CHAPITRE V
Inconscient, ses conséquences au point de vue des maladies de l'âme et des psychonévroses.
(( il est en nous des puissances qui ne se traduint pas en actes ; elles sont invisibles à nos aniis 5 plus attentifs, et de nous-niomcs mal connues. Iles font sur notre âme de petites taches, cachées Li» une ombre presque absolue ; mais insensibleôTit autour de ce noyau, viennent se cristalliser ut ce que la vie nous fournit de sentiments anas. Ce sont dos |xissions qui se préparent, elles ..it-ront au moindre choc d'une occasion. )> Dans ces lignes, les premières du Jardin de Béré- |c«, il <^t question d'une chose connue de tous, inconscient, bien qu'un très petit nombre de périmes on aient une notion pliilosopliiquo. L'observation do Maurice Barrés, sur laquelle est "^ son roman, offre pour nous l'inli'r^M de met- <n évidence la double imi>ortance do l'Inconsrr^t dans l'ordre psvcholouiqui' et dans l'ordre nuv
rai. Qua faut-il entendre par ce terme, dont chacun parle à tors et à travers, sans songer à se l'expliquer à lui-incmc, ni à l'expliquer aux autres? Les philosophes le définissent de manières très différentes et conformes à la diversité de leuirs systèmes. Dans leurs explications, les uns se cantonnent sur le terrain de la physiologie et n'eu sortent pas, les autres sur le terrain de la psychologie pure. Il en est qui l'embrassent dans son ensemble, et il eu est qui n'eu définissent qu'une espèce, voulant les définir toutes.
Voici quelques définitions, naturellement les plus intéressantes. Pour Paul Janeit, l 'Inconscient est le produit de l'activité automatique du cerveau, définition très incomplète, comme l'a reconnu son auteur, avec autant de bonne foi que de bonne grâce. (( Depuis le temps — écrit-il — où j'employais ce mot de subconscient dans un sens clinique et un peu terre-à-terre, j'en con^^ens, d'autres auteurs ont employé le même mot dans un sens infiniment plu^ relevé ! On a désigné par ce mot des activités merveilleuses qui existent, parait-il au dedans de nous Uiêmes, sans que nous soupçonnions leur existence on s'en est servi pour expliquer des enthousiasmes subits et des divinations du génie. »
Plusieurs philosophes voient dans l'Incon scient ut| état morbide, la folie d'après Lombroso, un ma moins grave pour le docteur Chabaneix qui écrit dans la Gazette médicale de Paris (i). « Plus un or gane travaille, plus il se développe et plus il est sus ceptible en même temps de maladie. Une des mala
(1) 12 juUlet 1916.
ies du cerveau, c'est l'automatisme ou l'apparition u subconscient. Et ce subconscient, au lieu d'être n troubio pour l'esprit, est souvent un ferment de réation quand il n'est pas lui-môme une création. » Lngiilière maladie, observe Je docteur Gustave cley (2), qui, au lieu d'être une cause de trouble : do diminution pour l'individu, augmente ses caacit^s et sa puissance.
Bien vague est la définition donnée jwr le profes- »ur Jastrow : (( l'Inconscient est une organisation sychique antérieure à la conscience et qui en est robablement la source. » Autant ne rien dire, car î n'est guère qu'une explication verbale.
Si l'on s'en rapporte à Ribot (3) l'Inconscient selit « de la conscience éteinte, figée, cristallisée ans ses éléments moteurs » ; il n' y aurait pas de ici inconscient. D'autre part, ce savant psycholoue recomnait qu'il y a dans l'Inconscient un fonds rtpénétrable. « Ce fait — écrit-il — de quelque içon qu'on l'explique — qu'il y a en nous une vie )uterraine qui n'ai)i)arait qu'en passant et jamais )laIeinonl est d'une grande jx>rtée ; c'est que l-i mnaissanco de nous-mêmes n'est i>as seulement fficile, mais impoîî^iible. »
iLe docteur Geley, lui, considère le subconscient
'uumo l'essence même de la psychologie indivi-
• jcllo, en comparaison duquel le conscient est un
vrliisrue restreint, limité et tronijué, et encore ce
lisine est-il soumis, même iX)ur ses manifes
t) O. G<>loy. l)f l'IncoHiiCicnt an lonsclcnt, Parlr p. iiî.
t' RlbOt. La Vie inrun^riruli- l't les tiiour'-riiriiti
talions les plus importantes, à cette» portion cryptoïde du moi qui en forme la caractéristique et le fonds.
Pour Bergson, rinconscient est aussi le fond même de l'homme. On doit y Yoir le résidu des instincts de l'animalité. C'est à tort que Geley lui reproche une omission capitale : la imise à l'écart dans la conception de révolution créatrice du psychisme subconscient.
Suivant Schopcnhauer, l'Inconscient est la volonté aveugle ; suivant Hartmann, il est ce qu'il y a de léel et de divin dans l'univers, réunissant en lui la volonté et la représentation qui s'y trouvent en puissance.
Après ces définitions proprement philosophiques qui, rapprochées ainsi les unes des autres, mettent en lumière les divers côtés de 1 'Inconscien,t et soulignent son importance, il est bon cependant de citer des définitions, ou plus exactement des explications succinctes, qui portent uniquement sur le rôle vraiment considérable joué dans notre vie par rinconscient. C'est là le point de vue auquel il faut se placer dans ce chapitire pour en étudier les conséquences pratiques sur le terrain des maladies de rame et sur celui des troubles nerveux.
D'après Gustave Le Bon, son rm]X)rtance est considérable, car en lui se trouvent les racines de nos opinions et de notre conduite. « L'Inconscient rrprésente un vaste magasin d'états affectifs et intel lectuels constituant un capital psychique qui peut s'affaiblir, mais ne meurt jamais tout entier. »
Ribot, lui, tient l'Inconscient pour un accumula
Ll PSYCHOTHERAPIE DES TROUBLES NERVEUX l"]"]
cur d'énergie — l'expression ne saurait être plus leureose — qui amasse des forces afin que la consience puisse les dépenser.
(( Il y a dans la vie mentale — écrit Durkheim — les éléments réels et agissants qui ne sont pas de? «ils purement physiques et qui, pourtant ne sont >as connus du sens intime. Ces faits ne sont pas ippréhendéîN, donc sont inconscients, tout en fai ant ijailie intégrante de notre psychisme.
« La question de l'Inconscient dans la psycholoie — écrit Sigmund Freud — est, d'û^près le mot nergique de Lipl)s, moins un problème psycholcfiquo que le problème de la psychologie. Aussi longemi>s que le psychologue se débarrassa de ce problème par cette explication purement verbale, que p psychologique était esseuliellement le conscient i que des processus psychologiques inconscients onstituaient visiblement une contradiction, il ne ut pas possible d'utiliser en psychologie les observaions que le médecin pouvait recueillir en étudiant PS états anormaux do la vie mentaJe. Le médecin t Je philosophe ne sont d'accord que si tous deux eco<n naissent que le terme, de processus psychiques nconscients est l'expression a])[)ropriée et entièrenent justifiée pour un fait établi. »
Cette observation si logiquement raisonnée monre comment une simple question de mots a retaré d'intéressantes découvertes, dont une des appliialions les plus utiles est le traitement des psycho- 'ëvroses par la rééducation du contrôle cérébral, 'e«t-à-diro par la main-mbe du conscient sur l'infinftcient. traitement pour lequel, le profesç^eur Vit-
l'jS DIRECTION DE CONSCIENCE
toz a conçu ime méthode quexjxjsera le docteur d'Espiney, son disciple, dans un chapitre ultérieur. Terminons par cette citation ou rintérôt croissant de l'Inconscient est mis en lumière : a L'importance de la psychologie subconsciente ne s'est imposée que de nos jours à la critique scientifique. On se A oit forcer d'attribuer à l'Inconscient un rôle iprimordial dams l'instinct, dans l'innéité psychologique, dans le psychisme latent, dans le génie. Avec les travaux contemporains, le psychisme subconscient apparaît de plus en plus, infiniment complexe et varié. Son rôle ressort nettement prépondérant dans tous les domaines de la vie intellectuelle et affective. La thèse bien connue du docteur Chabaneix « Le Subconscient chez les artistes, les savants et les écrivains » donne un certain nombre d'exemples particulièrement frappants. Mais, en réalité, les exemples sont innombrables. On peut dire qu'il n'est pas d'artiste, de savant, ou d'écrivain de v^aleur qui ne connaisse, par son expérience personnelle, pcmr peu qu'il soit apte à l 'auto-observation, l'importance sans égale du Subconscient. L'influence subconsciente est ^parfois souveraine et impérative Elle constitue alors l'inspiration. Sous son influence^ l'artiste, ou le savant, produit son oeuvre, parfois un chef-d'œuvre, d'un jet, sans réflexion et sani raisonnement, bien souvent en dehors de toute d rection voulu© et coordonnée, toujp-urs sans effort
(( L'Inconscient ne se révèle pas seulement l'inspiration et par l'intuition qui acquiert ch l'homme les caTactères de faculté supérieure générale, mais aussi par une intrusion perpétuelle d'oc
PI
D sentimental, esthélique, religieux... Les décins inattendues, les changements brusques d'oiionî, une foule de sentiments non raisonnes sont
grande partie d'origine subconsciente ou le fait jne élaboration subconsciente. » Enfin, pour le cteur Gustave Geley, l'Inconscient est le fond ime de notre être, ce qui constitue le principal
moi.
Par ces citations, le lecteur entrevoie l'immensité
domaine de l'Inconscient et par suite son iinrtaiice.
Sans suivre le prefesseur Dwelshauvers dans sa narquable classification des diverses espèces d'In- [iscit^nt qui se rencontrent en nous, entrons tout
suite dans le cœur de notre sujet. Les grands di- :teurs ont-ils eu. ou non, connaissance do l'Infîscient.^ Il parait difficile à priori qu'ils l'aient mplétement ignoré, eux dont la vie s'est passée regarder vivre et agir l'homme dans la plénitude
sa vie psychologique. Il était de leur devoir do atoresesr ;\ tout ce qui était hujnaiu du moment e tout otait matière à vice ou à vertu. ConmieJit ns une étude si étendue, si complète et en môme nps si pratique, ne pas rencontrer l'Inconscient? X, qui ont si bien constaté — nou.s ] avons vu —
part {\o ({t'icnniniisme qui (Mitre dans certains es en apparence entièrenHUt libres, n'auraient ^ sou.jx^onné le priiu i}xil facteur de ce déteriin- ! Kux, dont le ^mîs psychologique a si bien et <l('(ini le rôle immense du sentiment dans
re activité morale et ivligieuso, n'auraient p.is
l8o DIRECTION DE CONSCIENCE
VU un des principaux éléments de notre vie affective 1 Et il faut en dire autant de l'imagination qui n'avait pour eux pas de secret.
