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IL DOIT REDOUTER

LA MOLLESSE ET LA DISSIPATION (l)

E que VOUS avez le plus à craindre, c'est la mollesse et ramusement.

Ces deux déiauts sont capables de jeter dans les plus affreux désordres les personnes même les plus résolues à pratiquer la vertu, et les plus remplies d'horreur pour le vice. La mollesse est une lanj^ueur

(i) A un jeune militaire.

de l'âme, qui l'engourdit et qui lui ôte toute vie pour le bien ; mais c'est une langueur traîtresse, qui la passionne secrètement pour le mal, et qui cache sous la cendre un feu toujours prêt à tout embraser. Il faut donc une foi mâle et vigoureuse, qui gourmande cette mollesse sans l'écouter jamais. Sitôt qu'on l'écoute et qu'on marchande avec elle, tout est perdu. Elle fait même autant de mal selon le monde que selon Dieu. Un homme mou et amusé ne peut jamais être qu'un pauvre homme ; et s'il se trouve dans de grandes places, il n'y sera que pour se déshonorer. La mollesse ôte à l'homme tout ce qui peut faire les qualités éclatantes. Un homme mou n'est pas un homme; c'est une demi - femme. L'amour de ses commodités l'entraîne toujours, malgré ses plus grands intérêts. Il ne saurait cultiver ses talents, ni acquérir les connaissances nécessaires

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dans sa profession, ni s'assujétir de suite au travail dans les fonctions pénibles, ni se contraindre longtemps pour s'accommoder au goût et à l'humeur d'autrui, ni s'appliquer courageusement à se corriger.

C'est le paresseux de l'Ecriture, qui veut et ne veut pas; qui veut de loin ce qu'il faut vouloir, mais à qui les mains tombent de langueur dès qu'il regarde le travail de près. Que faire d'un tel homme? Il n'est bon à rien. Les affaires l'ennuient, la lecture sérieuse le fatigue, le service d'armée trouble ses plaisirs, l'assiduité même de la cour le gène. Il faudrait lui faire passer sa vie sur un lit de repos. Travaille-t-il, les moments lui paraissent des heures; s'amuse-t-il, les heures ne lui paraissent plus que des moments. Tout son temps lui échappe; il ne sait ce qu'il en fait; il le laisse couler comme l'eau sous les ponts. Demandez-lui ce qu'il a fait de sa matinée : il

n'en sait rien, car il a vécu sans songer s'il vivait; il a dormi le plus tard qu'il a pu, s'est habillé fort lentement, a parlé au premier venu, a fait plusieurs tours dans sa chambre, a entendu nonchalamment la messe. Le dîner est venu : l'après-dîner se passera comme le matin, et toute la vie comme cette journée. Encore une fois, un tel homme n'est bon à rien...

Venons aux moyens de vous précautionner contre vous-même.

Le premier est de vous faire un projet pour remplir votre temps, et de le suivre, quoi qu'il vous en coûte. Le second, c'est de mettre dans ce projet, comme l'article le plus essentiel, celui de faire tous les jours une demi-heure de lecture méditée, où vous ne manquerez jamais de renouveler vos résolutions contre votre mollesse. Le troisième, c'est que vous ferez tous les soirs un examen de votre jour-

AUX PERSONNES DE LA COUR I l'S

née, pour voir si la mollesse vous a entraîné et si vous avez perdu du temps. Le quatrième est de vous confesser régulièrement de quinze en quinze jours à un confesseur qui connaisse votre penchant, et que vous engagiez à vous soutenir vigoureusement contre vous-même... Pour vos occupations, il faut les régler soit à l'armée ou à la cour. Partout il faut se faire une règle, et ranger si bien toutes les choses, qu'on y manque fort rarement. Le matin, votre lecture méditée avant toute chose, et lorsqu'on vous croit encore au lit. Vers le soir, une autre lecture. Si vous vous sentez alors quelque goût à vous recueillir un peu en la faisant, vous vous accoutumerez par là peu à peu à faire le soir comme le matin. Mais d'abord il ne faut pas vous gêner et vous lasser de prières. Pendant la messe vous pourrez lire TEpître et l'Evangile, pour vous unir au prêtre dans le grand sacrifice de Jésus-

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Christ. Quelque pensée tirée de l'Évangile ou de l'Épître pourra vous aider à tenir votre esprit élevé à Dieu.

