BI0EAM
ipectateuri ; il monté moins haut que Keinble\ mais il tie descend jamais aussi bas. Son jeu est plus égal, sod débit est plus uniformément cori'ect et noble ; loang possède au suprême degré , ce qu^on appelle rintelligence théâtrale » et cependant il ne manque ni dVn^îc ni de sensibilité !
Macready tient le milieu entre les deux acteurs tpt jt viens de nommer ; la souplesse de sts moyens lui per- Qiet de jouer toiis les rôles avec distinction.
Drary-^Lane rie peut guère opposer à ces trois pre* Iniers sujets que Kean. La réputation de ce comédiea est beaucoup plus étendue que celle de ses rivaui, ft réellement il mérite là répùlaliôn dont il jouit. Ce n'est pas qu^il n^ait un grand nombre de défauts ; Kean es pour ainsi dire, la tragédie anglaise personnifiée. Iles! extrêmement inégal. Exagéré dans les momens d'éclat , il descend ensuite à une simplicité triviale; mais lorsqu^il s^agit d^etprimer des idées sombi^s , quand il faut mnacer, défier, en un mot dans tous les momens passiofi* nés , on oublie le timbre rauque de sa voix , on ne sV perçoit plus que sa physionomie est vulgaire ; on tremLlci on fi*émit , on s^identifie à là situation , tant est grande II puissance du débit et de la pantomime de Kean!
Les acteurs dont je viens de parler ne se bornent paf à jouer la tragédie, ils remplissent également des rôles dans la comédie ; et quelquefois avec autant de supériorités On les voit aussi dans le mélodrame, et pour le coup ce genre est joué avec; une distinction à laqucllfi
PE lONBRES. 4^2t
iious sommes peu accoutumés sur nos théâtres des boulevards.
Covent'-GarJen et Drury^Lane , sont plus mal montés tn femmes qu^en hommes ; la plupart des actrices qu^on y voit dans ce moment n^ont guère pour elles que des avantages physiques y de la sensibilité ou de la gentillesse : aucune n^a cet ensemble de qualités qui constitue
vn talent transcendant. Ni miss O'neil ni miss Siddon$
pe sont encore remplacées.
Les acteurs en possession de faire rire le public peu» irent le disputer aux Baptiste cadet , aux Mont rose , et même à Potier !
Liston n^a qu^à par^tre sur la scène pour faire pouffer tous les spectateurs de Coveni-Garden ; Fnrren est int- -mitable dans les caricatures ; il excelle surtout à représenter les viieux mitrtaires. Il fait rire aux larmes 4ans le rôle d'un gouverneur russe de Tobolsk , que Y on a introduit dans un mélodrame imité de la Fittede r Exilé. Knight , acteur de Drury-Lane , est également un comique du meilleur aloi.
Il serait superflu de passer en revue tous les théâtres secondaires, parce que dans tous on donne le même genre de spectacle ; c'est-à-dire le mélodrame , le vaudeville et les arlequinades. Au cirque de Davis , on y djoute des exercices d'équitation ; à Sailers fVells des nHumachies, par le moyen d'un grand bassin d'eau qui se trouve enfermé dans le théi^tre.
Ce dernier n'a point d'analogue \ Paris ; m^is il est
^^a DIORAMA .
vn autrt gentJ^âe ^>€Ctacle plus extraordinaire et dwpé il serait bien plus difficile 4'établir le pareil ; il nepo&m pas exister long-temps à Londres^ parce ^~e le personnage qui en fait tous les frais se fatiguera bieotol et se pourra pas aisémeut trouver au sueçessc^ar*.
Ub acteur «qui avait suecessivemeiil figuré à différeas
tbëâtres , Matfaetvs, a eu IMdee de créer u^ geiire ao»veau dans lequel il occupe à Ittî se u) ratl«otioa q^t ailleurs se partage entre plusieurs acieursv
Daaé d^i^ie habil^elë. prodigieuse à changer sa toix et sa figure , il a fait coinposer des pièces à tiroir dw lesquelles il joue tous les rôles et ëtomie te ^pectatev par la variété de ses travestissement ^ p^ leur pi^otop- .titude^ et surtout par Tart atèc lequel so» jeu s^ lûut jmirs en barmofiie avec le personns^e qu'il iHe^MriésiaàU. Il commence ordinairement la soirée par ^n long fse- / logue; qui est lui-même, une autre espèce de cpvaiëii mêlëe de cbants; fô il eiiitrepreod une tàirhe encdre pltfs difficile ; c^est de reproduire en récit des: scènes datis lesquelles il y a un gnnd nombre d^aetew^ Dsu^^le prologue qu'il a le •pluS' babituellaeuetit f ëpété c€lte année, il raçoiite un vojagq en* IrlaQdc t et les cboses |>Uisaate5 dont il a, été témoin dans ce pays; il est tantôt s»riiB port 9 au milieu d^une foire\ tantôt danis une société^ etc. Après àtoir siiffisaniment instruit rauditoire de IçmleB qui est indispensable à rintelligenoe de la scène , il interrompt le récit et fsit paiier IçiS personnage» : ks voix $e cbôquent ^ Ifs conveTsatièns^ se croiseait , éa <Ut)it
DK LONDRES. J^:^
rt'ellenient nssl&ter k h scène que ^alhews retrace , lant }l est hahile à varier sa toi* et à Ireproduire avec iidélitd les sons par lesquels il a Une îés caractérisé jchaque personnage ;. il ajoute souvent aux ressources de la voit natuiielle cejileâ dé ling&sUmnismeoyk de la venlrîloqule. ; ,.
