‹ Diphilos et les modeleurs de terres cuites grecquesChapitre 2 sur 14 · I. — Provenance, destination, chronologie des terres cuites · texte numérisé non relu

I. — Provenance, destination, chronologie des terres cuites

La très grande majorité des terres cuites que nous avons conservées ont été recueillies dans des tombeaux. Elles faisaient partie des ofl'iandes aux morts. De nombreuses nécropoles antiques, en Grèce. Italie, Sicile, Gyre'naïque, Phénicie, Asie Mineure. Crimée, dans les îles de l'Archipel grec, ont fourni des agglomérations considérables de ces petites statuettes, entassées sans ordre, souvent brisées en vertu d'un rite religieux au moment de l'ensevelissement. Mais une remarque simpose : toutes les nécropoles ne contenaient pas des terres cuites ; quelques-unes en ont fort peu ; d'autres en sont totalement dénuées. Ce n'est donc pas un rite obligatoire» ; chaque rég'ion avait ses usages à cet égard; en Atti(jue on trouve beaucoup de vases et peu de figurines.

Une autre observation imj>ortante, c'est que les terres cuites ne se rencontrent pas seulement dans les tombeaux. Un grand nombre était déposé dans les sanctuaires ou dans les chapelles des maisons particulières et, en général, les sujets n'y sont pas différents de ceux qu'on apportait aux morts. Si nous en avons conservé moins d'exemplaires, c'est que, n'étant pas protégés par les parois solides d'un tombeau, ces ex-voto nous arrivent en petits fragments disséminés ou qu'ils ont même complètement disparu. Mais nous en savons assez par les découvertes faites auprès des temples d'Athènes, d'Olympie, de Tégée,

d'ÉIalee. de Coifou, de Tareiite, de Pèestum, etc., ou dans les maisons de Priène, de Smyrne, de Pompéi, pour juger de l'impoilance de ces débouchés. 11 faut y joindre les débris d'ateliers comme celui de Tarse.

Le tout forme un ensemble de plusieui's milliers de figurines (le Louvre seul en possède plus de quatre mille) qui sont l'image la plus fidèle, non pas du culte funéraire seulement, mais delà religion populaire dans tous les pays grecs du bassin de la Méditerranée.

De ces faits nous pouvons tirer déjà une conclusion sur la destination des terres cuites. On a fait fausse route en y cherchant exclusivement des allusions à la vie d'outretombe ou aux regrets des survivants. On achetait des figurines dans toutes sortes de circonstances, tristes ou joyeuses : pour rendre ses devoirs aux dieux de la cité et aux pénates de la famille, pour honorer les morts, même pour faire des cadeaux aux enfants sous forme de jouets et de poupées. C'est pourquoi l'art du modelage ne s'enferme pas dans un cercle étroit de représentations; il s'inspire delà vie sociale tout entière et suit les exemples du grand art ; il est la plastique grecque dans une matière moins précieuse et sous unt^ forme plus réduite, mais aussi plus libre que celle du marbre ou du bronze.

Certes, il n'est pas douteux que la fabrication céramique n'ait comporté des catégories affectées à une destination particulière, comme dans la plastique de marbre il y a les stèles funéraires et les reliefs placés en tête des décrets. A Eleusis, par exemple, on trouve des ex-voto de terre

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