Il faut voir civilement tout le monde dans les lieux où tout le monde va, à la cour, chez le Roi, à l'armée, chez les généraux. Il faut tâcher d'acquérir une certaine politesse qui fait qu'on défère à tout le monde avec dignité. N.ul air de gloire, nulle affectation, nul empressement : savoir traiter chacun selon son rang, sa réputation, son mérite, son crédit : au mérite, l'estime; à la capacité accompagnée de droiture et d'amitié, la confiance et l'attachement ; aux dignités, la civilité et la cérémonie. Ainsi, satisfaire au public par une honnête représentation dans ces lieux où il n'est question que de représenter ; saluer et traiter bien en passant tout le monde, mais entrer en conversation avec peu de gens. La mauvaise compagnie déshonore, surtout un

jeune homme en qui tout est encore douteux...

Rien n'est si noble, si délicat, si grand, si héroïque que le cœur d'un vrai chrétien ; mais en lui rien de faux, rien d'affecté, rien que de simple, de modeste et d'effectif en tout...

Enfin souvenez-vous que la mollesse énerve tout, qu'elle affadit tout, qu'elle ôte leur sève et leur force à toutes les vertus et à toutes les quahtés de l'àme, même suivant le monde... Il est donc le rebut de Dieu et du monde, c'est un néant; il est comme s'il n'était pas; quand on en parle, on dit : Ce n'est pas un homme. Craignez ce défaut qui serait la source de tant d'autres.

Priez, veillez, mais veillez contre vousmême... Recourez assidûment aux sacrements, qui sont les sources de vie, et n'oubliez jamais que l'honneur du monde et celui de l'Évangile sont ici d'accord. Ces deux royaumes ne

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sont donnés qu'aux violents qui les emportent d'assaut.

(i) Jamais un moment de vide. Le moment où vous ne faites rien de réglé et de bon est le moment où vous faites un très-grand mal. Gourmandez-vous vous-même sans pitié sur la vie molle, oisive et amusée. Pour vos actions, quand elles sont bonnes en elles-mêmes, repoussez toutes les réflexions sur les motifs qui vous les ont fait faire. Vous ne finiriez jamais avec vous-même, vous vous troubleriez, vous tomberiez dans le découragement, et, par de vains raisonnements sur vos actions, vous perdriez tout le temps d'agir.

Il faut vous résoudre à mener une vie plus

(i) A un militaire.

active que la vôtre. Vous devez voir les gens de votre condition ; mais il faut être gai, libre, affable; rien de timide, ni de sauvage. Demandez à Dieu qu'il vous ôte votre air timide et trop composé ; donnez-vous à Dieu quand vous allez voir les gens; mais, pendant la conversation, ne soyez point distrait et rêveur, pour courir après la présence de Dieu qui vous échappe. Alors faites ce qu'il veut que vous fassiez, qui est d'être honnête et complaisant. Dans la suite, la présence de Dieu vous deviendra plus facile.

Ne prenez point la piété par un certain sérieux triste, austère et contraignant. Là où est l'esprit de Dieu, là est la vraie liberté (i). Si une fois vous l'aimez de tout votre cœur, vous serez presque toujours en joie avec le cœur au large. Si vous n'allez à lui qu'en juif,

(i) II Cor. III, 17.

par la crainte, vous ne le trouverez point, et vous ne trouverez, au lieu de lui, que gêne et trouble de cœur...

Qu'on voie que ce n'est point par grimace ni par noirceur, mais par vraie religion et avec courage, que vous renoncez aux débauches des jeunes gens. D'ailleurs, gaîté, discrétion, complaisance, sûreté de commerce et nulle façon ; peu d'amis, beaucoup de connaissances passagères ; soin de plaire à ceux qui passent pour les plus honnêtes gens et dont l'estime décide, ou à ceux qui excellent dans le métier dont vous souhaitez vous instruire.

(2) Je suis véritablement affligé de l'état pénible où vous vous dépeignez vous-même ; mais

(2) Au vidame d'Amiens.

ce qui me console est de voir combien vous le sentez et combien vous en craignez les suites. J'espérerai tout pour vous, tandis que vous appréhenderez tout de vous-même. Cette expérience de votre dissipation, de votre tiédeur, de votre relâchement, de votre fragilité, vous doit inspirer une grande défiance de votre cœur. On se flatte d'ordinaire d'avoir un cœur droit et sensible à ses vrais devoirs. Mais quel devoir peut-on jamais comparer à celui de n'être pas ingrat à l'égard de Dieu? On aurait horreur d'un homme assez dénaturé pour tomber dans l'ingratitude à l'égard d'un père, d'un bienfaiteur ou d'un ami de qui il aurait reçu de grands services. Vous avez reçu de Dieu votre corps, votre âme, ce vous-même qui vous est si cher, avec la vie et toutes ses commodités : en un mot, vous n'avez rien que vous ne teniez de Dieu seul. Jamais obligations ne peuvent être mises en aucune

comparaison avec celles dont Dieu vous a comblé.