. Les travesiisseipens ne sont |]fâs dans le prologue aussi complets ^e dans la pièce à tUW; iU ne sont même réservés que pour les personnages principaux et qui par* lent long-temps > toutefois il produisit encore une illusion assez grande , earav^; Testrenie mobilité de sa physionomie I MatbeWs n^a besoin qde d'un chapeau on d'une perru<}ae ^ d' tme emplâtre sur rquilv on d^ntie moastaehe , d'une reding<^tte oii d'^n§ rpbe poijir ^
rendre méconnaissable • >.. >
. Malgi*é la cherté des places du théâtre où il donQi ses représentations» les ccn*ieûx y alïluent trois fois 1^ ftçmaine, c'est-àrdire chaque fois que Matherws j J0ue. 11 est suivi même par la classe élevée qai a abandonné tons les autres théâtres , et ne frécpimte que VOpéra^ On y voit les plus belles toilettes et les plîis grands per* spnnages. Plus d'une foi§ les mempies. de la famille royale et le roi lui-même sont venus partager l'hilarité que le protée sait si bien communiquer à son auditoire^ Au cas que sa réputation n^eut point passé les mers , H s'est .chargé de la faire voyager lui-même » car il est dans ce moment. aux Etats-Unis d'Amérique, d'où il reviendra sans doute chargé de dollars ; ce ^ui , ajonlé
'424 DIOAAMA
aux ^inées quHl a déjà gagnées à Londres , lui formera un capital dont les intérêts seront plas que suffisans pour le faire vivre en repos. La prudence exige que Matthews renonce bientôt à son état. S'il ^exerce encore trois ans , Ri*a dit le docteur Dublason ^ il succoiffbera^la quatrième à une phtysie laringée !
Avant d ^arriver à la littérature , je dois dire quetqQCs mots sur Tarchitecture théâtrale , autrement dît sur M manière dont les salles de ^ectacle de Londres sont disposées et décorées.
, Elles brillent peu par le luxe its façades: Topera hal^n , qui est Fédifice le moins négligé soui^ ce rapport , n^est remarquable que par une galerie portée par des colonnes de fer qui règne sur trois côtés seulement , car, par le quatrième ^ il tient aux maisons Toisine& Chose assez étrange Mes ornemens ont encore été plus épargnés à Tintérieur qu^à Pextérieurv
Lorsque arrive à Topera d^assez bonne heure pour voir la salle vide , on est choque de Taspect ignoble qu^elle présente. Elle ne rappelle à Tesprit ni les temples anciens , car il n^ j a point . dç colonnades , ni les amphithéâtres , car on n^y voit aucune galerie saillante. C^est une tour creuse, garnie du haut en^as de fenêtres oblongues qtii sont Touverture des loges.
L'architecte paraît n'avoir en qu'une chose en vue, c'est de faire briller les parures àts dames ; et certes 3 y a réussi complètement , car il n^est pas à craindre que leurs diamans ou \^s^ autir-es parties^ de leur toilette
DE LONDRES. ijVS
soient efËicës par réclat des ornemens de la salle. Cependant comme le vaisseau est vaste et assez bien coapc , l^ensemble en est assez beaa quand il est bien garni dé spectateurs. *
Drury-Lane n'a pour toute façade qu'un petit portique soutenu par des colonnes , et sur lequel est placée une statue de Schakespeare.
Coçeni-Garden , n'a rien 4u tout qui l'annonce ; H faut deviner sa porte d'entrée sons les arcades dà marché qui porterie même nom que le théàftrè. Mais, en revanche , Fintérieur de h sailè est parfaitement coupé et enrichi d'ornemcns du meilleur go&t. Le cid est peut-être un peu nu. Dans le voisinage d'un lustre qui dotme une si vive lumière , l'élégance ne s'obtienlt pas toujours avec la simplicité.
Ce lustre , dont je viens de parler , est éclairé pr le gaz hydrogène ainsi que toutes lés lampes du théâtre V mais il est une pairie de là salle ou l'on a "péché , contré les lois du bon goût et de la perspective , eu la garnissant de lustres^ bougies. » *
11 paraît qu'ici le décorateur a été encore une fors obligé d'obtempérer a: la tyrannie féminine. D^ns le temps où les damesà la mode allaient encore autre part qu'à l'opéra , èUes s'aperçurent , sans 'doute» qiie Icms toilettes étaient à trop grande distance dif lustre et île la rampe j pour être convenablement éclairées, ou bien que, dans les galeries ouvertes , elles n'étaient pas relc- Tées par le fond terne suiv lequel dlc$ sont toujomi
encadrées dans les pelîtes logea de ropeira. £Ues jetèrent les hauts cris, aussitôt après avoir fait cette décôsverte, et menacèrent la dicecllon de Uruiy et de Cmai de les abandonner irrévocablement si on ne remédiait pas à cet inconvénient. il aurait fallareeoiistraire eatièrement là salle pour faire les cages à poulets de ropéi*». On trouva plus simple de garnir de lustres tout le pourtour des premières loges , au hasard d^échaubouler les crânes chauves ou les faux toupets des habitués du parterre ^ ou de^bruler, avec les étincelles, (es plumes, les £silbalas et les papiH<iittes des dames, qui ne dédaignent pas cette place ; car » en Angleterre » • tous les ^spectateurs sont indistinctement admis, aa pfurt;enre»soit €|u'ils portent des culottes ou des jupons,.
