SUITE DU CHAPITRE PRÉCÉDENT
Grâce k leurs demandes audacieuses cf à la faiblesse des distributeurs de charité, ils trouvent plus de secours que ceux qui luttent pour sortir de Tindigence.
MERCiEa.
La loi agraire était une folie ; j^en demande pardon k Lycurgue , et à ceux qui ont voulu renouveler sa législation ; mais dans cette folie ^ comme dans beaucoup d^autres , il y a une idée grande , et de laquelle les gouvernans des peuples ont parfois habilement profité. Cest que les fortunes des différentes classes de la société doiyent sinon se balancer, du moins n^étre pas accnmulées en trop grande masse dans les mains d^un petit nombre d'individus, Cest surtout à la propriété territoriale que cette proposition est applicable.
Le terrain est la seule véritable richesse ; il doit être réparti entre les mains des habitans qui le couvrent , en proportion des besoins de la classe à laquelle ils appartiennent. Du moment où la répartition est assez inér
xçalemenl faite pour produire à quelques-uns beaucoup 3e superflu, plusieurs membres des classes inférieures doivent manquer du nécessaire. L^on me dira q'u^en Angleterre ces derniers ont la ressource des richesses fictives , c est-à-dire , de l'industrie ; je répondrai que , malgré sa prodigieuse extension , l'industrie britannique est loin d'occuper tous les bras prolétaires, soit que la population commence réellement à être hors de proportion avec la surface du sol , ainsi que quelques économistes le pensent , soit que l'aristocratie règne dans le comméi^ce comme dans toutes les autres institutions de la Grande-Bretagne .
Quoi qu'il en soit , le nombre des pauvres y est énorme , et si énorme en vérité , que les législateurs se sont vus obligés de faire écouler sur eux le trop plein de la bourse des propriétaires, en établissant un impôt qui assure à chaque indigent de la nourriture , des vêtemens et un logement pour toute l'année.
La qualité de pauvre constitue donc pour un trèsgrand nombre d'individus une profession véritable. Ils sont inscrits sur les registres de la paroisse , assujétis à certaines formalités , et même à quelque chose qui ressemble à une patente ; car on leur donne quelquefois du travail à faire sur le paiement duquel on exerce certaines retenues.
Les registres de l'état civil sont aussi exactement tenus pour eux que pour les autres habitans. 11 est aussi essentiel de savoir s'il y a sur le sol de la paroisse uil
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contribuable de moins ou un parasite de plus. TJn en* hni , qui ne serait pas enregistré au bout d^un certalD iKHnbre de jours après sa naissance, n'aurait pas droit à: sa part de la ta^ie des paiïvres ; et , enfant ou adolescent y, honmie fait ou vieillard , ua pauvre n'a jamais le droit des établir sur le terrain d'une paroisse mi il n'est pas> £Eé ^ attendu que chaque parcusse ayant les fonds nécessaires pour nourrir les siens , mais n'ayant pas audelà y. doit mettre au moins autant de soin à empêcher F Introduction des étrangers qu'à conserver les Indigènes-
Au revenu légal que les pauvres reçoivent du gouvernement se joignent les dons provenant des contributions volontaires des associations philanthropiques. Outre les grandes sociétés établies dans Londres et dans plusieurs autres grandes villes pour la destruction de la mendicité, pour le soulagement des pauvres, etc. ^ il n^y a presque pas de paroisse qui n'ait une société de charité^ dont les jeunes prudes et les vieilles dévotes sont des membres obligés.
Mais une manière encore plus expédîtive de soulager les pauvres , un procédé qui , comme le dirait un partisan de la loi agraire , restitue plus promptement et plus directement le superflu du riche au pauvre auquel Il appartient , c'est Paumône qui se fait dans les rues* L'on ne saurait croire quelles sommes d'argent se distribuent journellement aux mendians de Londres; et, ce ^ui est plus extraordinaire dans un pays où il y a des Ipis
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répressives de la mendicité , quelle quantité de mendians on voit errer dans les rues !
' A la vérité , on n'est pas moins habile en Angleterre à éluder les lois qu'à les faire. Les dernières classes de la société, comme froissées plus directement par ces lois, ont dû faire une étude plus particulière des moyens par lesquels on peut se soustraire à leur effet.
En passant un jour sur les trottoirs d' Oxford- s treet^ an moment où les élégantes de Londres viennent faire leurs achats dans les brillans magasins de cette rue célèbre, j'aperçus un coin de rue ambulant^ (car je ne sais quel autre nom donner à ces gens qui se promènent , en portant au haut d'une longue perche , ou sur une cuirasse de carton qui couvre leur dos et leur poitrine, des avis détaillés et imprimés engrosses lettres.... (i).)
