AVANT SADOWA
Au moment de la campagne de Crimée, l'Empire était à sonjipogée. Il avait encore un ascendant marqué en Europe lorsque la convention relative au transport à Florence de la capitale du royaume d'Italie fut signée. A l'époque de Sadowa, le déclin commence.
Si 1870 a mérité le nom d'année terrible, on peut dire que 1860 a été l'année décisive.
Les événements de 1866, en détruisant l'équilibre qui existait entre les puissances allemandes, ont été le point de départ d'un ordre de choses nouveau. La crise a eu, en ce qui concerne la France, des résultats trop graves pour que ses détails n'aient pas à nos yeux une im-
■206 LES QUÀTHE MINISTERES
portance particulière; et parmi ces détails, la lutte soutenue par deux ministres contre leur propre souverain n'est pas le moins intéressant.
Le comte de Bismarck a fini par entraîner le roi Guillaume dans une entreprise qui a réussi, mais qui était pleine de périls. IVL Drouyn de Lhuys n'a pu amener l'empereur Napoléon III à une détermination qui, sans être absolument -dépourvue de risques, offrait les meilleures chances de succès. Toute l'année 18GG se résume dans cette double question : la Prusse osera-t-elle? la France laissera-t-elle faire?
Napoléon III a été, pendant la plus grande partie de sa vie, sous le joug des réminiscences de sa jeunesse. En répudiant l'alliance qu'il pouvait conclure lors des conférences de Vienne, il avait déjà en vue l'affranchissement des Italiens, qui commence à s'effectuer par ses soins dès 1859. Plus tard, il s'effraya de son œuvre et chercha, de concert avec M. Drouyn de Lhuys, à en atténuer les résultats au moyen de la convention du 15 septembre 1864. Cette disposition d'esprit fut passagère; Napoléon III retourna promptement aux mêmes rêves et aux
mêmes préoccupations. Pendant toute la crise de 186(3, il fut beaucoup plus frappé des avantages qui devaient en résulter pour l'Italie que du préjudice à en redouter pour la France. Le comte de Bismarck connaissait cette faiblesse et sut en tirer parti. La convention prusso-italienne, qui fut conclue le 8 avril et qui était le premier acte du drame, n'éveilla point de susceptibilités aux Tuileries, parce que son effet devait être de compléter au moyen de la réunion du territoire vénitien l'œuvre de l'unité italienne. Cette réunion était également un des buts que M. Drouyn de Lhuys poursuivait, mais il voulait y arriver par des voies qui ne missent point nos intérêts en péril. La question de la Vénétie, avant d'être traitée à Berlin , donna lieu à de nombreux pourparlers. On se crut plusieurs fois à la veille de réussir. Tantôt la Vénétie devait être cédée en échange des provinces danubiennes qu'un mouvement révolutionnaire venait d'arracher au prince Couza; tantôt elle faisait l'objet d'un arrangement pécuniaire débattu entre le cabinet de Vienne et les Italiens, qui devaient prendre à leur charge la partie de la
dette autrichienne afférente au territoire vénitien et verser en outre une somme dont la destination apparente aurait été de permettre au cabinet de Tienne de construire une ligne de forteresses sur la frontière qui eût séparé désormais l'Italie de l'Allemagne. La première combinaison échoua devant le désaccord des puissances , la seconde devant les répugnances de l'Autriche. C'est alors que le cabinet de Florence envoya à Berlin le général Govone pour préparer la conclusion d'une alliance offensive et défensive entre les deux pays. Dans ce nouveau milieu , on représentait naturellement à l'envoyé italien que tous les projets mis en avant pour une cession amiable de la Vénétie étaient un leurre, et qu'une action commune avec la Prusse était le seul moyen d'enlever cette province à l'Autriche. M. de Bismarck s'étudia à prouver au général Govone que la conquête était bien préférable à l'achat; qu'on obtenait ainsi, en même temps qu'une économie réelle, une grande simplification, parce qu'un arrangement à l'amiable laisse toujours des difficultés de frontières que la guerre tranche d'un seul coup.
Des théories semblables exigent le suecès et sèment la défiance. Quand les pourparlers commencèrent, il y eut beaucoup d'hésitation de part et d'autre. Les deux gouvernements étaient obsédés par le même soupçon. A Florence comme à Berlin, on craignait qu'en dehors de la négociation prusso-italienne il y eut tout d'un coup un arrangement direct avec l'Autriche. Si Je cabinet de Vienne s'entendait avec l'Italie, la position des Prussiens devenait très-mauvaise, et si, au contraire, l'entente s'opérait entre Vienne et Berlin, l'Autriche restait libre de diriger la totalité de ses forces contre l'Italie.
Malgré toutes ces préoccupations, l'intérêt qu'il y avait pour la Prusse et pour l'Italie à mettre l'Autriche entre deux feux était si grand qu'on se décida à signer. L'alliance était moins périlleuse que l'abstention.
Si l'on n'envisage que le résultat, cette alliance a été très-favorable au cabinet de Berlin ; mais en tenant compte des circonstances au milieu desquelles les pourparlers s'engageaient, il y avait une grande incertitude sur les effets probables du traité qui semblait particulièrement
210 LES QDATBE MINISTÈRES
dangereux pour la Prusse ; car dans un cas extrême l'Italie pouvait espérer de Napoléon III un secours matériel que la Prusse n'était pas fondée à attendre.
Était-il opportun au point de vue français d'entraver cette négociation? M. Drouyn de Lhuys ne le pensait pas. Si l'Italie entamait sous sa propre responsabilité une négociation qui pouvait lui procurer des accroissements territoriaux, il n'estimait pas que nous dussions y mettre obstacle. En ne contestant pas au roi Victor- Emmanuel le droit de chercher à étendre sa frontière du côté du nord, on était d'autant mieux en mesure d'exiger de lui la stricte observation des engagements qu'il avait pris à l'égard des provinces pontificales lorsque la capitale du royaume avait été transférée à Florence. Sur tous les points qui ne touchaient pas aux stipulations arrêtées par nous avec lui, notre rôle était de le laisser agir plutôt que de peser sur sa décision. Ses efforts d'ailleurs pouvaient, à une heure donnée et suivant la direction que la lutte prendrait, faciliter notre tâche, qui était de ne pas permettre à l'une des deux puissances allemandes
DE M. DROL'YX DE LUC YS. 211
de gagner vis-à-vis de l'autre une supériorité nuisible aux intérêts français. Nous redoutions autant à cette époque une Autriche sans contrepoids qu'une Prusse agrandie. La guerre de Crimée avait été entreprise pour contenir le développement exagéré de la puissance russe; d'après les mêmes principes, nous devions mettre nos soins à empêcher l'Autriche ou la Prusse d'acquérir une prépotence qui serait devenue également dangereuse. Quelques mois après 7 lorsque l'Autriche eut abandonné la Yénétie, M. Drouyn de Lhuys fut d'avis qu'on forçât les Italiens à borner leurs exigences; au commencement de 18G6, il ne croyait pas utile d'inspirer ou de déconseiller au cabinet de Florence telle ou telle ligne de conduite, et se bornait à combattre la tendance qui existait dans l'entourage de Napoléon III à favoriser l'alliance prusso-italienne^ car le gouvernement français, en paraissant y prêter les mains, accusait pour la politique générale de la Prusse dans la question allemande une préférence regrettable.
