‹ Diorama de Londres; ou, Tableau des moeurs britanniques en mil huit cent vingt-deuxChapitre 30 sur 38 · DE LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

DE LA MUSIQUE

Tout annonce dans ce pays la dureté de Torgane musical : les voîx j sont rudes et sans douceur, les inflexion^ Apres etfortcs, les sons forcés ettratnans; nulle cadence, nul accent nie'lodîeux dans les aîrs du peuple. Les înstrunicns mUîtaires, les fifrca de rinfanterîe, les trompettes de la cavat^ rie y tous les cors , tous les hautbois , les chanteurs des rues , les violons de guin-r guettes, tout cela est d'un faux à choquer Vôreillc la ipoins délicate.

J.-J. Rousseau.

,• « Vous vous croyez musicien, parce que vous avez trouvé un motif de chant, un peu agréable , disait uii symphoniste à accent germanique, en s^adressant à un de ses élèves; mais ce n^est pas là ce qui constitue Tart que vous étudiez. Un pâtre en gardant son troupeau , une fileuse en tournant son rouet , composent tous les jours des motifs neufs ..... ne fut - ce

qu^en estropiant les airs quHls essayent de chanter

Faire un accompagnement dans les règles, composer liqe partition, arranger un duo y un irio^ un chœur, voilà en quoi consiste véritablement h musique, n

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Sans adopter TopiDiop da musicien tudesque , la division qa*elle établit dans la musique entre Vinventm et la science , me fournira , ce me scnible , un cadre commode pour examiner Tëtat présent de cet art en Angleterre.

Il y a dans les îles britanniques , comme dans tous les autres, pays y un assez grand nombre de ces airs qu^on appelle nationaux. Cambie partout ailleurs, ces airs ont «ne physionomie particulière et entièrement locale. Cependant , je crois que leur originalité est le seul ^enre de beauté qu^ils aient pour Foreille des ëtrangei's. II n^en est qu^nn bien petit nombre qui soient empreints de ce caractère auquel on reconnaît toujours l'exprcssion d^une passion; les autres sont insignifians et se ressemblent presque tons , parce qu^ils sont uniformément composés d^un motif triste sur un mouyement précipité.

Comme les Anglab fent un graiid usage de tontes leurs productions indigènes , leurs musiciens anrangcBt souvent ces airs nationaux pour les rendre sopfNirtablet a la scène, dans les concerts ^ oudaas les symphonies militaires. Nous verrons un peu plus loin en quoi ton*pistent les perfections qu^oa kur ajoute.

Cependant cette ressource est bornée , et dans l'i»* possibilité de composer lui nombre suffisant de nouveaux airs pour les opéras nouveaux y 0A met à contribolioa les prQductions exotiques , eu tarant en jlemé^ daas les opérai italiens ou franfais.

DE LONDRES. J^ll

La première fois qac je vis jouer l' opéra de Montrose, à Coveni-Garden , je crus reconnaître le motif et la partition dVn duo qui fut applaudi à tout rompre. Effectivement je Tavais entendu avant : c'e'tait Tair de Partant pour la Syrie.

Dans le même opéra, je reconnus plusieurs autres airs français : Temploi de certains était assez plaisant pour une oreille qui les avait depuis long-temps classés parmi les Pont-- Neuf. A un certain moment ou toute une population est en émoi , le chœur vient exprimer j^es craintes sur Tair de II pkut^ il pleut berfftre.

Voilà pour Tinvention , passons maintenant à la sciencç.

Si les musiciens anglais ne possèdent pas cette dernière à fond , on n^a négligé du moins aucune des précautions capables de leur en assurer les apparences. Il existe k Londres une faculté de musique , chargée d'initier à ses secrets un certain nombre d'adeptes et de leur conférer tous les grades académiques, jusques et y compris celui de docteur ! Sans doute que les universités d'Oxford et de Cambridge , s'empresseront d^ajouler une faculté de musique à celles qu'elles pos-» sèdent déjà, et que bientôt îl en sortira autant de docleurs en fuge et en contrepoint, que de docteurs en droit et en théologie.

