‹ Diorama de Londres; ou, Tableau des moeurs britanniques en mil huit cent vingt-deuxChapitre 6 sur 38 · SUR UN GRAND HOMME · texte numérisé non relu

SUR UN GRAND HOMME

Imperatorem salutavît struxît aggcrcm tt in moduuK tropœorara,arnia subscrîp^ tis victarum gentiumnoniinibus îraposuiU

Cependant il s^en faut de peu, repît Amîrau , après ime pause , que je ne tire de ce que vous me dites , la conclusion rigoureuse que vous semhliez me défier d^en tirer : il n^y aurait qu'un* as de la condescendance avec laquelle le peuple a flatté Tamour-propre du noble duc , vers la corruption véritable , si cette condescendance Bravait pas eu sa source dans la vanité, qui doit toujours résulter d^un succès improbable et inattendu. Les anglais ont usé de la victoire en gens qui étaient peu ac<« coutumes à en obtaiir. Aussi, loin de nous humilier, tous les enfantillages par lesquels ils célèbrent les avan* (9^ obtenus sur nos troupes , devraient nous rendre plus fiers, et nous donner une plus haute opinion de nous-mêmes. Ils regardent donc comme impossible d« a»Qs vaincre à armes égales, puisqu'ils proclament,

comme de grandes victoires, des batailles doût le résultat fut au moins incertain, quoique leurs troupes fussent bien supérieures en nombre? Us ont donc une idée prodigieuse des talens stratégiques de nos généraux, et de la valeur individuelle de nos soldats , puisque la joie d^un succès réel , mais obtenu par une combinaison de circonstances non calculées par leur général , leur fait presque perdre la tête?

Avec leur marine, dont personne ne conteste la supé** riorité, ils ont obtenu des succès éclatans dans toutes les parties de la mer et du monde. Ils ont Pair de trouver cela tout naturel! Jamais ils ne s^ét aient montrés aussi sensibles au gain d^une grande bataille navale, qu^lsTont été au résultat dé quelques escarmouches de leurs troupes de teiTe. Nelson avait commandé, ou s^était trouvé en personne, à deux cent vingt-deux combats ; il ne portait, au moment de sa mort, que Tun des titres infimes de la pairie d^Angleten*e. Le roi de Sicile, qui, comme on sait , est moins avare de titres , Pavait créé duc de Broute; il ne figura jamais sur la liste des pairs qu'en qualité de vicomte Nelson. "Wellesley fut créé duc, dès sa première campagne , et encore ne fut-ce que pour avoir sauvé Tarmée anglaise d'une déroute com-* plèle; depuis, il a reçu vingt titres, de comte, de marquis, de prince et de maréchal! Et, cependant, qui oserait mettre en pai'allèle les services rendus par ces deux hommes?

Les Anglais, qui ont guerroyé presque toujours et

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dans presque tous les coins de la terre, ont pu ramasser «ine belle collection de drapeaux conquis sur toutes les nations. Comme ils n^ont jamais été obligés de les brûler par suite d\me occupation étrangère, il y a dans tous Jes lieux où ces drapeaux sont étalés abondance et va^ xiété. Mais, en vertu de la singulière manie que je sîgna^ lais tout à rheure y les drapeaux conquis sur nous , ou pour mieux dire , tous ceux qui n^ont pas appartenu aux années françaises, sont relégués loin des yeux du spectateur; ceux que Ton voit au premier plan sont toujours les aigles, les guidons ou les étendards de Farmée de Napoléon. L'intérieur du dôme de Saint -Paul est pavoisé de drapeaux de mille couleurs différentes; les seuls qu'on remarque, parce qu'ils sont les seuls en vue, sont les drapeaux tricolors. Dans la chapelle de Wldie-HaU^ où la garde royale va habituellement assister au service du dimanche, il y a également, autour de la voûte, un très-grand nombre dedrapeaux qui ont appar^ tenu à divers peuples. Avec le secours d'une lunette d'approche, j'ai pu lire les inscriptions qui en accompagnent quelques uns, et j'en ai reconnu de Turcs, d^Âlgériens, d'Espagnols, d'Américains, d'Indoustans, ^ Danois^ etc.; mais, immédiatement à côté du preinier corps de l'orgue, et au-dessus de la table où le iniûisti^e anglican donne la communion, il y a, de chaque <^oté, quatre ou cinq aigles bien et duement étiquetés, Talavera, Salamanca, Cadix, Vittoria, etc., et deux imlûtoses drapeaux dont le manche s'appuie sur une plaqué