J^ai dit que cette condescendance pour la TanifS^^des femmes avait nni à la décoration jniérienre. dutliéâtre, puisqu'elle a fait répandre dans la salle une trop grande massé de lumière; ell^ empêche en ontre de \âtVL voir ce qui se passe sur la scène; Il açst pas besoin dVoir fait un cours complet de perspective popr savoir qu'une lumière vive et trop rapproçhéerde Toeil )^^péche de bien voir les objets qui aoÂt à .di&taBce.
Ce qu'on appelle , en termes de coulisses , la mise en scène, des pièces /est généralement assez soigné. Quoique les décoi*s soient presque tous très-mal peints, oa en étale une garanda prx)fusion ; les costumçs sont d^oa très-grand luxe y et d^une grande fidélité , pourvu quiU se rapportent a ài^ sujets^ modernes ou da mojen à{^*
DE LON^DRES. 4^7
Cejte reslrîcfion- est esseniielie ; car pour les coslmncp ontiques% les acteurs de Londres ea sont encore au {loiut oùcenx du théâtre français étaient avant la réforme ^e T^lma, c^est-à'-dlre, que les enaperears , les conaul^ et les dictateurs.de Rome, sont vctus.de robes de soie et de manteaux de Tflours ; on n'a pas poussé U sévcritc Jbistoi ique .jusqu^à y substituer les étoiles de laine ou defl.
. , Quelquefois on ajoute à la pompe du spectacle y u^ luxe qu^on employait autrefois dans certaines repérer sentations de notre grand opâra ; c'est celui des chevaux. Dans presque tous W ^jEiélodraxaet ^i sont joues a Cûveni-Garden y on vent figurer des escadrons deçavabi^ .rie. Los acteurs quadrupède» frat leur devoir aossi bie^ que les bipèdes qui les momtent ; leur éducatioB théàr traie est parfaite: c'est toujours au c^*<pie,d'éqttitatba 4e ^vis ( le Fraocotii é( Londres) , que Ton emprunte les chevaux qui figurent sur le théjltre^ Ui oi^ tous des fiHuns particuliers^ qui sont très^canûus dessp^tateurft. Il en est un surtout qui excite des applaudisseoiens .dl'tittlioasiafiae chaque ibis qu'U paraît. U es4 , on ne .peut pas plus hd[)ile à6e4:abrer^ à ruer ^ à danser, f\ &ire le aïoit , selon qu'il en est besoin ; il i{ispire aux Anglais un intérêt particuliar depui» qM^il a eu l'haa* neur de povter le champion^ du rdi pendant le couronnement. Gomme sa roie e^ trèâ^reœarqiiable (il est/iÂr)« on en a scrupuleusement rep;roduit les couleurs dms toi^ le^ tableaux qui ' «fprésenV^ ^^^^^ cérémonie.
'4^28 AIOKAMA
Qù^on dise maintenant que les Anglais ne sont pad k premier peuple du monde pour récompenser le talent! Les acteurs célèbres obtiennent le titre d^esquire^ et voilà un cheval-htstrioa qui reçoit les honneurs^ de la peinture, comme un cheval de course qui aurait fart gagner des paris pour plusieurs miltîons !
Je serai court en parlant de la littérature anglaise» Ce que je disais à propos des gravures, est , à jplus forte raison, vrai pour les livres. De tous les beaux-arts, la littérature est celui dont les produits se transportent le plus facilement. Toutefois, ce n^est pas seulement ï cause de cette facttîté que la^ réputation des ouvrages Anglais s^est étendue dans tous les pays civilisés; leur mérite intrinsèque a encore plus contribué à la fortune quMls ont faîte. On sait le grand nombre d^écrivains supérieurs que PAngleterre a produits dans tous les genres. Les pas de géant que récole romantique failfo France , contribuertmt sans doute à nous rendre pins familiers ceux qui étaient encore peu connus parmi nous.
Puisque j'ai prononcé le mot de rdmanfique , jei* dois pas laisser passer sous silence les prétentions de certains individus intéi^essés à exagérer le mérite do productions de cette écoJe , par la raison qu'ils sont aux gages des libraires qui les publient. Cest surtotft aux ouvrages dramatiques que s'appliqueront mes ob- •servations.
Que les Anglais vamtent Shakespeare ; qu'ils profea^
ikïA une sorte de culte pour tout ce qui est sorti de sa plume , rien n^est plus simple. Même indépendamment des préjuges nationaux , leur admiration est rationnelle ; ib U'Quvent . dans ses œuvres des pensées profondes; une grande connaissance du cœur humain, des situations fortes , une hardiesse de style qui fait pardonner au^ jourd^hui à sa vétusté.
Ils peuvent même regarder comme prodigieux ce que Shakespeare a fait dans un temps où le théâtre était encore dans toute sa barbarie. Mais ce que les Anglais n'admirent certainement pas , ce qu^ls ne peuvent pa$ admirer, c^est la conduite de ses pièces.