A la cour des Tuileries, il n'était pas facile de maintenir l'unité de direction. Napoléon III a
toujours eu dans les affaires extérieures une politique personnelle. A partir du moment où il est entré pour la première fois au palais de l'Elysée comme président de la République, il a entretenu des correspondances, noué des relations ou accueilli des ouvertures auxquelles ses conseillers officiels restaient étrangers. Cette disposition, qui avait sa raison d'être quand il était obligé de prendre dans une majorité parlementaire les membres de son gouvernement, s'expliquait inoins lorsqu'il devint libre de choisir à son gré ses ministres. Elle persista néanmoins; M. Drouyn de Lhuys la connaissait mieux que personne, l'envisageait comme une gêne inhérente à la situation, et se bornait à en diminuer, autant que possible, les résultats fâcheux. Les négociateurs italiens et prussiens qui préparèrent le traité du 8 avril purent donc très-bien avoir en même temps devant eux l'abstention du gouvernement français et les encouragements secrets de Napoléon III.
Par ce traité, la Prusse et l'Italie unissaient leur action de la manière la plus étroite, puisque l'Italie s'engageait, dès qu'elle en recevrait le
signal, à déclarer la guerre non -seulement à l'Autriche, mais à tous les Etats allemands qui prendraient parti pour elle.
Dès que les cabinets de Florence et de Berlin se furent mis d'accord contre le gouvernement autrichien , ils commencèrent à se plaindre de ses armements et à les présenter comme une menace. Les Italiens étaient arrivés à qualifier sincèrement de manifestation hostile toute résistance à leurs désirs. A Berlin, la guerre devenait une espérance et un besoin ; les ministres y voyaient une perspective d'agrandissement pour leur patrie et un moyen de ressaisir la direction des esprits, qui leur échappait. La crise parlementaire était arrivée à l'état aigu ; il ne fallait rien moins qu'un coup d'éclat pour ramener l'opinion. Les mandataires d'un peuple ont rarement donné le spectacle d'un pareil déchaînement contre les dépositaires du pouvoir. Si l'on veut porter un jugement impartial sur les événements de 1866, la lecture des débats parlementaires qui eurent lieu au commencement de l'année est instructive; ils montrent combien l'autorité du cabinet de Berlin était minée à Pin-
térieur, et quel immense intérêt il avait à ménager les gouvernements qui pouvaient entraver la réussite de sa politique extérieure.
Deux députés ayant tenu un langage que le ministère trouva diffamatoire avaient été traduits par lui devant la Cour suprême de justice de Berlin, qui les condamna. C'éiait une grave atteinte aux immunités parlementaires. On s'en plaignit amèrement à la Chambre. Une proposition fut aussitôt formulée dans le but de faire déclarer inconstitutionnel l'arrêt de la Cour suprême. Le rapporteur de la proposition, M. de Forckenbeck, la présentait comme un acte de légitime défense contre un excès de pouvoir de la justice et une juste revendication des privilèges attribués aux membres de la Chambre dans un but d'utilité publique. Comment les députés, qui peuvent, en certains cas, accuser de trahison un ministre, arriveraient-ils à le faire sans employer un langage offensant ou diffamatoire? Le discours de M. de Forckenbeck se terminait ainsi : « La lutte que nous soutenons « n'est pas sans espoir ; un système qui se borne « à demander au pays journellement de plus
DE M. DIIOLYN DE LUL'YS. 215
(( grands sacrifices d'hommes et d'argent, en h comprimant toute liberté, doit forcément crou- « 1er. Puisse-t-il, lorsque le moment arrivera, p n'enterrer que lui seul sous ses ruines ! »
Le comte de Lippe, ministre de la justice, défendit hautement la procédure suivie. k En r cherchant, dit-il, à substituer des décisions « unilatérales aux lois du pays, la Chambre se r rendrait coupable d'un empiétement inouï sur a le domaine du pouvoir judiciaire. La motion « est de nature à provoquer des résistances ma- « térielles aux mandements de la justice. La « responsabilité de ces faits retombera sur ses r promoteurs. Je n'hésite pas à déclarer que le « gouvernement est en mesure de briser ces r résistances.
(( La Constitution, comme toute autre loi, est « sujette à l'interprétation des tribunaux; la r Cour suprême l'a interprétée selon sa con-
» science La liberté de discussion des
« Chambres n'implique pas la liberté de l'injure r et de la calomnie. Cette liberté n'a jamais r existé qu'en France pendant la Terreur, et là k elle a eu la conséquence qu'on guillottinait
ce ceux qui se permettaient d'être d'un avis opr posé à l'opinion de la majorité. »
Un membre de la gauche, M. Twesten, répondit au ministre par une apostrophe menaçante : « Le gouvernement dispose de l'autorité du ce nom royal, de l'argent, des canons, de la poce lice, des tribunaux; mais il a contre lui la r conscience publique. Des actes comme celui ce contre lequel nous protestons provoquent c l'opposition de tous les honnêtes gens, et ce celle-ci finit toujours par l'emporter. Les vioc lences marquent habituellement le commence cernent de la fin. Le jour où Charles Ier voulut r faire arrêter des membres de la Chambre des « communes fut le dernier de son autorité à ce Londres. Manuel, il est vrai, fut empoigné ce par des gendarmes, mais ce fut le trône et ce non la tribune qui s'écroula. Le droit est pour « nous; il finira par prévaloir. »
M. de Bismarck intervint à la fin des débats, mais ses explications ne furent pas mieux accueillies que celles du ministre de la justice. Une énorme majorité se prononça pour la motion de M. de Forckenbeck, qui déclarait inconstitu-
tionnel l'arrêt de la Cour suprême de justice. Un autre incident augmenta encore la tension qui existait dans les rapports du Parlement avec les ministres. Le président de la Chambre ayant communiqué officiellement au gouvernement diverses résolutions prises par elle, M. de Bismarck refusa d'accepter ces communications, sous prétexte que la Chambre avait excédé les limites de sa compétence. « La Chambre, disait M. de Bis- « marck dans la lettre qui contenait son refus, « n'a le droit ni d'invalider un acte internatio- « nal conclu par le Roi, ni d'attaquer une décicr sion judiciaire, ni de faire la leçon aux agents « du pouvoir exécutif, et le gouvernement ne « saurait recevoir officiellement communication « de décisions illégales. »
Ce langage devait naturellement amener dans les rangs de la majorité la plus vive irritation. Pour empêcher les députés de s'entendre et de se reconnaître, M. de Bismarck vint annoncer brusquement à la Chambre que ses travaux étaient suspendus et que le Roi ordonnait la clôture de la session. Comme la législature touchait à sa fin, on était parfaitement résolu à ne plus
laisser aux députés la moindre occasion d'exprimer leurs sentiments et à gouverner sans parlement jusqu'à l'expiration du délai indiqué par la constitution pour la convocation d'une nouvelle Chambre.
