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ET SE FAIRE UNE REGLE DE CONDUITE

UAND (i) VOUS aurez bien affermi les principes de la religion dans votre cœur, il faudra entrer dans l'examen de votre conscience pour réparer les fautes de la vie passée.

Le premier pas, pour cet examen, est de vous mettre dans les dispositions que vous défi) A un seigneur de la cour.

AUX PERSONNES DE LA COUR I Sq

vez à Dieu... Pour nous affliger de nos fautes, il faut que nous ayons dans le cœur l'amour de la vertu qui est opposée à ces fautes-là. Voulez-vous discerner exactement toutes les fautes que vous avez commises contre Dieu? commencez à l'aimer. C'est l'amour de Dieu qui vous éclairera et qui vous donnera un vif repentir de vos ini^ratitudes à l'égard de cette bonté infinie. Demandez à un homme qui ne connaît point Dieu et qui est indifférent pour lui, en quoi il l'a offensé : vous le trouverez grossier en ses fautes; il ne connaît ni ce que Dieu demande, ni en quoi on peut lui manquer. Il n'y a que l'amour qui nous donne une vraie délicatesse sur nos péchés. Ouvrez les yeux dans un lieu sombre, vous n'apercevrez rien dans l'air; mais ouvrez -les près d'une fenêtre, aux rayons du soleil, vous y découvrirez jusqu'aux moindres atomes. Apprenez donc à connaître la bonté de Dieu et

tout ce qui lui est dû. Commencez par l'aimer, et l'amour fera votre examen de conscience mieux que vous ne sauriez le faire. Aimez, et l'amour vous servira de mémoire pour vous reprocher, par un reproche tendre et qui porte sa consolation avec lui, tout ce que vous avez jamais fait contre l'amour même... Il faut dire à Dieu d'un cœur humble, avec saint Augustin (i) : « O beauté ancienne et toujours (( nouvelle, je vous ai connue et je vous ai « aimée trop tardi » Ohl que d'années perdues I Hélas I pour qui ai-je vécu, ne vivant point pour vous? Moins vous sentirez cet amour, plus il faut demander à Dieu qu'il daigne l'allumer dans votre cœur.

(1) Confessions.

(i) A l'égard du passé, il ne reste qu'à l'abandonner à Dieu avec une humble confiance, et qu'à le réparer par une fidélité sans relâche. On demande des pénitences pour le passé : en faut-il de plus grandes et de plus salutaires que de porter les croix présentes? C'est bien réparer les vanités passées que de devenir humble et de consentir que Dieu nous rabaisse.

La plus rigoureuse de toutes les pénitences est de faire en chaque jour et en chaque heure la volonté de Dieu plutôt que la sienne, malgré ses répugnances, ses dégoûts, ses lassitudes. Ne songeons donc qu'au présent et ne nous permettons pas même d'étendre nos vues avec curiosité sur l'avenir. Cet avenir n'est pas encore à nous; il n'y sera peut-être jamais. C'est se donner une tentation, que de vouloir

(i) A un homme du monde.

prévenir Dieu et se préparer à des choses qu'il ne nous destine point. Quand ces choses arriveront, Dieu nous donnera des lumières et des forces convenables à cette épreuve... C'est la fidélité du présent qui prépare notre fidélité pour l'avenir.

(i) Il n'y a pas de marché à faire avec Dieu : il est le maître. Il faut se donner à lui et se taire, se laisser mener et ne voir pas même jusqu'où l'on ira. Abraham quittait sa patrie et courait vers une terre étrangère, sans savoir où il allait. Imitons son courage et sa foi. Quand on se fait des règles et des bornes dans sa conversion, on marche sous sa propre conduite; quand on se donne à Dieu sans ména-

(i) Au marquis de Seignelay.

gement, on rend Dieu, pour ainsi dire, le garant de tout ce qu'où fait.

(i) Soyez ferme dans vos exercices de piété, c'est-à-dire dans vos lectures, votre oraison réglée de chaque jour, vos confessions et vos communions.

Que votre oraison ait toujours des sujets réglés et proportionnés à vos besoins, pour humilier l'esprit...

Que vos lectures tendent aux choses de pratique et à la correction de vos défauts ; appliquez à votre personne tout ce que vous lirez...

