‹ Diphilos et les modeleurs de terres cuites grecquesChapitre 8 sur 14 · TERRES CUITES DE BEOTIE · texte numérisé non relu

TERRES CUITES DE BEOTIE

Style du v" siècle.

nv;iil siiig-ulièremoiit contribué à en favoriser la naissance» par Ja croyance à l'existence matérielle de l'âme dans le tombeau. L'Egypte avait donné depuis longtemps l'exemple des sculptures et des peintures magiques qui, peuplant de serviteurs, moissonneurs, vendangeurs, pêcheurs et conducteurs de troupeaux, la solitude du tombeau, assuraient au défunt une existence confortable. Les Grecs n'ont sans (loule pas ou besoin de copier l'Orient sur ce point; de tout temps ils ont cru à la vie corporelle du mort. Mais il est vraisemblable qu'entrés en contact direct avec la vallée du Delta, après la fondation de Naucratis et de Dapbnse, ils ne sont pas restés insensibles aux admirables modèles qui foisonnaient autour d'eux. Nulle part mieux qu'en Ég-ypte on ne savait donner de la vérité aux représentations de la vie civile et domestique. Il a suffi de transposer ces qualités dans les scènes grecques, et c'est pourquoi certaines statuettes, comme la broyeuse de grain agenouillée (n° 156), ou l'homme accroupi, coiffé du klaft (n° 157), ont un air de famille si étroitement apparenté avec les œuvres égyptiennes.

La question controversée des influences orientales sur la Grèce propre se résout donc sans difficulté, si l'on considère les produits de l'art populaire, plus docile aux influences extérieures, moins préoccupé d'originalité et de personnalité que la grande sculpture. Pour ceux qui étudient les vases peints et les terres cuites, il n est pas douteux que les infiltrations orientales ne se soient produites à une époque reculée. Dès le vur siècle on voit s'introduire, dans

le décor des vases g-éométriques, des sphinx, des sirènes, des fauves. Ces sujets se multiplient dans les peintures corinthiennes, chalcidiennes, attiques du vn^ siècle. Quand la plastique prend son essor au vi% la pénétration est depuis long^temps un fait accompli. Mais ce qu'il faut dire hien haut, c'est que ce contact prolongé n'avait pas entamé l'indépendance native des artistes grecs. L'Orient n'a pas été pour eux un magister armé d'une férule; il fut un conseiller et un éveilleur d'idées.

Ici même, dans la série des terres cuites archaïques, nous trouvons des animaux d'origine égyptienne comme le sphinx ailé (n° 158, pi. VI ), la sirène à corps d'oiseau et à tète de femme (n°' 159, 160, 161). La peinture s'enrichit aussi de tons éclatants, comme en souvenir de la somptueuse polychromie de l'Orient. Au noir monotone des premières idoles succède un hadigeon varié de couleurs hlanches, rouges, jaunes (n"' 136, 143, 162, 164). Pourtant ces apports extérieurs ne modifient pas profondément la trame homogène de la production céramique. Le développement des types se poursuit avec logique, par la force spontanée du génie national. De plus en plus, au-dessus des servantes et des femmes, dont quelques-unes précisent leur rôle funéraire en portant leur main à leur poitrine ou à leur tête, comme pour se frapper et s'arracher les cheveux (n°* 162, 163, pi. VII), on voit émerger et dominer la figure de la déesse couronnée d'un haut diadème, soulevant les voiles (|ui gênent sa marche (n"' 164, 165, pi. VII), avide de se montrer et de régner sur le

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TERRES CUITES DE BEOTIE Stvle du iv« et du m* siècle.