Sans vouloir ramener ici Tinterminable question des trois unités d' Aristote , on peut remarquer que les au*^ teurs qui ont succédé à Shs^LC^eare, et qui ont connu les règles de la poétique grecque \ ont au moins res<^ pecté Tunité d^action contre laquelle Shakespeare a frbmmis les plus grandes et les plus*nombreuses infractions. 11 étsJt excusable : il ne cherchait pas à composer un ensemble régulier et dans lequel Tintérét allât toujours croissant en s^attachant au même personnage , et h une action principale. Il se bornait à mettre en scène les actes les plus remarquables qui avait signalé nu règne , quoique ces actes n'eussent entre eux aucune liaison. Ainsi , par exemple , la pièce intitulée Hetl^ n J^III\ dont il était si aisé de faii^ une tragédie régulièr^nent belle, en se bornant à peindre la disr |;ràce de Wolsey, cette pièce ^ dis-je» commence an
4^0 DÎORAMA
tnomeift où Wols^y tsi dans la plos çranâe fiiveur, se continue par le divorce du roi avec Calbei-înc cl*Aragon, par son mariage avec Anne de Bonfen , par la disgrâce de Wolsey , et ta fin n'a anerni rapport avec le cominencement; car, excepté le roi, tons les personnages sont changés durant le conseil des ministres et le baptême d'Elisabeth.
Maïs le génie de Shakespeare avait pressenti les pei'fectionnemens dont ses ébauches étaient susceptibles. Tout en suivant les coutumes de son siècle, il était lois d'en être ^fatîsfàit. Que ses admirateurs exclusifs, lisent les conseils qu'il a miâ dans la bouche d^Hamtet , et que ëdui-ci adresse aux comédiens qui vont donner une îepiTsentatîon devant lui. Ils verront là qu'ils sont tlaîrement condamnés par Shakespeare lui-même. * La conduite n^est pas la se^^Ie partie des tragédies de fce poëtc qui eût besoin de réforme ; si l'on veut m* |)ccter des convenances sociales dues aux spectateurs cl 'surtout aux peisonnages élevés qu'on met en scène , ne Taut-ii pas faire le sacrifice de toutes les /nV/^^rV^fi de paroles et d'actions par lesquelles on donne ce qu'on 'appelle du naturel à la pièce. Datis la même tragédie ^ue j'ai déjà citée, deux évêques se disputent et se battent ^ coup de poings en plein conseil de ministres, présida
par le roi en personne.
Voilà pourtant quels sont les ouvrages qu'on ose aujourd'hui nous proposer pour modèles ! Voifti leç tragédies dont M. Guizbt assure qu'on doit préférer II
DE LOKDR£S. 43r
eendisife à celles de Voltaire ! De Voltaire! rhwnme qni a rcuni au plus haut degré le génie qui invente et le ^oût qui met en œuvre ! Certes , une prétention aussi absurde est bien faite pour 4ious surprendre de la paît d^un littérateur qui a attacbé son nom à plusieurs productions estimables. Je serais presque tenté de croire que le discours sur Shakespeare n^est pas plus de loi que te reste de Touvi-age, et qu^agissant comme tousle« autres entrepreneurs de littérature , dont les libraires n^'achètent jamais que le nom , M. Guizot a souslraiié sonî discours préliminaire à quelques-uns des manouvriers auxquels il avait déjà soustraite le r^babillage de Le-^ tourneur.
Si l^Ângleterre n^a produit aucun auteur dramatique égal en génie à Shakespeare , en revanche, elle en a pro^ duit beaucoup d*autres qui ont surpassé ce poëte dans i'art de conduire les pièces.
Sans être aussi fécond que le théâtre allemand , sans avoir la séneérité régulière du nôtre , le théâtre anglais est , k bien peu de chose près, égal à ces deux-là. Mal**heureusement la tragédie et la haute coméîdSe n'y sont plus encouragées maintenant; et depuis que la haute société a abandonné les théâtres de Londres , le méIo-> drame et la farce fournissent presque exclusivement leur répertoire. Les auteurs, qui se sentent assez de talent pour travailler dans les genres supérieurs, n'o^ sent plus se livrer à leur inspiration , dans la crainte de manquejp de spectateurs capables de les apprécier di-^
43îl . DIOHAMA.
gneinent, ou , ce qui pis est^ <d^ ne pouvoir obtenir b représentation de leurs ouvrages. *
LVpopée, rbistoire, les discours, la poésie légère, le roman et tous les autres genres littéraires en gêné* rai continuent d'être en honneur, comme par le passé. Southey vient de composer un poème héroïque , dans lequel toutes les revieçf^ se sont accordées à admirer de grandes beautés ; les David Hume et les Robertson ont trouvé de dignes rivaux dans, plusieurs historiens modernes. Enfin, le roman qui avait déjà été porté à un si haut degré de perfection par ksrRicWrdsap ^ lesSnioI* let et les Fieiding, vient d^acquérir nse nouvelle supériorité sous la plume fécondé de raubeiir de 'VVaverlej.