( I ) Au marquis de Blainville, quatrième fils du grand Colbcrt. Lieutenant-général des armées du Roi ; mourut à Ulm, des blessures reçues à la bataille d'Hochstett.

Evitez de juger d'autrui en mal, sans nécessité ; que la vue de vos défauts vous empêche d'être si délicat et si rigoureux contre ceux d'autrui.

Accoutumez- vous à suspendre votre jugement dans toutes les choses où l'ordre de la prudence ne vous oblige pas de juger. Cette habitude de décider, et de décider en mal, entretient une précipitation de jugement, une présomption, une critique âpre et maligne, un attachement à son propre sens et un mépris de celui d'autrui, qui sont incompatibles avec la vie intérieure, où il faut être doux et humble de cœur...

Ne songez à aucun changement d'état par inquiétude, par langueur, par une mauvaise honte d'être inutile dans le monde, par la démangeaison de faire un personnage.

Les genres de vie que vous n'avez point éprouvés ont leur piège, leurs épines, leurs

langueurs, que vous ne voyez pas de loin. A chaque jour suffit sofi mal; quand demain sera venu, il aura soin de lui-même (i). Aujourd'hui, ne soyez qu'à aujourd'hui.

(2) Une règle très-importante, c'est de vous abstenir d'une faute, toutes les fois que vous l'apercevrez avant que de la faire ; gardez-vous bien de résister à l'esprit de Dieu, qui vous avertit intérieurement, et que vous éteindriez. Il est délicat, il est jaloux; il veut être écouté et suivi. Si on le contriste, il se retire; la moindre résistance lui est une injure ; que tout lui cède en vous, dès qu'il se fait sentir...

(i) Matth. VI, 34.

(2) A la comtesse de Gramont (Elisabeth Hamilton), dame du palais de la reine Marie -Thérèse, femme de Louis XIV.

Pour les fautes qu'on n'aperçoit qu'après qu'elles sont commises, l'inquiétude et le dépit de l'amour-propre ne les raccommoderont jamais : au contraire, ce dépit n'est qu'une impatience de l'orgueil, à la vue de ce qui le confond. L'unique usage à faire de ses fautes est donc de s'en humilier en paix. Je dis en paix, parce que ce n'est point s'humilier, que de prendre l'humiliation avec chagrin et à contre-cœur. Il faut condamner sa faute, sans chercher l'adoucissement d'aucune excuse, et se voir soi-même devant Dieu dans cet état de confusion, sans s'aigrir contre soi-même et sans se décourager, mais profitant en paix de l'humiliation de sa faute.

n^evoirs de la vie chrétienne

LE CHRETIEN DOIT COMBATTRE SES DEFAUTS ET SURTOUT LORGUEIL (l)

E qui m'embarrasse le plus n'est ni votre promptitude envers vos domestiques, ni vos oppositions envers les gens qui vous traversent; ce que je crains pour vous, c'est votre hauteur naturelle et votre violente pente aux plaisirs. Je crains votre hauteur, parce que vous ne

(i) Au marquis de Seignelay.

pouvez être à Dieu et vous remplir de son esprit, qu'autant que vous vous viderez de vousmême et que vous vous mépriserez sincèrement. Dieu est jaloux de sa gloire et celle des hommes l'irrite. // résiste aux superbes, et donne sa gloire aux humbles (i). Il dessèche, dit encore l'Ecriture, les racines des nations superbes (2). Vous voyez qu'il les dessèche, c'est-à-dire qu'il les fait mourir jusqu'à la racine. Si vous n'êtes petit devant Dieu , si vous ne renoncez à la gloire mondaine , il ne vous bénira jamais. Pour la pente aux plaisirs, elle me ferait trembler pour vous, si je n'étais bien persuadé que Dieu ne commence son œuvre que pour l'achever. Vous êtes environné de gens de plaisir ; tout ne respire chez vous que l'amusement et la joie profane ; tous les amis

(i) Jac. IV, 6.

(2) Eccli. X, 18.

qui ont votre confiance ne sont pleins que de maximes sensuelles ; ils sont en possession de vous parler selon leurs cœurs corrompus. Par nécessité, il faut changer de ton.