Si les grands directeurs des temps passés n'ont pa? eu de l'Inconscient la notion scientifique qu'en ont aujourd'hui les psychologues de profession, il n'en demeure pas moins vrai que leur savoir sur ce point l'emporte, et de beaucoup, sur la science de leurs contemporains, y compris les philosophes. Plusieurs même ont écrit sur l'Inconscient des observations, voire des analyses, plus profondes que la plupail do celles publiées de nos jours. Pourquoi les auteurs actuels n'en citeraient-ils pas tout au moins dev extraits, et à défaut de citations, pourquoi ne pales mentionner dans leurs œuvres, alors qu'il sérail si intéressant de le faire .»^ S'ils ne les citent, ni m les mentionnent, c'est sans doute faute de les con naître.
Remettons-nous à l'école des grands directeur afin d'apprendre d'eux ce qu'ils connaissent de ce important et délicat problème. Evidemment, il'j donnent à l'Inconscient d'autres noms, mai! qu'importe du moment que la chose différemmen nommée est très reconnaissable.
Le plus ancien directeur de conscience qui se pré sente est saint Augustin avec cette allusion à I cryptomnésie ou niémoire inconsciente. A propo de la mémoire normale, il écrit ces lignes : « J'ai rive à ces palais de la mémoire où sont déposés
ET PSYCFIOTnÉHAPIE DES TROUBLES NERVEUX l8l
;résors de ces innombrables images que les sens y >n;t fait entrer. Là sont enfouies toutes les pensées jue nous formons eji augmentant, diminuant ou ïiodifiant de mille manières les objets i)erçus pir es sens. Là, dès que je suis entré, j'ap|X'lle ce que e veux faire comparaître devant moi. Parmi les :hoses que j'appelle, les unes se présentent sur le :hamp, d'autres se font plus longtemps attejidre et .'arrachent comme avec peine de leurs retraites probndes. »
Ces rappels du passé, facilement ou difficilement )blonus par voie de commandement, sont tribulai- •es de la mémoire consciente et normale, soumise à a volonté. Mais la pénétration psychologique d'Augustin découvre un autre genre d'images qui se préientent d'elles-mêmes sans qu'elles soient ni appelés, ni môme désirées, images dont l'apparition a G ne sais quoi d'instantané, d'inattendu, de déconertant, qui les différencie nettement de celles de
autre groupe. Le professeur Dwelshauvers ne les l<^|>eindrait pas mieux que ne le fait saint Augustin ans s'en douter (/|) : « Il est des images qui se proipitent en foule sans que je le demande, ni les délire, qui se produisent devant moi et semblent me
ire : N'est-ce ])as nous.^ .Mais la nuiin de mon esjrit les écarte. » Comme Je dynamisme de l'Inconsient est admirablement rendu par le caractère d 'activité propre et de vie intérieure de ces dernières
nages qui relèvent, à n'en jws douter, de la cryp-
«nnésie ou mémoire inconsciente.
:*) Confe.ta. i x «.
l82 DIRECTION DE CONSCIENCE
Dans uii autre passage de ses Confessions (5) le grand Converti nous décrit son IncoflQscient affectif et Imaginatif, comme le décrirait um psychologue actuel : « J'étais retenu par ces frivoles bagatelles, mes ancieimes amies ; elles me taraient, pour ainsi dire, par le Yêtement de ima chair et me murmuraient tout bas : Est-ce que tu nous quittes? Mais ces voix, je ne les entendais plus qu'à peine ; elles n'osaient plus "venir en face me combattre ouvertement, mais elles murmuraient derrière moi, et quand je parvenais à m 'échapper, elles me tiraient en secret pour me faire tourner la tête. » Ici, comme précédemiment, le dynamisme de l'Inconscient est nettement affirmé avec en plus l'apparence du dédoublement de la personnalité qu'il donne au sujet. Qu'on ne dise pas que les expressions, choisies ■par Augustin pour rendre ce qui se passe en son for intérieur, n'ont ipas de signification au point de vue psychoilogique, et qu'il n'y faut rien voir autre qu'un procédé littéraire. Bien qu'elles n'aient rien d'artificiel, on pourrait encore Tadmettre si leur auteur ne se révélait par ailleurs fin et profond psychologue.
Voici justement une autre preuve de cette pénétration psychologique, et relative encore à rinconscient. Là point de rhétorique, mais une ^poésie exquise dans le sentiment de l'Iphigénie d'Euripide. « La lumière, qui se répand sur tout ce que nous voyons, — écrit Augustin (6) — ne cesse, du matin jusqu'au soir, de me séduire par mille attrais divers,
(5) Ib. 1. VIII. 11.
(6) It). 1. X, 34.
ET PSYCHOTHERAPIE DES TROUBLÉS NERVEUX l83
lors même que je ne pense point à elle et que je sais occupé de tout autre chose. Les traits pénèLront avec tant de force, que si elle m'est soudainement enlevée, je la recherche avec un viC désir, et que son absence prolongée jette mon âme dans la tristesse. »
D'un côté, se peut-il imaginer affirmation plus claire, plus explicite de l'Inconscient, et, de l'autre, comme ressort son importance pour nous dans la vie courante. Combien de choses en effet, qiie nous voyons, entendons, sentons, et il convient d'ajouter que nous aimons le plus inconsciemment du monde, et dont la privation nous serait extrêmement pénible.
Le grand Africain du quatrième siècle nous a laissé enfin quatre lignes touchantes où se trouve affirmée la part de Ihérédité dans l'Inconscient : {( Le nom du Christ, mon Sauveur, avait, avec lo lait m^m€ de ma mère, pénétré mon tendre cœur cl y était demeuré gravé. »
Emule d'Augustin j)ar l'intuition merveilleuse de son sens psychologique, saint Bernard étale sous nos yeux l'Inconscient avec l'immensité do son domaine, l'insondable de sa profondeur, l'intensité de sa vie et le mystère de son activité. Non seulement il nous le fait voir, mais encore il nous le fait sentir par lo réalisme do ses images (S) : « I^i conscience do l'homine — c'est l'Inconscient qu'il faut lire -est un abîmo profond, car de môme que le fond des gouffres ne peut être mis à sec, de môme le cœur de l'Iiommo no peut ôtrc épuisé de ses pensées. La con:>-
0) Ib. 1. III. 4.
(8) S. Bernard, Traité de la conscience, th. I.
iS/i
cience hiiiuarne — lisez l'Iaconsdent — est une mer grande et spacieuse, où se trouvent des reptiles sans ijonibre. Des reptiles, que c'est bien dit ! Comme lo reptile rampe eu secret et va de côté et d'audre dans les sinuosités anfractueuses, ainsi les .pensées entrent dans la conscience et en sortant de manière que l'iiomme ne sait d'où elles viennent, ni où elles vont. Le cœur de riiomme est pervers 'et insondable, et qui le connaîtra? » Une cbose certaine est que personne ne connaîtra mieux notre Inconscient que celui qui en a donné cette descripti(5n si complète, si lumineuse.
Un siècle après saint Bernard, saint Tbomas d'Aquin dirige, lui aussi, son attention sur l'Inccnscient, il y fait allusion plusieurs fois, bien entendu sans le nommer de ce nom modenie. I^ plus intéressante allusion est faite à propos des effets de la ncurriiture et du sommeil sur l'imagin^ion (9;. Après un bon repas, observe-t-il, le sommeil, esi lourd et sans activité cérébrale, mais après quelques heures de ce pesant sommeil, des images apparaissent troubles, bizarres et sans suite. En revanche, au cours d'un sommeil léger, chez les dormeurs sobres et bien équilibrés, les images s'ordonnent logiquement. Quelquefois même le sens commun est libre en partie, et le songeur, tout en dormant, se i^nd compte qu'il rêve. Il lui arrive même, en certains cas, d'échaffauder des raisonnements, sans, pourtant être dans l'cirreur. Rieu de plus net, de plus précis et de plus concluant à notre point de vue. Suarez, le plus grand théologien après saint Tho-i
(9) S. Thomas, la, q. 84, a. 8.
ET PSYCHOTHÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX l85
mas, connaît, lui aussi, l'Inconscient et il en parle au sujpt de l'oraison de quiétude, llejetant l'opinion (le ceux qui croient possibles la simplicité et l'immobilité absolues d'un état de conscience durant des heures, il déclare qu'il se fait chez le mystique qui contemple, et à son insu, un certain renouvellemenl d'idées et de sentiments. A cette condition seuleiiu'ul, pour Suarez, la contem.plation j>eut se prolonger, car, ejoutc-t-il, très rarement un acte simple se prolonii^^e durant un 'teîmj)s notable (lo).
Sainte Thérèse n'est pas moins affirmatÏNe que -on c^jmpatriote au sujet dos phénomènes incons- > lents plus ou moins inséparables de l'oraison de quiétude (ii). A son avis, les distractions n'interi()mi>ent pas complètement l'union mystique de l'iîmo avec Dieu, inais la font momentanément perdre de vue. Pourtant quand elle redevient consciente, l'àme a la sensalion que son état d'union n'a pas été interrompu. « De temps en temps — écrit le Père Poulain à ce propos (12) — l'attention est ramenée vers l'action divine, qui s'est continuée ; puis de nouveau on I.i perd de vue ; l'union mystique icdevient inconsciente, inaperçue. Tel un homme placé, les yeux ouverts, devant un jxiysa^o : s'il est distrait, ses yeux continuent A rexwoir l'action des objets environnants ; au moment où son attention réparait, il sent, on ne s,iit comment, que la sensiilion n'a pas été interrompue. »
D'après cet auteur (i3), si l'oraison de quiétude
(10) Siiarez. De oratlotw, 1 II c. X. n" 19. i:i.
