‹ Direction chrétienneChapitre 29 sur 36 · JOAN. XIV · texte numérisé non relu

JOAN. XIV

I. Tous les hommes cherchent la paix, mais ils ne la cherchent pas où elle est. La paix que fait espérer le monde est aussi différente et aussi éloignée de celle qui vient de Dieu, que Dieu lui-même est différent et éloigné du monde; ou plutôt le monde promet la paix, mais il ne peut la donner. Il présente des plaisirs qui passent; mais ces plaisirs ne valent pas ce qu'ils coûtent. Jésus-Christ seul

peut mettre l'homme en paix. Il nous met d'accord avec nous-mêmes, guérit nos passions et règle nos désirs; il console par l'espérance des biens éternels; il donne la joie du Saint-Esprit ; il fait goûter cette joie intérieure dans la peine même; et, comme la source qui la produit est intarissable, et que le fond de l'âme où elle réside est inaccessible à toute la malignité des hommes, elle devient pour le juste un trésor que personne ne peut lui ravir.

II. La vraie paix n'est que dans la possession de Dieu, et la possession de Dieu ici-bas ne se trouve que dans la soumission à la foi et l'obéissance à sa loi. Elles entretiennent au fond du cœur un amour pur et sans mélange. Eloignez de vous tous les objets défendus ; retranchez tous les désirs sans rapport à Dieu ; bannissez tout empressement et toute inquiétude ; ne désirez que Dieu, et vous goûterez

la paix, vous la goûterez malgré le monde. Qu'est-ce qui vous trouble? La pauvreté, le mépris, les mauvais succès, les croix intérieures et extérieures ? Regardez Xout cela dans la main de Dieu comme de véritables faveurs qu'il distribue à ses amis, et dont il daigne vous faire part ; alors le monde changera de face pour vous, et rien ne vous ôtera votre paix.

XVIII»^ JOUR Joies trompeuses.

J'ni reganlè les ris comme un songe, et j'ai dit a la joie : Pour- (luoi me irompei-vous?

(ECCL. Il, f.)

I. Le monde se réjouit comme les malades qui sont en délire, ou comme ceux qui révent agréablement en dormant. On n'a garde de trouver de la solidité, quand on ne s'attache qu'à une peinture vaine, à une image creuse, à une ombre qui fuit, à une figure qui passe. On ne se réjouit qu'à cause qu'on se trompe, qu'à cause qu'on croit posséder beaucoup, lors même qu'on ne possède rien. Au réveil de la

mort on se trouvera les mains vides, et l'on sera honteux de sa joie. Malheur donc à ceux qui ont, en ce monde, une fausse consolation qui les exclut de la véritable! Disons sans cesse à la joie vaine et évaporée que le siècle inspire : Pourquoi me trompe:{-vous si grossièrement? Rien n'est digne de nous donner la joie, que notre bienheureuse espérance. Tout le reste qui n'est pas fondé là-dessus n'est qu'un songe.

II. Celui qui boira de cette eau aura encore soif. Plus on boit des eaux corrompues du siècle, plus on est altéré. A mesure que l'on se plonge dans le mal, à mesure il naît des désirs inquiets dans le cœur. La possession des richesses ne fait qu'irriter la soif. L'avarice et l'ambition sont plus mécontentes de ce qu'elles n'ont pas encore, qu'elles ne sont satisfaites de tout ce qu'elles possèdent. La jouisssance des plaisirs ne fait qu'amollir

SUJETS DE MÉDITATION SSy

l'âme; elle la corrompt, elle la rend insatiable. Plus on se relâche, plus on veut se relâcher. Il est plus facile de retenir son cœur dans un état de ferveur et de pénitence, que de le ramener, ou de le contenir, lorsqu'il est une fois dans la pente du plaisir et du relâchement. Veillons donc sur nous-mêmes. Gardons-nous de boire d'une eau qui augmenterait notre soif. Conservons notre cœur avec précaution, de peur que le monde et ses vaines consolations ne le séduisent et ne lui laissent à la fin que le désespoir de s'être trompé.

XIX« JOUR Sur les saintes larmes.

Bienheureux eeux qui pleurent, parce qu ils seront consolés.

(Mattu V, 5.)