M. de Bismarck ne ménageait pas plus en Allemagne qu'en Prusse les représentants légaux de la nation; il qualifiait sans cesse la Confédération germanique d'institution vieillie et peu propre à comprendre les besoins de l'époque. Il ne parlait de rien moins que de substituer à la Diète, composée des envoyés des gouvernements, une Assemblée issue du suffrage Universel .
La tactique adoptée à Berlin consistait à répondre aux attaques des libéraux en se montrant plus libéral qu'eux. Battus à maintes reprises devant le suffrage restreint, les ministres prussiens affectaient de s'appuyer sur une autorité plus haute.
Lorsque les circonstances lui paraissaient favorables, M. de Bismarck ne craignait point de recourir aux théories les plus avancées, en prenant soin de les remanier suivant l'usage qu'il
désirait en faire. L'idée de faire nommer une chambre par l'universalité des citoyens ne lui répugnait aucunement; il voulait seulement que les sujets dont cette assemblée pourraient être saisie fussent déterminés à l'avance. Ainsi, dans sa pensée, le futur parlement allemand ne devait s'occuper que de matières économiques, en laissant toutes les autres à l'écart.
M. de Bismarck admettait aussi qu'on pût, dans certains cas, consulter les habitants d'une province avant de régler sa destinée. L'hypothèse d'un vote des habitants du Holstein ayant été un jour abordée dans le cours d'un entretien avec M. Benedetti, M. de Bismarck fit remarquer que si les populations devaient être consultées, on ne devait pas se borner à interroger les Tlolsteinois, et qu'il fallait recueillir en même temps l'avis de tous les Allemands, le sort de l'Allemagne ne devant pas dépendre des dispositions isolées des fractions diverses dont elle se compose. Une semblable interprétation de la doctrine en vertu de laquelle les habitants d'un territoire en litige ont droit à décider de leur sort est assez caractéristique. Lorsqu'on a mis
celte doctrine en avant, on a eu l1 intention cle donner au faible une garantie contre le fort. Si l'on admet que tous deux sont consultés au même titre et prennent part au même vote, le résultat n'est pas douteux, et la garantie disparaît.
Quant au suffrage universel lui-même, M. de Bismarck y voyait principalement un moyen d'entretenir an milieu des masses l'état de surexcitation nécessaire à l'accomplissement des projets de la Prusse. On avait tout avantage à se montrer plein de respect pour cette voix publique restée muette jusqu'alors et qu'on exaltait aux dépens des pouvoirs existants. Tandis quel'Autriche ne laissait échapper aucune occasion de s'incliner devant la Diète germanique, M. de Bismarck aimait mieux s'incliner devant une puissance à venir; et il était d'autant, plus dispose à reconnaître la puissance du suffrage universel qu'elle n'avait pu encore se manifester d'une manière gênante.
Vis-à-vis des puissances étrangères qui avaient contribué à l'établissement de la Confédération germanique et qui étaient depuis cinquante ans en rapport avec elle, un changement considé-
rable dans le mode d'élection et dans le rôle du pouvoir fédéral soulevait de nombreuses objections. M. Drouyn de Lhuys attacha de 1* importance à les mentionner tout d'abord, moins à titre de protestation qu'à titre de réserve. M. Benedetti, chargé de s'entendre sur ce point avec le cabinet de Berlin, rend compte dans sa dépêche du 17 avril de l'accueil que ces objections trouvèrent auprès de M. de Bismarck :
« J'ai exprimé la persuasion que la
(t Prusse se montrerait spontanément animée ". du désir de se concerter avec nous dans le " cas où la réforme fédérale entraînerait des con- « séquences dont nos intérêts auraient à souf- " frir. Le président du conseil m'a formelle- " ment déclaré qu'il admettait sans restriction « les réserves et les appréciations du gouver- « nement de l'Empereur. Il a reconnu, sans les « contester, la justesse des observations que je " lui présentais, et il m'a assuré que le couverte nement du Roi était, à l'égard de la France et " pour toutes les éventualités auxquelles je faic sais allusion, sincèrement pénétré des senti- « ments que nous lui supposions.
222 LKS QUATRE MINISTÈRES
« En présence de ces explications, à la fois si r nettes et si précises, je n'ai pas cru devoir « insister davantage, et je me suis borné à ajou- " ter que j'en rendrais fidèlement compte à Votre « Excellence »
Cette dépêche montre qu'au mois d'avril 1800 on admettait parfaitement que la France fit entendre sa voix lorsqu'il s'agissait de changer les bases de la Confédération germanique. M. Diouv n de Lhuys tenait beaucoup à la constatation de ce droit, qui, sans préjuger l'avenir, fournissait un motif légitime d'intervention à la France et lui permettait de prendre plus tard l'altitude que les circonstances commanderaient.
Pendant que M. de Bismarck cherchait à éveiller eu Allemagne des sentiments et des aspirations dont l'influence prussienne aurait à bénéficier, il entendait bien tirer de la question des armements tout ce qu'elle pouvait donner. En Autriche, on était très-disposé à un désarmement réciproque, d'abord pour ôter à la Prusse
tout prétexte d'attaque, ensuite pour satisfaire l'opinion clans les Etats secondaires. Mais le cabinet de Vienne, en face des projets fort peu dissimulés des Italiens sur la Vénétie, était obligé a des mesures de défense sur sa frontière méridionale. M. de Bismarck n'admettait pas une distinction semblable. Il voulait que le désarmement fût complet et recevait très-mal les explications ou assurances fournies par les ministres autrichiens. On peut en juger par l'extrait suivant d'une dépêche adressée par lui le 15 avril au baron de Werther, et destinée à être communiquée officiellement au comte de Mensdorff :
<( Je déplore que la dépêche (du comte de « Mensdorff) ne parle des préparatifs effective- <( ment faits qu'en termes très-élastiques et qui, r par cela même, ne sont pas propres à donner « une image précise de l'état réel des choses : (( point de concentrations notables de troupes le « long de la frontière; point d'achats extraordi- « naires de chevaux; point d'appel de réserves « dans des proportions dignes d'attention : tout « cela, ce sont des expressions d'une portée trèsu vague et qui légitiment la question. Qu'est-ce
« qui est notable? Qu'est-ce qui est digne d'at- « ieution? Nous sommes privés de tout moyen h de nous informer d'une manière plus précise, « depuis que le gouvernement impérial a été m jusqu'à interdire aux feuilles autrichiennes " de publier des notices concernant les armc- « ments. Yis-à-vis de ce secret, je ne veux m'en « rapporter qu'aux dislocations réellement or-
« données, dont parle la dépêche Quant
(c aux précautions partielles par lesquelles nous ce avons cherché à contre-balancer les prépa- (t ratifs autrichiens, elles ne pourront êtreaban- « données tant que le motif qui les a provo- « quées n'aura pas été écarté ; il appartient k donc au gouvernement impérial de prendre « l'initiative de contremander les mesures qu'il (t a adoptées avant que le moindre symptôme « d'armements prussiens se fût produit; il lui « appartient de rétablir le staluquo ante... »
En réalité, l'Autriche, dépourvue d'alliés, objet de toutes les convoitises, ayant peu d'espoir d'être appuyée par l'empereur des Français, qui était imbu d'anciens préjugés contre elle, et par l'empereur Alexandre II, qu'elle avait tant indis-
posé en 1855, ne cherchait qu'à se soustraire aux animosités de ses voisins 5 mais M. de Bismarck était décidé à voir des agresseurs partout. L'armée saxonne elle-même le remplissait d'inquiétude.