(11) S Tliér^so. Vir, ch. XV. XVII ; Chrmin de la perfection, Ch. XXXIII ; Château. 4. ch. I. III.
fl?) r Poulain. S J. Des Crdcea d'oratioti, I3«v
l8G DIRECTION DE CONSCIENCE
se prolonge quelquefois longtemp^s, c'est que l'acte l)rincipal est accompagné d'autres actes de second et de troisième plan formant un essaim de petites l^ensées qui se meuvent dans un demi-jour. D'où je conclus qu'on est en présence d'une idée dominante ou plus exactement d'un état de conscience dominant qui se renouvelle et s'enrichit, tout en demeurant au fond le même, grâce à l'activité inconsciente qui ne cesse de l'alimenter. Baigné de toutes parts dans l'Inconscient comme le poisson dans l'eau, il y puise sa nourriture, ou plutôt il la reçoit sans en avoir le moindre soupçon.
Saint Jean de la Croix partage la théorie psychologique de son illustre dirigée puisqu'il signale, dans sa première nuit de l'âme, nuit du sens suivant son expression, l'extraordinaire persistance avec laquelle le souvenir demeure, malgré les distractions, dans l'oraison de quiétude. « Sous ce rapport, -écrit le Père Poulain (i4) — l'âme est comparable à l'aiguille d'une boussole. Une rafale se jette-t-eile sur sa pointe, l'aiguille ne semble opposer aucune résistance. Mais le coup de vent passé, elle revient toujours à son orientation unique. Tel encore le roseau cédant à la brise, puis se redressant et dirigeant de rechef sa tête vers le ciel. Souvent ce retour se fait indépendamment de la volonté. »
Ce retour indépendant de la volonté, c'est l'affirmation du rôle de l'Inconscient dans l'oraison et d'un rôle considérable puisque ce retour est signalé comme fréquent.
(13) Ib.. 10.
(l'i) Ib., 211.
François do Sales C5t trop bon psychologue pour ne jMJS apercevoir un fait psychologique de la plus haule importance et pouir ne pas en tenir compte dans la direction des âmes (i5). « Ne vous troublez pas — éciit-il à Madame de La Valbonne — de quoi vous ne remarquez point vos menues chutes pour vous en C(jnfesser ; non, ma Fille, ne vous troublez pas, car vous tombez souvent sans vous en apercevoir^ aussi vous vous relevez sans vous en apercevoir. »
Voici en quels termes le Siiint décrit le travail do rinconscieoit qui se faisait dans son intérieur sous forme de tentation : u Je la voyais, ce me semblaitil, là-bas bien bas, au fond de la partie inférieure de l'âme qui s'enflait comme un cra.paud. »
Rapprochons maintenant de la description de l'Tnconsc:ient par saint Bernard, celle qui se lit dans le Traité de l'amour de Dieu du Fondateur de la Visitation. Pour être moins saisissante et moins complète, elle ne laisse pas d'Atre excellente (i6) : V. Dieu seul voit, sonde et pénétre tous les tours et contours de nos esprits, il entend nos pensées de loin, il trouve tous nos sentiers, faufilants et détours ; Fa science est admirable, et nous n'y pouvons att(Mn(lre. Si nos esprits voulaient faire retour sur ouxiiir-mes par les réflérhissoments et rojilis de leurs actions, ils entreraient en des labyrinthes en lesqui^ls ils se perdraient. » Pounpioi ne poiirr.n(M)t-i1< (>n
(ir>) Lettre A Mme de La VaUtonne, 10 mal 1627. (10) Traité de l'Amour de Dieu, 1. VI. 0. 1.
sofrtir, sinon parce que le moindre de nos actes esl plus riche d'activité et surtout de signification morale qu'il nous paraît l'être^ : en dehors de ce qui met notre conscience actuelle, il renferme ce qu'y déposa rinconscient. Il n'est pas d'état d'âme isoJé ; toute actualité psychologiique est l'écho d'un passé plus ou moins lointain, auquel il emprunte en partie soi sens et sa valeur. Aussi ^our connaître à fond n( actes, et intérieurs et extérieurs, et porter sur eux ui jugement équitable, il faudrait pénétrer l'Inconscient, ce qui humainement ne se peut faire puisqu'il est, de par sa nature, impénétrahle. Les directeurs spiritueils nous prêchent donc avec raison le recours ai Saint-Esprit dont la lumière seule peut éclairer h fond de notre âme, ces régions mysLéiieuses où rampent les reptiles dont parle saint Bernard.
Le glorieux contemporain de François de Sales,] stûnt Vincent de Paul a, lui aussi, son mot sur l'In^ conscient, et il est des plus pratiques : « Lorsqu'oi s'endort avec une bonne pensée, cette pensée gardt le. cœur des mauvaises. » A nous d'en faire l'expéî rience, si nous ne l'avons déjà faite. Combien esl psychologiquement vraie cette expression de gardcr le r.œur qui implique de la part de l'Inconscient ce rôle actif, que revendique pour lui en termes, le professeur Dwelshauvers (17) : « Lé monde infini des rêves et des songeries nous permiet de deviner quelle activité inconsciente, bizai capricieuse, illogique et singulièrement inouvantej s'agite en nous. Et cela suffît à nous faire entendi
(17) G. Dwelshauvers, l'Inconscient, 114.
lie l'Inconscient ne se ramène pas au subconscient ilhologique ni à l'automatisme d'habitude. Il est I nous un Inconscient latent et actif, toujours prêt éclater au dehors, et réprimé par les nécessités •atiques et l'application de l'attention. » Nous plaint à notre point de vue spécial, nous ajouterons II 'il est très efficacement réprimé par la direction 3 conscience quand elle est, ce qu'elle doit être, gilante et ferme.
Il est peu de pages sur l'Inconscient d'une anase au.ssi fine et aussi bien conduite que celle do icole sur le sens et la portée morale des livres (i8) ; Chaque livre ee^t en quelque sorte double et imrime dans l'esprit deux sortes d'idées. Car il y inirime un amas de pensées formées, exprimé^es, conjes distinctement, et outre cela il y en imprime n autre composé de vues et de pensées indistincs, que l'on sent, et que l'on aurait peine à exprier ; et c'est d'ordinaire dans ces vues excitées et f»n exprimées que consiste la beauté des livres et [*s écrits. Ceux (jui en excitent plus, donnent plus r plaisir à l'esprit, p^irce qu'ils sont plus vifs et liLs p<'nétrants. Oux, au contraire, qui n'en ex- '■ Mt point et qui ne présentent à 1 (\*^[)rit que des (*s exprimées, sont fies écrits fades et languis- • nts qui ne réveillent point l'esprit. II ne faut pas imaginer que ces vues et que ces fXînsées simplelent excitées agisssent faiblemeait sur l'esprit. C'est elles, au contraire,, que dépend tout l'efficace dei*
18) Nicole. Traité de la grâce gèniralc, i. 96.
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pensées exprimées, le plaisir de 1 esparit et la forcôj la persuasion!. »
Tout ceci revient à dire, en langage actuel, livre eist d'autant plus intéressant qu'il est plus lo^ e-t plus chargé de il'Incoaisoient de son auteur. Ce q fait penser au *mot de Ribot : (( L'Inconscien accumailateur d'énergie. » Rien de plus exa tout le monde est d'accord sur ce point, les s'en rendent compte, et les autres pas. Person effet, ne met en doute qu'un ouvrage littéraire iTï vivant, passionnant si son auteur ne s'y li^ lui-même avec le fond de ses pensées, de' ses sen ments et de ses goûts, et qu'est-ce tout cela sini son Inconscient .î> Ce qui m'initéresse quand je un roman, et l'on peut en dire autant de toute p] blication, oe n'est pas de constater ce que pense l sent l'écrivain au moment même delà compositio c^r il a pu jusqu'alors sentir et penser de manir très différente et son état psychologique peut-êt factice et illusoire, ce qu'il m'impoirte de connaîtr .parce que la chose en vaut la peine et qu'elle i fera avancer dans la connaissance de riiomme, que je veux savoir à tout prix, c'est la mentalité fc cière de l'auteur, sa psychologie intime, en un ir lui dans ce qu'il a de plus profond, de plus peTsc nel et par suite de plus mystérieux. Encore coup, n'est-ce pas là l 'Inconscient .î* f 1
Nicole semble soucieux de montrer que l'Incoi oient lui est une notion familière (i9) . a Les penst imperceptibles — écrit-il — sont les pensées d'abo
^T PSYCHOTHERAPIE DES TROUBLES NERVEUX l9l
nnues par le sentiment, c'est-à-dire des pensées c vraies f)ensées) délicates, promptes, confuses, in- Uinct^is et ensuite oubliées. » La remarque est protide. C'est une allusion soit à l'Inconscient prolîment dit, dans lequel le sentiment tient une si ^nde pbc^', soit à des actes conscients à l'insitant »;cis où ils se produisent, mais qui, à l'instant sui- '|it, .nous paraissent inconscients tant le souvenir I notre précédent état de conscience a totalement Ipûru de notre mémoire, alors, chose curieuse, |e le souvenir de l'acte matériel y est demeuré.
E>c tous les directeurs du temps passé, il n'en est un qui ait une connaissance plus philosophique 1 en môme temps plus pratique de l'Inconscient |e Bossuet dont le regard se tourne d'instinct vers l abîmes, comme pour s'essayer à en décou\Tir le id. Une de ses lettres de direction à madame Albert de Lu y nés roule sur ce problème (20). La iation en sera longue, mais le lecteur en accepra volontiers la longueur tant son contenu est insictif au point de vue qui nous occupe : (( Si nous ntrons en nous-mômes, nous y trouverons quelque ose de niitoyen entre l'acte et l'habitude. L'acte t quelque chose d'exprès et de formel, comme land on dit : Jo veux aller à Paris, à Rome, où vous •udrcz ; on marche, on s'avance et on ne fait pas 1 pas ni un mouvement qui ne tende à cette fin,
QO) T.fttrr A Sfme d'Albert âc Luynes, reUglfuse de l'abbaye Jouarre, 0«milgny. 30 sept. 1601.