I. Quel nouveau genre de larmes I dit saint Augustin ; elles rendent heureux ceux qui les versent. Leur bonheur consiste à s'affliger, à gémir de la corruption du monde qui nous environne, des pièges dont nous sommes entourés, du fonds inépuisable de corruption qui est au milieu de notre cœur. C'est un grand don de Dieu, que de craindre de perdre son arBiour, que de craindre de s'écarter de la

voie étroite. C'est le sujet des larmes des Saints. Quand on est en danger de perdre ce que l'on possède de plus précieux, et de se perdre soimême, il est difficile de se réjouir. Quand on ne voit que vanité, qu'égarement, que scandale, qu'oubli et que mépris du Dieu qu'on aime, il est impossible de ne pas s'affliger. Pleurons donc ù la vue de tant de sujets de larmes ; notre tristesse réjouira Dieu. C'est Dieu lui-même qui nous l'inspire; c'est son amour qui fait couler nos larmes : il viendra lui-même les essuyer.

II. On entend Jésus-Christ qui dit : Malheur à vous qui rie:{ ! et l'on veut rire. On l'entend dire : Malheur à vous, riches, qui ave:{ votre consolation en ce monde! et l'on recherche toujours les richesses. Il dit : Heureux ceux qui pleurent ! et l'on ne craint rien tant que de pleurer. Il faut pleurer ici-bas non-seulement les dangers de notre condition,

mais tout ce qui est vain et déréglé. Pleurons sur nous et sur le prochain. Tout ce que nous voyons au-dedans et au dehors n'est qu'affliction d'esprit, que tentation et que péché. Tout mérite des larmes. Le vrai malheur est d'aimer ces choses si peu dignes d'être aimées. Que de raisons de pleurer! C'est le mieux qu'on puisse faire. Heureuses larmes que la grâce opère, qui nous dégoûtent des choses passagères, et qui font naître en nous le désir des biens éternels I

XX*' JOUR De la prudence du siècle.

La prudence de la chair est lu morl.

(Rom. VIII, 6 )

I. La prudence des enfants du siècle est grande, puisque Jésus-Christ nous en assure dans l'Évangile, et elle est même souvent plus grande que celle des enfants de Dieu ; mais il se trouve en elle, malgré tout ce qu'elle a d'éclatant et de spécieux, un effroyable défaut; c'est qu'elle donne la mort à tous ceux qui la prennent pour règle de leur vie. Cette prudence tortueuse et féconde en subtilités est

ennemie de celle de Dieu, qui marche toujours dans la droiture et dans la simplicité. Mais que servent aux prudents du siècle tous leurs talents, puisqu'à la fin ils se trouvent pris dans leurs propres pièges ? L'apôtre saint Jacques donne à cette prudence le nom de terrestre, à' animale et de diabolique : terrestre, parce qu'elle borne ses soins à l'acquisition et à la possession des biens de la terre ; animale, parce qu'elle n'aspire qu'à fournir aux hommes tout ce qui flatte leurs passions, et à les plonger dans les plaisirs des sens ; diabolique, parce qu'ayant tout l'esprit et toute la pénétration du démon, elle en a toute la malice. Avec elle on s'imagine tromper tous les autres et l'on ne trompe que soi-même.

1 1 . Aveugles donc tous ceux qui se croient sages, et qui ne le sont pas de la sagesse de Jésus-Christ, seule digne du nom de sagesse ! ils courent, dans une profonde nuit, après des

fantômes. Ils sont comme ceux qui, dans un songe, pensent être éveillés, et qui s'imaginent que tous les objets du songe sont réels. Ainsi sont abusés tous les grands de la terre, tous les sages du siècle, tous les hommes enchantés par les faux plaisirs. Il n'y a que les enfants de Dieu qui marchent aux rayons de la pure vérité. Qu'est-ce qu'ont devant eux les hommes pleins de leurs pensées vaines et ambitieuses? Souvent la disgrâce ; toujours la mort, le jugement de Dieu et l'éternité. Voilà les grands objets qui s'avancent et qui viennent au-devant de ces hommes profanes ; cependant ils ne les voient pas. Leur pohtique prévoit tout, excepté la chute et l'anéantissement inévitable de tout ce qu'ils cherchent. O insensés I quand ouvrirez-vous les yeux à la lumière de Jésus-Christ, qui vous découvrirait le néant de toutes les grandeurs d'ici- bas?

XXP JOUR Confiance en Dieu.

11 vaut mieux mettre sa confiance dans le Seigneur, que de la mettre dans l'homme.

(P9. cxvii, 8.)