nionrlo. Bionlùt le groupe du dieu et de la déesse assis côte à côte (n" lëli), l'Aphrodite drapi-e (n° 167), l'Hermès portant un hëlier (n°'iG9, pi. MI, et 170), la troupe nombreuse et anonyme des déesses debout ou assises (n°* 171 à 179; voy. n° 174, pi. VII, groupe des trois Charités) compléteront le cycle de plus en plus nondîreux des divinités. L'Olympe classique est en voie de formation. Certains ateliers de modelage semblent même se hausser aux ambitions du grand art : on fabrique des terres cuites destinées à orner des monuments, sanctuaires, trésors de temples ou tombeaux, et à cet efl'et on les enduit dune sorte d'émail résistant à l'humidité. Le beau fragment de Sphinx ailé (n° 180) que nous possédons devait décorer un édicule de ce genre. Enhn le v" siècle arrive. Chaque jour apporte alors de nouvelles et incomparables conquêtes. C'est le temple d'Égine qui s'élève ; c'est Olympie et Delphes (jui dressent dans le soleil leurs monuments de pierre ou de marbre et leurs milliers de statues; bientôt ce sera le Parthénon et le Théseion. Point n'est besoin de dire que l'enseignement a tirer des terres cuites aura ici moins d'importance pour l'histoire générale de la sculpture. Mais, comme tous les produits industriels, les figurines reproduisent avec intensité les traits dominants de l'esthétique contemporaine, et c'est ce qu'elles offrent d'instructif. On v voit en pleine lumière les trois éléments essentiels de l'art du v" siècle : expression sereine et grave des visages, aspect calme et puissant des corps, adaptation de la draperie au caractère moral du personnage.

La psychologie devient alors la raison d'être de l'art. Tous les ressorts sont tendus vers ce but : délinir la personnalité intime d'un dieu ou d'un lionimc. Mais les moyens pour y parvenir ne doivent troubler en rien l'harmonie générale de la beauté extérieure. Chez le Dionysos assis du Parthénon, chez le Doryphore de Polyclète, la vigueur physique reste latente; elle n'apparaît qu'à la réflexion, et le contraste vouhi eiilrt" la force redoutable de ces corps athlétiques et leur altitude tranquille produit une impression de plénitude de vie et de santé qui ébranle l'àme. Ainsi se forme dans l'art grec un idéal, fait de puissance musculaire et de sérénité morale, qui est resté aux yeux de la foule la formule classique de l'antiquité tout entière, mais qui n'est, en somme, que le rêve très personnel du siècle de Périclès, car les Ages suivants ont réalisé de tout autres conceptions. C'est ce que nous trouvons ici dans d'admirables morceaux comme le buste de Coré, symbole de Vanodos ou de la montée de la déesse, sortant des Enfers et ramenant le printemps à la surface de la terre (n° 181, pi. VIII), l'Hermès au bélier, précieuse réduction d'une statue d'Onatas (n" 182, pi. VIII), etc.

Les modeleurs se sont préoccupés de transposer dans l'argile les visages graves, les corps robustes et gonflés de sève que leur offraient les innombrables modèles de la statuaire ; ils ont rendu avec soin la sobriété de gestes, l'immobilité sans raideur qui prête aux œuvres du grand siècle une majesté impressiormante. La draperie colle au corps, à peine remuée de quelques frissons; elle vit

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pourtant et file accoiiipagne de sos ondulations légères les mouvements du buste ; (die n'accapare pas l'attention, comme nous le verrons plus loin avec les Tanagrëennes. Tout est conçu en vue d'un eti'et sculptural et presque architectural ; la combinaison des li<ines verticales avec des formes cylindriques régulières produit un effet de stabilité reposante. Dans cet esprit sont composées presque toutes les statuettes du v" siècle que Ion peut étudier dans nos vitrines : jeunes Corés vêtues du péplos dorien, debout et tranquilles (n"' 184, 185), tenant à la main une tleur(n° 183, pi. YII) ou portant dans leurs bras l'animal du sacrifice, le petit porc de lalustration rituelle (n°' 186, pi. YIII, et 187), Déméter assise et trônant majestueusement (n"* 188 et 189, pi. VII), ou debout avec la torche des initiations d'Eleusis (n° 190), ou encore portant sur son épaule la jeune Coré (n° 191), Aphrodite diadémée et drapée selon le rite ancien, debout sur un cygne et tenant un coffret sur son bras(n" 192, pi. VIII, don de M. G . Picard), Aphrodite debout, coiffée d'un énorme bourrelet de cheveux, laissant pendre de sa main une longue bandelette, symbole de la parure féminine (n" 1 93, pl. X, n°M94, 195), une autre assise et serrant contre elle une colombe (n''196,pl.IX). Partout les mêmes physionomies sérieuses, le même port de tète solennel, les mêmes gestes tranquilles, à peine soulignés par de discrets plissements d'étoffes. On voit à plein l'àme religieuse de ceux qui ont modelé ces petites idoles, leur ferveur naïve envers la divinité, l'adoration séculaire et instinctive de ces humbles pour la déesse femme, mère et consolatrice éternelle. Et quand

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