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mais néanmoins on n'y songe pas toujours, et moins on n'y songe pas aussi vivement qu'on ava; fait la première fois loTsqu'otn avait pris sa résoli tion. On ne laisse pas néanmoins d'aller toujoui et tous les pas qu'on fait se font en vertu de oeil première résolution si marquée. Ce qui fait aust que si quelqu'un nous arrête pour nous demande où nous vallons, nons répondons aussitôt et sari hésiter qne nous allo.ns à Paris, ou en tel autre lin On demande ce qu'il y a dans l'esprit qui nous l parler ainsi. Je réponds que ce qui 'reste, c'est l'act même, mais plus obscur et plus sourd parce qu'* n'y a pas la même attention, car il faut soigneusr ment observer que l'acte et l'attention à l'acte son choses fort distinguées de sorte qu'il peut arrive qu'un acte continue, encore qu'on n'y pense "po toujours également, d'où, pas à pas et en diminuai! l'attention par degré, il peut arriver qu'on n'y pen? guère ou point du tout , ce qui ne détruit pas l'acte mais, le laissant en son entier, fait seulement qu'i demeure un peu à l'écart par rapport au regard d( l'âme, c'est-à-dire à la rcflexion, ju'qu'à ce qu'oi nous réveille, comme o-n faisait à notre voyageur er lui demandant : où allez-vous.^ A quoi il réponrj d'abord : je vais à Rome, ce qui ne demande pa» qu'il fasse toujours un nouvel acte, mais qu'il îasêf réflexion sur celui qu'il avait déjà fait, et qui sub sistait sourdement et obscurément dans son esprii sans qu'il songeât à l'y regarder. A vrai dire cela n'a point de difficulté. On pourrait dire qu'il en est df cet acte comme d'un trait qu'on lance d'abord, et tjui avance en vertu de la première impulsion qui
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îst plus. En cette sorte, on pooirrait penser 'après la direction de l'esprit, qui s'api>elle inition et résolution, il y reste une impression qui fait tendre à k même fin. Qii'est-ce-que cette imission? Jeudis que c'est l'acte même, ou, si on ne veut pas de cette sorte, c'est une disposition en tu do laquelle on est toujours prêt à en faire un re semblable, mais j'aime encore mieux dire que st l'acte même qui subsiste sans qu'on y est la me attention.
[ Les actes qu'on a[Xîrçoit vivement ne sont pas jours les meilleurs. Ce qui nait naturellement is h fond de Vâme^ presque sans qu'on y pense, st ce qu'elle a de plus véritable et de plus inle. Et les intentions expresses qu'on fait venir dans esprit, comme par foRe, ne sont souvent autre ►se que des imaginations, ou des jxiroJes prises is notre mémoire comme dans un livre. Comment t-il faire pour former ces actes qui naissent une de source.^ C'est une chose facile à enlen- , et je crois vous en avoir assez dit pour ne vous ser aucun doute à ce sujet. Ce que j'appelle sordo source dans l'anie et conmie naturellement, t lorsque les actes sont produits par la seule 5e des motifs qu'on s'est reaidus familiers et ines, en les repassant souvent avec foi dans son es- , sans qu'il soit besoin d'arracher ces actes ime pao* une espèce de force, et qu'Us viennent imc d'eux-mêmes sans réflexion et attention exise. Voilà les bons actes et ceux qui viennent du ir. )) vez-vi>u> lu une démonstration plus philoso-
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iCOtfP
pli.iq.ue et une analyse plus pénétrante de l'Inco cient? Pour moi, je n'en coainais 'pas et je ne crois pas qu'il en existe unissant tant de simplicité et presque de bonhommie à tant de profondeur. A peu de chose près, toutes les phrases mériteraient d'êti commentées à la lumière des acquisitions les pli; récentes de la psychologie dont le génie de Bossue, a en l'intuition. Quelques remarques pourtant s'imposent.
Lo célèbre Correspondanit de madame d'Albert de Luynes affirme la réalité de l'Inconscient avec un netteté d'expression, un luxe de détails et des répt titions voulues qui prouvent l'importance qu'il y attache. Sous ce rapport, il laisse bien loin derrière lui tous les directeui's spirituels, dont nous avons cité quelques textes. Cet Inconscient nous est montré dans l'eS'prit où il subsiste réellement d'une vie sourde, obscuTe et indépendante de toute attention ou conscienoe. Ce n'est pas quelque chose d'inerte, de passif, ni même une disposition lointaine à l'action; je dis que c'est l'acte même, déclare Bossuet qui par là reconnait et affirme ractivité de l'Inconscient, son dynamisme. Pour lui comme pour Durkheim, « il y a dans notre vie mentale des éléments réels et agissants qui ne sont pas des faits purement physiques et qui, pourtant, ne sont pas connus du sens intime, faits qui, pour n'être pas appréhendés par le sujet ne sont pas moins d'ordre psychique. »
Comme le DocteuT Gustave Geley, Bossuet tient ce mystérieux Inconscient pour « le fond de notre être, pour ce qui constitue le principal du moi. » Quand il écrit cette phrase qui pourrait servir de front;
itîSi,
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ce à un traité de psychologie : « Ce qui nait natuiloiiienl dans le fond de i'àme, presque sans qu'on pense, c'est ce qu'elle a de plus véritable et de plus time. n
Un autre mérite de Bossuet est d'avoir choisi un Leiiipie où se trouvent i^unies et synthétisées les rincipales formes de l'Inconscient. A lire cette adirable page écrite aux dix-septième siècle, on rap- 'oclie le génie de Bossuet du génie de Leibnitz qui; avançant son temps, avait découvert que toute senition est mie synthèse de Tiiultiples impressions non Miscientes. De part et d'autre, c'est la divination ins l'ordre le plus élevé des connaissances hulaines.
Le Correspondant de madame d'Albert de Luynes, BOIS d'autres lettres, fait allusion à l'Inconscient af- >ctif. Il parle de la véritable paix (( qui surmonte )ut sentiment, qui se cache, qui se montre, qui se âtire et qui n'est jamais plus parfaite que lorsque, entrée dans le fond, elle y règne sans être scnc (21). )) Son moins suggestives à ce point de vue Mil les lign-e-s suivantes (22) : u Les ardeurs ne sont imais sans quelques lumière.s sombres et confuses, lais néanmoins pénétrantes, qui soutiennent, excijnt et nourisseni les ardeurs (aS). )>
Bossuet signale en ocs termes à la Sœur Comuau
(81) Lettre d Mme d'Albert de iMyncx. 10 a?rU 16W. (20) Ib., 7 nov. 1692.
(î;<) Le passagn suivant de Gratry est à rapprocher de cett0
o de Dossuct : « Lo sonUment Implique toujours quelQiM
I ei quf'Upio chnlour, deux <^l<^nients. l'un perceptif, l'atilro
fkiilf. :in Konntî doublo, urio racino ilduhlo. germe ou racine
i'liitolllg«nce. goruie ou raclnu de Tolonté. > La ContMissance
te rame. ï, 30.
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l'existence d'uni seditimeiiit qui l'a faite souffrir hier qu'elle n'en ait pas eu conscience (2/1) : (( C'est bien fait de m 'exposer franchement les effets que voui font mes lettres. Mais afin qu'elles n'en fassent jamais de mauvais, il faut voius accoutumer à les biej] piTendre, car quoique dans le fond vous l'ayez fait, j'ai remarqué avec douleur qu'elles ont opéré un certain découragement, que vous ne paraissez pas même avoir connu, et qui enfin vous a fait croire que vons ne vous corrigerez de rien. »
Parmi les grands directeurs du dix-neuvième siècle qui se sont occupés de l'Inconscient, le Père Gratry est de beaucoup le plus remairquable. Ce problème l'a passionné à tel point qu'il en fait la clef -de -voûte de son système philosophique. Sans le suivre dans cette voie qui, d'ailleurs, nous entraînerait hors de notre sujet, il est intéressant de lire ses descriptions et analyses de l'Inconscient. Il y apparaît comme le précurseur des Ribot, des Geley, des Bergson et des Dw^elshauvers, et im précurseur d'un grand et beau talent.
Avant de définir lui-même l'Inconscient qu'il nomme le sens, Gratry rappelle quelques-uns des noms sous lesquels l'ont désigné ses auiteurs préférés (25) : pour Bossuet, c'est le centre ou le fond de l'âme ; pour Thomassin, le sens secret ; pour le grand saint Augustin, les entrailles de l'âme. Le célèbre Oratorien s'est inspiré aussi de Joubert, son contemporain, et de T/eibnitz. Le premier n'at-il pas reconnu qu'il se fait dans l'esprit une per-
(24) Lettre à la Sœur Cornuau, Meaux, 10 nov. 1694.
(25) La Connaissance de l'dme, i, 210.
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pétuelle circulation d'insensibles raisonnements. Quant au second, n'a-t-il pas écrit: « Je tiens qu'il je pas^e quelque chose dans l'ànie qui répond à la circulation du sang et à tous les mouvements inter- [ie6 des viscères, dont on ne s'aperçoit pourtant point. »
Gratry représente l'Inconscient comme ime source ;oujours remuante qui voudrait passer en lumière et m libres amours. « Cette source — écrit-il (26) — fermente et se remue en moi sans moi, ses impulsons me sont données ; ce sont des instincts, des iésirs, non des idées perçues ni des mouvements voulus. Mais ce fond instinctif, obscur, involontaire, ndéûni, riche, puissant, c'est ma ressource, nvi 'orce, ma base, mon point d'appui, mon aliment, jue Dieu môme, directement ou par natui'e, opère m moi sans moi. »
Pour Gratry, 1 Inconscient est un fond dont ou l'aixjrçoit rien u Je ne sais — remarque-t-il à ce pro- ;x>^ (27) — d'où viennent mes désirs, mes inquiétuies.ni précisément ce qu'ils veulent ni où Us tendent. [0 ncn suis jxis l'auteur et il me^l toujom's difficile it souvent impossible de les changer. 11 y en a de lécessaires et de permanents et il y on a d'accidcnels... I/àiiie poile en elle des trésors implicites, et l'en voit rien, et n'en sait rien et n'en explique 'ien (a S) . »
L'illustre Oralorien découvre dans les iKux sphères de sa double vie physique et uuralc, un fond,
m II)., I, u.
(9n) Ib . I. 87.
(28) Ib , I. M
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un centre odscur et coinmo impersonnel qui A'it on lui saiiis lui et qui cependairt est le principe de sa vie (29). II déclare aussi qu'il est dans son âme une foulo d'éclairs et d'émotions qui la traversent, l'illumineoit et la meuvent avec une vertigineuse rapidité (3o).