Rendant compte à Paris d'une conversation avec lui, M. Benedetti écrivait le 28 avril : ce Suivant M. le président du conseil, la Saxe « aurait terminé ses armements, et son armée, « mise ainsi sur le pied de guerre, peut être con- « sidérée devant les dispositions dont la cour de k V ienne se montre animée comme F avant-garde « de l'armée autrichienne. lia donc chargé l'en- « voyé prussien en Saxe de déclarer au baron « de Beust que le gouvernement du Roi ne peut « s'empêcher d'aviser à sa sécurité si l'armée (t saxonne est maintenue sur le pied où elle a été « mise. M. de Bismarck a ajouté que s'il n'était « pas tenu compte de cesobservations, les troupes m prussiennes ne tarderaient pas à prendre posi- « tion sur la frontière des deux États. »
Le tour que prenait le débat entre les deux grandes puissances allemandes ne laissait guère prévoir une solution amiable. On continuait
ù discuter, moins pour obtenir un résultat que pour éviter la responsabilité d'une rupture. Du côté italien, les déclarations les plus rassurantes étaient continuellement renouvelées. Le général La Marmora, ministre des affaires étrangères, écrivait à M. Nigra, le 27 avril, peu de jours après la signature du traité d'alliance offensive et défensive avec la Prusse : Qu'il était notoire qu'aucun préparatif militaire ou concentration de troupes ne pouvaient être signalés en Italie ; que les ministres du roi Victor-Emmanuel se voyaient obligés de sortir de leur réserve par suite de l'attitude menaçante des Autrichiens ; que la nécessité de prendre les mesures réclamées par la défense du pays devenait urgente, et qu'il y avait lieu d'appeler sur ces faits l'attention de la France.
Les instructions du général La Marmora étaient ponctuellement suivies à Paris. M. Nigra affirmait que les vues de l'Italie étaient entièrement dans le sens delà paix, et ne négligeait rien pour inspirer cette conviction en France. Il écrivait, le 3 mai au matin, à M. Drouyn de Lbuys un billet ainsi conçu :
(( Mon cher ministre, ne croyez- vous pas qu'il « serait utile de déclarer au Corps législatif au- « jonrd'hui que le gouvernement italien vous a (( donné l'assurance qu'il n'a pas l'intention « d'attaquer l'Autriche? Je suis, pour ma part, « autorisé à vous donner cette assurance office ciellement. Veuillez agréer, je vous prie, l'ex- (( pression de ma haute considération. Tout à « vous. »
En marge du billet il y a au crayon, de la main de M. Drouyn de Lhuys, ces deux mots : « A garder. »
Du côté de la Prusse, on se répandait également en protestations pacifiques et en plaintes sur l'attitude du cabinet de Vienne. Les journaux inspirés par M. de Bismarck enregistraient les moindres détails relatifs aux mouvements de troupes qui s'opéraient en Autriche, et attribuaient nettement à cet ensemble de faits le caractère d'une provocation.
A Paris, le prince de Metternich s'efforçait de combattre l'impression produite par les démarches des adversaires de sa cour: il insistait sur cette considération que la neutralité de la France
venait en aide aux ambitions prussiennes, et que notre conduite semblerait plus équitable si, au lieu d'encourager par notre abstention les perturbateurs de l'ordre établi, nous déclarions vouloir nous tourner contre quiconque violerait la paix publique.
M. Drouyn de Lhuys écarta péremptoirement cette idée et fit observer qu'un Etat cesse d'être neutre s'il désigne, sous quelque forme que ce soit, celle des deux parties contre laquelle il agira.
La combinaison mise en avant par le prince de Metternich était plus spécieuse qu'applicable. En réalité, ce qu'on demandait à la France, c'était de s'ériger en tribunal, et de faire respecter ses décisions par la force. Une pareille attitude est fertile en mécomptes. L'opprimé de la veille devient souvent l'oppresseur du lendemain. Ne devait-on pas craindre, si la Prusse était humiliée et moralement amoindrie, que sa rivale usât trop largement de ses avantages ? Il aurait fallu que la France changeât d'adversaire quand les Autrichiens auraient changé de disposition.
Un gouvernement prévoyant se borne à faire
entendre partout des paroles de conciliation et ne met la main sur la garde de son épée que le jour où le pays qu'il représente est directement engagé.
Laissé à lui-même, le cabinet de Vienne ne prolongea point avec la Prusse une discussion qui était désormais sans objet. La dernière dépêche autrichienne, relative aux armements et mise par le comte Karoly sous les yeux de M. de Bismarck, porte la date du 4 mai : « La Prusse n'a ( point à craindre de nous une agression , ni
< l'Allemagne une violation de la paix fédérale.
< L'Autriche a tout aussi peu l'intention d'atta-
< quer l'Italie, bien que la conquête d'une por-
< tion du territoire de la monarchie autrichienne ( forme le programme avoué du gouvernement ( de Florence, son programme avoué en toute ( occasion. Par contre, il est de notre devoir de « veiller à la défense de la monarchie; et du f moment que le gouvernement prussien envi-
< sage nos mesures défensives contre l'Italie i comme un motif de maintenir ses propres pré- ( paratifs de guerre, il ne nous reste qu'à remt plir ce devoir qui ne comporte aucun contrôle
(( étranger sans nous engager dans des contro- « verses ultérieures sur la priorité ou l'étendue « de telle ou telle disposition militaire.