Pour encourager les progrès de la musique , ou peutétue pour prouver qu'elle n'a pas besoin d'encouragé^ ment , et qu'elle est aussi avancée que les autres beauz^

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arts, le gouvernement conftre aux musiciens les pins célèbres lès titres dont nous avons déjà vu que certains peintres avaient été décorés. Ainsi , }1 est plus d'un docteur en musique qui s'appelle chevalier , et dont la femme est qualifiée de mlladj comme une duchesse.

Celte circonstance tient peut-être au goût particulier que le roi actuel a pour la musique. On assure qu'il joue de la basse en perfection , et qu'il est amateur de première force pour le piano. Dans sa chapelle, il a toujours devant les yeux une copie des morceaux que Ton exécute. Les musiciens doivent bien se tenir sur leurs gardes; la moindre note oubliée ou mal rendue serait impitoyablement signalée, et le coupable serait •sans doute cassé aux gages.

Le goût pour les beaux-arts est pre;;sque toujours une preuve de philosophie. Voilà un roi qui non-seulement supporte auprès de lui des hommes qui Tégalent dans tintaient où il excelle, mais qui fait encore son possible pour se procurer des sujets capables de l'y scffpasser!

Tout docteurs et chevaliers qu'ils sont , les favoris du roi ne sont pas encore parvenus à se faire une réputation hors de leur pays. C'est un point sur lequel il$ sont au moins obligés ^de s'avouer inférieurs aux compositeurs étrangers dont ils exploitent quelquefois les ouvrages. Ils reconnaîtront encore mieux leur inférior

rite y s'ils sont assez impartiaux pour juger les mor-

c^aux qu'ils empruntent , par comparaison avec ceux qu'ils fabriquent eux-mêmes.

Un Italien , qui assisterait à la représentation d'un opéra tout-à-fait anglais , pourrait se demander à quoi servent dans ce pays les facultés de musique. Des airs qui commencent par des triUes ou des roulades, comme ceux de Lully et de Rameau ; peu de trios ; des chœurs écrits à l'unisson ; un orchestre qui n'exécutç guère que âeux ou trois parties à la fois, encore en est-il une qui écrase constamment les autres , puisqu'elle se compose de la grosse caisse, des tymballes, cymbales et autres instrumens aussi harmonieux; voilà en quoi consiste un opéra tel qu'on en exécute souvent à Drury lane et à Covent- Garden , qui sont les premiers théâtres de Londres / non-seulement pour la tragédie et la comédie , mais encore pour la musique et la danse anglaise.

Les exécutans sont dignes de la partition ; on entend jouer des solos de violon sur un instrument qui résonne comme le sabot d'un aveugle , et il arrive plus d'une fois au milieu d'un morceau d'harmonie des plus éclatan's , que la flûte siffle , et que la clarinette ou le hautbois canardent de manière h provoquer le mécontentement des spectateurs , qui ont entendu autre chose que de la musique anglaise.

Le commun des chanteurs est digne de l'orchestre qui les accompagne. Cependant il est quelques sujets qui pourraient figurer avec honneur sur une scène véritablement lyrique ; ils ont été formés dïtns les concerts

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^ Argyk-roûms: on les y entend toujours avec plaisir servir d^nterprèf es aux plus grands musiGions de l'Allemagne et de ritalie.

Sur les deux théâtres royaux ils triomphent souvent des airs ingrats qu^ils ont à rendre. Le premier chaiH leur dont j^aie à parler est attaché à Drury-lane , et est célèbre en Angleterre sous le nom de Braham. Lés kih glais qui ont été à Paris , prétendent que sa voix est aussi belle et aussi étendue que celle de MaHin ; dans le bas , elle est sonore et mordante ; dans le médium , elle est pleine et fraîche ; dans le fausset, elle est souple, douce et retentissante.