Après avoir établi, par quelques exemples typiques, la participation des grands directeurs de conscience à l'étude de l'Incoinscient, il reste à mon^ trer comment la direction spirituelle en a pratique- Tieint tenu compte. Si des maîtres de l'ascétisme^ semblent avoir ignoré théoriquement ce problème, tous en ont eu la connaissance pratique parce qu'ils ont dirigé les âmes tout comme ils l'auraient fait eu le connaissant à fond.
Leur attention se porte principalement sur les trois points suivants : Adgilance sur soi-même, oraison meditale, fuite des occasions de péché ou de troubles intérieurs. Voilà les objets constants de leurs recommandations, de leurs encouragements ou de leurs reproches. Mais pourquoi donc l'accomplissement des devoirs et le salut éternel ne sont-ils possibles qu'en veillant sur soi, en méditant les vérités divines et en fuyant les sources ordinaires de nos fautes, sinon à cause de l'Inconscient et de l'importance qu'il a dans la vie morale et religieuse de l'homme.
(29) Id. I, 39.
(30) Ib.. I, 117,
i:ï psyciiothéuafie des troubles nerveux lO'J
Les directeurs de toute école de direction et de touite tendance mystique ordonnent de voilier sur soi, et cette vi^ilanc<i, ils la veulent habituelle et complète. Il l'a ut qu'elle s'exerce en tout lieu et en tout tenq>s, qu'elle s'étende à toute l'activité humaine, à l'intérieure comme à l'extérieure, à la publique comme à la j)rivée. Défense de lui soustraire quoi que ce soit sous prétexte de plaisir ou de jeu. Que l'œil de l'attention sur soi-même ne se ferme jamais, si ce n'est duiant le sonuneil, et encore faudrait-il (ju'il no fût ({u'à moitié fermé. Tel est l'avertissement qui se rencontre sur les lèvres et sous la plume de tous les directeurs ; c'est l'écho permanent du vùjilate de Jésus au jardin de son agonie.
Dans la pensée de nos guides spirituels, ceite obfctrvation incessante de soi est nécessaire non seulement pour le prés{;nt qu'il sancliOe, mais pour l'axenir cpiil prépaie et conditionne dans une certaine mesure. Mais n'est-ce-pas là reconnaître pratiquement l'inqjoî'limce de l'Inconscient? Affirmer que mes étals successifs de conscience ont un reten- 'liss<'ment fatal siii- ma vie future, c'e^t jiffirmcr du <'oup : jjremiLirenient qu'ils dcmeure-nt en moi, bien qu'inaperçus <le moi-môme, c'est-à-dire inconscients ; secondement qu'ils sont au fond do l'àme puisqu'ils ne sont pas à sa surface consciente ; troisièmement qu'ils n'y sont pas inertes et mortifiés, du moment qu'ils exercent une mystérieuse action sur l'ensemble de ma vie. Voilà bien la reconnaissance pratique du rAle considérable de l'Inconscient dans la destinée Ininiainc et de son dynamisme. Ajoutons qu'en recommandant de veiller particu-
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lièreanent sur ses sentiments, comme ils sont unanimes à le faire, les directeurs sont d'accord a\ec les psychologues actuels pour lesquels le terrain d'élection par excellence de l'Inconscient e^t la vie affec^ tive.
Enfin dl ii'^est pas jusquà l'Inconscient héréditaire qui n^e soit, lui aussi, pratiquement reconnu : des maîtres de l'ascétisme prêchent la \igilance aux pères et mères, non seulement pour leur propre, avantage, mais pour celui de leurs enfants et peititscnfants.
Le second point sur lequel .porte toujours la di-j rection de conscience chez les catholiques est l'orai-l son mentale ou l'union avec Dieu par la collaboration entre la grâce divine et l'aativité tout entière de noitre âme.
Sur ce point, coiimie sur le premier, les directeurs se montrent exigents. Pour cet execrcice, qu'ils déclarent souverainement utile à tout chrétien et indispensable aux âmes désireuses de perfection, ils requièrent toutes nos facultés psychologiques, sans dédaigner les sens, l'imagination et la mémoire. Qu'on se souvienne de ce qui a été dit, dans un précédent chapitre, de l'admirable méthode de méditaition proposée par saint Ignace de Loyola. Ce fondateur de la Compagnie de Jésus mob-ilbe toutes nos forces vives pour les orienter vers Dieu, et il leur assigne à toutes un emploi dans l'oraison mentale. Les facultés inférieures préparent les matériaux et les supérieures les utilisent à la lumière et sous l'impulsion de la grâce. Pourtant si les directeurs re quièi^ent l'âme avec la totalité de ses puissances, cç
qui les intéresse le plus dans cette âme, c'est moins sa vie intellectuelle que sa vie affective, et s'ils s'occupent de la première c'est en vue de la seconde. Leur ambition est moins de faire connaître Dieu que de le faire aimer. Aussi, d'après eux, r oraison disc^irsive^ dans laquelle le raisonnement joue un rôle prépondérant, doit tendre à se transformer en oraison de simplicité ou de quiétude^ dans laquelle le sentiment prédomine. Là encore, se retrouve chez les diroctem-s, une compréhension parfaite du rôle si considérable des sentiments, des passions et des états affectifs en général. Or plus l'oraison revut ce caractère d'affectivité, et plus l 'Inconscient s'y glisse et s'y développe, d'ailleurs, pour le grand bien des âmes. Que le lecteur veuille bien se reporter à ce qui a été dit sur ce sujet dans ce chapitre. Il y verra que d'ordinaire l'acte principal de l'oraison de quiétude est accompagné d'autres actes de second et de troisième plan, d'un essaim de petites pcnstk's qui se meut dans un demi-jour. Au fond cet état de quiétude est en partie conscient, en partie inconscient, et s'il dure plus ou moins longtemps, c'est grâc^. à s<'i [)artic incoiis<:iente qui en forme, pour ainsi dire, le fond ou la trame. C'est elle, en effet, qui le maintient malgré d'inévitables distractions.
Suivant les autours m\srn|U(\*i, cet état d'esprit, offre une analogie assez frappimte avec celui d'uno mère conteinpL'int son enfant au berceau durant do longues heures. Bien qu'elle C(^so, piir intervalles, d'être aperçue de l'intéressée, cette contemplation continue iK)urtant d'une manière latente et ininter-
rompue. On peut la compaTcr au poisson qui tantôt nage à la surface de l'eau et tantôt dans ses pro-^ fond6UTs jusqu'à ce qu'il réapparaisse pour disparaître encore. L'àme plongée dans l'oraison de quiétude rappelle aussi l'artiste immobilisé devant un chef-d 'œuvre dans une admiration très réelle bien qu'il n'en ait qu'une conscience intermittente.
Voici comment le Père Poulain explique cette con-l tinuité de l'oraison dans l'ânie distraite (3i) : (( Pen-i dant la distraction, celte âme produit des actes directs que les auteurs nomment ainsi pour les oppo-j ser aux actes réfléchis, conscients. Nous en produisons tous les jours, mais dans l'ordre matériel. Pari exemple, on se livre macliinalement à un travail] extérieur c'est-à-dire en pensant à un autre objet, si! bien 'même qu'après coup on ne se rappelle plus si] on l'a exécuté en entier. On n'en avait connaissance] qu'a l'état direct. De même pour la récitation des' prières vocales. En un mot, nous pouvons associer) des idées ou des images, coordonner des actes dansj un but déterminé, en pensant exclusivement à autre chose. C'est l'automatisme, mais qui n'est pas purement celui des appareils mécaniques : il est dirigé par^ la sensibilité qui supplée l'attention absente, cette explication est la plus usuelle. Elle cstj employée par Bossuet dans ses Etats d'oraison et par] Lopez Ezquerra. »
Dans les exemples d'ordre matériel cités par le] Père Poulain, c'est bien d'automatisme qu'il s'agit,! mais dans l'oraison de simple regard ou de quiétude,
(31) Poulcain, Des grâces d'oraison, 606.
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il n'en est plus ainsi. On est en présence de l'Inconscient affectif et par suite dynamique d'une activité qui n'est autre que l'amour.
En définitive, l'oraison mentale, si chaudement recommandée par les directeurs spirituels, n'est pas sans quelques rapports avec l'Inconscient, et si on s'élève jusqu'à l'extase et autres états mystiques, combien plus frcnjucnts et plus étroits deviennent ces rapports, mais leur étude éloignerait du but de cet ou\Tage.
Demeurons sur ce terrain plus accessible des formes les plus communes d'union avec Dieu. Si l'oraison discursive et surtout affective nous est tant conseillée, c'est tout ensemble pour le présent et pour l'avenir. Comme la vigilance sur soi-même, et plus encore, elle le prépare et le conditionne cet avenir en une large mesure. On peut donc lui appliquer le même raisonnement cpi'à la surveillance de soi et en tirer la même conclusion favorable à l'Inconscienl.
Comment les choses se .passe nt-el les .^ Il est facile de le comprendre : à force de vivre d'esprit et de cœur dans une allimosphère d'images, de pensées et de sentiments chrétiens, à force de la respirer et de s'en nourrir par th^s oraisons fré'quenles et suffisamment prolongées, il se fait néc^ss;\irement en nous une modification complète, pour ne f>as dire i;nc transformation, et qui se fait, non seulement en surface, dans notre mentalité et notre caractère app^irents, mais aussi, et surtout, en ])rofondeur, dans ces abhnes où le îuoi ne i>eut s'atteindre, c'est-;\din^ dans notre ïncon.<!cient. Li\ se fonnent et s'organisent peu-i\-peu tout un n\onde de forces sur les-
quelles nous pouvons compter, plus que sur nos dispositions conscientes, pour assurer en nous, dans les cas difficiles, le triomphe de la religion chrétienne. C'est une immense armée entièrement cachée à nos regards, et dont les soldats croissent chaque jour en nombre et en valeur militaire grâc€ à nos efforts répétés. Au moment opportun, nos tendances inconscientes se porteront sur le point menacé avec tant de promptitude que nous nous trouverons victorieux avant même d'avoir combattu. D'autrefois l'Inconscient nous délivrera d'un péril inaperçu du conscient.