et On ne peut d'ailleurs ignorer à Berlin que « nous avons à garantir contre une attaque de « l'Italie, non -seulement l'intégrité de notre « empire, mais aussi le territoire de la Confédé- (( ration germanique, et nous osons et devons, « dans l'intérêt de l'Allemagne, adresser à la « Prusse la question grave comment elle pourra « concilier la demande à nous faite de laisser (( sans défense les frontières allemandes avec « les obligations qui incombent à une puissance « allemande. »
La persistance de l'Autriche à maintenir ses armements fournissait à Berlin le prétexte dont on avait besoin. Peu de jours après, le gouvernement prussien dissolvait la Chambre, commençait l'opération de sa mobilisation et. signifiait à Francfort, aux Etats confédérés, qu'il devait s'inspirer, avant tout, des exigences de sa propre sécurité. Le sentiment que ces mesures provoquèrent dans toute l'étendue de la monarchie prussienne fut loin d'avoir, au premier abord,
DE M. DItOUYN DE LHUYS. ÏM
le caractère d'une approbation. M. Benedetti traduit dans sa dépêche du 13 mai les impressions qui régnaient à ce moment autour de lui :
« L'opinion libérale ne se montre nullement « disposée à abdiquer ses ressentiments , et « jusqu'à présent rien n'annonce que le patrio- « tisme des masses vienne seconder la politique « et les efforts du gouvernement pour l'aider à « sortir triomphant de la lutte formidable dans
(( laquelle il peut se trouver engagé Les
« officiers de la landwehr, requis pour servir « activement, loin de témoigner un grand em- « pressement, semblent regretter, si je suis bien « informé, les sacrifices qu'on leur impose. L'in- « quiétude est plus visible que la confiance dans « tous les rangs de la population, et la dépres- (( sion constante et excessive des valeurs prusu siennes que l'on a toujours considérées comme « propres à résister aux complications les plus (( graves donne la mesure des appréhensions (( qui se sont emparées des esprits. La situation « financière, naguère si florissante en Prusse, est « déjà gravement compromise ; les gens d'affaires
(( ne cachent pas leurs alarmes, et l'un d'entre (( eux m'assurait hier qu'il était surtout frappé (( de la disparition des ressources métalliques : « symptôme grave, parce qu'il démontre que de « toutes parts on songe à s'assurer une réserve (( monnayée pour des éventualités désastreuses. « Dans cet état de choses et devant les dissenti- « ments qui divisent les partis , une bataille <( perdue, un accident peuvent avoir des consé- « quences de toute sorte, soulever le pays tout (( entier pour la défense du trône et de l'indé- « pendance nationale, ou le jeter dans une oppose sition qui ne mettrait aucune mesure à ses « entraînements. »
Mêmes appréciations dans la dépêche du 18 mai :
(( Les événements de ces derniers jours et les (( entretiens que j'ai eus avec un grand nombre « de personnes occupant les fonctions les plus « élevées me portent à croire que, loin d'avoir « assombri le tableau, j'en ai plutôt adouci les « teintes. L'opinion publique, en effet, se prok nonce ici contre la guerre avec une énergie c croissante. Dans les classes où les inconvénients
u de la mobilisation se font le plus vivement « sentir, dans la bourgeoisie et dans le peuple, « le malaise est chaque jour plus sensible. On (( serait tenté de croire que l'appel des hommes « appartenant à la réserve et à la landwehr, en « enlevant à l'industrie des milliers de bras, « aurait du moins assuré du travail à ceux qui « restent; il n'en est rien. Dans les grands éta- « blissements comme dans les petits ateliers, le « travail devient rare, et le taux des salaires « diminue. D'autre part, les hommes requis pour (( un service actif se rendent à leur corps avec « répugnance, et dans certaines localités, à Mag- « debourg, Koslin, à Goslin, etc., ces répu- « gnances se sont traduites par des excès.
« Les officiers de la landwehr, laissant leurs (( intérêts en souffrance et leurs foyers désorga- « nisés, sont, en général, animés de dispositions « analogues. La lutte, il est vrai, peut changer « ces dispositions. . . ; au début, cet état des esprits « ne laisse pas que d'être assez inquiétant. Les « officiers de l'armée de ligne ne montrent guère « plus d'élan. La rivalité qui les animait jadis « contre l'Autriche ne se manifeste nulle part.
234 l.F.S QUATRE MINISTÈRES
« La discipline, le dévouement et l'obéissance « au Roi, le sentiment du devoir et de l'honneur (( en un mot, les animeront sur le champ de « bataille; mais s'il fallait croire tout ce qui se k dit, il leur répugne de se battre contre l'Au- « triche. »
C'était également l'opinion du général Govone. Il affirme dans sa correspondance avec le cabinet de Florence que les classes moyennes aussi bien que les hautes classes voient de mauvais œil l'attitude prise par M. de Bismarck, et que l'armée elle-même a vis-à-vis de l'Autriche beaucoup plus de sympathie que d'hostilité.
Les journaux restés en dehors de l'influence gouvernementale déploraient à l'envi une guerre fratricide ou discutaient la question de l'emprunt, qui était difficilement réalisable sans le concours du Parlement, et que la Chambre n'accorderait sans doute qu'en posant ses conditions.
Dans le camp ministériel, on espérait que le sentiment patriotique ramènerait les chefs du parti libéral.
A l'occasion des graves événements qui se préparaient, M. Benningsen, président du Na-
tional Verein, eut avec M. de Bismarck un entretien qui fut très-commenté dans tout le pays. M. Benningsen discuta les deux hypothèses d'une défaite ou d'une victoire; sans insister beaucoup sur la première, il examina les conséquences qui résulteraient d'un succès. « Dans ce cas, dit-il à M. de Bismarck, la Prusse devient une puissance formidable, et la France ne peut le tolérer. Comment l'apaiserez-vous? Je ne Veux pas le savoir, mais vous devez avoir prévu cette nécessité. »
Il y avait là, en effet, un sous-entendu qui frappait tout le monde. Bien que l'idée d'une compensation territoriale n'eût été encore émise sous aucune forme, cette pensée venait si naturellement à l'esprit que ceux mêmes qui étaient le plus disposés à la repousser y faisaient continuellement allusion. Le rôle du gouvernement français était alors tellement considérable qu'on avait peine à se représenter une modification de l'équilibre européen opérée à son détriment et sans réclamation de sa part. Parmi toutes les éventualités que le conflit austro-prussien laissait prévoir, il y en avait une à laquelle personne ne
croyait, celle d'une Prusse agrandie en face d'une France impassible.
Devant une situation tellement tendue, un congrès n'offrait pas de grandes probabilités de réussite, mais on voulait avoir épuisé tous les moyens d'arriver à une solution pacifique.
On savait que le roi Guillaume, en face des témérités de son ministre, éprouvait des scrupules et des hésitations qui pouvaient encore laisser quelque chances à une tentative d'arrangement. Les puissances se mirent d'accord pour adresser à l'Autriche, à la Prusse et à l'Italie l'invitation de prendre part à des conférences.
Ce projet avait d'abord été accueilli très-froidement à Berlin. En examinant la question de plus près, on pensa qu'un refus serait mal interprété, et qu'il valait mieux se mettre en mesure de profiter des incidents que la réunion des plénipotentiaires pouvait faire naître.
Sur l'observation faite par M. Drouyn de Lhuys que le congrès serait plus efficace et plus rapidement conduit si les ministres des affaires étrangères de chaque puissance venaient eux-
mêmes y siéger, M. de Bismarck promit d'assister aux délibérations.
L'impression qu'il avait montrée d'abord subsistait toujours, mais il pensait, non sans raison, que les prétextes de rupture ne manqueraient pas. Cette occasion se produisit avant même que le congrès fût réuni. L'Autriche en y adhérant subordonna son assentiment à la double condition qu'on n'y débattrait aucune question territoriale, et que les puissances qui y seraient représentées renonceraient d'avance à tout agrandissement. Théoriquement, cette réserve était inattaquable; pratiquement, elle ressemblait trop à une fin de non-recevoir et mettait obsiacle à toute proposition ayant pour but de chercher dans un remaniement de territoires la solution des difficultés pendantes.
