p^arce que , dans la vie privée , il y a mille circonstances où il est indiq^emable ^e savoir le faire ; dans toutes les -séances où 1 on -k des motions à faire et à appuyer, lusage des discours écrits est sévèrement interdit «omrae dans les débats du parlement.

Une antre circonstance me parut encore plus extraorièinadre^ et me toadha vivement parcequVIle était la preuve la plus éloquente de la tc^éfance britannique. ToiJtes les religions, toiïtes les sectes étaient confondues parmi les4nembres qui venaieiit faire des motions. Les prêtres de réalise anglicane, ie prince protecteur et sectateur de cette église , les méthodistes et les presbyteineiis qui s^en sont séparés, 4e quaker, le socinien, le cs^vim^e, le catholique et le juif lui-^méme « nationaux et étrangers , tous étaient unis dans leur amour pour -l'bumanffté, dans lenr zèle pour la^ propagation des lu- '«^ièves; tous paraissaient amis, tons se traitaient en frères. Ainsi que doivent toujours Tétre les discours dans le

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genre démonstratif, la plupart de ceux qui furent pro-* férés notaient autre chose que de longues amplîficationa sur Texcellence de la constitution britannique et des associations philanthropiques, ou sur les qualités de certains personnages ; cependant plusieurs orateurs trou- Taient le moyen de tirer de ces lieux communs des res-* sources et des raouvemens d^une haute éloquence.

Tous furent écoutés avec intérêt, car des'applaudisscmens unanimes vinrent les interrompre par intervalles* et les bâtons blancs ornés des armes d'Angleterre, quêtaient portés par tous les membres du bureau, leui formèrent presque toujours un acompagnement' con-

tinu en frappant sur les bancs sonores de Tamphi^^r théâtre*

Cette manière d'applaudir est particulière aux Ai glais ; elle était aussi en usage en France avant que \\ eût établi ci la porte des spectacles des dépôts pour cannes et les parapluies.

Ce fut en général dans une éloquence grave et s^** rieuse que les orateurs puisèrent leur ressource pot^^ persuader le public et soutenir leurs motions. Un sem^*parut faire exception à cette règle ; mais il n'en fut p»:^ moins heureux dans le résultat qu'il désirait obtenî:^-^ et ne parut pas moins cher aux spectateurs que ses col"^ lègues.

C'était un vieillard .presque octogénaire, qui retron^^

vâit en parlant, un reste du feu dont il paraissait av4 été animé dans sa jeunesse. Des éclats de rire, mai

d^mi rire approbatif et bienveillant , accompagnaîent presque chaque phrase quMI débitait.

Cette circonstance me parut encore plus surprenante, lorsque j^appris quHl était ecclésiastique , et . qui plus est , qu^il avait été le chef d^unç secte de dissidens qui sVtaient séparés de Téglise anglicane.

A la différence de tous les autres réformateurs qui affectent une sévérité et uû rigorisme extrêmes dans les dogmes nouveaux qu^ils enseignent, Rowlandhill a toujours pris à tâche de rendre la religion attrayante pour tous les esprits, en la faisant paraître simple, çiodeste et douce. Une facilité merveilleuse à s'exprimer, une ame pure, une imagination active et amie des images, telles ont été les ressources avec lesquelles le docteur devint , ^près sa séparation d'avec la mère-cglise , un des prédicateurs lés plus suivis de Londres.

Le goût extrême qu'il a pour les figures les lui fait choisir indifféremment dans les choses les plus relevées, comme dans les habitudes et les circonstances vulgaires de la vie ; c'est à cela qu'est due la disparate qui rend ses discours si originaux, et qui égayé si souvent son

auditoire.

Mon Dieu! disait-il un jour dans une de ses improvisations, à quelles choses terribles et repoussantes l'on est allé comparer l'évangile! Loin d'allécher les fidèles, elles r sont plus faites pour les écarter de l'amour du Seigneur et des pratiques de sa divine religion.