(i) On répète sans cesse que Vusage cle faire marcher les afficlies dans les mes de I ondres, tient à ce que les habitans de cette capitale sont généralement sî occupés, qu^îls n^aaraient pas le temps de tes lire si elles étaient collées sur les murs ; cela peut être vrai jusqu^à un certain point ; toutefois la principale raison de cette coutume tient à une autre circonstance. La sollicitude des propriétaires sVtend à Pextérieur de la maison , aussi bien qu'aux détails de Tintérieur; on sait que rien nVstplus sale et ne dépare davantage une façade que le tatouage des adfiches. Pour maintenir sa maison propre , chaque propriétaire y fait inscrire y en grosses lettres, une défense d^afflchcr, et les afficheurs se tiennent pour avertis, parce qu^en Angleterre le droit de propriété est respecté, même parles individus qui n*en peuvent attendre le réciproque. Mais s*il y a queique maison isolée, où la terrible défense n^ait pas été inscrite , quelque mur iion-acbevé, (|uel(]^uc v^alissadagn provisoirei soudain les affiches le cou*
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Le coin de me ambulant était un agent de la paroisse de Mary-U'Bone , et portait sur sa carapasse et sur son plastron un avis bien capable d^effrayer les meodiam qui le pouvaient lire.
A quelques pas derrière lui , un nègre , à jambe de bois, saluait tous les passans, et recevait une ample recelte de pennys^ de six pences et même de schillings.
A quoi donc penses-tu , malheureux ! lui dis-je en m^approchant de lui pour lui donner un conseil que je croyais meilleur dans ce moment qu^une aumône ? Ne sais-tu pas à quoi tu t^ exposes en venant mendier ici? Regarde plutôt Favis qui est écrit sur la poitrine de cet homme qui s^avance vers toi : Tout mendiant surpris en flagrant délit dans la paroisse de Mary-le-Bone , sera arrêté y et, selon roccurence y emprisonné, fouetté ou déporté. Bah! me répondit le nègre en ricanant , je n^ai rien à craindre ; le porteui^et moi , nous sommes une paire d^amis, et je lui donne plus d^une prise de tabac par jour.
Trent ey> plus grande abondance qne les lichens ne croissent snr les rochers on sur les troncs des vieux arbres. Pour garantir leur papier des injures des passans et des crochets des chifToniers , les afficheurs vont toujours ke coller le plus haut qu*îts peuvent, et ils peuvent arriver bien haut, car au Heu de se servir dVchelhs comme lés ndtres» ils ont d<îs lattes avec lesquelles ils atteignent ^ la hauteur d*un deuxième étage , leur manœuvre se fait avec une promptitude «^t une adresse surprenantes ; bien entendu queTimplimeur est obligé de suppléer, par la grosseur du caractère, à la distance à laquelle TaOîche se trouvera placée de Vœll du passant auquel elle s^adresstt. /
Toasne faîtes pas attention que Tavis en question ne me regarde pas du tout ; moi je ne mendie pas , continua-il ta me montrant un paquet dVIIumettes qu'il tenait à ia main : j'exerce une industrie , et toutes sont libres etpro*^ tégées en Angleterre. J^offre raa marchandise aux passans ; et , à la difFérence de tous les autres marchands, les chalans qui m'en consomment le moins sont ceux sur lesquels je fais les plus gros bénéfices.
C'est presque toujours d'allumettes, de rubans de fil, ou d'amadou , que se munissent les mendians les plus paresseux, pour se mettre en règle avec la loi qui défend la mendicité. Ceux qui sont plus actifs, ou un peu plus ingambes, s'arment d'un balai , et, postés aa / coin des rues, ils lèvent la petite contribution volontaire sur les passans pour la commodité desquels ils ont nettoyé l'intervalle compris entre les deux trottoirs.
Ceux qui ont quelques tàlens capables d'amuser oa d'intéresser le public , n'ont besoin ni d'allumettes ni de balai ; un chanteur, un musicien ^ un grimacier peu-' vent exercer leur art dans les rues de Londres , aussi bien que sur un théâtre. A l'œil impartial de la loi, les mrtuoses sont également protégés, soit qu'ib lèvent des contributions en paraissant sur les planches, soit qu'ils en reçoivent en figurant sur le pavé.
Parmi les artistes mendians qu'on voit dans la capir taie , il en est quelques-uns qui jouissent d'une célébrité qui ferait envie à beaucoup d'artistes plus honorables , et qui meurent de faim dans leurs greniers. Un manchot,
qui se tient orclinaîrement en face de Whiie-Hull ^ cd toujours entouré d'une foule de badauds qui admirent les ëventalls à jour et autres objets qu'il travaille avec une adresse prodigieuse.