Demandez donc ù Dieu un front d'airain contre l'iniquité : demandez-lui cette bouche et cette sagesse qu'il a promises aux siens pour les rendre victorieux de la sagesse mondaine. Il n'est pas question de prêcher, ni de baisser les yeux ; mais il s'agit de se taire , de tourner ailleurs la conversation , de ne témoigner nulle lâche complaisance pour le mal

Un faux ménagement entre Dieu et le monde ne contentera ni Dieu, ni le monde

Pour le changement de votre cœur, voici ce qui est essentiel et que je vous demande au nom de Dieu ; c'est que vous soyez pleinement résolu de faire deux choses : la première, de recevoir sans hésiter toutes les lumières que Dieu vous donnera peut-être dans la suite

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pour aller plus loin que vous ne vous proposez d'aller d'abord ; par exemple , promettez à Dieu, de bonne foi, que si vous ne connaissez pas encore tout ce que vous lui devez, soit pour la réparation des scandales ou des injustices , soit pour l'usage de vos biens et de votre autorité , vous ne fermerez jamais les yeux à la lumière , et qu'au contraire, vous serez ravi d'avancer toujours dans la connaissance de vos devoirs.

La seconde chose est une ferme et sincère résolution de suivre toujours, quoi qu'il vous en coûte , la lumière que Dieu vous donnera ; en sorte que, s'il vous découvre dans la suite plus de devoirs à remplir et plus de victoires à remporter sur vous, vous ne résisterez jamais au Saint-Esprit, mais qu'au contraire, vous foulerez aux pieds tous les obstacles pour ne jamais manquer à Dieu.

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(i) Il faut se supporter patiemment soimême, sans se flatter, et s'assujétir sans relâche à tout ce qui peut vaincre nos pentes et nos répugnances intérieures , pour nous rendre plus souples aux impressions de la grâce pour la pratique de l'Evangile. Mais ce travail doit être paisible et sans trouble : il doit même être modéré, pour n'entreprendre pas de fait tout l'ouvrage en un seul jour. Il faut tâcher de raisonner peu et de faire beaucoup. Si on n'y prend garde , toute la vie se passe en raisonnements, et il faudrait une seconde vie pour la pratique. On court risque de se croire avancé, à proportion des lumières qu'on a sur la perfection. Toutes ces belles idées ,

(i) Au marquis de Blainville.

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loin d'avancer la mort à nous-mêmes, ne servent qu'à entretenir secrètement la vie d'Adam en nous, par une confiance en nos vues. Soyez bien désabusé de votre esprit et de vos vues de perfection ; ce sera un grand pas pour devenir parfait. La petitesse et la défiance de vous-même, avec l'ingénuité, sont les vertus fondamentales chez vous.

Je vous recommande toujours de craindre la hauteur , la confiance en vos pensées , la décision dans vos discours : soyez doux et humble de cœur, c'est-à-dire que la douceur doit venir d'une humilité sincère : l'âpreté et le défaut de modération ne viennent que d'orgueil. Pour s'adoucir , il faut se rabaisser et s'apetisser par le fond du cœur. Un cœur

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humble est toujours doux et maniable dans le fond, quand même la superficie serait rude par les surprises d'une humeur brusque et chagrine. Veillez , priez , travaillez , supportez-vous vous-même, sans vous flatter. Que vos lectures et vos oraisons se tournent à vous éclairer sur vous-même, à vous corriger et à vaincre votre naturel en présence de Dieu.

Ne vous découragez point dans l'expérience de vos infidélités. Rien n'est si humiliant que la hauteur, quand Dieu la fait voir et qu'il en montre toute la déraison. Du moins, quand vous apercevez qu'elle vous a échappé, ramenez-vous, rapetissez-vous, rabaissez-vous, et qu'alors la pratique réelle soit le fruit de votre bonne volonté : autrement, vous n'auriez qu'en

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paroles la haine de la hauteur et l'amour de la petitesse. Un grand point , c'est d'être simple et de bonne foi dans le désir de se corriger ; alors on ne déguise , on ne soutient , on n'excuse point les hauteurs. On recule, on répare ; on avoue qu'on s'est trompé, ou qu'on a été trop vif ; on fait sentir que la hauteur n'est pas du fonds, et qu'on en souffre plus de confusion que ceux qu'on a fait souffrir. Ce qui n'est que dans la promptitude de l'humeur n'est que faiblesse, il faut s'en corriger ; mais ce mal n'est pas le plus dangereux. Pour la hauteur, elle vient de plénitude : c'est un fonds d'orgueil de démon. Ce fonds rend faux , âpre, dur, tranchant, dédaigneux, critique.