(( Nos habitudes, — écrit sur ce sujet le Père Poulain (82) — nos passions et nos divers besoins nou.< font agir plus ou moins automatiquement. Dès lors toute oraison oij se développe le besoin de plaire \ Dieu, deviendra, presque à notre insu, la source d'une foule d'actions vertueuses. Elle créera la mentalité nécessaire sans beaucoup recourir aux résolutions distinctes. Quand nous pensons à l'Océan, nous nous représentons toujours une suite de vagues qui s'élèvent, se poursuivent et s'affaissent, mais ce n'est l.\ que la surface. Elle recouvre d'immenses profondeurs, notre imagination n'y songe point parce qu'elle n'a prise que sur des parties bien différenciées. Il en est de même quand no^is obsen^ons notre âme. Les actes distincts nous semblent ce qu'elle renferme d'important. Ce sont, au contraire, de simples groupements de surface visibles, mais passagers. Au-dessous, il y a l'intime, le permanent et la grande source de l'action. »
(32) Ib., 29.
Essayons, s'il se peut, d'avancer plus profondément dans l'analyse des causes auxquelles est due l'influence de l'oraison mentale sur notre vie. Grâce à la répétition journalière de cet exercice, oij le christianisme est admiré, aimé, goûté dans toutes ses parties eit sous tous ses aspects, en ses dogmes, sa morale et sa liturgie, comme en son divin fondateur, les sentiments religieux s'organisent entre eux et par là se renforc-ent, et, en faisant pression les uns sur los autre^s, s'enfoncent davantage dans l'âme. De plus, comme l'oraison à tous ses degrés et dans toutes ses formes, n'est jamais vide d'intuitions, de pensées, de réflexions, en un mot d'éléments intellectuels, les sentiments s'objectivent sans peine en idées et en principes d'action : soutenus do la sorte par rintolligenre, ils deviennent plus solides et par là même plus durables. .SurN'ionnent des tendances affectives contraires, les sentiments religieux, unis comme des soldats disciplinés, les refoulrront tout de suite pt, par cette victoire, conseneront leur prédominance.
IvC professeur Dwelsbauvers observe qu'en s'enrichissant d'un rayonnement d'idées plus large, les sentiments s'assurent ime stabilité plus inébranlable et qu'en s'organisant avec les idées, ils s'organisent el s'harmonisent entre eux.
L'oraison mentale produit en fx^tit, et dans l'ordre pratique, chez ceux qui s'y livrent assidûment, celte unification harmonieuse des éléments intelletuels et affeolifs qui caractérise l'Inconscient des plus beaux génies. Ce n'est d'ailleurs pas là l'un des
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moindres points de contact entre les génies et les Saints.
Nicole, souvent ennuyeux, mais rarement ban^ surtout sur le terrain psychologique, observe che2 certaines âmes une facilité merveilleuse à se maintenir en la présence de Dieu alors qfu 'elles vaquent] consciemment à leurs affaires habituelles. Elles s'y^ maintiennent par un souvenir conjiis, écrit Nicole (33), ce qui signifie inconscient. Car c'est imi> des qualités de l'esprit de l'hom'me, ajoute l'écri-J vain janséniste, de pouvoir concevoir d'une manière confuse ce qu'il a conçu d'abord particulièrement etj distinctement. Et pourquoi l'Inconscient de ces' âmes est-il si riche de Dieu.^ Parce qu'ayant reçu de Dieu des mouvements d'amour plus vffs et plus fréquents q;u'on en reçoit d'oTdinaire, — répond Nicole — « eJles s'y sont livrées avec une plénitude de cœur particulière et ont fait de Dieu l'unique objet de leurs désirs et de leur joie. Comme ces âmes ont donc beaucoup aimé Dieu, il n'est pas étrange qu'il reste en elles beaucoup de dispositions à se souvenir confusément de Dieu avec amour. »
Au fur et à mesure que se forme l'Inconscient affectif, il exerce de plus en plus son action sur cette oraison mentale à laquelle il doit en majeure partie tout ce qu'il est. Son apport se reconnaît sans peine : c'est le sentiment qui nait de lui-même sans s'étayer sur aucune idée consciente et qui détermine une émotion plus forte que l'émoi causé par les sentiments réfléchis. François de Sales y fait allusion dans
^33) Nicole, Réfutations, 218.
ce passage de V Introduction à la vie dévote (34) : (( Il vous arrivera qu'incontinent après la préparation, votre affection se trouvera toute émue en Dieu, alors, Piiilolhée, il lui faut lâcher la bride, sans vouloir suivre la méthode que je vous ai donnée. Quand les affections se présentent à vous, il les faut recevoir et leur faire place, soit qu'elles arrivent avant ou après toutes les considérations. »
lyC dernier point, sur lequel porte principalement la direction de conscience, est la fuite des occasions de péché et des sources de dissipation. Il ne faudrait pas croire que les directeurs défendent de s'exposer au péril de mal faire uniquement à cause de la pro- Ixtlité d'une chute immédiate ou tout au moins prochaine. Alors même que celte probalité pour le présent serait écartée, il la redouteraient pour l'avenir, et leur défense serait maintenue. Pourtant l'impression produite en nous p^ir la vue d'une scène scabreuse ou par l'audition de quelques pjiroles légères s'efface vite de notre mémoire. Oui, mais elle demeure dans notre Inconscient e<t peut en surj^'ir de façon malencontreiLse vingt ou trente ans plus tard.
Dans le même ordre d'idées, des perscmnes s<^rieuscs et de bonne foi s'autorisent la lecture de livTes nioralemenit suspects, sinon mauvais, mais excellents au |)oint do vue littéraire, pour la raison très simple qu'elles no prêtent pas la moiidre ,»lîc'ition au fond, tant elles s *i ni/; ressent A la formo. m) Introduction d ht vie dévote, ii. s.
Cete manière de voir, cin la supposant sincère, n'est pas exempte d'erreur au point de vue p -ychologique, eit k cause en est la méconnaiôanc^; pratique de l'Inconscient, comme l'attes-te Bossuet dans sa lettre sut les spectacles adressée au Père Caffaro, où se lisent ces lignes (55) : « Il ne sert à rieri de répondre qu'on n'est ocupé que du chant et du spectacle, ces sentiments s'insinuent sans qu'or, y f^cnse et gagnent le cœur sans être aperçus. »
Il découle de l'Inconscient, tel qu'il est coniui fie nos jours et tel que le connaissait suffisamment Bos-] suet, cette conséquence très grave au point de vue] moral et pourtant ignorée de la plupart des hommes :j en dehors des faits conscients relativement peu. nom-] breux, il existe, pour chacun de nous, une infinitt de perceptions inconscientes et pourtant réelles sont les matériaux avec lesquels s'édifie notre Inconscient sans jamais s'achever. D'où l'influencf considérable du milieu où l'on vit, des travaux auxquels on se livre ,des amis que l'on fréquente et d( plaisirs que l'on s'accorde.
Cette influence, tout le monde la reconnaissait, el les, directeurs de conscience plus que tout autrej Mais la notion actuelle de l'Inconscient prouva qu'elle est beaucoup plus grande, infiniment plus étendue qu'on ne le croyait jusqu'ici. Elle s'étend, en effet, à ces actes innombrables que nous posons ou que nous subissons journellement et sans nous en apercevoir, à des visites distraitement faites ou reçues à des spectacles ou à des paroles inconsciemment vuî
(35) Lettre au Père Caffaro, Théatin, n" 181.
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OU entendues. Notre devoir est de nous méûer davantage de l'ambiance où nous nou^ tjouvons, serait-ce par hasard et pour peu de temps. Ne disons plus quel maJ peut me faire ce voisinage de gens immoraux puisque leurs propos ne m'intéressent nul- Icjneni et que d'ailleurs 'je ne les écoute même pas. Que nous les écoulions, ou non, no<tre Inconscient, lui, les enregistre à notre insu sans en omettre un seul. C'est vrai ils ne nous intéres:>ent p;is aujourd'hui parce que nos dis} >osi lions d'esprit leur sont contraires, mais plus tard, dans un avenir peutilro lointain, l'Inconscient les fera apparaître et, :omme cette fois, ils surgiront de notre propre fond, les enl railles de l'âme, au lieu de venir du dehoi-s, riou.s leur accorderons une atttmtion bienveillante ju'ils ne méritent certes pas.
Quiol sujet de craiate que la puissance de l 'Inconscient, d'autant plus angoissante qu'elle est, d'une )art, cachée à mon regard et qu'elle est, de- l'autre, m fond de mon être et comme dans le sanctuaire le ma vie. Et chose plus redoutable encore, cette orce qui n'est autre que tnoi dans ce que j'ai de )lus i>rofond et de plus vrai, possède une activité merveilleuse qui laisse loin derrière elle mon actiité consciente. N'est-ce pas malheureux qu'elle se rianifeste sans mon agrément et au moment où je n'y attends le moins?
Si je ne puis avoir sur mon Inconscient un eni- »irc imm(^diat et direct, si je ne puis le mettre en iranlo quand je le veux et activer ou ralenlir son ravail comme je rentend5, une certaine domination idircrte m'est possible. N'oubLons pas que le
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consciemt est ;pour Ijeaucoup dans la formation de l 'Inconscient, et que notre volonté réfléchie peut, dans une certaine mesure, orienteir ses manifestations en un sens ou en un autre. Perso|me ne h contestera : très différent d'orientation générale est rinconscienit chez l 'homme de devoir et chez l'horume de plaisirs.
A nous de préparer et de faire en quelque sorte notre Inconscient en exerçant sur nous-mêmes uin( vigilance plus parfaite, en l'étendant non seulemen à nos actes conscients 'mais aux objets que nos seni peuvent percevoir à notre insu. En un mot, que not vigilance se double de prévoyance. Suivons en tout et toujours le conseil que Bossuet donnait en ces termes à madame d'Albert de Luynes (36) : (( Il fau tâcher de former en soi une liabitude si forte et si vive des vertus et des sentiments de piété, qu'ils naissent corome d'eux-mêmes, et presque sans qu'an les sente, du moins sans qu'on y réfléchisse. »
Rappelons-nous, pour en tenir pratiquemen compte, le mot de Séiièque : Ratio non impletu manifcstis. Par ejus major ac melicr in occultis est la raison n'est pas toute en lumière : sa partie la plu riche et la imeilleure est obscure et cachée.
N'oublions pas enfin que la connaisance n'est pa égale à l'âme entière, comme l'écrit saint Thomas Notitia non totaliter menti coœquatur (37).
(36) Lettre à Mme d'Albert de Luynes, fin 1691.
(37) 1. q. 93, a, 7, ad. 2*.
CH.VinTRE VI
La Psychothérapie, ses diverses méthodes. Contrôle du Conscient sur l'Inconscient.