C'est pourtant lui que vous oubliez à toute heure; c'est lui à qui vous préférez les plus méprisables amusements; c'est lui qui vous ennuie ; c'est lui qu'il vous tarde de quitter ; c'est lui à qui vous tournez le dos, pour courir après des hommes que vous méprisez et qui n'ont pour vous aucun autre mérite que celui de vous faire perdre du temps et de flatter un peu votre imagination.

Je gémis, dites-vous, de me trouver dans un goût si indigne. C'est ma consolation, de ce que je vous vois gémir : mais enfin, tel est votre goût ; il est aussi méprisable selon la raison, que dépravé et dangereux selon la foi. Après cette expérience continuelle de vousmême, que pouvez-vous encore espérer de votre cœur? Qu'y a-t-il de si méprisable qu'un goût si corrompu? Qu'y a-t-il de plus

honteux qu'une telle légèreté? A quel point ne devez-vous pas vous délier sans cesse d'un cœur si gâté et si insensible au vrai bien I

Vous ne pouvez vous résoudre à aimer celui qui est souverainement aimable et qui vous aime dès l'éternité, sans vous abandonner, lors même que vous lui êtes infidèle.

Vous ne pouvez renoncer à ce qui vous perdrait en ce monde, qui ne vous aime ni ne vous aimera jamais; à ces amusements si indignes, que vous n'oseriez les nommer au rang des choses sérieuses. Voilà ce que vous n'avez point de honte de mettre en la place de votre Dieu et de tous les biens éternels. Qu'y a-t-il donc de plus méprisable que votre cœur? Cœur de boue, toujours appesanti vers la terre, toujours incapable de sentir les grâces de Dieu I

Vous me demandez un moyen de sortir de cette espèce d'ensorcellement : mais ce moyen,

VOUS le savez ; et il vous demeure inutile, parce que vous ne vous en servez pas. Comment voulez -vous qu'un moyen vous soit utile, si vous n'en faites aucun usage? Le meilleur remède n'opère rien, quand on ne le prend pas.

Le moyen que vous demandez est de lire, de prier tous les jours, à certaines heures réglées; de fréquenter les sacrements, de fuir toutes les occasions de dissipation que vous pouvez retrancher sans manquer aux véritables bienséances de votre état; c'est de vous renouveler souvent pendant la journée dans la présence de Dieu ; c'est de vous humilier devant lui dès que vous éprouvez votre dissipation; c'est de revenir doucement à lui, sans vous décourager ni impatienter jamais ; c'est de vous supporter vous-même dans vos misères et dans vos indignités, sans vous flatter ni excuser en rien ; c'est de vous accoutumer

à n'espérer plus rien ni de votre raison, ni de votre courage, et à vous réfugier en Dieu seul avec une humble confiance; c'est de travailler avec le secours de Dieu, qui ne vous manquera point, et qui vous fait sur vos fautes tant de reproches intérieurs par une miséricorde secrète.

Vous ne devez pas être surpris de vous trouver si tiède, si dissipé, si fragile. C'est l'effet naturel d'une longue vie relâchée. Vos passions sont fortes; vous vivez au milieu du monde et des tentations les plus dangereuses ; votre foi n'est qu'à demi nourrie; votre amourpropre agit en pleine liberté dans tout ce que la crainte de Dieu ne vous reproche pas comme un désordre grossier. C'est vivre d'une vie mondaine que la crainte de Dieu modère ;

mais ce n'est pas vivre de l'amour de Dieu mis à la place de l'amour-propre. Ce n'est qu'en se livrant à Dieu par amour, et en nourrissant cet amour par une prière familière et fréquente, qu'on sort de cet état flottant. Quand on ne veut prendre de la religion qu'autant qu'il en faut pour apaiser les reproches de sa conscience et pour se donner une espérance qui console le cœur, on ne fait que languir intérieurement.

C'est un malade convalescent qui se contente de se nourrir suffisamment pour ne tomber pas à toute heure en défaillance, et, pour s'épargner de grandes douleurs, il ne fait que traîner, et il n'a aucune ressource. Vous me demanderez : Qu'est-ce qu'il faut faire? Le voici :

Il faut se regarder comme un homme qui a pris son parti, qui ne s'en cache point; qui ne rougit point de Jésus-Christ, quoiqu'il

évite toute affectation ; qui veut être «fixé dans le bien et ne regarder plus en arrière.

