‹ Diphilos et les modeleurs de terres cuites grecquesChapitre 7 sur 14 · III. — Originks et développement de l'industrie des terres · texte numérisé non relu

III. — Originks et développement de l'industrie des terres

CUITES DANS LA GhÈCE OCCIDENTALE.

Pour saisir la dualité fondamentale de la Grèce archaïque, nous devons maintenant nous transporter dans une autre salle, communément appelée « Salle des Tanagres », pour y étudier les figurines trouvées dans la Grèce proprement dite (Salle L). La classification de nos collections céramiques est fondée sur la géographie. Il nous a semblé que rien ne pouvait faire niit'ux coinpi-endre l'intérêt d'un objet antique. Si on le langc avec les autres par matière

TEIUIES (. UlTES DE GRECE

Style du v siècle.

ou par forme, on le noie dans une masse de monuments similaires. Si, au contraire, on le classe d'après la provenance, on lui donne un caractère de document régional; il devient une pièce justificative qui aide à comprendre l'esprit d'un peuple, d'une province, d'une cité. Surtout en Grèce oii le particularisme fut tout-puissant, la question des provenances est capitale . Un coup d'œil sur les maquettes d»' la Salle L permettra de voir que nous sommes dans un inonde qui, par certains côtés, ressemble à celui de Chypre et de Rhodes, mais qui en diffère beaucoup par le détail. Les influences orientales s'éloignent; l'industrie céramique se développe avec une logique plus inflexible, sans brusques changements, sans poussées venues du dehors

Mycènes. — Nous rencontrons d'abord, comme à HissarliketàChypre, le fétiche féminin. Il se présente sous une forme qu'on a pris l'haltitude d'appeler mycénienne^ parce qu'on la connaît surtout par les fouillesde Schliemann à Mycènes, mais elle est commune à beaucoup de régions méditerranéennes. Le corps «st en disque monté sur une colonnette, les bras absents ou relevés avec l'aspect de moignons en croissant, la tête petite et presque pas modelée ; tous les détails sont indiqués au pinceau, jamais incisés. C'est un concept analogue à celui de la Grèce orientale, mais traduit d'une autre manière (n° 130, pi. V; n"' 131, 132). Le fétiche mycénien n'est qu'une réduction sommaire, une copie dégénérée d'une idole plus ancienne, dont on connaît par les fouilles de Crète des spécimens exécutés d'une façon plus complète et plus précise : images de femmes.

au corps cylindrique iniilaul une robe en jupe, les mains élevées avec un geste de bénédiction, les détails du visage et du vêtement peints en noir. On y reconnaît une déesse de la nature, une sorte d'Apbrodite. parfois accompagnée d'un oiseau, la colombe. Ainsi toujbent d'elles-mêmes les ' hypothèses faites sur les bras en croissant ou sur les gestes |)laintifs des idoles mycénienntîs. Nous n'avons atl'aire ni à une déesse issue du culte de la vache ni à des pleureuses. Ici encore l'usage très général du fétiche féminin, employé pour les vivants comme pour les morts, trouvé dans les maisons de Tirynthe ou les palais de Mycènes comme dans les toiidjes, nous avertit (ju'il ne faut pas prêter un sens trop ex(dusif à ces ex-voto. Dans les mêmes fouilles Scidiemann avait l'enconli't; aussi Itc.iucoup de ligurines d animaux, en particulier de bœufs. Ce sont les vestiges de la zoolàtrie, du culte des animaux, répandu chez tous les primitifs et dont nous avons vu à Chypre de très anciens spécimens.

Remarquons (jue l'idole féminine, dans la série dite mycénienne, est toujours drapée. Le sinmlacre de femme nue est extrêmement rare. 11 se présente une fois, dans notre collection, sous une forme qui n'est pas sans analogie avec certaines figurines placées dans la série orientale et qui proviennent très jtrobablement d'Egypte (Salle A). C'est donc apparenjment à une importation ou à une imitation du type oriental que nous devons cette étrange petite statuette, tatouée de cercles pointillés sur la poitrine et sur les reins (n° 133, pi. Y).

Béntie^ Attlrjue, Locride, cl autres régions de la Grèce continentale. — Après l'Invasion dorienno, la physionoiiii»; (les terres cuites chang-e en Grèce comme ailleurs. Signe de barbarie et de recul, on retourne de la statuette cylindrique à la figurine en « galette », en planche. Une base légèrement évasée permet à la figurine de se tenir debout (n"' 134, 13'j, pi. V). Quand le personnage est assis, la plaquette est soutenue par un étai d'argile (n" 136). ou bien le buste rig^ide se dresse sur une sorte de siège carré (n"' 137, 138, pi. V). Le col des figurines est très allonge'. On y reconnaît encore des femmes à leurs longs vêtements drapés et à la présence d'enfants placés à côté d'elles (n" 138, pi. V). C'est une continuation des traditions antérieures. Les formes ont changé, mais le fond reste. Il y a d'ailleurs place pour des types de transition, connue les extraordinaires idoles aux jambes mobiles, à la jupe en cloche, décorées de sujets semblables à ceux des vases du style géométrique (n°* 139, 140, pi. V), mais qui ont encore une allure Cretoise et mycénienne. La liaison est ininterrompue entre les deux époques, et l'on passe, sans eflort, de Mycènes à Tanagre.

En effet, il faut y insister, nous sommes en ce moment à Tanagre et rien n'est plus trompeur que l'abus communément fait du mot « tanagréen » pour caractériser les gracieux chefs-d'œuvre du iv' siècle. Le grand intérêt de la célèbre nécropole béotienne est précisément de nous montrer toutes les phases par lesquelles a passé l'industrie des terres cuites, depuis les premiers temps de l'iiellénisme jusqu'à l'époque des successeurs d'Alexandre. Tanagréenne

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est la g"alette informe, surmontée d'une tète de femme diadémée (n°* 141 à 144, pi. V), aussi bien que la coquetle promeneuse à l'éventail (n° 229, pi. XII); tanagréen, le cavalier perché comme un nain grotesque sur son cheval de bois (n" 145), autant que le joli garçonnet qui se repose assis sui' un rocher (n° 2o3, pi. XII).

Comme à Chypre, la troupe ordinaire des femmes se renforce en Grèce, à l'époque dorienne, d'un assez grand nombre de personnages masculins. Nous y retrouvons dabord les sujets guerriers que nous avions observés dans la région orientale, soldats combattant, char de guerre (n''' 146, 147, pi. VI), écuyer attelant ses chevaux (n° 148), etc. De plus, on y découvre des sujets familiers d'un caractère pacifique. (|ui introduisent une note nouvelle dans le répertoire des modeleurs : ici le laboureur traçant un sillon avec sa charrue attelée d'une paire de bœufs (n° 149, pi. VI), amusante conqiosilion qui, (juatre siècles avant Théocrite, rt-iilisc une sorle de bucolique en terre cuite: là une troupe de cuisiniers, boulangers, servantes occupées à piler le grain dans un mortier (n" 150, pi. VI; n"' 151, 152). ou à pétrir la pâte du pain au son rythmé de la flûte (n" 153, pi. VI), hommes assis jouant de la lyre ou écrivant sur des tablettes (n°* 154, 155, pi. VI), etc. Toutes ces petites images, d'un réalisme si amusant, ne sont pas spécialement funéraires, car on imagine très bien des ex-voto de ce genre dans les sanctuaires, où ils représenteraient la nourriture offerte aux dieux par les lidèles; mais il est certain que la religion des morts

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