Soyez retenu avec le prochain, pour ne prendre aucun ascendant , pour éviter la dérision et la moquerie. Rappelez la présence de Dieu; humiliez- vous devant lui, pour demeu-

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rer humble devant les hommes. Ne prenez des hommes que ce qu'il vous en faut pour les besoins de la société.

Soyez bon homme, sans hauteur, ni dérision , ni critique , ni dédain , ni délicatesse , ni tour de passe-passe d'amour-propre. Soyez vrai , ingénu , en défiance de votre propre sens. Soyez fidèle à renoncer à votre vanité et aux sensibilités de votre amour-propre, dès que Dieu vous le montre intérieurement.

Pendant que la lumière luit , suive:{-la pour être enfayit de lumière (i). Je prie Dieu qu'il vous rende doux , simple et enfant avec Jésus né dans une crèche. Ne soyez point habile , ni décisif, ni attentif aux fautes d'autrui , ni délicat et facile à blesser, ni meilleur en apparence qu'en vérité. Oh I que la vérité est maltraitée dans ce qui paraît le meilleur en nous I

(i) Joan. xir, 36.

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Retranchez toutes les curiosités qui passionnent, et soyez fidèle à ne jamais parler sans nécessité de ce que vous sauriez mieux qu'un autre.

(i) A l'égard des choses journalières, qui sont des suites attachées à vos devoirs, ou des occasions de providence , quoiqu'elles soient incommodes et dissipantes, il n'y a qu'à les souffrir en paix. C'est une grande consolation de pouvoir penser que Dieu se cache sous l'importun , comme il se cache sous les amis les plus édifiants. Sous la figure de l'importun , il faut regarder Dieu qui fait tout et qui n'est pas moins attentif à nous mortifier par l'importunité , qu'à nous instruire et à nous

(i) A la comtesse de Gramont.

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toucher par les bons exemples. L'importun que Dieu nous envoie sert à rompre notre volonté, ù renverser nos projets, ù nous taire désirer avec plus d'ardeur le silence et le recueillement, ù nous détacher de nos arrangements, de notre repos, de nos commodités et de notre goût ; à humilier notre esprit pour l'accommoder à celui d'autrui; à nous confondre, toutes les fois que l'impatience nous échappe dans ces contre-temps ; à exciter dans nos cœurs une faim plus grande de Dieu, pendant qu'il semble s'éloigner de nous, à cause de cette agitation.

Ce n'est pas qu'il taille s'agiter et s'exposer jamais, par son propre choix, aux compagnies qui dissipent ; ù Dieu ne plaise ! ce serait tenter Dieu, et chercher le péril; mais pour les assujétissements de providence contre lesquels on se précautionne, en se réservant des heures de lecture et de prière, comptez qu'ils se tour-

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neront à bien. Tout ce qui est dans la main de Dieu y fructifie. Souvent même ces choses qui vous font soupirer après la solitude, vous sont plus utiles pour vous humilier et pouf mourir à vous-même, que la solitude la plus profondé: Allons selon que Dieu nous mène, au jour la journée, mettant chaque moment à profit, sans regarder plus loin. Quelquefois une lecture merveilleuse, une méditation fervente, ou une conversation dont vous seriez charmée, flatterait votre goût, vous rendrait contente et pleine de vous-même, vous persuaderait que vous êtes bien avancée, et ne ferait que vous rendre plus hautaine. Tenezvous donc à cette règle simple : n'attirez rien qui vous dissipe, mais supportez en paix tout ce que Dieu vous donne, malgré vous, pour vous déranger. Quelle illusion! on cherche Dieu bien loin, dans des projets peut-être impossibles, et on ne songe pas qu'on le possède

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dès à présent, au milieu des tracas, pourvu qu'on y supporte humblement et avec courage rimportunité des créatures et ses propres imperfections.

