‹ Diphilos et les modeleurs de terres cuites grecquesChapitre 3 sur 14 · VASES ET STATUETTES DE T U O A 1> E ET DE (HVPHE · texte numérisé non relu

VASES ET STATUETTES DE T U O A 1> E ET DE (HVPHE

Haute époque archaïque.

cuite qui représonlenl Deinéter assise sur un trône et que l'on fabriquait pour les dévots du sanctuaii-e ; à (^orfou, des images dArtémis recueillies près d'un temple consacré à la déesse; à Tarente, des Dionysos ou des Dioscures, adorés dans la région, etc. Aux visiteurs des nécropoles, on vendait aussi des sujets d'un genre déterminé : par exemple, à Myrina, des Sirènes dans l'attitude de pleuj-euses, des Éros tenant une torche renversée, d'autres avec la tête baissée et l'air attristé. C'étaient là les « spécialités » nécessaires à un commerce aussi étendu. Mais dans nombre de cas, plus fréquents encore, le marchand ne pouvait pas prévoir où irait la statuette que venait lui demander l'acheteur. 11 lui fallait avoir un assortiment complet de dieux et de déesses, de figures de femmes, d'Eros et d'enfants, dont chacun put faire l'usage qu'il voulait. De là cette série si considérable, en quelque sorte neutre, ces déesses assises que l'on trouve en tous lieux, sur l'Acropole d'Athènes comme près du temple de Psestum ou dans les sépultures béotiennes, ces figures de jeunes filles que l'on ramasse sur le parvis du temple d'Élatée comme dans les tombes de Tanagre, ces Éros aux ailes éployées que l'on plaçait dans les maisons de Priène comme dans le cimetière de Myrina. Là se donnait carrière la libre et large production des modeleurs grecs.

Rappelons maintenant quelques dates de la chronologie générale pour montrer l'extension et la durée de cette industrie.

I. Certains spécimens de la période préhistorique peuvent, remonter aux environs de l'an 3000 avant notre ère (terres cuites de l'Asie centrale, de laTroade et de Chypre) . — II. Les antiquités de Crète et de Mycènes sont placées approximativement entre 2000 et 1000. — III. La période dorienne, dite du style géométrique, oii apparaissent les plus anciennes li^urines de Béotie, s'étend • de l'an 1000 environ au \if siècle. — lY. La période ionienne, où s'élaborent les ])rincipaux types de Chypre, de Rhodes, de Phénicie, comprend le vil" et le vi* siècle. — V. La période attique. où se forine le style classi(|ue des tigurines, influencé par les chefs-d'œuvre de la sculpture et de la peinture, correspond au v" et au iv" siècle. — VI. La période alexandrine ou hellénistique va des successeuis d'Alexandre le Grand à l'Empire romain, du m" au i" siècle avant notre ère. — VU. La période romaine dure pi-ndant tout l'Empire jus- (|u'à la fin du paganisme : la fahricalion paraît s'éteindre vers le iv" ou le v* siècle de noire ère.

C'est donc une série de plus de trente siècles qui se présente à nous,, avec des documents évalués à plusieurs milliers. On comprend que l'histoire de l'art, comme celle des idées, doive y trouver une mine extraordinairement abondante de renseignements

TERRES CUITES DE CHYPRE El DE P H E N 1 C 1 E

Style du vii« au v^ siècle.

DIPHILOS. lo

II. — OuKilNIiS ET DÉVELOPPEMENT DE 1,'lNDLSTRIE DES TERRES CLITES

DANS LA Grèce orientale.

La Salle A de la Galerie ceTamique du Louvre est consacrée aux Origines. Les plus anciens produits (juon y voie sont ceux d'Hissarlik et de Chypre. On fait remonter jusqu'aux environs de l'an 3 000 la fondation de la première ville d'Hissarlik, sur l'emplacement de la Troie homérique, et certaines tombes de Chypre pourraient dater de la même époque. En Orient, dans la Mésopotamie, nous rencontrons des exemplaires plus anciens encore etlEg-yptc préhistorique a fourni des figurines antérieures aux premiers Pharaons. On peut donc dire que les débuts de cet art se perdent dans la nuit des temps et, en effet, le modelage de l'argile fait partie de l'industrie-de tous les peuples primitifs.

Dans ces séries si reculées notons un fait remarquable. Qu'il s'agisse de la Chaldée, de l'Egypte ou de Chypre, la préoccupation dominante est de fabriquer des idoles en forme d'animaux, ou bien, quand la représentation humaine apparaît, c'est la fennne qu'on reproduit de préférence, A Hissarlik, dans les prétendus vases à tête de chouette (n° 1, pi. I), dont Scidiemann voulait faire des symboles de la Pallas troyenne, on reconnaît aujourd hui de grossières ébauches du corps féminin; dans d'autres régions barbares on a recueilli des poteries semblables. A Chypre, des espèces de planciiettes d'argile (n"'' 2 k G;

IB DIPUILOS.