So DIOftAMA

en cuivre où on Ut en grosses lettres "Waterloo ! La soie à la triple couleur, pend si bas , qu'elle dépoudre qoel^ quefois la perruque du ministre ; on se garde bien de la relever, parce qu'elle offre à la vue de tout le monde, deux inscriptions dont on est bien aise de faire pacade. Il y a d'un côte : L'empereur Napoléon à tel régiment de ligne; de l'autre^ le nom des principales batailles dans lesquelles ce re'gimeni 3'étail signalé.

Si cette charlatanerie des gouvernans était capable d'égarer l'opinion des étrangers et l'opinion des Anglais eux-mêmes , il est une circonstance dans l'époque actuelle qui serait bieix capable de redresser leur erreur. Les hommes, qui ont le pouvoir en main, essayent de déifier AVelIington : sans discuter les titres du nouveau dieu , le peuple a élevé autel contre autel. Il rend, à la mémoire de Napoléon un hommage mille fois plus grand que son rival n'^en pourra jamais obtenir. Sa fin malheo-* reuse a fait oublier toutes ses. fautes et répandu un nou^ veau lustre sur son caractère étonnant. On le dédommage de l'injustice de ses détracteurs et de quelques-uns de ses compatriotes, en lui prodiguant le titre de grand homme du siècle et des siècles; et tandis que quelque» âmes basses s'acharnent encore après lui et après la mémoire de ses soldats, on honore en lui le génie militaire français, personnifié. Tous les arts s'empressent de reproduire ses traits : les boutiques de marchands d'estampes sont pavoisées de ses portraits : les mouieivrg italiens, les bronziers, les foindeurs peuvent à peine &af<t

DE LONDRES; Si

fi'ré au clébît prodt^eux de ses bustes ou de ses statues dans tontes les dimensions. Les effigies d^aucunroi d'Ân^ gieterre , celles de Milton, de W"ellington , celles de Shakespeare lui-même n^auront jamais un pareil débit. Un calculateur is^èiit assuré que ^ malgré le faible que les Anglais ont toujours eu pour leur Shakespeare^ il né s*est pas vendu dans Tespace de deux cents ans autant de ses portraits, qu on en a débité de ceux de Napoléon en trois ans. Les fabricans de bijoux et d^objets de mercerie ont également exploité le goût du public anglais, en reproduisant les traits de Napoléon^ en les mettant sur des serres-papiers, des trophées, des encriers. Mais la ma* nière la plus originale dont on se soit avisé de le faire figurer jusqu^ici« est <;elle qui a été employée par un martband de nouveautés des environs de Saint-Paul. On a converti la statuie 4e JHiipdléon en chandelier à gaE hydrogène. Son chapeau mérite Tellement le nom qu^on lui avait dpnné en France par sobriquet, puisc^'il fait office de /^^ii/^im^LVmperear est représenté debout^les bras croisés sur 1$l poitrine,' dans Tattitude d*une. forte méditation ; et^ le soir, quand les lampes sont allumées; le feu vaciUa^t^ dû gaz hydrogène voltige 8ttr*satéte i^mqie la fla(9W»^ du génie 1

fti2 DIOEAHA

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LA CHAMBRE DES œilMUNES.

Go on, brave youths, 'tîU îb »ome future âge Whîps shall become the scnatorUl baidge ; 'TiU Ëqglaiftd see kot jockey teMaoct Meet ail at Westmiiuter iii boots an4 spor* ; See tbe wbole bouse wîtb mutuaî firensy mad : fler^atriots ail in leatbem breecbes ctad Of bcts Bot tapesy leanediy debale ^d guide wUb equal reîns a steed and^tate.

Wa&ton^s Kewharkst.

(Jae lettie de recomnaiidatiofi qn^Âanîrau avait apportée it Paris pour xm unenibre da parleflient britao* nicpie , hfl avait procure dans la maison de celui-^^i un accu^l ai gracieQx , qn^U nonlut m^aseocier nn jour 4 wfee booae foitime À laquelle ilâait 1>ien loin de s^attoidre. A la vérité , «Ue ne diimBuait en rien ses pré^ lœntions oonlre \i^stij^ss des Aoglsâs; car la personne de laquelle il avait pris une si bonne opinion était née en Irlande.