Je n'ai qu'une chose à vous dire sur l'amour du prochain, c'est que l'humilité seule vous rendra traitable là-dessus : la vue seule de vos misères peut vous rendre compatissante et indulgente pour celles d'autrui. Vous me direz : Je vois bien que l'humilité doit produire le support du prochain ; mais qu'est-ce qui produira rhumiUté? Deux choses mises ensemble la produiront ; ne les désunissez jamais. La première est la vue de l'abîme de misère d'où la puissante main de Dieu vous a tirée, et audessus duquel il vous tient comme suspendue en l'air. La seconde est la présence de ce Dieu qui est tout : ce n'est qu'en voyant Dieu et en l'aimant, qu'on s'oublie soi-même, qu'on se désabuse de ce néant qui nous avait éblouis.

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et qu'on s'accoutume à s'apetissser avec consolation sous cette haute majesté qui engloutit tout. Aimez Dieu, et vous serez humble; aimez Dieu, et vous ne vous aimerez plus vous-même ; aimez Dieu, et vous aimerez tout ce qu'il veut que vous aimiez pour l'amour de lui.

Le recueillement est l'unique remède à vos hauteurs, à l'àpreté de votre critique dédaigneuse, aux saillies de votre imagination, à vos impatiences contre ceux qui vous servent, à votre goût pour le plaisir, et à tous vos autres défauts. Ce remède est excellent, mais il a besoin d'être fréquemment renouvelé... Supportez-vous vous-même, sans vous flatter ni décourager. On trouve rarement ce milieu : on se promet beaucoup de soi et de sa bonne

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intention, ou bien on desespère de tout. N'espérez rien de vous ; attendez tout de Dieu. Le désespoir de notre propre faiblesse, qui est incorrigible, et la confiance sans réserve en la toute-puissance de Dieu, sont les vrais fondements de tout l'édifice spirituel. Quand vous n'aurez pas de grands temps à vous, ne laissez pas de profiter des moindres moments qui vous restent ; il ne faut pas beaucoup de temps pour aimer Dieu, pour se renouveler en sa présence, pour élever son cœur vers lui, ou l'adorer au fond de son cœur, pour lui offrir ce que Ton fait et ce qu'on souffre. Voilù le vrai royaume de Dieu au-dedans de vous, que rien ne peut troubler.

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(i) Pour les gens qui cherchent Dieu, ils sont et demeurent souvent pleins de misères ; non que Dieu autorise leurs imperfections, mais parce que leurs imperfections les arrêtent et les empêchent d'aller à Dieu par le plus court chemin. Ils ne peuvent aller vite, car ils sont trop chargés et d'eux-mêmes et de tout ce grand attirail de choses superflues qu'ils rapportent à eux avec tant d'empressement et de jalousie. Les uns croient aller droit, usant toujours de certains petits détours pour parvenir à leurs fins qui leur semblent permises. Les autres ignorent leur propre cœur, jusqu'à s'imaginer qu'ils ne tiennent plus à rien, quoiqu'ils tiennent encore à tout, et que le moindre intérêt ou la moindre prévention les surmonte.

On se flatte sur ses raisons dans le temps

(i) A une personne de la cour.

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qu'on croit peser celles d'autrui au poids du sanctuaire ; et par là, on devient injuste, ne parlant que de justice et de bonne foi. On se prévient contre les gens dont on est jaloux ; la jalousie, cachée dans les derniers replis du cœur, exagère les moindres défauts : on en est plein, on ne peut s'en taire, on s'échappe malgré soi à laisser entrevoir son dégoût et son mépris. De là viennent les critiques déguisées et les mauvais offices qu'on rend sans penser à les rendre.

