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funeste. On est dégoûté jusqu'au découragement et jusqu'à la tentation du désespoir : cependant on ne veut point chercher la force oti elle est, ni puiser la céleste consolation dans ses sources. Oh! que vous auriez le cœur content, si vous aviez rompu tous vos liens... L'opération est douloureuse, mais la santé qu'elle donne rend heureux.
( i ) Le Roi est un excellent maître , mais Dieu est un Maître infiniment meilleur; il ne se paie que de bonne volonté ; il tient dans ses mains les succès ; toutes ses récompenses sont éternelles, au lieu que celles des rois de la terre sont passagères et fragiles. Les rois donnent
( I ) Au maréchal duc de Noailles, dont le fils épousa Françoise d'Aubigné, nièce de M"' de Maintenon.
AUX PERSONNES DE LA COUR lOI
souvent ce qui corrompt le cœur, ce qui attache à la terre , ce qui éloigne du salut , ce qui rend malheureux dès cette vie. Dieu donne ici-bas la paix, l'espérance, la liberté du détachement, la consolation d'une conscience pure, et, après cette vie, son royaume éternel, qui est luimême. Voilà après quoi il faut soupirer; voilà l'unique objet d'ambition pour les chrétiens. Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il nourrisse votre cœur de la pure foi ; qu'il soit votre conseil dans les embarras , votre défense dans les dangers, votre soutien et votre force en tout.
Comment ne pas donner tout votre amour à Dieu, lui qui nous a aimés le premier, et aimés d'un amour tendre, comme un père qui a pitié de ses enfants, dont il connaît l'extrême fragilité et la boue dont il les a pétris! Il nous
a cherchés dans nos propres voies , qui sont celles du péché ; il a couru comme un pasteur qui se fatigue pour retrouver sa brebis égarée. Il ne s'est pas contenté de nous chercher; mais , après nous avoir trouvés , il s'est chargé de nous et de nos langueurs : il a été obéissant jusqu'à la mort de la croix. On peut dire de même qu'il nous a aimés jusqu'à la croix, et que la mesure de son obéissance a été celle de son amour.
Quand cet amour remplit bien une âme, elle goûte la paix de la conscience; elle est contente et heureuse : il ne lui faut ni grandeur, ni réputation, ni plaisir, rien de tout ce que le temps emporte sans en laisser aucunes traces; elle ne veut que la volonté de Dieu, et elle veille incessamment dans l'heureuse attente de son Epoux.
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L parle dans les pécheurs impénitents ;
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est une fable.
Il parle dans les pécheurs qui se convertissent : ceux-ci sentent les remords de leur conscience, et ces remords sont la voix de
( I ) A M"* de Maintenon.
(2) De Imit. Christi, lib. III, cap. i, n. i ; cap. m, n. 3.
Dieu qui leur reproche intérieurement leurs vices. Quand ces pécheurs sont bien touchés , ils n'ont pas de peine à comprendre cette voix secrète, car c'est elle qui les pénètre si vivement. Elle est en eux ce glaive à deux tranchants dont parle saint Paul ( i ) ; il va jusqu'à la division de l'âme d'avec ellemême. Dieu se fait sentir, goûter, suivre ; on entend cette douce voix qui porte jusqu'au fond du cœur un reproche tendre, et le cœur en est déchiré : voilà la vraie et pure contrition.
Dieu parle dans les personnes éclairées, savantes, et dont la vie , extérieurement régulière en tout, paraît ornée de beaucoup de vertus; mais souvent ces personnes, pleines d'elles-mêmes et de leurs lumières, s'écoutent trop pour écouter Dieu. On tourne tout en
( I ) Hebr. iv, 12.
raison ; on se fait des principes de sagesse naturelle et des méthodes de prudence de tout ce qui nous viendrait infiniment mieux par le canal de la simplicité et de la docilité à l'esprit de Dieu.