Malgré la précipitation àvee, laqqella^Wàlttf -Scolt a l^omposé ; autrement dit^ mal{p:éil^ài:desr avecjaquelie il a exploité sa réputation au pfofil^dè jia;fcii!tanft, on oe peut nier que la plupart dq sescomaçuiaif soiei^t remplis de beautés du premier oFdi«;.et qil!outre..k Write d^un intérêt trè^-:vif et d^unecondttitéliabikflKBt ménagée , ils niaient de plqs que les ouivr^ge^bda^màoie genre qui avaient paru avant les siens^l'avaiila^ de pdbdreks 'moeurs avec une fidé)ité qu^oaL ^ibccherait TaineucBi d.ans les historiens eux-mémes^^^ juT^r .
Dl LONDRES. 433
rnf w i »t9iyi^Mt$ <i<*i M »M<iw<>ww<t<Mii|iwt<t»%www<t<i><^w w tti><»wii<vi»»^
DU LAKGAGE.
Vords in tbe ordînarj course of lîfe are likc Paper momey among tht merchanb.
Colman Senibr,
Qu'on ne s Warouche pas de ce litre ! Qu'on ^e craigne pas Tandlté inséparable des matières grammaticales! Si je prends le rôle de grammairien, je le ^uit« terai souTent pour prendre celui de moraliste et de conteur d'anecdotes. Mais la littérature anglaise est tant .à la mode aujourd'hui , qu'après avoir parlé de Fart lui* même , je ne puis m'empécher de consacrer quelques lignes à examiner l'instrument qu'il emploie.
La langue anglaise est certainement une des plus.faciles à apprendre , car ses règles sont on ne peut p^s plus simples et plus fixes. Sa çyntaxe est encore moins compliquée que celle de la langue latine. Si ses verbes ne peuvent exprimer toutes les nuances subtiles de temps que nous avons dans les verbes français , ils of&ent .91 compensation une simpCcité de conjugaison dont on nt trouve l'analogue dans aucune ^utre langue.
Avec tous ces avantages l'anglais est essentiellement propre à l'expression logique^» discours. Sous }a
434 DIOKAMA
plume des histônens et des idiologaes ,il a un laconisme^ une clarté et une précision extraordinaires. En m^ temps il se prête aux tournures hardies.^ aux inversions et aux images de la poésie. On sait quel nombre de bons poètes TAngUterre possède ! On- aurait tort de croire que cVst seulement à Texpression des sentimeos ^tiergiques ou des passions sombjres qu^ leur langue est propre; peut-être l'est- elle plu&i^s^ntkalièrement à celles-là ; mais les sentimens tendres , les émotions douces ont trouve parmi les poëte^ anglais des interprètes ans» lïabiles ; et souvent les mémcis écrivains ont excellé dam
Tes deux genres; ; \ <>.
£n général , on juge trop ex( ju^iveipent les qualités
' d'une langue. Oi;i ji^e ae pers.^idd.ct|)i^ ^§s^ qu'elles peavent toutes répondre assez p^rfi^\|^^njt'^^ besoins des auteurs qui les emploi ent^,]^ow p^.ppN'jcier.auôsi intel-
iîgent que l'ame,!! ne pçqt^p^^ ej^isilei^^de mauvais instrument. Pourvu qu'uq bomme ait jékivé ses idées à ob certain degré deperfectiQ^ logique ou mé^physique, en pratiquant sa langue matemel}j^^ iljfçra toujours monter cette langue à unç élévation corir^spQndante. Un penpk qui a produit les Locke , les Baco^^^ les Pope , les Hobbes, les Bolinbroke, peut certainepient se vanter dV voir une des langues les plus parfaites.
' ' Il est même permis de croire que ces écrivains Tont portée à un tel degré de perfection, qu'elle ne peut plus aujourd'hui que rester stationnaire ou décheoir; on en petit juger d'après lés abus qui s'y introduisent îor*^
netlement. I<es langues orientales ne sont pas plas abondantes en images ; et la langue italienne n^est pas plus exagérée. La conversatiim des Anglais, lorsquUls van^^ lent les choses de leur pays/ou détractent de celles de la France, lés affiches que Ton distribue par milliers à tous les coins de' rues, ou que Ton colporte au haut des perches ambulantes , offrent à Tétranger la collection la plus complète d^épithètes anglaises. Je doute même qu'en Italie on pousse plus loin le charlatanisme du langage. Assurément', en France, nous ne sommes encore que des écoliers en ce genre. Nous^^àvons la simplicité de n*em« ployer jamais qu^au positif les adjectif qui expriment des idées -^perlatives. Il n^en est pas de même en Angleterre'. On ne éè ttonteiitè pis de dire que Saint-Paul est supefbe : oiiVât^^&lelûplhs superbe église do mon^e ; on dit qité'te'roî dbniie ^s plus splendides repas ; que le rosi-6e^'ëst la chose la plus excellente ; que Todeur du savon de Windsoîr est le parfum le plus délieieux ^ etc. Là réda<^lï<$À ^déë affiches , des avis et des écriteaux offre une exagération tout aussi ridicule. Les mar-^ chands àt ciré ésr>3^)^ re|)résentent , sur la carte où se tronve leur adressé ,uri chat qui attaque une botte, parcequ^îl croit y Voir ilh âiitre chat qui le menace; un élégant qui fait sa barbe eh se servant de sa botte cirée ea guise de miroir. Les marchands de nouveautés ne se bornent pas à mettre sur leià étoffes qu!ils étalent, des chiffi'es arabes qui en expriment le prix fixe, ils y ajoutent toujours Tadvcrbe onfy seulement , ou quelque lo-^
cution aniilogtte : à ub bon marché extrême, à^un doBner, c^eist pour rien ; ce qui ne reslè pas qae d^étre fort impertinent , quand ce pour rien est un prïxjbu , comme on le dirait à Paris.