A Berlin, on se hâta de prendre acte de la réponse autrichienne en la qualifiant de refus déguisé et en faisant ressortir l'accueil favorable que le gouvernement prussien avait fait, au contraire, à la proposition de congrès. M. de Bismarck écrit le 4 juin au comte de Goltz, ambassadeur à Paris, pour lui exposer et surtout
238 LES OUATRE MINISTÈRES
pour le charger d'exposer tout ce que la Prusse a fait dans le but de maintenir la paix :
« D'après tout ce que nous avons appris, <( nous voyons que la résolution est prise à « Vienne de faire la guerre à la Prusse. Je puis « dire confidentiellement à Votre Excellence, « autorisé à cet effet par Sa Majesté, qu'au mo- « ment où nous adressâmes à Vienne la commuer nication conciliante mentionnée ci-dessus, le « Roi, pénétré du devoir de maintenir la paix « aussi longtemps que possible, accueillit avec v empressement des ouvertures extra-officielles (( qui lui fuient faites de Vienne, et qu'il reçut (( directement sans l'intervention de son minis- « tère, pour s'assurer si l'empereur d'Autriche
« avait encore le désir de maintenir la paix
« Ces négociations, inspirées par les intentions « les plus conciliantes des médiateurs, n'ont fait « que constater, ainsi que Sa Majesté me l'a (( communiqué, qu'un sentiment de cette nature « n'existe plus à Vienne ; que malgré l'amour de « la paix que l'Empereur professe en théorie, « tout son conseil, mettant de côté toute autre « considération, est dominé par le désir de faire
DE M. linOl'YN DE LHUYS. 239
( la guerre Non-seulement le défaut absolu
c de toute bonne volonté d'entamer des négo- ( dations confidentielles pour discuter les possi- ( bilités d'un rapprochement s'est manifesté, ( mais le Roi a eu, de source certaine, connaissance de paroles de plusieurs hommes d'Etat i influents et conseillers de l'Empereur qui ne laissent aucun doute que les ministres impériaux veulent la guerre à tout prix, soit dans i l'espoir de succès militaires, soit pour vaincre les difficultés intérieures, soit même dans l'intention bien prononcée de relever les finances i autrichiennes par des contributions prus- ( siennes ou par une banqueroute honorable. ( Les actes du gouvernement autrichien ne sont
< que trop d'accord avec ces intentions La
guerre même est fermement décidée à Vienne; ( il s'agit seulement de choisir le moment pro-
« pice pour la commencer Cette conviction
« nous est imposée impérieusement par les faits i les plus récents, et nous croyons qu'il faut t avoir pris son parti pour se refuser à cette
c évidence On ne pourra pas non plus
s'empêcher de reconnaître les véritables motifs
« des armements par lesquels l'Autriche a donné « lieu à la crise actuelle, que le congrès devait k conjurer, et dont la réunion sera également « rendue impossible par l'attitude de l'Autriche. « Nous pouvons en appeler avec confiance au « jugement de tous les hommes impartiaux, qui ce diront de quel côté ont été jusqu'au dernier « moment la conciliation et l'amour de la paix. « Je prie Votre Excellence de se prononcer dans « le sens de cette dépêche vis-à-vis de M. le « ministre des affaires étrangères de France. » A Berlin même, en dehors des sphères officielles, on ne paraissait pas aussi convaincu de l'impossibilité où se trouvait le pays d'éviter la guerre. Le conseil municipal interdisait l'acceptation dans les caisses communales des billets d'une banque de prêt qui venait d'être instituée avec le concours du gouvernement. La discussion fut très- vive dans le sein du conseil. Les conservateurs ayant fait observer que cette mesure antipatriotique, en dépréciant le nouveau papiermonnaie, pousserait les classes inférieures à des excès, un membre de la gauche répondit que lorsque le peuple se présenterait à l'hôtel de
ville pour se plaindre, on lui dirait à qui il devait s'en prendre des calamités qui fondaient sur la patrie.
Le gouvernement prit des mesures énergiques pour couper court aux désordres. Mais la misère, l'inquiétude, les sombres pronostics, le travail des meneurs, l'annonce de l'apparition du choléra à Stettin, faisaient naître dans la population de la capitale une effervescence qui se traduisait quelquefois par des manifestations bizarres.
Un ancien militaire se jeta un jour aux pieds du Roi, au moment où Sa Majesté rentrait de sa promenade, et le supplia d'éviter la guerre, en lui assurant qu'il avait, dans une vision, acquis la certitude que l'armée prussienne, si elle entrait en campagne contre les Autrichiens, essuierait des revers désastreux. On conduisit ce militaire dans une maison d'aliénés, mais sa démarche fut l'objet de nombreux commentaires.
Ce qui était incontestable aux yeux du gouvernement comme aux yeux de tous les sujets du Roi, c'est que le poids des charges militaires était trop lourd pour être imposé longtemps. On était ainsi amené à brusquer une solution. C'est
probablement dans ce but que l'ordre fut transmis aux troupes prussiennes d'entrer dans le Ilolstein, car non-seulement l'ordre était contraire aux arrangements pris avec l'Autriche, mais il atteignait la diète elle-même, qui ne pouvait admettre, sans que son consentement eût été demandé, l'occupation à main armée d'un Etat confédéré. L'Autriche ne manqua pas de faire remarquer que, dans la prévision de ce cas, les lois constitutives de la Confédération prescrivent la mobilisation des troupes fédérales, qui fut votée, en effet, dans la séance du 14 juin.
A Berlin, cette mesure provoqua aussitôt les résolutions extrêmes en vue desquelles tous les préparatifs étaient déjà faits. Le cabinet prussien prit d'abord ses plus proches voisins à partie. Il notifia aux gouvernements de Saxe, de Hanovre et de Cassel que la résolution de la diète impliquait une déclaration de guerre à la Prusse de
tous les Etats qui y avaient participé, que la Confédération était dissoute, que, néanmoins, il proposait aux trois cours de former une alliance avec lui et de se prêter à la convocation d'un parlement, mais que le rejet de cette proposition aurait pour conséquence l'ouverture immédiate des hostilités. En même temps, M. de Bismarck prévenait le ministre du roi Victor-Emmanuel que le conflit avait éclaté et demandait à l'Italie, conformément aux stipulations du traité du 8 avril, de déclarer la guerre à l'Autriche.