Il y a des fautes de promptitude et de fragilité que vous comprenez bien , qui ne sont pas incompatibles avec une piété sincère : mais vous ne comprenez pas aussi clairement que d'autres défauts, qui viennent de faiblesse , d'illusion , d'amour-propre et d'habi-

tude , compatissent avec une véritable intention de plaire à Dieu. A la vérité, cette intention n'est ni assez pure, ni assez forte; mais quoique faible et imparfaite , elle est sincère dans ses bornes. On est avare , mais on ne voit point son avarice ; elle est couverte de prétextes spécieux ; elle s'appelle bon ordre , soin d-e ne rien perdre, prévoyance des besoins. On est envieux, mais on ne sent pas en soi cette passion basse et maligne qui se cache : elle n'oserait paraître , car elle donnerait trop de confusion ; elle se déguise, et quelquefois elle trompe bien plus la personne qui en est tourmentée, que les autres qui l'examinent de près avec des yeux critiques. On est âpre , délicat , difficultueux , ombrageux sur les affaires ; c'est l'intérêt qui fait tout cela ; mais l'intérêt se pare de cent belles raisons. Ecoutez-le , vous ne finirez point ; il faudra lui avouer qu'il n'a point de tort. Je conclus

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que les gens de bien , et vous-même comme les autres , sont pleins d'imperfections mélangées avec leur bonne volonté , parce que leur volonté, quoique bonne, est encore faible, partagée et retenue par les secrets ressorts de l'amour-propre.

Votre ardeur même contre les défauts d'autruj est un grand défaut. Ce dédain des misères d'autrui est une misère qui ne se connaît pas assez elle-même... Les impressions passagères que vous prenez sont trop fortes. Vous les prenez vivement, selon les différentes occasions ; au lieu que vous pourriez prendre de sang-froid certaines vues justes, qui seraient fixes, qui conviendraient à tous les événements particuliers, qui vous donneraient une clef générale de tous les détails, et qui ne seraient guère sujettes à changer.

Vous craignez de tomber dans le mépris de tout le genre humain. En un sens, je voudrais

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que vous le méprisassiez tout entier, autant qu'il est méprisable. La seule lumière de Dieu peut , en croissant , vous donner cette pénétration de l'abîme du mal qui est dans tous les hommes. Mais, en connaissant à fond tout ce mal , il faut connaître aussi le bien que Dieu y mêle. C'est ce mélange de bien et de mal qu'on a de la peine à se persuader. C'est le bon et le mauvais grain que l'ennemi a mis ensemble. Les serviteurs veulent les séparer; mais le père de famille s'écrie : Laissez-les croître ensemble jusqu'au jour de la moisson.

Le principal est de ne se point décourager à la vue d'un si triste spectacle, et de ne pousser pas la défiance trop loin Vous avez

beaucoup à vous précautionner de ce côté-là ; car , outre que la place où vous êtes fait passer en revue devant vous les misères de tout le genre humain, d'ailleurs l'envie, la jalousie,

la témérité des jugements et la malignité des mauvais offices empoisonnent une infinité de choses innocentes , et exagèrent sans pitié

beaucoup de légères imperfections Mais

Dieu s'est réservé de vrais serviteurs; s'ils ne font pas tout , ils font beaucoup par comparaison au reste du monde corrompu et par rapport à leur naturel. Ils reconnaissent leurs imperfections, ils s'en humilient, ils les combattent ; ils s'en corrigent lentement, à la vérité, mais enfin ils s'en corrigent; ils louent Dieu de ce qu'ils font ; ils se condamnent de ce qu'ils ne font pas. Dieu s'en contente ; contentez-vous-en.

Si vous trouvez, comme je le trouve, que Dieu devrait être mieux servi , aspirez donc sans bornes et sans mesures à ce culte de vérité, d'où tout ce qui ne se rapporte pas à Dieu est banni comme une infidélité et un intérêt propre. Oh ! si vous étiez dans ce

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bienheureux état , bien loin de supporter impatiemment ceux qui n'y seraient pas , l'étendue immense de votre cœur vous rendrait indulgent et compatissant pour toutes les faiblesses qui rétrécissent les cœurs intéressés. Plus on est parfait , plus on s'apprivoise avec l'imperfection. Les pharisiens ne pouvaient supporter les publicains et les femmes pécheresses, avec qui Jésus-Christ était avec tant de douceur et de bonté. Quand on ne tient plus à soi , on entre dans cette grandeur de Dieu que rien ne lasse ni ne rebute.

Que la paix, la vérité, la simpHcité, la liberté, la foi pure, l'amour sans intérêt fassent de vous l'holocauste !

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