\oi^ avons donné dans les premiers chapitres de 'et ouvrage une vue d'ensemble des phases diverses qu'ont traversées les effoils tentés si souvent poui juérir les malades on s 'adressant à l'esprit. Nonijrcuses ont été les. voies frayées, en appvarence très livergentes. Cc{XiTidant il nous semble que l'on peut es systématiser dans deux grandes catégories. Il 'St toujours entendu que cette classification, comme ouïe autre classification du reste, n'a rien d'absolu, I existe toujours une zone d'interférence, comme Jeux plages de couleur so fondant à leur périphéie, et telle ou telle méthode do psychothérapie peut oujoui's pir quelque point rentrer dans la classifiation mitoyenne.
Donc pour mettre un peu d'ordre dans notre ex- X)eé, nous répartirons les procédés connus en deux atégories principales : Psychothérapie passive et
Psychothérapie active. Reste à justifier ces appellations.
Psychothérapie passive a pour synonyme le tenne de Suggestion, qui a connu une telle fortune. Pour certains, et pour Bernheim surtout qui l'a porté au pinacle, la suggestion est coi tout et partout, c'est le moteur ujiiversel, le « motif » de détermination devient suggestion ; dans l 'éducation elle joue le grand premier rôle, elle domine, en fait, l'existence psychique. A donner une extension quasi indéfinie à ce terme, il semble qu'on l'ait énervé, qu'on lui ait enlevé de sa vigoureuse précision qui satisfait mieux l'esprit. Pour nous, nous entendons i)ar suggestion une sorte d'imposition, de pénétration d'un esprit dans un autre, arrivant à modifier dans une certaine mesure celui qui reçoit l'empreinte de l'autre. Il faut donc que le réceptem* ait de la passivité, soit apte à être dominé dans une certaine mesure, et n'offre pas trop de résistance. Nous pouvons donc dire que suggestion réussie suppose passivité coimme terme oooTélatif, c'est ce qui caractérise la psychothérapie passive.
Dans les débuts, la médecine a surtout exploité ces filons de la ii)assivité et de la crédulité humaine. Aussi s'est-elle entourée de tout l'appareil du merveilleux, fort propre à frapper l'imagination et à k forcer à accepter la suggestion qui lui était faite, et les moyens thérapeutiques ordonnés par le soi-disant oracle n'étaient destinés qu'à continuer l'ébrankînent suggestif et à le renforcer encore. Le sommeil, pendant lequel se produisaienjt les songes inspirés, était fortement apparenté à l'hypnotisme moderne.
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(6 sorcier nègre avec ses charmes, ses fétiches, l'efroi qu'il inspire sous des oripeaux étranges, n'agit as autrement et scm tam-tam remplace la réclame isistante, hynoptisantc, sur laquelle de nos jours omptent tant d'industriels pour lancer leur produit. Il est connu que l'alliche qui réussit doit avant tout Ire un choc imagina tif et un peu bizarre, et qu'elle 'a nul besoin de s'adresser à la raison. N'avonsous pas vu, 11 y a quelques années, des foules affoles de suggosiibilité, s'écraser à la porte d'un clvaritan qui guérissait toutes les maladies à l'aide d'un ppareil ébranlant violemment de ses vibrations brudes la partie du corps sur laquelle il était ppliqué.^
Qu'est-ce à dire, au fond, que ce pouvoir d'altrac-
ion sur l'esprit humain, est-il possible de l'analy-
ùT et de démonter son mécanisme? Tout incline
croire que la suggestion porte sur notre incons-
ient, qu'elle le pénètre souvent à l'insu de la rai-
on, puis, une fois installée dans ces profondeurs
iiystéricuscs de notre être, provoque <.\ei> effets aux-
[uels on assiste étonné, faute souvent de pouvoir les
»i?ter jusqu'à leur origine vraie, et cela en mal
ommo en bien.
Grasset avait es&iyé une représentation graphique
e notre psychisme : son fameux polygone ronsti-
Jié p.'ir les ligTies réunissant les centres d'action on
artie automatiques do notre cerveau ; puis, au-des-
18, le centre 0, siège de la raison consciente, réu-
î hii-mAme i\ chacun dos centres inférieurs par
'autres voies de connexion. Que le centre O fut
OTinie ejidormi, ou qu'une niauvaisc conductibi-
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lité des fils connecteurs gênât son contrôle sur les centres inférieurs, il y avait désagrégation du polygone, à la faveur de laquelle pouvait s'imprimer les suggestions et se développer l'automatisme. Ce schéma n'est à tout prendre qu'une vue de l'esprit, uin moyen do vulgarisation commode, car il resterait à prouver rexistence du centre cérébral 0, voire même des centres secondaires, existence très sujette à caution.
La suggestion et la passibilité nous mènent tout naturellement à rhypnotis>me qui est le-ur grand allié et peut leur frayer la voie. Pour les tenants de la suggestion par-dessus tout, la provocation du sommeil artificiel n'est que la suggestion pure : le sujet s'endort parce qu'on lui affirme qu'il va dormir et tous les procédés de fixation, les passes, la fascination, etc, n'agissent que sur la suggestibilité du sujet. Pour l'école de Nancy, toute personne est plus ; ou moins hypnotisable, c'est un pirocessus normal j de notre psychisme. Quelques médecins restent cependant partisans des vieilles théoiries Tnagnétiques de Paracelse, et sont persuadés qu'une sorte de fluide est émis par le magnétiseur et agit physique,ment sur le patient sans intervention unique de l'imagination. Les expériences sur les animaux, faciles à iréaliscr, semblent bien prouver une action mécanique de certaines manœuvres aptes à provoquer l'hypnose.
En fait, la réceptivité est très variable suiA^ant 1 individus, et celle-ci se développe considérablement par la pratique réitérée : l'influence de l'hypnotiseur habituel devient extrême, et l'on cite des cas, très sérieusement étudiés, où la simple volonté de l'hyp-
notiseuT formulée mentalement à une distance souvent très grande, sufût à provoquer immédiatement d'étranges phénomènes chez son sujet. Il s'établit comme une sorte de communication entre les deux psychismes, l'un actif, l'autre passif.
Actuellement, l'on utilise de moins en moins le sommeil complet, se contentant de créer une hypotaTÎe, une malléabilité plus grande du malade, ouvrant la porte toute grande h la suggestion thérapeutique. Cependant, pour certains cas fort curieux, minutieusement étudiés par Despine (d'Aix) et par P. Janet, si l'on pousse l'hypnotisme assez à fond 1 on obtient un état de somnanbulismc artificiel complet, pendant lequel le malade agit et parle comme tout le monde, tous les troubles ont disparu, il n'est môme plus suggcstionnable ; malheureusement au bout d'un certain temps, tout retombe, c'est à recommencer.
La psycho-analyse de Freud (de Vienne) qui a si prodigieusement influencé les cerveaux germaniques, nous apparaît au.ssi basée sur la passivité. S'abandonnant A ime sorte de rêverie, le sujet, au cours dos séances, est exercé h laisser parler son inconscient. 11 s'acit, en effet, de retrouver dans les replis de celui-ci le refoulement d'une tendance primitive, le plus souvent d'ordre sexuel, dont la dérivation se traduit par les symptômes plus ou moins étranges manifestés par le malade. T/»s r^ves sont ^ussi un moyen d'investicatinn dans la subconscience et Freud se livre h des interprétations souvent dicrnes de la u Clé des Soncrt>^ >> et antres li\Tf'S de mAnie v;»leur ! TTne fois lo rrfonlemrnt « t l'en-
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chaîii€iment de la syinptom^tologiie découYerts, la guérison doit s'en suivre.
En réalité, l'hypnose est un moyen smivent très supérieur de pénétrer dans la subconscience. Et c'e^t fort dangereux d'inciter le malade à cette rêvasserie indéfinie contre laquelle il importe, au coiiitraire, de réagir, rêvasserie d'autant plus inquiétante qu'elle se portera sur des troubles sexuels. Nous no voulons pas dire par là qu'il ne faille pas chercher à porter le flambeau dans les replis de rinconsoient et que la découverte d'un cliché ne puisseï rendre un signalé service. Tel phénomène d'allure incompréhensible peut être provoqué par le- souvenir inconscient d'un événement passé, souvenir qui vient au tomatiquement provoquer un acte absurde. Quan s'éclairei cette origine, le malade s'en débarrasse ai ©ément. Mais ce n'est là qu'une recherche psy chique secondaire, et non point la base essentiel! du traitement.
Nous n'avons pas à insister davantage sur ces pro cédés de la psychothérapie passive, et nous passeron à la psychothérapie active. Elle peut se définir : l'effort de l'eisprit pour se débarrasser de la maladie effort guidé et soutenu pair le thérapeute. A elle vo: toutes nos préférences.
Dans la zone mixte que nous signalions plus hani à propos des classifications, pourraient se range' certains procédés d'excitation. Celle-ci cherche réveiller par un stimulant approprié les énergiei dormantes du sujet. Cet excitant pourra êti méthodiqueonent choisi et dosé, accepté par le malade, donc actif, ou, au contraire, lui être brutale
taie^
ment imposé par les circonstances, donc passif, telle uno émotion soudaine, un danger à fuir, une maladie contre laquelle lutter, toutes circonstance^ dans lesquelles on voit des (( nerveux » retrouver une tension d'énergie bie^n insoupçonnée d'euxmêmes et de leur entourage.
Cette excitation passive n'est guère à notre disposition et jxîut souvent dépasser le but, tandis que nous avons toute une gamme d'excitants qui peuvent être maniés avec bien plus de précision. La stimulation morale est dans ce cas, soit qu'une personne étrangère cherche à inspirer des sentiments de courage, de confiance en soi-môme, d'optimisme, etc., soit que le malade lui-même se les articule fortement et arrive à s'en pénétrer. A force de se répéter ou de s'entendre répéter que l'on est mieux, que l'on prend le dessus, que l'on se domine, tout cela I)énètre peu à j>eu, en bomie place, et finit par chasser les idées contraires d'infériorisé ou de tristesse, qui sont de vrais toxiques, et chaque fois la parole excitante réveille un peu de l'énergie engourdie. Ce besoin d'excitants est tellement habituel chez le névropathe, que beaucoup vont les chercher dans l'alcool, dans la morphine ou la cocaïne, voire dans des émotions de toutes sortes, souvent malsiiines ou dangereuses.