Le thème prussien, relativement à la diète de Francfort, était qu'un vote de mobilisation ne pouvait avoir lieu sans une série de formalités préalables qui n'avaient pas été remplies et dont l'absence invalidait, au point de vue légal, la décision elle-même. On retrouve cette même assertion dans la dépêche adressée le 17 juin par le comte de Goltz à M. Drouyn de Lhuys :
« La diète germanique siégeant à Francfortce sur-Mein a, dans sa séance du 14 juin, voté (( par 9 voix sur 16 la mobilisation de l'armée « fédérale, à l'exception du contingent prus- « sien La proposition autrichienne, si émi-
« nemment contraire au droit fédéral, ayant été (( discutée malgré la protestation de la Prusse et k votée par la diète, à la simple majorité, l'en- « voyé du Roi près la Confédération germanique a a, au nom de Sa Majesté, constaté par une « déclaration solennelle la rupture du pacte n fédéral, et il a aussitôt quitté cette assemblée. . . « Le gouvernement du Roi a donc le devoir de « notifier formellement la rupture du pacte fédé- « rai, dont les stipulations ont perdu toute « valeur, aux puissances qui, par la signature de « l'acte du congrès de Vienne du 8 juin 1815 « ou par leur adhésion à cet acte, ont contribué « à la création de cette œuvre, bien qu'elles n'en (( eussent pas garanti le maintien. »
Par suite de la direction que les événements avaient prise, on s'était trouvé à Berlin dans l'obligation de donner pour motif à la rupture le vote de la diète du 14 juin. Ce n'était pas de propos délibéré qu'on choisissait un prétexte qui avait l'inconvénient de mettre en cause la Confédération germanique tout entière. On aurait beaucoup mieux aimé que la rupture se fît sur une collision à laquelle eût donné lieu l'entrée
des troupes prussiennes dans le Holstciu. Si un engagement partiel, échauffourée ou rixe s'étaient produits avec le corps d'armée autrichien, il aurait été facile de représenter la Prusse comme ayant été l'objet d'une agression intolérable. Mais les instructions données dans ce sens furent mal comprises. M. de Bismarck en éprouva une violente irritation et reprocha amèrement au général Manteuffel de s'être laissé enguirlander par le chef du corps d'armée autrichien. Le général La Marmara, ministre des affaires étrangères d'Italie, dans un télégramme qu'il a publié depuis et qu'il adressait le 11 juin 1866 à M. Nigra à Paris, pour le tenir au courant de la situation, plaide les circonstances atténuantes en faveur du général Manteuffel. Après avoir mentionné le désappointement que M. de Bismarck avait montré en apprenant que l'occupation du Holstein s'effectuait sans conflit, le général La Marmora ajoute : c; Je ne vois pas trop comment Manteuffel pou- « vait tirer sur les Autrichiens qui se retiraient « sans résistance. »
A défaut d'un conflit local, on dut patienter pendant quelques jours, attendre la décision
fédérale du 14 juin et chercher à en tirer tout le parti possible. Le Moniteur prussien, dans le but de mettre en relief les torts de la Confédération, publia dans sa partie officielle un manifeste qui résumait les griefs de la Prusse.
On reprochait à la diète d'avoir pendant cin cpiante ans représenté et favorisé le morcellement de l'Allemagne, de ne plus mériter la confiance de la nation, d'apparaître aux yeux de l'étranger comme une garantie de faiblesse, d'appeler l'Allemagne aux armes contre un confédéré qui, en proposant de convoquer un parlement allemand, venait de faire la première démarche décisive pour donner satisfaction aux aspirations nationales; de déchirer le pacte fédéral et de placer la Prusse dans la nécessité de ne plus écouter que l'intérêt de sa propre conservation.
Ce manifeste contenait le passage suivant :
« Dans un moment si grave, la Prusse ne peut « tolérer ni sur ses frontières, ni, à plus forte <c raison, entre ses frontières, des ennemis ou « des amis douteux .
« Les troupes prussiennes ne franchissent
u pas les limites du royaume en ennemis des po- « pulations; la Prusse respecte leur indépen- « dance et compte régler, de concert avec leurs « représentants au sein de l'Assemblée nationale « allemande, les destinées futures de la patrie « allemande «
La dernière phrase est digne de remarque, parce qu'elle indique le soin qui était mis à séparer la cause des souverains de celle des peuples. C'était une théorie presque révolutionnaire. La Convention ne tenait pas un autre langage lorsque ses armées envahissaient des pays voisins à la fin du siècle précédent. Sans doute les deux époques sont très-peu assimilables; mais il n'en est pas moins vrai que M. de Bismarck avait dû faire de grands efforts pour décider le roi Guillaume à prendre une telle attitude.
Un communiqué inséré par le Moniteur prussien, à la suite du manifeste, exprimait en termes différents une pensée analogue :
m Le gouvernement hanovrien aura à assu- « mer vis-à-vis de son pays la responsabilité « d'avoir repoussé l'expédient si amicalement (( offert d'un traité de neutralité avec la Prusse,
c qui eût en même temps garanti les posses- « sions et la souveraineté du Hanovre, et de lui « avoir préféré l'alliance autrichienne. »
Dans l'ordre d'idées dont ces proclamations s'inspiraient, les princes étaient accusés d'une sorte de forfaiture vis-à-vis de leurs sujets. Il est vrai que la Prusse ne ménageait pas plus les villes libres que les dynasties. M. de Richthofen, ministreprussien à Hambourg, écrivait, le 16 juin, au sénat de Lubeck :
(( Le soussigné est chargé par le Roi de pro- « poser au haut Sénat, au nom de Sa Majesté, (( une alliance sur des bases qui seront discu- « tées et précisées par un parlement qui doit « être convoqué prochainement. Il l'invite, à la « même occasion, à mettre immédiatement les «. troupes de Lubeck sur le pied de guerre et à (f les placer sous les ordres de S. M. le Roi.»
Des communications semblables ayant été adressées aux sénats de Brème et de Hambourg, les trois villes s'entendirent pour rédiger une réponse commune, qui fut faite par le syndic de Hambourg, M. Merck. La lettre porte à la fois un cachet d'humilitéet de sourd mécontentement :
« Le Sénat a examiné ces communications ( avec la maturité que réclame l'importance du ( sujet. Il est naturel qu'il dut hésiter à se c mettre en opposition avec les prescriptions du ( pacte fédéral qui assuraient à la ville libre de t Hambourg une existence indépendante au sein
< de la Confédération germanique reconnue par ( toutes les puissances européennes. Mais les ( événements qui se sont produits dans les divers
< États de l'Allemagne du Nord , la force des ( circonstances à l'influence desquelles il ne peut i se soustraire, l'ont mis dans la nécessité de t faire taire ses scrupules dans l'intérêt de la
r république qu'il gouverne D'accord avec
( les sénats des autres villes, celui de Hambourg i a invité son ministre à Francfort à ne prendre i aucune part aux travaux de l'Assemblée fédé- '. raie, et il a décidé de faire observer à ses trou-
< pes la plus stricte neutralité. Les notes du » 17 courant invitent, d'autre part, le Sénat à « mettre sans délai les troupes hambourgeoises ( à la disposition de S. M. le roi de Prusse.
< A cet égard, le Sénat ose exprimer la confiance ( que le rôle passif qu'il a joué jusqu'ici sera
« jugé également suffisant pour l'avenir, et il (( attend de la générosité du Roi que son goum reniement n'insistera pas pour faire participer (t les villes anséatiques à une guerre contre des « États qui ont été jusqu'ici ses confédérés, m
Les doléances des villes libres avaient peu de chance d'être écoutées, au moment où le bruit des armes retentissait dans l'Allemagne entière. Tous les regards étaient fixés sur la Bohême, où le choc des troupes autrichiennes et prussiennes allait se produire.