M. Hutchinson, c'était son noni, me mit à mon aise dès le premier moment que je lui fus présenté pajrle licencié. « Lesamîsde nos amis sont nos amîs^ me dit-il en bon français, et ^n me prenant la main avec une ej^pression

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jpWme de fi^nchise et de vivacifé: vous êtes venus dans Londres en carîeux , je serai à vôtre setvice pendant tous les momens de loisir que les occupations de lat

thambrefflelaii^setônt. Je vbtidraÎÀ pouvoir rendre aii^ ,

Français les politesses que ma famille rfeçdît* en ce niôhient à î^atis*. Si élte était ici màlntèhant, elle pourrait TOUS recevoir plus souvent et d^une manière plus agréable pour vous! Mais je stris gatçbn comme vous, et logé \Fn garçon dans la maison de Inon frère. Si dette cirtonstancé borne les politesses que je puis vous faire y MessieiArs, cHe doit augmenter du moins la liberté avec laquelle vous pouve^s en uiser. Ce soir, par exemple; iquôique je isoiis occupé" à là chambre, à causé d'une affairé dans laquelle je dois parler, je puis vous faire Voir, dtins tous ses dëlàife, ^l'hôtel du parlement brîtah mque. lûsqij^'ici vous n'y êtes probablement entrés

^^apres avoir attendu des heures entières, avec la foulé

^i assiège les avenées des tribunes sopérièitres; si vcmà

êtes entrés plus p)^omptement, c'aura étéeii dbntianl une

liiemi'Coùt^ntié an concierge de la porte de derrièire t câiè

îSam mûtre ^y» on fait tout payek*. Dàn^ tbtisièâ cas>

\^ii6 aiurez été maâ placés, vdus n'âureit; paiS pu voir iei

tainii^rcis cfii les membres célèbres du parleineiity si itièâûft

Vous avez pu les entendre^ » CVtàit éfiectiventent âii^i;

%a à peu près, que noué avionsjusqti^&lbrs pénétre danà

la chaÉfbi'e Aes eotnmunes; aus^i ÉOtis âcteplâtties âv«o

^rand plitfsîr la propbsitidï^'qî|e M. H^chini^ i;ioua

faisait» - -

^4 biOUAMA

Cooformément aux instructions qu^i] nous donna ^ nous nous rendîmes, vers les 5 heures moias un quart, à Ff^esltmnster-Hall^ et nous nous réclamâmes de Thono* rable M. Hutchinson au premier employé de la chanibre que nous rencontrâmes. On partit aussi-tôt pour lui remettre la carte qui portait nos notns; et, au bout de quelques minutes^ nous le vîmes arriver. G Vst très-bien, nous dit-il, en courant vers tious, vous avez été ici à Theure exacte; quoique les séances s^ôuvrent ordinairement entre trois et quatre heures , ce n'est guèrç que Vers ce moment-ci qu'elles commencent à devenir intéressantes pour les étrangers, les premiers momens en étant toujours consacrés à des choses de pure formalité. Néanmoins, il y a quelquefois scission dans les opinions du petit nombre de membres qui délibèrent sur ces m^tièfes; c'est précisément ce qui a lieu dans ce; mo^' ment. Aussi vous ne pouvez pas rentier encore dans la ^^He parce qvfe les étrangers sont , toujours obtigésde ft^^^irlof^qu'il n'y a pas' uqanimiié dans une délii^éra* tiçm^ËI&troinsdanscé vestibule; nous nous promènerons pn -moinent paroii les députés* no» eonUns ^ csac ç\slt aiùsi qu'on nomme ceux qui sont opposés à la motion qui a été proposée ; ijs sortent les premiers pour qu'on puisse savoir d'une, manière exacte le nombre des <o/i- Uns. Us rentrent ensuite, sont comptés pendant que le» autres sont sortis à leur tour, et le président projçlisms^è adoption ou rejet de la propoisition aussitôt que la salU est de nouveau remplie.