L'évangile , mes très-chers frères , est comme une

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l^ièce de bœof ou de rotsbeef ; H invite avaat d^y avoir goûtée et lorsqu^oQ y a goûté on veut j goûter encore.^

II parait que cette comparaison fut singulièrement du goût des Anglais , car elle est devenue très -célèbre, et est désormais attachée pour toujours au nom du docteur Rbowlandhill. ,

Entre tous tes autres orateurs qui vinrent faire des motions ^ je remarquai un Français qui [lorte un nom. cher aux lettres et à la liberté. Malgré une certaine timi — dite qui lui fit tirer son exorde él ses transitions ora— toiles de sa qualité d^étranger et de sa difficulté im. s'exprimer dans une langue étrangère, il parlait an— • gl&is assez correctement, quoique avec un peu tro^de grasseyement. Tout en votant , au nom des associa- — tions pbtlantbropiques françaises , des remerçîmens ai^duc de Sussex , au prince Lcopotd de Saxe-Cobourg^. et en général aux membres de la société vers laquelle il était député, il rendit compte de Tétat dans lequel f instruction primaire était dans sa patrie , et exhala ses doléances au sujet de la gène que la propagatioiB^ de la Bible et de renseignement mutuel y éprouvaient^ ilans ce nioment!

Amrrau, qui Tavait écouté attentivement , et qui avai^ d^abord vu avec une tendre fierté un compatriote quî sViprimaît si bien dans une langue étrangère et exx présence d^uae assemblée imposante , ne put dissimuler son dépit lorsqu^il l'entendit accuser sa nation ^ et venii*> '

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ponr ainsi dire , la traduire à la barre d^one rrrale ja* louse , et apte à profiter des moiqdres'^ataata^es.

I{ n^ëtait pas plus que M. de S. ami des ignoranttiu et ties anti-biblîstes ; mais par un sentiment d^amour^ propre bien entendu et de fierté nationale ^ il se sentait numilië par les paroles de Forateur ; il lui semblart que ad médisance dans sa bouche était une véritafble caîonmîe!

Le président prit la parole après tiius les autres ora-

Hurs, pour terminer la séance et remercier, tant en soq

propre nom , qu'en celui de son illustre neveu, le prince

^opold , les membres de la société qui leur avaieni

<^^ des félicitations.

Ce nouveau discours fut également improvisé , éga«- -^»ent long et aussi bien tourné que le premier par ^ ^gpiel il avait ouvert la séance.

U &ut le dire , tant à Téloge du prince qu^à Téloge

s auditeurs , ses paroles ne furent pas plus applaudies les mains ou par des bâtons que celles des autres ^ ambres de la société , et elles ne méritèrent pas moins •^ l'être.

Quand la séance fut levée, il fut reconduit jusqu'à sa "^^ilure par les membres du bureau. Après avoir pris -^:>Qgé de l'assemblée de la manière la plus gracieuse , U ^^rtlt sans escorte , dans une voitm*e à deux chevaux , -^^mmc un simple particulier.

Cette simplicité daps le frère d'un des plus puissans ^^onarques de la terre , me toucha presque aussi vive-

!221 pIORAMÂ

ment et me snrprit davantage que le zèle philantko' pique des Anglais.

Avec une naissance qui dispense d^avoir de talens, et qui empêche souvent de lies cultiver , il en avait de véritables et de bien cultivés ^ puisqu^il se hasardait à en rendre le public juge.

Dans un pays où Ton pousse si loin le èulte des formes et de rétiquelte , il faut avoir beaucoup de bonté et de franchise pour se présenter comme un particulier , quand oq a le droit d^étaler le luxe d^un prince ; pour venir présider en personne , et pendant une séance de cinq heures ^ une société dont on n^est que \t protecteur ! tltre^resque toujours insignifiant et qui n'oblige d'ordinaire quli ^ux choses peu pénibles pour les grands de la terre , fournir un peu d*arçent cl entendre beaucoup de flatteries!

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BS LOMDftEl 1223

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