I. Vous vous confiez tous les jours à des amis faibles, à des hommes inconnus, à des domestiques infidèles, et vous craignez de vous fier à Dieu. La signature d'un homme public vous met en repos sur votre bien , et l'Évangile éternel ne vous rassure pas. Le monde vous promet, et vous le croyez ; Dieu vous jure, et vous avez de la peine à le croire. Quelle honte pour luil quel malheur pour

vous! Rétablissons tout dans l'ordre. Faisons avec modération ce qui dépend de nous. Attendons sans bornes ce qui dépend de Dieu. Réprimons tout empressement , toute inquiétude déguisée sous le nom de raison ou de zèle. Celui qui en use ainsi s'établit en Dieu, et devient immobile comme la montagne de Sion.

II. La confiance pour le salut doit être encore plus élevée et plus ferme.

Je puis tout en Celui qui me fortifie. Quand je croyais tout pouvoir, je ne pouvais rien, et maintenant qu'il me semble que je ne puis rien, je commence à pouvoir tout. Heureuse impuissance qui me fait trouver en vous , ô mon Dieu , tout ce qui me manquait en moi-même ! Je me glorifie dans mon infirmité et dans les maux de la vie, puisqu'ils me désabusent du monde entier et de moi-même. Je dois m'estimer heureux d'être écrasé par

une main si miséricordieuse , puisque c'est dans cet anéantissement que je serai revêtu de votre force , caché sous vos ailes et environné de cette protection spéciale que vous étendez sur vos enfants humbles qui n'attendent rien de vous.

XXW JOUR Profondeur de la miséricorde de Dieu.

Qu'elle est grande, la miséricorde du Seigneur I C'est un asile certain pour tous ceux qui se tournent vers elle.

(EccL. XVII, 28.)

I. Que tardons-nous ù nous jeter dans la profondeur de cet abîme ? Plus nous nous y perdrons avec une confiance pleine d'amour, plus nous serons en état de nous sauver. Donnons-nous à Dieu sans réserve, et ne craignons rien. Il nous aimera et nous l'aimerons. Son amour, croissant chaque jour, nous tiendra lieu de tout le reste. Il remplira lui seul tout notre cœur, que le monde avait

enivré, agité, troublé, sans pouvoir jamais le remplir; il ne nous ôtera que ce qui nous rend malheureux ; il ne nous fera que mépriser le monde que nous méprisons peut-être déjà ; il ne nous fera faire que la plupart des choses que nous faisons, mais que nous faisons mal ; au lieu que nous les ferons bien en les rapportant à lui. Tout, jusqu'aux moindres actions d'une vie simple et commune, se tournera en consolation , en mérite et en récompense. Nous verrons en paix venir la mort; elle sera changée pour nous en commencement de la vie immortelle. Bien loin de nous dépouiller, elle nous revêtira de tout , comme dit saint Paul ; et alors nous verrons la profondeur des miséricordes que Dieu a exercées sur notre âme.

II. Pensez devant Dieu aux effets de cette miséricorde infinie, à ceux que vous avez déjà éprouvés , aux lumières que Jésus-Christ

VOUS a données, aux bons sentiments qu'il vous a inspirés, aux péchés qu'il vous a pardonnés, aux pièges du siècle dont il vous a garanti , aux secours extraordinaires qu'il vous a ménagés. Tâchez de vous attendrir par le souvenir de toutes ces marques précieuses de sa bonté. Ajoutez-y la pensée des croix dont il vous a chargé pour vous sanctifier ; car ce sont encore des richesses qu'il a tirées de la profondeur de ses trésors , et vous devez les regarder comme des témoignages signalés de son amour.

Que la reconnaissance du passé vous inspire de la confiance pour l'avenir. Soyez persuadée, âme timide, qu'il vous a trop aimée pour ne pas vous aimer encore. Ne vous défiez pas de lui, mais seulement de vousmême. Souvenez-vous qu'il est, comme dit l'Apôtre , le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation. Il sépare quelquefois

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ces deux choses : la consolation se retire, mais la miséricorde demeure toujours ; il vous a ôté ce qu'il y avait de doux et de sensible dans sa grâce, parce que vous aviez besoin d'être humiliée et d'être punie d'avoir cherché ailleurs de vaines consolations. Ce châtiment est encore une nouvelle preuve de sa divine miséricorde.

XXIII" JOUR Douceur du joug de Jésus- Christ.

Mon joug est iloui et mou fardeau léger.

(Matth XI, 30.)