Oh ! qu'une âme livrée à la grâce sans retour sur soi, ne se comptant pour rien et marchant sans mesure au gré du pur amour, qui est le parfait guide, éprouve de choses que les sages ne peuvent ni éprouver, ni comprendre!... Quand une fois on a fait taire tout ce qui est en nous pour écouter Dieu , on sait tout sans rien savoir... Il y a un je ne sais quoi qui dit au-dedans , comme l'épouse du Cantique : Faites-moi entendre votre voix ; quelle résonne à mes oreilles (i). Oh! qu'elle est douce, cette voix! Elle fait tressaiUir toutes mes entrailles. Parlez, ô mon Epoux, et que
( I ) Gant. II, 14.
nul autre que vous n'ose parler! Taisez-vous, mon âme ; parlez , ô amour I
Il vient un temps où Dieu, après nous avoir bien dépouillés, bien mortifiés par le dehors sur les créatures auxquelles nous tenions, nous attaque par le dedans, pour nous arracher à nous-mêmes. Ce n'est plus les objets étrangers qu'il nous ôte; alors il nous arrache le moi, qui était le centre de notre amour. Nous n'aimons tout le reste que pour ce moi, et c'est ce moi que Dieu poursuit, impitoyablement et sans relâche. Oter à un homme ses habits , c'est le traiter mal ; mais ce n'est rien en comparaison de la rigueur qui l'écorcherait et qui ne laisserait aucune chair sur tous ses os. Coupez les branches d'un arbre : bien loin de le faire mourir, vous forti-
fiez sa sève , il repousse de tous côtés ; mais attaquez le tronc, desséchez la racine : il se dépouille , il languit , il meurt. C'est ainsi que Dieu prend plaisir à nous faire mourir.
Les dépouillements que Dieu nous demande ne sont point d'ordinaire ce qu'on pourrait s'imaginer : Dieu surprend par les choses les plus imprévues. Ce sont des riens , mais des riens qui désolent , et qui font le supplice de l'amour-propre. Les grandes vertus éclatantes soutiendraient l'orgueil ; mais on trouve, dans la souplesse que Dieu demande pour une infinité de petites choses , plus de renoncements et plus de mort à soi, qu'il n'y en aurait dans de grands sacrifices. Cependant Dieu ne laisse pas l'àme en repos, jusqu'à ce qu'il l'ait ren-
due souple et maniable en la pliant de tous les côtés.
Malheur à quiconque résiste intérieurement ! Etrange péché , que celui de pécher contre le Saint-Esprit! Ce péché, irrémissible en ce monde et en l'autre, n'est-il pas celui de résister à l'invitation intérieure? Celui qui y résiste pour sa conversion sera puni en ce monde par le trouble, et en l'autre par les douleurs de l'enfer. Celui qui y résiste pour mourir sans réserve à lui-même, et pour se livrer à la grâce du pur amour , sera puni en ce monde par les remords , et en l'autre par le feu vengeur du purgatoire. Il faut faire son purgatoire en ce monde ou en l'autre , ou par le martyre intérieur du pur amour, ou par les tourments de la justice divine après la mort.
Heureux celui qui n'hésite jamais, qui ne craint que de ne suivre pas assez promptement, qui aime toujours mieux faire trop que trop peu contre lui-même! Heureux celui qui présente hardiment toute l'étoffe dès qu'on lui demande un échantillon et qui laisse tailler Dieu en plein drapl Heureux celui qui, ne se comptant pour rien, ne met jamais Dieu dans la nécessité de le ménager 1 Heureux celui que tout ceci n'effraie point!
On croit que cet état est horrible; on se trompe , on se trompe ! C'est là qu'on trouve la paix , la liberté, et que le cœur, détaché de tout , s'élargit sans bornes , en sorte qu'il devient immense ; rien ne le rétrécit ; et , selon la promesse , il devient une même chose avec Dieu même.
O mon Dieu, vous seul pouvez donner la paix qu'on éprouve en cet état-là. Plus l'àme se sacrifie sans ménagement , plus elle est
IIO DIRECTION CHRETIENNE
libre. Tandis qu'elle n'hésite point à tout perdre, elle possède tout. C'est une image de l'état des bienheureux, qui seront à jamais ravis en Dieu , dans ce transport , et heureux éternellement.
Vous faites , ô Epoux des âmes , éprouver dès cette vie aux âmes qui ne vous résistent jamais, un avant-goût de cette félicité. Comme il n'y a que la créature qui borne le cœur, le cœur n'étant jamais resserré ni par l'attachement aux créatures , ni par le retour sur luimême, il entre, pour ainsi dire, dans votre immensité. Rien ne l'arrête; il se perd toujours de plus en plus : mais, quoique sa capacité croisse à l'infini , vous le remplissez tout entier; il est toujours rassasié. Voilà, ô mon Dieu, la vraie et pure adoration en esprit et en vérité : vous cherchez de tels adorateurs, mais vous n'en trouvez guère.