Lorsque Braham prête son'organe aux composition de Cimarosa, de Paësiello , dé Mozart, et même quand il a le bonheur de rencontrer dans un opéra anglais quelque air qui lui permet de faire valoir tous ses avantages , il charme les auditeurs qui aoiaient le plos de droits pour se montrer diHiciles.

L^administration de Drury-lane compte tellement sur Braham pour remplir la salle et la caisse , qdê KcanM joue que bien rarement les jours où ce chsmteur doit paraître. Il serait mieux placé h Covent-garden , pafce qu'il trouverait d'autres voix dignes d'accompagner la sienne. Le directeur de ce théâtre lui a fait plus d'une fois des propoiiitions avantageuses ; mais son rival a tonjours renchéri sur ces offres, et Drury-lane s'est attaché définitivement Brahaifi ^ en lui donnant un traitement égal à celnr du tragédien Kean^

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' Miss Stephexis et Durusset , tous deui acitèurs de Coient'garden j sont les deux chanteur$ que ropioioQ publique place immédiatement après Braham.

Misç Stephens a une voix très - étendue ; et , dans toutes ses corder, elle est fraîche , comme on le dit à Paris ; c^est^à-dire , qu'elle est toujours suayci pleine et retentissante. Il est dommage que son jeu soit un peu froid. Ce défaut lui est copimun avec beaucoup d'autres chanteurs et chanteuses célèbres de» autres pays. La nature accorde rarement tous les dons à la fois.

Burusset est presque aussi froid acteur qpe miss Ste* phens , mais son chant est aussi agréable ; il est k Bran faam ce que Ponch^rd est à Martin, cW-à-dire, qu'il a un moins grand volume de voix , et qu'il est obligé d'y suppléer en la cojnduisant avec une méthode plga scrupuleuse. Tel qu'est son organe , Purusset lui fait exécuter des difficultés auxquelles nos chanteurs ne se hasardent jamais 9 soit qu'ils cra^n A de ne pas les vaincre avec leur supériorité accoutumée , ou, ce qui est plus probable , que les diiHcultés soient de mam^ais goût , et rappellent les habitudes de la vieille école.

Je lui ai entendu chanter un solo qui est écrit assez haut pour ne pas pouvoir être exécuté avec h voix^ naturelle. L'orchestre se tait chea nous pendant que le gosier d'un chanteur fait des tours de force ^ ou du moins il n'y a d'agissans que les instrumens sourds , et qui n'ont pour champ d'action que les octaves les plus basses. A Londres, il n'en est pasaiasi ; le s«Io dura près d'ua

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quarf-d'beure ; et, pendant tout ce temps, tiiie clarinette impitoyable suivit à' la tierce le fausset du chanteur

Peut-être pourraîs-je nommer quelques autres sujets dôût la voix mërite d^être citée , mais les trois dont je viens de parler prouvent suffisamment que les Anglais pourraient devenir musiciens si leur éducation était convenablement dirigée. On a déjà fait le pas le pins essentiel pour parvenir à ce résultat. Londres possède un théâtre italien qui , pour le chant aussi bien que pour la partie instrumentale, est toujours composé des sujets les plus distingués de la terre classique des beaax

arts.

Le goût pour la musique, et surtout pour la musique italienne , se répand de plus en plus dans les classes élevées de la société; sans doute qti^il se distribuera delà dans les classes inférieures. Déjà Ton trouve des pianos dans toutes les ms^ons un peu aisées. Les concerts S ArgAe^-rooms * tous les concerts en général sont trèssuivis , même quand le nom de madame Catalan! ne figure point sur Taffiche. Il est de bon ton d^avoîr une loge an théâtre italien , et , qui plus est , de l'occaper en personne.. Ce théâtre est le seul duquel les gens comme il faut osent suivre les représentations. Nous verrons, dans le chapitre suivant, que ces gens ont à peu prèsL abandonné tous les autres théâtres. Si cette mode fait injure^ l'esprit national des Anglais, et peut devenir coupable de la décadence de l'art dramatique , elle est du moins la preuve d'un commencement de goût musical.

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l DE LA LITTÉRATURE ET DES '

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