‹ Diorama de Londres; ou, Tableau des moeurs britanniques en mil huit cent vingt-deuxChapitre 35 sur 38 · LE CHAPITRE DES MENSONGES · texte numérisé non relu

LE CHAPITRE DES MENSONGES

I kaow the 1«ug(h oftlie chhiche cmpcror^s foot ; I bave made à cuckold of a kmg of banlhara.v.». ï. hâve secn the antipodes wherc ihe sun riscs at mîdnight aad sets at noon !

Congrève , love for love.

A beau mentir qui vîeiit Je loin, dît un ancien pro- \*ci*be que tous les voyagéuirs' semblent avoir pris pour devisé. Avoir visité un pa^s e'trahgcr est un si gfand mérite aux yeux des personnes qui né sont jamais sorties du leur, que les voyageurs encouragés par la considération que leur rapporte le récit de leurs aventures véritables, se sentent intéressés à y ajouter encore, en entrant diairis le domaine des fictions. Celles-ci sont une |fôrtie obligée dans tous lès voyages comme le merveillëiix dans tous les poëmés épiques.

Ce n^èst paà seulement pour amuser nos lecteurs ou ijols àùditéui^, que nous nous jétonis sut* cet accessoire; ratilotir^proj[)rc , dbrtt nous avons notre part comme llis gcrns caàaiiiërs, nous pousse toujours à raconter des choses extraordinaires , ou à nous mettre en scène de là' mahîèYe h plus flatteuse.

Il est des écrivains qui ont un peu gâté le métier en poussant trop loin le privilège des voyageurs. L'on dVux a prodigué le mermUeux à chaque page de son épopée. Cest lui qui raconte qu^insulté au milieu d^on désert par un de ces tapageurs qui ne craignent que Mahomet, et qui plus est , en présence de plusieurs autres Musulmans, il Tena puni au même instant en lui sanglant sa cravache sur la figure ! Une autre fois il fut plas hardi , car il usa d^une générosité insultante , en punis- «antrimpertînenced^un janissaire armé jusqu^aux dents: il se contenta de lui brûler les moustaches avec Tamorce d'un pistolet !

Ces hauts faits seraient vraisemblables peut-Stre sods la plume de Belzoni, qui n^est pas moins remarquable par sa taille de six pieds et sa force de géant que par ses entreprises audacieuses, ^ais à qui diable pourrait-on faire cix)Ire de pareilles prouesses, quand le fiff à bras qui en est le héros, a un corps assez chétif pour tenir tout entier dans une botte de Belzoui , si une difformité de l'épine dorsale lui pernietlait d*y entrer l

Plusieurs autres voyageurs ont mieux compris leors devoirs envers les lecteurs ; Pun, qui n'a pa^ dépassé le Delta , s'est contenté d'avoir découvert les' sources da , Nil ; un autre décrit les moeurs d'yne ville africaine dont l'existence n'est rien moins que certaine. .Celui-ci décore du nom de reine lapremière^sauvage qui Tient pa^ tager son hamac, quand son vaisseau aborde dans quelqu'île de la mer du sud ; celui-là , comme le voyageur

que Congrèvc a mis en scène, a pris la mesure du pîed lie Tempereùr de la Chine, a ajouté un bonnet de Moïse à* la couronne du roi de Bentam; il a vu aux antipodes, le soleil se coucher à midi et se lever à minuit !

Outre les causes que j'ai assignées à la multiplicité des mensonges dans les récits de tous les voyageurs , il me «érable qu'une des plus actives (et celle-là doit produire le plus grand nombre de mensonges fanfarons), est rignorance des usages du pays qu'on visite. Quand on ne connaît pas les mœurs d'une contrée , on est exposé à heurter à chaque instant les idées reçues et à recevoir pour cette inconvenance, des avertissemens peu agréables, et quelquefois même des punitions sévères. Dtins l'impossibilité de $f défendre , on songe à traduire à la barre de sa propre natioir les individus par lesquels on se croit offensé; à lui dénoncer les usages qu'on n'a point compris , ou auxquels on n'était point familiarisé ; en un mot , on cherche à se venger en idée du mal que l'on a reçu en réalité.