Il faut lire, prier, mais prier de cœur; fréquenter les sacrements, et se faire un plan de vie par le conseil d'un homme exempt de rigueur et de relâchement, qui ait une vraie expérience des voies de Dieu.

Il faut examiner, surtout dans l'oraison et immédiatement après vos communions, ce que Dieu demande de vous pour mourir à vos passions, pour vous précautionner contre vous-même, pour réprimer vos goûts et pour retrancher les amusements qui vous détournent de vos devoirs extérieurs, ou qui s'opposent à une vie de recueillement. Vous verrez que si vous vous abandonnez à l'esprit de grâce, il vous fera sentir ce qui vous arrête dans le chemin où Dieu vous appelle.

Il ne faut point être étonné, ni découragé de vos fautes. Il faut vous supporter vous-

même avec patience, sans vous flatter ni épargner pour la correction. Il faut faire pour vous comme pour un autre. Dès que vous vous apercevez que vous avez manqué, condamnez-vous intérieurement; tournez -vous du côté de Dieu pour recevoir votre pénitence ; dites avec simplicité votre faute à l'homme de Dieu qui a votre confiance. Recommencez à bien faire, comme si c'était le premier jour, et ne vous lassez pas d'être toujours à recommencer. Rien ne topche tant le cœur de Dieu que ce courage humble et patient.

Il ne faut pas se rebuter quoiqu'on éprouve en soi beaucoup de tentations et qu'on fasse même diverses fautes. La vertu, dit l'Apôtre, se perfectionne dans l'infirmité. C'est moins par le goût sensible et par les consolations spirituelles, que par l'humiliation intérieure et le recours fréquent à Dieu, qu'on s'avance vers lui.

LE CHRETIEN REPENTANT DOIT ETRE PLEIN DE CONFIANCE EN LA MISERICORDE DE DIEU (l)

ous demandez quelque motif de

confiance dans vos maux : mais ne

voyez-vous pas que vos maux sont

eux-mêmes la plus sensible preuve

des bontés de Dieu qui doive ranimer votre

(i) Au marquis de Seignelay, fils aîné du grand Colbcrt. Ses talents faisaient espérer un digne successeur de son père dans le soutien de la gloire de la marine française, fondée par Colbert, mais il mourut à 39 ans. Fénclon le guida, au milieu des affaires et des plaisirs, jusqu'à une sérieuse piété.

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confiance? Quel bonheur de faire une pénitence que vous n'avez point choisie et que Dieu vous impose lui-même! Non-seulement elle sert à expier le passé, mais encore elle est un contre-poison pour l'avenir. Elle vous arrache aux grands desseins d'ambition, que vous n'auriez jamais eu le courage de sacrifier à Dieu ; elle vous tient entre la vie et la mort, entre les plus grandes affaires et l'inutilité à tout ; elle vous met aux portes de la mort et vous en retire, après vous avoir montré de si près l'horrible gouffre qui engloutit tout ce que le monde admire le plus. Dieu vous renverse comme il renversa saint Paul aux portes de Damas, et il vous dit au fond du cœur : Il vous est dur de regimber contre l'aiguillon. Pourquoi me persécutez - vous ? Après cela, douterez-vous qu'il ne vous aime? S'il ne vous aimait, pourquoi ne vous aurait-il pas abandonné aux désirs de votre cœur? Pour-

AUX PERSONNES DE LA COUR l3l

quoi vous aurait-il poursuivi, pendant que vous le fuyiez avec tant de dureté et d'ingratitude? Aviez-vous mérité cette longue patience et ces retours de grâce tant de fois méprisée? Vous aviez éteint en vous l'esprit de grâce; vous aviez fait injure à cet esprit de vérité; vous aviez foulé à vos pieds le sang de l'alliance; vous étiez enfant de colère : et Dieu ne s'est point lassé ; il vous a aimé, malgré vous. Vous vouliez périr, et il ne voulait pas que vous périssiez. Il a ressuscité sa grâce en vous. Vous l'aimez, ou du moins vous désirez de l'aimer; vous craignez de ne l'aimer pas; vous avez horreur de vous-même à la vue de vos péchés et des bontés de Dieu. Croyez-vous qu'on puisse, sans être aidé par l'esprit de Dieu, désirer de l'aimer, craindre de ne l'aimer pas, avoir horreur de soi et de sa corruption? Non, non; il n'y a que Dieu qui fasse ces grands changements dans une âme aussi

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égarée et aussi endurcie qu'était la vôtre; et quand Dieu les fait, on ne peut douter qu'il n'aime cette âme d'un amour infini. Il voit mieux que vous la lèpre dont vous étiez couvert. C'est la multitude de vos plaies horribles qui, loin de le rebuter, a attiré sa compassion sur vous.