A ce moment, la situation des Autrichiens semblait meilleure; ils combattaient sur leur propre terrain, avec l'aide d'une population dévouée qui montrait contre les Prussiens un acharnement extrême. Les paysans, armés de fusils et de faux , arrêtaient les convois et détruisaient tout ce qui pouvait faciliter la marche de l'envahisseur. Quand il y avait la moindre possibilité de se défendre, on soutenait la lutte avec énergie. A Turnau, un grand nombre de bourgeois, qui s'étaient réfugiés avec des munitions dans la tour de l'église, ne purent en être délogés qu'à coups de canon. A Nachod, où il y eut un corn-
bat de rues, les femmes jetaient de l'huile bouillante sur les assaillants. Lorsque la résistance était impossible, les paysans bouchaient les puits, abandonnaient leurs habitations, emmenaient les troupeaux et s'efforçaient de faire le vide autour de l'ennemi. On était impitoyable pour les blessés et les traînards. A Reichenberg, sept soldats prussiens logés chez un bourgeois furent tous empoisonnés. Le ton seul des proclamations ou avis émanant des généraux prussiens montre combien l'attitude de la population leur causait d'embarras :
« Habitants du glorieux pays de Bohême, di- « sait le chef de l'état-major de l'armée prus- (( sienne, la guerre que l'empereur d'Autriche (r a provoquée contre notre gré nous amène sur « votre sol. Nous n'y venons pas en ennemis et « en conquérants, mais avec l'intention de reste pecter vos droits historiques et nationaux. Ce « n'est pas la guerre et la dévastation, c'est (c notre amitié que nous apportons aux populace tions, sans distinction de classe, de religion « et de nationalité. N'écoutez pas nos adver- (t saires et nos calomniateurs qui prétendent
i que notre soif de conquêtes a amené la guerre ( actuelle. L'Autriche nous a contraints à tirer ( l'épée ; elle a voulu tomber sur nous, de con-
« cert avec les gouvernements allemands
( Si vous venez avec confiance au-devant de
< nous, vous apprendrez à nous connaître comme
< amis et non comme ennemis. Il est déraison -
< nable de votre part de fuir vos habitations et c de les vouer ainsi à la destruction. Vous ferez i mieux d'y attendre paisiblement nos soldats ( et de leur fournir, de gré à gré, les vivres dont ( ils ont absolument besoin. Les chefs militaires i ne réclameront de vous que le strict nécessaire, t et ils protégeront vos biens, que votre fuite t expose à la ruine et au pillage. Nous aban- ( donnons le surplus, avec confiance, au Dieu t des armées. »
On doit croire que ces exhortations, où les perspectives de pillage et la confiance dans l'appui de la Divinité étaient bizarrement associées, amenèrent peu d'effet, puisqu'on fut obligé, quelques jours après l'entrée en campagne, de publier l'avis suivant :
« Nos troupes ont traité jusqu'ici les habi-
m tants de la Bohême avec les plus grands nièce nagements. Néanmoins des dégâts considéra- « blés ont été commis sur le chemin de fer et (( les lignes télégraphiques à peine rétablis. « Quiconque sera reconnu coupable sera immé- « diatement traduit devant un conseil de guerre. « En outre, on imposera une forte amende aux « communes sur le territoire desquelles ils au- « ront eu lieu. Une récompense de cinq cents et florins en argent est assurée à celui qui dé- « noncera l'auteur ou les auteurs des délits susm mentionnés. »
L'attitude malveillante des habitants d'un pays peut faire d'un échec un désastre, mais elle importe peu lorsque l'envahisseur obtient des succès considérables. Ceux des généraux prussiens dépassèrent toutes les prévisions.
Pendant qu'ils poursuivaient leurs avantages, on délibérait à Londres et à Saint-Pétersbourg sur le rôle à prendre en face de la déclaration de rupture du pacte fédéral.
Lord Clarendon avait accueilli la communication du représentant de la Prusse, le comte Bernstorff, avec une froideur extrême ; et l'opinion
publique anglaise, autrefois si hostile à l'Autriche, lui était évidemment sympathique clans la lutte qui agitait l'Allemagne.
On voit dans la correspondance du prince de La Tour d'Auvergne, ambassadeur de France à Londres, que les membres de la famille royale les plus rapprochés du trône ne cachaient point leur impression à cet égard ; le lien de parenté qui les unissait à l'héritier de la couronne de Prusse ne leur fermait pas les yeux sur le péril dont l'équilibre européen était menacé. A la Chambre des communes, une interpellation ayant été formulée sur les affaires allemandes, la plupart des orateurs eurent pour la politique prussienne des appréciations très-sévères. Le cabinet Gladstone chargea lord Cowley, ambassadeur de la Reine, de dire à M. Drouyn de Lhuys qu'aux yeux du gouvernement anglais la retraite de l'un des États composant la Confédération germanique n'entraînait pas la dissolution du pacte fédéral et ne pouvait rompre une organisation instituée avec le concours des puissances européennes.
En Russie, les symptômes de mécontentement n'étaient pas moindres.
Le prince Gorlschakoff semblait particulièrement désireux de provoquer une action commune des puissances. Il s'était montré aussi glacial vis-à-vis du comte de Redern, ministre de Prusse à Saint-Pétersbourg, qu'on l'avait été à Londres à l'égard du comte Bernstorff . Une lettre particulière adressée par le baron de Talleyrand à M. Drouyn de Lhuys donne quelques détails sur les dispositions du gouvernement russe :
ce ... Le prince Gortscbakoff s'est décidé à « rompre le silence que je vous signalais hier ce dans ma dépêche officielle. Voici l'analyse « aussi sèche que fidèle de l'entretien qu'il m'a « demandé. Le vice-chancelier m'a d'abord rap- « pelé que M. de Bismarck avait notifié par une « pièce diplomatique passée à Paris, Londres et « Saint-Pétersbourg, la sortie de la Prusse de la (( Confédération germanique et la dissolution de « la diète. Il ignorait quelle avait été votre ré- « ponse; l'Angleterre s'était bornée à accuser k simplement réception de la communication ; « quant à lui, après avoir écouté silencieusement « le comte de Redern, il avait changé de conver- « sation.
« Le mutisme dans le cas présent couvre-t-il « suffisamment la dignité des grandes puissances « neutres et les intérêts d'ordre européen dont a elles sont la sauvegarde? Le prince Gortschakoff h ne le croit pas. Selon lui, il serait même fort à « propos d'accuser plus nettement l'attitude des m trois pays et de lui imprimer, s'il est possible, (( un caractère d'uniformité... Quant à la rédac- « tion de la note en question, le vice-chancelier (( s'en rapporte volontiers à vous, mon cher mile nistre, et d'avance il se déclai'e prêt à signer ce « que d'accord avec le cabinet de Londres vous « aurez arrêté... Il pense que plus la note sera « concise, mieux elle s'adaptera au goût anglais; (t et c'est cette brièveté désirable qui fait espérer « au prince Gortschakoff que vous voudrez bien, « en cas d'acceptation de votre part, m'en faire « parvenir le texte par voie télégraphique. Le <( vice-chancelier, n'ayant pas le temps aujour- « d'hui d'informer M. de Budberg de l'idée « qu'il vous soumet par mon intermédiaire, vous (( serait très-reconnaissant d'être assez bon pour « la lui communiquer... »
Les paroles du prince Gortschakoff témoignent
de l'inquiétude qui commençait à régner à Saint- Pétersbourg et du besoin qu'on éprouvait de concerter avec nous un plan de résistance. Même cette prière inusitée de faire connaître à l'ambassadeur russe à Paris sur un point spécial les intentions de sa cour était l'indice d'un désir très-marqué de se mettre avec le gouvernement français sur le pied d'une grande intimité.
L'armée prussienne toutefois marchait d'un pas plus rapide que les négociateurs. Entrée le 24 juin en Bohême, elle remportait à Sadowa, le 3 juillet, une victoire si complète que la route de Vienne était désormais ouverte.