En notre qualité de voyageurs^ il nous est arrivé quelques désagrémens desquels nous avons à tirer vengeance , soit avec la plume , soit avec la langue. En voici quelques-uns auxquels je n'ai pas encore pensé à ajouter du merveilleux*

Un jour que nous allions à Bichmoniy^ par la Tamise ; le batelier , qui nous conduisit du port de Chelsea a Battersea Bridge , pour nous mettre à bord du bateau à vapeur, nous fit payer un crown ( six francs)^ au lieu

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de six pences ( douze sols ) , prix dotnl nous étions convenus d'avance. Comme aucun.de nous n'avait de 1^ petite monnaie , nous lui donnâmes la pièce , espérant qu'il nous rendrait notre reste après que nous serions montés à bord du bateau ; mais à peine nous vit-il hors de sa nacelle, qu'il S;'éloigna à force de rames en nous criant qu'il nous rendrait notre argent h la prochaine entrevue.

Un autre jour que le baron et moi nous allions noos baigner en plein midi-, nous nous étions munis à'm parasol pour nous garantir de l'ardeur du soleil de juillet. Un paysan, qui nous rencontra sur le ^randcliemln , fut apparemment scandalisé des soins que nous prenions de notre teint, et il laissa, éclater son indig^nation dans les termes les plu3 violents et les plus irréve^ rencieux ; il nous traita de dandys, de soldats. du p^pe, etc.; le tout assaisonné des jurons les plus énergiques. Même sans l'appui de mon bras , le i)aron aurait pu châtier convenablement cet imperlinei]\t .: mais nos forces réunies n'auraient pas eu beau jeu contre quelques Toisins qui n'auraient pas manqué. de porter secours à leur compatriote, et qui, outre Tayant^ige du nombre auraient eu sur nous celui de leur habilité à boiter. Kous essayâmes à défaut de vengeance plus positîvç, de riposter en paroles ; mais notre éloquence ne pouvait avoir, en maniant une langue étrangère, ni la volubilité, m l'énergie que notre aggresseur avait déployées.

Ami de la liberté individuelle aussi b^en que de h

liberté de conscience , je fus scandalise , ,un dimanche que je passais près à\xi,t église située au milieu des champs, de voir un bedeau fustiger à coups de verges plusieurs petits garçons qui jouaient pendant le service ! .•• Je ne pus ip en^pêcher d'adresser des reproches à cet homme intolérant. Il con^mença par me répondre com^e Jean Ch^pdoj» le fit à la Trémouille :

De cette dglise ftte«*TOus 3acnstaîa?

En êtes-vous ministre? En êtes* vous recteur? En jêtes-vous patron ?

— j^on parbleu je ne le suis pas , repliquai-je : si je Tétais , je saurais vous apprendre h mieux pratiquer les vertus évangéliques t H me menaça alors d^appeler à son secours les autres alguasils de Féglise pour verbà^ User et ine faire un bon procès , sans préjudice d'une correction pareille à celle qu'il avait déjà administrée apxenfans : et ta dessus, il s'approcha de moi en levant son .b^ton comme Moïse le leva jadis sur les ^ergci*s qui voulaient empêcher les jeunes filles d'abreuver leui*s troupeaujL ! Les petits garçons enhardis par l'arrivée du défenseur quelcihasard leur avait envoyé, avaient cessé de fuir devant le hedean: ils le raillaient et lui disaient des injures pendant que je lui prêchais la tolérance. Ils ramassèrent des pierres pour les lui jeter à la tête au moment où ils me, virent lever la canne , pour repousser son bâton pastoral. Mais tout-à-coup, le bedeau rentra dans l'église pour aller chercher main-forte, et moi ^

qui a^étaîs pas en mesure pour résister stux hallebardes, aux verges et aux~ cannes à pomme d^étain , plus qu'aux procès verbeaux et aux tribunaux de police correctioQnelie , je me sauvai prudemment en faisant des réflexions tardives, sur Tinconvénient qu'il y a à se faire redresseur de torts en pays étranger.

Yoilà le fidèle récit de nos mésaventures telles quelles nous sont arrivées. Si maintenant la vanité du voyageur intervient pour y ajouter le complément nécessaire, je dirai que nous avons assommé à coups d'avirons l'insolent batelier qui nous vola notre argent ; qu'avec le seul secours de mon bambou^ et des petits polissons, j'ai mis en fuite, le bedeau, le sacristain, les clercs, les ma^ guilliers, et toute hfabn^ue de la paroisse. Enfin, que le baron a passé son parapluie au travers du corps à l'impertinent qui s^ était moqué de nous sur le grand chemin!

Je prie le lecteur de croire que ce n'est pas ici seul^ ment que j'ai usé du droit des voyageurs ; je l'ai exploité de mon mieux dans plusieurs autres chapitres, qui ne portent pas le même titre que celuin^i» Je laisse à sa sagacité le soin de distinguer dans mon épopée, le mrçeilleux d'avec Vhistoriijue. Je ne l'en ai pas averti plutôt afin de ne pas le désanchanter.

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