Pendant que noQs arpentions, à pas lents, le vestl^ bule^ un personnage d'une figure étrangère , d'un teint halé, avec des cheveux crépus et des favoris noirs qui me rappeilaient ceux de Bergami, reconnut M. Hutehinson et vint lui adresser la parole. Il s'exprimait en français ; mais sa n^îne méridionale^ certain perche qui revenait souvent dans ses phrases, et la prononciatioa des u en ou nous firent bientôt penser qu'il était Italien; nous n^ea pûmes plus douter quand nous entendîmes M. Hutchinson l'^ppeller capitaine Romeo , en l'assurant que la pétition qu'il avait présentée allait être dé-rbattue dans le parlement^ et qu'il s'était inscrit au nonidre des orateurs qui devaient l'appuyer.

En achevant ces paroles, il s'apperçqt que les membres non contens rentraient dans la salle^, et, comme il était (îu nombre, il nous quitta précipitamment, en nonsre^ commandant de l'attendre à la même place , et il rentra avec la fournée. Un moment après, nous le vîmes revenir à nous. Youjs serez mieux placés qu'aucun étranger, nous dit-il , avec l'air de partager vivement le plaisir qu'il allait nous faire ; j'ai obtenu du président la permission de vous introduire dans l'enceinte même consacvée aux membres de la chambre ., et de vous faire asseoir panpi eux. » Comme il marchait devant nous en parlant ainsi, nous le suivîmes : l'huissier, qui gardaitla porte, nous fit une profonde révérence en nous voyant passer avec notre patron. Celui-ci nous accompagna jus'^ ^.(|'à l'endroit où .il désirait que nous prissions placç ^

et di^)arut éomme un éclair, aussitôt qu'il nous eot \u% dssiâ commodément.

Rien n^est pi as siàgtilîer que le contraste qui existe entre la réalité de certaines choses et l'idée qu'on s'en était formée avant de les connaître. Rien ne nous expose à des désappointemens plus étranges que cette p^ pension en vertu de laquelle nous croyons toujours^ que, dans une grande institution, tout est en harmonie avec le but élevé pour lequel elle ai été créée. Quand pn pense à l'importance des débats du parlement brî-s tannique, quand on songe que des royaumes nouveau )C ont été créés, que d'anciens états ont été anéantis, que le sang de plusieurs millions d'hommes a coulé sur la mer et sur 1^ terre, que la surface entière du globe a été bouleversée en conséquence des délibérations de cette assemblée , on s'imagine que tout doit s'y passer avec une gravité, avec une solennité, avec une pompç dignes de l'immense pouvoir qu'elle exerce !

Quelle dbît être la surprise de l'étranger, lorsqu'ar-^ rivant à la chambre des communes, il n'apperçoit qu'une salle étroite, mal décorée, înconlmode, incapable de contenir les sept cents membres qui devraient s'y réunir , et cependant trop vaste encore pour le petit nombre de ceux qui ont la conscience de s'y rehdrie habituellement ! Comme ses yeux doivent cttc étonnés lorsque ^ cherchant dans le costume des membres de l'assemblée quelque insignes de leurs hautes fonctions, s'attendant en un mot à éprouver le respect religieux que ce rç^J

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afriçsilB ressentit lorsqu'il entra parmi les sénateurs èe Rome, il apperçolt des hommes d^un âge mur, des ministres même revêtus d'habits avec lesquels on ne serait reçu le soir dans aucune société décente. Des jeunes gens^ costjumés comme leurs domestiques, leurs piqueurs ou leurs palefreniers, dormant sur leurs bancs, au lieu de suivre ladiscusssion, ou bien empêchant leurs voisins d'entendre , par le bruit de leura conversations

pferrticulièrea.

Ainsi que je l'ai déjà dit en parlant des goûts de Téqaitation y un très-^grand nombre de membres de la chambre se rendent aux séances en veste de cheval , en éperons et la cravache à la main. Lord Londonderry et plusieurs autres membres des diverses opinions étaient en guêtres noires, en pantalons, en redingotte et en cravate noire. Tous avaient le chapeau sur la tête comme les Juifs dans la Synagogue ; et si qudiqu'un^ae découvrait, ce n'était qu'en demandant la parole au président, ou bien en prononçant un discours.

Sous tous ces rapports , p crois que la chambre des communes ferait bien de faire quelqu'emprunt à notre chamWe des députés, où l'on se tient au moins chapeau bas tant que le président est sur son siège ; mais il en est plusieurs autres pour lesquels nos députés devraient bien se modeler un peu plus sur les membres

du parlement britannique. Dans cette assemblée, la ma^ îorité n'est jamais pressée d'étouffer les discussions ; chacun est libre de soiulenir son opinion et de la moti-

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