Un très-grand nombre de dessinateurs et de scribes (^ servent , à dcfout de toiles et de papier, des dalles blanches et polies qui composent les trottoirs des rues. Pour cela , ils se placent dans un endroit assez passager pour avoir un nombre suffisant de , contribuables , pas assez pour être exposés à voir leur ouvrage foulé aux pieds, et eux-mêmes obligés de céder le trottoir à là foule. Munis d^un assortiment de couleurs au pastel, ou de crayons^ ils composent quelques dessins coloriés, ou écrivent à rebours quelque sentence capable de piquer la curiosité des passans. J^ai vu un de ces individus vaincre cette difficulté , et buriner V Anglaise sur la dalle avec une perfection qui aurait défié la main du plus habile maître d'écriture, ou dessiner une jatte de porcelaine , un plat de maquereaux , une assiette garnie de saucisses ou de légumes , etc. , aussi bien que les plus habiles peintres de nature marte.
De quelque manière que la mendicité soit exercée , il faut que ses profits soient bien grands , puisquMls engagent tant d^iiidivîdus à renoncer à des moyens moins Ignominieux de pourvoir à leur existence. On cite dans les annales des carrefours et des coins de rués quelques pauvres qui ont accumulé assez d'argent pour devenir
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propriétaires des maisons devant lescjuelles îîs ïi-v^ieiA ioag-temps gueuse.
Plusieurs balayeurs de rues qui , par suîlç d^une ©c- CQpation de quelques années consécutives, ^rvaieikt :atî- €[uis une sorte de propriété sur le pavé qulls avaient nettoyé , ont vendu assez cher et leur balai et le clrmt Je percevoir le péage volotitaire.
Un marché de éetle nature a même donné lien à am procès fameux ; car «n nègre qui balaie l'entrée de Haï rue qui aboutit à Bla^k'FrmrS'Bridge ^ ayant Jlralle avec ua mendiant qui n'avait pas encore à^ éinhli&se- Mnent formé, et lui ayant cédé verbalement îe sien, moyennant une somme de vingt-cinq livres sterling qull reçut comptant, ii jugea à propos de revenir à la même place le lendemain pour recevoir les aumônes des p»ts- «ans , et de chasser le légitime propriétaire avec lie manche du balai qu'il lui avait cédé la veille , comme garantie du traite , et qu'il lui arracha de vive force.
Une plainte devant les tribunaux fut la conséquence de cette querelle ; par malheur, il n'y avait aucun témoin de visu en faveur du prétendant ; il fut débontc avec dépens, et le voleur conserva sa place enierta du droit de prescription.
Les mendians de Londres ont, comme -ceux de louiez les autres capitales , et poussent encore plus loin peutêtre, tous les vices înhérens a leur profession. Il y a Tra quartier, dans la cité, où se trouve le logement du pîiis ^aad nombre , et les lieux où tous viennent se liîvrcr
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à leurs habitudes crapuleuses. Maigre le degout qu% devraient inspirer, ces lieux ont attiré la curiosité de quelques moralistes; et plusieurs petits-maîtres n^ont pas dédaigné de le visiter. Uauteur de life in Londoa^ en a donné une description détaillée et piquante , de laquelle tous les théâtres ont tiré un très-grand parti pour égayer le public anglais , lorsqu^on a mis en scène les aventures des trois héros de cet^ouvrage.
Toutefois , on se ferait une bien fausse idée de ces repaires, si on les croyait semblables aux analogues qu'on peut rencontrer dans Paris. Il y a entre les CouTÛUes et les mères Radis de Londres et celles dé Paris , toute la différence qu'il y a entre les recettes que font les mendians de Tune et de l'autre capitale. Logic tom et Jeny rencontrent dans les caves de la Cité Ats gueux qui mangetit des dindons à leur ordinaire, et qui murmurent le dimanche lorsqu'on oublie de les leur farcir de saucisses. Un gentleman^ qui n'est pas un héros de roman , mais qui a eu, comme les trois que je viens de nommer, le courage d'assister aux repas de ces épicuriens en guenilles , m'a assuré avoir entendu un mendiant célèbre pour le ton piteux avec lequel il sait exciter la commisération publique , jurer après les domes/içues de la maison , leur faire une scène épouvantable et les menacer de sa béquille , parce qu'on avait oublié de mettre un citron à côté d'un plat de veau qu'on lui avait servi !
DE LOKDRES; ^289
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