Nos écrtteaux sont à deux siècles en arriére des éoiteaui de TAnf^eterFe. Nous en confions le pins sooveDt lot nédaction à nos portiers , ou Bien niUis nous bornais à reproduire cette bonne et vieille locutioi^ de maismà huer^ qui faisait croire à certains étrangers que M. Loçef était le plus riche propriétaire de FraDceV Au-delà de la Manche, le nonide 'k propriété qui «si à Vendre on à Imier ne Ta jamais sans une ou plusieui^ ^ilhèles^QaaiMl tVâft tine masure qui tonabe op Iruinés', dont on veiit se Refaire, on dit oèaijnice^ nette ,' géutiUe; si c^est m» maison ordinaire , on Tappelle bcïle ;'sî^è!Ke est jolie, oa la qualifie de superbe: enfin, leiléqu'^élle'ir^une iappaitsiee tatit soit peu distinguée , quand c'est à'n f^ndut oàilj a des pruniers , des pommiers , dés' grôséïllérs a maquereaux « on prodigué les épithètès'd^ÀâiM/^/ij^ , qui veut àïvt d^une beauté classique ; de 4elîgkifuily qui veut dire délicieux ; de désirable ^ qui correspond à notre éffiiis^eni y et qtti , comme cet adjectif français , est employé ordinairement par les hommes sensuels )[}ui veulent décrire d^un seul mot une jolie femme. '
Il Qst, tn mot pour lequel les Axiglaisônt une affection toi^é particulière , et dotit ils font 4ii| usage trèscomîBun : c^es t celui de genius , géni6« On comprend bien que ce n^est qu^à propos des homm^ ou despro-
DE JLOKDRES. 4^7
ductioDs tiationàles qu^on prodigue €« mot. Il figure ^w rînscrîptîon du t^ombeiiu àfi$ mimstres t]uî ^^ été eu : faveur, et des géncraux qui avaient acbeté teur grade ; au bas du portrait Ae$ poètes à la mode , et au bas de celui du diic de Wellington. Cest une chose vraimeat < ri&ible que de voir les peines que V académie des mcrip^ tiims de Londres se. donne pour amenet ee mojt favori danà toutes cellçs Q^^^l^ est chargée de coaaposer.
£n levant le siège de Cadix, les Français avdîebt abandonné un inortier d^un énorme calibre. Les Espagnols Tayaht tf oijbvé , en firent préséik à leurs alliés les .Anglais. Ceux-ei en firent horamage k Ge<»rge6 lY, alors prince régent , lequel en fit eadeaja à la ville de Westriiinster, qui R^i^i^pné^im îSaii^^ nument pour perpétuer Je^, souvenir de la bataille de Salamanqpe gagip^^rpAr le afmr d^ duc dei^ellmgfoB.
Par quelle (ilia^i^^n d jdées nW-il pas £aillu passer pour ariîvei: à cette j^aa^e ? Mais les rédacteurs àt Vm^criplion se sont ^dit cofnme toua les autres naathanasins : JE^o kfacimn benè venire.,
Malgré la célébrité du nom auquel le mot ètgenim est acoUé ici , on peut ;f!rQire que les Anglais n y attachent pas la inèmç signification que nous lui donnons en France ; et diaprés la profusion avec laquelle ils le répandent pailout , il faut supposer qu^ils ne veulent désigner par là qu une intelligence un peu étpvee: voiei un exemple qui mettra la chose hors de doute. ■
IJn petit dn£ ; qui a failli d^itre un grand roi , aisis^
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tait, îl y a quelque temps , à une partie de chasse à lif, que donnait son grand-père. Excité par l'exemple de tous les chasseurs ^Penfant voulut toer de gibier comme eux, et demanda nn fusil. Le grand-pèrè refusa d'abord; cependant , sur ses instances réitérées , il permit qn^oo lui en donnât un petit , en recommandant à ses officiers de ne jamais le charger qu'à pondre. Après avoir tiré plusieurs coups avec une hardiesse étonnante, le jenoe duc se fâcha de manquer toujours, et reconnut la fraude. Il exigea qu'on a jou tât 'dnplomb à la charge , et, comnK dans le parc des princes , le gibier peut se tirer presqœ à bout portant , il tua une déjâi-âouzaine de pièces dans un pareil nombre de coupsi; '* **^^ '
Cette anecdote , écrite au bas d^ plu^urs portraîtsdi duc de Reischtadt, poblvéd^en tÀ:ngl^êrré\ a tonjonn servi de texte pour prouver s^n "génie p§0gtëte.
Yoilà donc un petit 'du<$*preékimé'Il6E6ttïte^ de génie, pour avoir reconnu qu'une afrèlë à fëtt^-n^ait chargée qu'à poudre. Cela est* d^autant ^^ius cotlséquent de la part des Anglais , qu'un autre 'dtic qilKIeor'est tnc^ plus cher a ajouté à sa gloire, en faisant semblant de croire tout le contraire dans mue circonstance analosae.