voy. n" 3. pi. 1), surmontées d'une tète à peine dégrossie, ornées de traits incisés qui figurent des colliers et des accessoires du costume féminin, des barceloimettes contenant des ébauches d'enfants (n° 7, pi. I), indiquent que les idées de maternité et de fécondité président à la confection de ces grossiers ex-voto. Tout un troupeau de bêtes, oiseaux, bœufs, cerfs, béliers, le plus souvent façonnés en forme de vases (n°' 8 à 15 ; voy. n° 14, pi. I), se joint à ces idoles féminines pour représenter la richesse et le bien-être qu'on souhaite d'assurer aux défunts comme aux vivants. L'opinion qui prévaut actuellement pour c.\p]..|Uer le choix de ces sujets et la curieuse uniformité de ces essais dans des contrées très diverses, estquelesprimitn's obéissent k des lois simples qui en tous lieux régissent les débuts de l'art. La magie est le fonds essen[i(d de la religion naissante. Se défendre soi et les siens contre les malfaisances invisibles, contre les morts, contre toutes les puissances supérieures qui entourent l'homme et le menacent, est la constante préoccupation du sauvage. S'entourer de fétiches qui éloigneront ces forces redoutables, qui garantiront au groupe humain la sécurité et la subsistance nécessaires, telle est la source primordiale de ces figurations artistiques. Le sentiment esthétique n'y est pour rien; il se greffera plus tard sur l'intention pratique. Cette théorie nous fait comprendre la monotonie voulue et symbolique de ces idoles. Autour de la femme, qui assure la perpétuité de la race et qui veille sur la maison, s'assemblent le bétail domestique et le gibier de chasse qui signifient l'aisance matérielle,

TEKRES CUITES HE CHYPKE, DE R II n l) E S Eï UE CARTHAGE

Stvie du vr et du v^ siècle.

DTPHILOS. 1«

Qu'on no s'rtonne pas de l'aljsrnce de l'homme lui-même, car une superstition, encore très vivace aujourd'hui, fait redouter aux harbares leur représentation en image, sorte d'envoûtement et de mainiiiise sur leur personne. Rien de plus natuicl ([ue cette marque de possession sur la femme et sur le troupeau (la captive au temps d'Homère est encore assimilée au hétail): mais l'homme doit l'éviter soigneusement pour demeurer maître de lui et de sa force.

Ainsi renseignés par une doctrine qui puise dans le folk-lore, c'est-à-dire dans l'étude de la vie des primitifs, la science de nos origines, nous regarderons avec une sympathie plus curieuse les grossiers fétiches delaTroade et de Chypre. Us nous apparaîtront comme les premiers balbutiements d'une langue destinée à produire plus tard des chefs-d'œuvre. En réalité, la plus gracieuse des Tanagréennes descend directemejit de ces idoles hideuses. Les mêmes causes ont subsisté à travers les siècles, et la prédominance de la figure féminine restera tout aussi impérieuse chez les Grecs du iv^ siècle. L'idée qui assimilait la femme à un fétiche ou à un bétail utile s'est épurée et ennoblie, mais la filiation entre la vieille idole en « galette » et l'aimable « joueuse d'osselets » est ininterrompue. De là, sans doute, le nom que les Grecs avaient donné au fabricant de ces petites images, le modeleur de « jeunes (illes », le faiseur de corés, le coroplaste ou coroplathe.

Une seconde question se pose. Si l'Asie centrale e( l'Egypte ont usé les premières de ces statuettes comme de « porte-bonheur », n'est-ce pas à l'Orient que les autres

populations ont empruntëTemploi de ces images ? La ressemblance est parfois si absolue entre certaines figurines de femmes trouvées àNippour,enCbaldée, etdautres recueillies à Chypre, quon a conclu à un« simple copie ou même à une importation du motif oriental dans le bassin de la Méditerranée.

Pour notre part, nous pensons que dans ce problème délicat il faut distinguer ce qui est la création d'un type et ce qui est le développement artistique du môme type. Je ne crois pas du tout que les peuplades barbares des Iles et de l'Europe aient attendu le cboc de l'Orient pour s'éveiller au concept d'idées religieuses où l'animal et la femme jouaient un rôle décisif. Les féticlies de pierre, appelés quelquefois idoles cariennes, sont sans doute le produit spontané des superstitions indigènes. Mais j'imagine que l'action bienfaisante de l'Orient, s'exerçant par la force d'une civilisation beaucoup plus ancienne et plus avancée, a été de fournir aux races occidentales des images perfectionnées, dans lesquelles celles-ci trouvaient des modèles commodes à imiter pour exprimer leurs propres idées. Les Grecs du vn" siècle n'ont pas procédé autrement, quand ils ont repris le contact avec l'Orient, après la domination dorienne. Ils n'avaient certes pas besoin de l'Egypte ni de l'Assyrie pour créer leurs dieux, mais ils apprirent de ces modèles étrangers à les représenter sous des formes plus vivantes. Lart naît d'abord en beaucoup d'endroits, sous des formes peu variées qui sont universelles et humaines; il est indépendant et dispersé. Puis, dès que

Page 1