Eh I que faut-il à la souveraine miséricorde, sinon une extrême misère sur laquelle elle puisse se glorifier ? Oh ! que vous êtes un objet propres aux bontés de Dieu I elles paraissent en vous plus que dans un autre. Un autre pourrait s'imaginer que sa régularité de mœurs lui aurait attiré quelque grâce. Mais vous, qu'avez-vous fait à Dieu, sinon l'offenser, et l'offenser par des rechutes scandaleuses? Que vous doit-il? rien que l'enfer, mais l'enfer bien plus rigoureux qu'à un autre. Vous êtes donc celui à qui il se plaît de donner, car il vous doit moins qu'à tout autre...

AUX PERSONNES DE LA COUR l33

Il changera tous les maux en bien. La maladie du corps sera la guérison de l'âme. Vous bénirez Dieu avec consolation de vous avoir frappé de tant de plaies au dehors pour guérir ces autres plaies profondes et mortelles que l'orgueil et la mollesse avaient faites dans votre cœur. Vous verrez cette conduite secrète de miséricorde se développer peu à peu sur vous. Que tardez-vous à rendre gloire à Dieu, en vous livrant à lui sans condition et sans réserve? Plus vous vous fierez à lui, plus vous l'engagerez à prendre soin de vous. Je le prie de tout mon cœur de vous faire sentir la paix et la consolation qu'il y a à espérer en lui seul.

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(i) Ne VOUS attristez point sur vous-même. N espérez rien de votre faiblesse tant de fois honteusement éprouvée; mais espérez en la bonté de Dieu, qui prend, quand il lui plaît, des pierres pour en former des enfants d'Abraham, qui, comme ce saint patriarche, vivent de pure foi. Cette espérance doit produire de bons effets : l'un est une prière simple, fréquente et pleine d'amour, où l'on demande de bonne foi contre soi-même l'humilité, le renoncement à son goût et à sa vanité, la défiance de sa mollesse, le sacrifice de sa liberté, la patience dans les croix et l'abnégation de soi-même pour contenter l'esprit de grâce. L'autre effet de cette espérance est de faire souvent des efforts pour ne tomber point dans le relâchement, ou pour s'en relever avec promptitude.

(i) Au duc de Chaulnes.

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Il faut veiller sur soi contre soi... prévenir les chutes, se tourner sans cesse vers Dieu, pour lui ouvrir son cœur et pour l'écouter en silence au-dedans de soi, par rapport aux sacrifices que son amour exige.

Faites-vous, pour l'emploi de votre temps, ce que vous savez que Dieu demande de vous et que vous lui avez promis tant de fois? Ne seriez-vous pas honteux, si vous aviez manqué aussi souvent de parole au dernier des hommes, que vous en avez manqué à Dieu? Vous dites que vous l'aimez : est-ce ainsi qu'on aime ses amis, qui ne sont que de viles créatures? Voudriez- vous les jouer sans cesse par des promesses sans aucun effet ? Dieu demande-t-il trop en demandant la bonne foi et l'exactitude à tenir parole qu'un valet de

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charrue aurait droit de demander? Que ne préfère-t-on pas à Dieu I Un détail ennuyeux et plein d'épines, une occupation qui use à pure perte la santé, un emploi du temps dont on n'oserait rendre compte, un je ne sais quoi qui rend la vie obscure et qui dégrade dans le monde, c'est ce qu'on préfère à Dieu. Quel affreux ensorcellement! Priez, humiliez-vous pour rompre le charme; demandez à Dieu qu'il vous dégage de vos liens de goût et d'habitude. Tournez -vous contre vous-même; faites des efforts constants et soutenus ; défiezvous de la trahison de votre naturel, de la tyrannie de la coutume, et des beaux prétextes par lesquels on est ingénieux à se tromper. N'écoutez rien; commencez une nouvelle vie; elle vous sera d'abord dure, mais Dieu vous y soutiendra et vous en goûterez les fruits.

Heureux l'homme qui se fie à Dieu et non à soi! Que ne donnerais-je point pour vous

voir un nouvel homme I Je le demande à Dieu en ce saint temps où il fout renaître avec Jésus-Christ. Vous le pouvez, vous le devez : vous en répondrez au Maître. Accoutumezvous, par le recueillement, à dépendre de son esprit.

LE CHRETIEN QUI REVIENT A DIEU DOIT TOUT d'abord EXAMINER SA CONSCIENCE

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