Ce n'est qu'en habitant long^emp^' dans un pays étranger, que l'on peut remarquer toutes cessinguTirites du langage , et recpnnâître surtout , combien la langue la plus aisée en apparence est difficile à connaître à fond.
Quand on n^est jamais sorti de sa terre natsile , on
s'imagine, qu'il sufBt de respirer Tair d'an pays étranger, pour être initié à tous les mystères de la langue qu'on y parle. On se croit même d'une intelligence bien supérieure à celle des étrangers , par qui l'on entend estropier la syntaxe et la prononciation. Il suffit d'étudier un peu çt^urtout d'essayer de parler une langue étrangère , pour rabattre b^i^coup de cettt bonne opinion de soi-même ; et il n'est pas étonnant , que dans le premier mouvement d'humilité qu'on éprouve eu arrivant dana un lieu où l!oa 9e .pQut pas se faire entendre et où l'on . ne comprend ^pa^,^ mot^ on se dise,. comme certain ambassadeur qpir.^iYait^té en mission à Paris : non ; ce nW ni le Louvre^ ni les Tuileries, ni le Panthéon , qiii m'ont le pl^ firappé dans cette capitale ; ce qui m'a
le plus frappé |r^ç'{^.4V r^Q^W^^'^i' des petits enfans de quatre ou cin^,^||S^A«Nq^i parlaient français plus couramment et mi,^iif^.(quc$ ni^^ir^rqui l'ai si long-temps étudié.
Puisque le mot' d'amhassadeur s'est glissé sous ma plume, je.^v^jc jrelfivjçr ici certain préjugé qui règne généralemeQt relativement à ces hauts, fonctionnaires; On s'imagine qu'ils reçoivent avec le brevet qui les .accrédite auprès d'une-xour étrangère , H connaissance infuse de la langue . d^ • cette cour , comme les apâtres ^ après que le Saint-Esprit se fut reposé sur leurs têtes sous la forme de langues de feu. Si ce n'est pas exactement ainsi qu'on arrête cette opinion faute de l'examiner , on pense du moins, que toutes choses égales d'aiU leurs , les ^nds seigneurs ont d vaiitag;es incalçui^
44o DIORAMi
lables pour (aire des progrès rapides dans les langues qa^ls ëtadient ; mais ce dont on éloigne toujours la pensée, c'est qn^un roi entende estopopîer èa langue par lès courtisans ou les ambassadetirs qui lui parlent. Et, cependant, il est bien certMû que c«s« messieurs ont pins de dîffictiltés à vaincre |]k)iir* M* rendre familière line langue qu^ls n'ont pastapptise liàiis leur jeunesse ^ que les derniers employés* de laiégaiicrn, à^plus forte raison que leurs domestiques', let tëfeipàtce^ iqu'ils sont moins obligés rd'en faire uft iisajo^e habittiél. ^
D'ailleurs , les personnages tïé][Uottfattqiies étant presque toujours des gens d'une ït^xter niié^nce , et ajant d'eux-mêmes labonne opini(ni>qdëfe peuple <en àpresqnc partout, il leur'répugnbTdé se eoiistîtQep^<réritableineDt écoliers. En effet, ce iberiifca^crtictfftiriîgei^ d'infenorité, et cela est assèt âésigréâblé â'<$és''espri(s ceD5e^^ sublimes et uâiverseli^.Un' di][(kMiM^ ^ îlOW^lement arrivé à Rome, voulut se faire dôinfer >i^4èçons d'iulîèn ; mais , potir n'avôîr jaiflâfî^ àfrdtig^^ d^e faute com mise dans Un thème ^li dans IWé'H^effeiwr, il consacnil à sa leçion le temps où 11 faisait" èaPliaïbê, et au lieu à causer avec son maître , il le feigàil^ babiller tout ^ol pendant que lui-même promei^flit sxîf son menton le Mûireau ou le r^zWr. S'il n'a pas étii^iij d'une autre manière la langue des autres paysailprès desquels il aélc depuis en ambassade , il est probable , que les paroles iJuHl a adressées à leurs jpotentàts se sont ressenties des habitudes de sqb( éduçatîoli j^(?^fofc; ç'çst-i-dirç,
DE LOî^DRr^S. ^4t
^^elles auront été mêlées d'uoe quantité prodig;ieuse de
cuirs.
II paraît que Fédocation des princes est un peu plus parfaite sous ce rapport que celle des aniba3sadeurs. Cer* tain prince Saxon , 4|uî eut un moment la perspective de partager ayee«ine*pr!ncesse anglaise le trône du Royaume Uni, fut €4»ligé de prei^dre un maître qui faisait faire à son gosier germanique , une répétition des propos d'amour qu*il comptait débiter k sa royale épouse. Mais il ne prer nait pas te temps de sz^ barbe , pour recevoir sa leçon d^anglais ^ aufisi fittildes progrès rapides, et si rapides en vérité , ipe sou maîireles atttribuant encore plus à Pexcellence dosa méthode y ^U^à la docilité de l'écolier, aie crut un giifammaiFien des plus hcibiles , et tripla pour ses écolieiisjisjdinaîrcs le prix de ses leçons. Le baron de Flan , qui/.S':^it a^^esaé^ lui sur sa réputation , aima mien^ re^BOiid^ à u^irrlHi^)^ maître que de payer celui-là six schillings) je caçJi^t. ^
Il est x^ aulr^ipréjugé.^non moins accrédité que celuidont je viensiàe parler, et qui nous porte à croire que les hommes d^Jettres ont la faculté de bien écrire dans toutes : les langues qu^ils comprennent. G^est sans doute Tusage des langues mortes , qui a fait accréditer èêtte opinion. Certes , je crois que plusieurs auteurs ont pu écrire deux ou trois langues vivantes aussi bien que le latin ou le grec ; mais cette circonstance même m^a fait douter de la pureté du style des ouvrages composés^ pai> lés modernes , dans des langues anciennes.