I. Que le nom de joug ne nous effraie point. Nous en portons le poids; mais Dieu le porte avec nous , et plus que nous ; parce que c'est un joug qui doit être porté par deux, et que c'est le sien et non pas le nôtre. Jésus- Christ fait aimer ce joug. Il l'adoucit par le charme intérieur de la justice et de la vérité. Il répand ses chastes délices sur les vertus, et dégoûte des faux plaisirs. Il soutient l'homme

contre lui-même, l'arrache à sa corruption originelle , et le rend fort malgré sa faiblesse. O homme de peu de foi , que craignez-vous ? Laissez faire Dieu; abandonnez-vous à lui. Vous souffrirez; mais vous souffrirez avec amour et avec paix. Vous combattrez ; mais vous remporterez la victoire, et Dieu luimême , après avoir combattu en votre faveur, vous couronnera de sa propre main. Vous pleurerez ; mais vos larmes seront douces , et Dieu lui-même viendra avec complaisance les essuyer. Vous n'aurez plus la permission de vous abandonner à vos passions tyranniques ; mais, en sacrifiant librement votre liberté, vous en retrouverez une autre inconnue au monde et plus précieuse que toute la puissance des rois.

1 1 . Quel aveuglement de craindre de trop s'engager avec Dieul Plongeons -nous dans son sein. Plus on l'aime, plus on aime aussi

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tout ce qu'il nous fait faire. C'est cet amour qui nous console de nos pertes, qui adoucit nos croix, qui nous détache de tout ce qu'il est dangereux d'aimer, qui nous préserve de mille poisons, qui nous montre une miséricorde bienfaisante au travers de tous les maux que nous souffrons, qui nous découvre dans la mort même une gloire et une félicité éternelle. Comment pouvons- nous craindre de nous remplir trop de lui? Est-ce un malheur d'être déchargé du joug pesant du monde, et de porter le fardeau léger de Jésus-Christ? Craignons-nous d'être trop heureux, trop délivrés de nous-mêmes, des caprices de notre orgueil , de la violence de nos passions , et de la tyrannie du siècle trompeur ?

XXIV« JOUR Sur la fausse liberté

Où est l'esprit du Seigneur, là est aussi ma liberté.

(I Cor. III, n.)

I. L'amour de la liberté est une des plus dangereuses passions du cœur humain, et il arrive de cette passion comme de toutes les autres : elle trompe ceux qui la suivent, et, au lieu de la liberté véritable, elle leur fait trouver le plus dur et le plus honteux esclavage. Comment nommez-vous ce qui se passe dans le monde? Que n'avez-vous point à souffrir pour ménager l'estime de ces hommes que

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VOUS méprisez ? Que ne vous en coûte-t-il pas pour maîtriser vos passions quand elles vont trop loin , pour contenter celles à qui vous voulez céder, pour cacher vos peines, pour sauver des apparences embarrassantes et importunes? Est-ce donc lu cette liberté que vous aimez tant , et que vous avez tant de peine à sacrifier à Dieu? Où est-elle? Montrez-la-moi. Je ne vois partout que gêne , que servitude basse et indigne, que nécessité déplorable de se déguiser. On se refuse à Dieu, qui ne nous veut que pour nous sauver, et l'on se livre au monde, qui ne nous veut que pour nous tyranniser et pour nous perdre.

II. On s'imagine qu'on ne fait dans le monde que ce qu'on veut, parce qu'on sent le goût de ses passions par lequel on est entraîné; mais compte-t-on les dégoûts affreux, les ennuis mortels, les mécomptes inséparables des plaisirs, les humiliations qu'on a à

essuyer dans les places les plus élevées? Au dehors tout est riant ; au-dedans tout est plein de chagrin et d'inquiétude. On croit être libre, quand on ne dépend plus que de soi-même. Folle erreur! Y a-t-il un état où l'on ne dépende pas d'autant de maîtres qu'il y a de personnes avec qui l'on a des relations ? Y en a-t-il un où Ton ne dépende pas encore davantage des fantaisies d'autrui, que des siennes propres? Tout le commerce de la vie n'est que gêne par la captivité des bienséances et par la nécessité de plaire aux autres.

D'ailleurs nos passions sont pires que les plus cruels tyrans. Si on ne les suit qu'à demi, il faut à toute heure être aux prises avec elles , et ne respirer jamais un seul moment. Elles se trahissent; elles déchirent le cœur ; elles foulent aux pieds les lois de l'honneur et de la raison, et ne disent jamais : C'est assez. Si l'on s'y abandonne tout-à-fait, où

ce torrent mènera-t-il ? J'ai horreur de le penser. O mon Dieu, préservez-moi de ce funeste esclavage que l'insolence humaine n'a pas de honte de nommer une liberté.

C'est en vous seul qu'on est libre.

C'est votre vérité qui nous délivrera, et qui nous fera éprouver que vous servir c'est régner.

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