‹ Direction chrétienneChapitre 31 sur 36 · XXVI« JOUR · texte numérisé non relu

XXVI« JOUR

De la capitulation qu'on voudrait faire avec Dieu.

Jusques fa quand clocherez-vous des deux eôU'8?

(III Rois, kviii, si.)

Nul ne peut servir deux nialtre* (Mâttii. VI, *.)

I. On sait bien qu'il faut servir Dieu et l'aimer, si l'on veut être sauvé; mais on voudrait bien ôter de son service et de son amour tout ce qu'il y a d'onéreux, et n'y laisser que ce qu'il y a d'agréable. On voudrait le servir, à condition de ne lui donner que des paroles et des cérémonies, et encore des cérémo-

nies courtes, dont on est bientôt lassé et ennuyé. On voudrait l'aimer, à condition qu'on aimerait avec lui, et peut-être plus que lui, tout ce qu'il n'aime point et qu'il condamne dans les vanités mondaines. On voudrait l'aimer, à condition de ne diminuer en rien cet aveugle amour de nous-mêmes qui va jusqu'à l'idolâtrie, et qui fait qu'au lieu de nous rapporter à Dieu comme à Celui pour qui nous sommes faits, on veut, au contraire, rapporter Dieu à soi, et ne le rechercher que comme une ressource qui nous console quand les créatures nous manqueront. On voudrait le servir et l'aimer, à condition qu'il sera permis d'avoir honte de son amour, de s'en cacher comme d'une faiblesse, de rougir de lui comme d'un ami indigne d'être aimé, de ne lui donner que quelque extérieur de religion pour éviter le scandale, et de vivre à la merci du monde pour ne rien donner à Dieu

qu'avec la permission du monde même. Quel service et quel amour !

II. Dieu n'admet point d'autre pacte avec nous que celui qui a rapport à notre première alliance dans le baptême , où nous avons promis de renoncer à tout pour être à lui; et au premier commandement de sa loi, 011 il exige, sans réserve, tout notre cœur, tout notre esprit et toutes nos forces.

Peut-on, en effet, aimer Dieu de bonne foi, et avoir tant d'égards pour le monde, son ennemi, auquel il a donné de si terribles malédictions? Peut-on aimer Dieu, et craindre de le trop connaître, de peur d'avoir trop de choses à lui sacrifier? Peut-on aimer Dieu, et se contenter de ne l'outrager pas, sans se mettre en peine de lui plaire, de le glorifier et de lui témoigner courageusement, dans les occasions qui se présentent tous les jours, l'ardeur et la sincérité de son .amour? Dieu ne

met ni bornes ni réserves en se donnant à nous, et nous voudrions en apporter mille avec lui. Est-il, sur la terre, des créatures assez viles pour se contenter d'être aimées de nous comme nous n'avons pas honte de vouloir que Dieu se contente d'être aimé ?

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