, 44s . BIOKAHA
Ce fut peut-être après avoir montré à des Allenianà ou à des Anglais des essais qu^il avait faits dans leur langue , que Voltaire jugeant du passé par le présent , écrivît à propos des vers de Santeuil : pour moi je me défie des vers latins faits par des Français. En èlanclmsont le linge sale de Frédéric , il avait déjà appris à se défier de vers fi:*ançais composés par des Prussiens.
Diaprés la difficulté qu^il y a à bien posséder vof langue moderne , malgré les avantages qu^oua pour se la rendre familière, on peut juger combien il doit être difficile d^écrire une langue morte ,, avec Iç véritable génie qui lui est propre. Il n^existe point de jugp compé* tent pour prononcer sur ^a question ; toutefois il me semble qu^on peut suffisamment la réstoudrepar analogie. Excepté les langues que Tc^n apprend denratique et pendant sa jeunesse , il est impossible de s e;|^ rendre qoelqu^autre aussi familière que sa langue matçi['nelle. Le travail le plus obstiné, loin de parvenir à ce résultat , peat au contraire gâter ce que Ton sait déjà. jGruillaume III, roi d^Angleteixe , savait toutes les lanj^ues européennes; mais il les estropiait toutes en les |>arlant ^ il faisait même des fautes dans le hollandais. CeU est d'autant plus pardonnable à un roi , que des hommes ,, qui avaient beaucoup plus de temps à donner à Tétude ,. n^ont pas mieux réussi à s^approprier parfaitement les langues étrangères. Je pourrais citer en preuve des exemples tirés de toutes les nations^ mais je me bornerai , à cause de h
D£ LOSIDRES. 44^
usfture de mon livre , à un petit nombre qui me seront fournis par des écrivains anglais^
Tout le monde peut lire dans les tradaciions de Shakespeare les scènes de, la tragédie de Henri V\ où le poëte à introduit des personnages français , entre autres la fille du roi Charles VI , et sa suivante. Mais il faut pouvoir lire le tfixte pour voir jusqu'à quel point l'auteur poussait l'ignorance de la langue française , et l'abus des convenance^ theâtsales. Dans une scène fameuse où la prinéésse égayé tant le public , en prenant une leçon d'anglais, et témoignait da scrupule à prononcer certains mots qui ont une signification obscène dans sa langue maternelle, ê^t parle un français qui n'est ni plus correct, ni ptiis intelligible que son anglais. Letourneur et Giîifat ', ont eù'sûrement plus de peine à traduire ces passaj^ëi^;^dué tous les autres morceaux de la scène.
La même chose est^ arrivée sans doute aux traducteurs d'un româiïéïeri' qui^, s'il n'a pas encore égalé la renommée d€$hà]^ks^éare,'ra déjà surpassé en vogue. Walt er- Scott, toutes lés ^fôîs qu'il a mis en scène des personnages français^ a aisément réussi à les rendre ridicules éh leur faisant {)ai4er un mauvais anglais; maïs le ridicule ne tombe-t-il pas "sur lui-même toutes les fois, que leur laissant reprendre leur langue maternelle, il leur fait commettre dans cette langue des fautes plus gros* sîères , qu'ils n'en commettaient dans l'anglais ? Pour un savant dont on vante l'érudition, pour un homme qui a à sa disposition une épouse dont il ne dédaigne
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pas les conseils, cl, qui, di4-0Q,;à été ëlev^e en'Ffanfe, pour un Écossais minutieux et -, préteodant à une par-: fèction Uniterselle , voilà ce me semble uoerfaiite bien girossière et d'autant plus impardonnable qu'elle ëtaît plus aisée à éviter!
Si notre langue est estropiée, p9êfl]fe par les prosateurs qui ont osé en faire usage , qae>devons-nous atlenàt des essais poétiques? A moins d'avoit* été élevé en France, comme TownUy ou d.ffell, est- il possible à des Anglais de saisir toutes les minuties dont se compose notre versification? Accoutumés à rextrême liberté de leurs vers , comment pourraient -ils s'astr^ndre à la sévérité des nôtres ? Peut-être. s^ait-;il difficile de faire comprendre les règles de la césure, de rbémistiche, des rimes masculines et féminines, riches oja ^suffisantes , da nombre de pieds , à des poètes a qui JC^ision est permise au bout des mots , et même dam le corps des mots, qui ne connaissent qu'une espèce de rimes, et ne comptent pas les pieds de leurs vers. On peut le croire , du moins d'après l'ode suivante , qui a été composée par un auteur , dont les vers anglais sont généralement estimés. Le lecteur devinera, s'il peut ^ quel rapport il y a entre l'ode et son litre.