Au fond, 1 excitait ion (^t bien l'essentiel de toute thérapeutique, les remèdes de tout trenro n'agissent guère autrement ; il s'agit stMilement de trouver l'agent excitant bien approprié au cas, et de le gra-
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duor conuiic il faut. Une remarque d'application fréquente est que les nerveux ont une sensibilité très spéciale à la stinaulatiodi thérapeutique ; parfois cette sensibilité est tout à fait exces&ive, la moindre dose d'un remède ou d'un agent physique quelconque leur produit un effet disproportionné et un ébranlement parfois néfaste. D'autres fois, au contraire, ils sont comme frappés d'inertie, leur réaction est absente et l'on s'use à chercher un moyem de les sortir de cette torpeur qui ne facilite évidemmemt pas la tâche du médecin.
Il faut, comme nous le disions, savoir trouver l'excitant spécial le mieux adapté au cas particulier. Ce n'est pas toujours chose facile. Nous verrons plus loin comment l'étude des vibrations musculaires permet d'arriver à une précision beaucoup plus gi'ande que celles de simples conjectures, même basées sur lets dires des malades.
L'excitant nettement psychothérapique est de premier ordre. L'école de la New ïhought, d'origine américaine, s'en e&t largement servi, avec ses appels constants à l'énergie, à la domination de soi-même et des autres, à la conriance en soi, etc. La méthode fameuse de Dubois en est tout entière x>énétrée. Que cherche le médecin au cours de l'entretien psychothérapique (( sinon à faire sortir *le malade de luimême, à l'arracher à son repliement mesquin, à la contemplation obstinée et stérile de ses misères, et, ceci obtenu, à le lancer dans l'action, à ranimer les cendres du foyer où le feu couve encore.^» L'optimisme prêché par le professeur de Berne est un stimu
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lant du psychisme et surtout cela, du point do \ue qui nous occupe.
Ce serait le moment d'analyser brièvement cet excitant par excellence que l'on nomme la foi, et par là nous entendons la foi en général et pas seulement la foi religieuse. Albert Deschamps s'en est beaucoup préoccupé et lui a consacré des pages d'une psychologie très poussée. La foi, la foi agissante, vraie, que j'appellerai une adhésion passionnée à son objet, va certainement remuer au tréfond de nous-mêmes les puissances les plus mystérieuses de notre être. Qui pourra dire de façon adéquate les virtualités qu'elle transforme en acte, celui-ci surmontant tous les obstacles, faisant sauter les barrières, et oe miracle d'un être inerte et lourd devenu débordant d'énergie curatrice ! C'est la foi qui (( transporte les montagnes », et, si l'on arrive à l'infuser dans mi psychisme, quelle transformation 1 C'est le feu qui pénètre partout, c'est la lumière et rien ne lui est impossible. Je serais tonte de dire qu'à sa base clic se confond avec l'amour, cette puissance non moins dévorante et qui sublimise ce qu'elle touche. On ne j>out trop présumer d'un esprit emporté jxir ces forces dominatrices qui pulvérisei^t tout, sur leur passage. Il ne s'agit point là do passivité do notre être, mais au contraire de surexcitation do toutes nos facultés actives tendues vers un but précis. On voit jKir là ce que peut donner la f'^'i dans une euro nerveuse, conmient elle galvanisera le (malade hésitant et troublé, lui donnant lo ressort lîécosaire pour gravir le rude st^ntier qui le sortira du ravin où il est tombé, (iuidé par elle, il peut ar-
river à la claire vision de son état et des moyens d'en sortir.
Elle est un des principaux levietrs du (( dirocteuT », qu'il s'agisse de la cx^nscience psychique ou de laj conscience religieuse ; il faut que le malade ait foil en lui, foi aux moyens qu'il propose, sans cela riem no réussit, la cure tombe à plat, cela se comprend de reste.
A la foi seule, la Cfmstian Science qui a tant fait parler d'elle en A.mériqu© et en Angleterre, demande la cure, 'mais foi souvent bien mal éclairée et tombant facilement dans des excès ridicules. Les adeptes de Mrs Eddy, quelque peu imbus de panthéisme, proclamaient que le mal n'existe pas dans le monde, seule l'imagination de l'homme lui crée une existence factice. Partant, pas de maladie réelle, tous les traitements, même chirurgicaux, sont proscrits, lorsque l'on se « figure » que l'on souffre de quelque: mai ; la foi absolue en la guérison, la prière ardente et concentrée feront tout le nécessaire, toute autre intervention doit être bannie. Les gi^andes réunionjv] de cette secte, les « revivais », sont d'énormes excitants en commun, dont on ne peut nier la puissance. Mais que de sottise bien des esprits faibles abritent^ sous cette bannière !
Cette nécessité si normale de l'excitation a fait] réagir contre les excès de la cure de repos et de gavage de Weir-Mitchell ; la graisse n'est pas tout ch< un névropathe, et l'on ne peut mesurer la cure au'' nombre de kilogs gagnés ; au début le repos total est parfois nécessaire, mais il faut savoir le cesser à
Leirips et ne pas laisser enliser le malade dans un demi rêve qui naît de la c-essalion de tout effort et rend le retour à la vie normale affreusement pénible.
Je suppose que le psychothérapeute, devant un cas un i>eu difficile, s'est adonné da toutes ses forces à suggestionner son malade, à le persuader aussi, à réveiller en lui les tendances et les idées saines, à l'en- Iraîner dans la voie de la conscience et de la volonté. [Cependant cela ne marche pas. Scrutons un peu le problème et le patient ; bien souvent, celui-ci dira : ( Je connprends bien ce que vous me demandez, tout iiela est bel et bon, mais... je ne sais pas le mettre m pratique », et c'est alors qu'il faut dt^'scendre des tiauteurs de la théorie et de la raison pure aux minuties et aux patients efforts de l'Education, de la Rééducation plutôt, car il s'agit de réfection. C'est là If. couronnement de la psychothérapie active.
Nombreuses sont les méthodes qui cherchent à remettre au point une fonction troublée en réveillant par des exerci<Ts appropriés l'activité de l'organe atteint : rééducation d'un membre paralysé le l'estomac atone ou contracté, de l'intestin, etc. Ce n'est pas ce que nous avons à étudier ici. Mais du point do vue psychothérapique, la méthode so trouve synthétis(k^ dans la rééducation du contrôle cérébral, instaurée |xir le Dr. Vitloz (do Uiusanne). Frés complète, formant un tout solidement construit et sanctionné par rex|>érience, elle utilise la notion fondamentale do la dualité psychique, du
2 2a DIRECTION DE CONSCIENCE
conscient et de l'inconscient, celui-ci devant et contrôlé paT celui-là. Cette thèse de l'inconscient a déjà été exposée dans un précédent chapitre, nous n'y reviendrons donc pas. Mais l'on ne saurait trop souligner son importance dans la compréhension des phénomènes névropathiques. Que l'inconscient échappe au contrôle nécessaire, ot c'est le cheval qui mène le cocher, avec toutes les conséquences que l'on devine aisémeint. C'est pour le sujet une sensation de malaise profond, inexplicable en apparence, avec tout son cortège d'impuissances, d'agitations ineffectives, arrivant finalement à l'anxiété et à r angoisse.
11 est alors fort bon de prêcher l'optiimsime et la confiance, dje montrer les bienfaits de l'énergie et de la volonté ; imais cela ne suffit pas toujours, tant s 'on faut. En réalité, le névropathe, parfois sous des apparences de paresse et d'inertie, dépense une somme d'énergie énorme, mais à faux, il ne sait pas la canalisr, cette fore» se^ 'retourne contre lui, et il va falloir, en plus de ila proposition de l'idéal à atteindre, lui montrer la manière d'y parvenir ; c'est tout l'art de la Tééducation. Celle-ci doit se baser, comme l'éducation, sur des exeroioes les plus simples possible au début, toujours exécutables quelque soit le degré de maladie. Le défaut est qu'une fois indiqués ipar le thérapeute, il est bien difficile de se rendre compte de la mianière dont ils sont exécutés, de leur degré de précision, dont dépend cependant le résultat final, il faudrait il 'oreille du maître de musique écoutant les gammes de son élève. C'est précisément cette si grave lacune qu'est
Jl
I r PSYCnOTilÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX 2 23
venu combler la géniale découverte du Dr. Vittoz.
Ou sait que la peiii>ée tend à s'extérioriser conslamment en action musculaire, c'est une loi générale. Or la main appliquée sur le front arrive à percevoir, après avoir exercé sa sensibilité, des sortes Je vibrations ou ondulations, dont le siège est vraisemblablement les muscles frontaux, et qui traduisent t'iunnajumont l'état psychique. D'après leur mode ijarticulier, on peut présumer si le sujet est :^ntrôlé ou non, s'il est dans un état de vague ou l'anxiété. Il ne s'agit pas là de lecture de pensée, nais du diagnostic de l'état psychique, comme l'auscultation nous décèle l'état du coeur ou du poumon.
Ceci est déjà de première importance et projettera m peu de clarté dans le chaos si déconcertant au areinier abord qu'est le psychisme d'un névropathe. t\)ussans plus loin l'analyse par l'interrogatoire et 'examen manuel. Le plus souvent nous trouverons ieux troubles de fonctionnement prédominants : Le naïade n'est pas conscient et il ne peut se concenrer, il oscille entre un état do vague qui l'abstj'ait lu monde environnant, et un état do tedision nereuse qui paralyse son effort et le fatigue doulooireu- -enient. Il est alors logique de lui demander des exer- Jces faciles, des actes conscients, que nous analycnms dans le chapitre suivant, puis des concenrations d'alx)rd très courtes ; et c'est encore là que ic montre la supériorité de la méthode Vittoz : ces lits exercices peuvent être exactement contrôlés piir a main placée sur le front, elle en décèle les déàuts d'exécution, {x^rmet de guider pas à pas le maade, et i)our qui s'est rendu compte de la diffi-
culte qu'il y a chez celui -ci à exécuter correcitement les aotes les plus simples, on. ne saurait surestimer la valeur de ce contiôlc. Une fois bien établis, ces deux piliers essentiels de l'édifice, conscience et concentration, ou pour employer des teranes plus généraux : réceptivité et émissivité, on passe au couronnement de l'œuvre, le dressage de la volonté, moteur nécessaire.
Entre temps, la ipsychologie du sujet a été fouillée minutieusement, les clichés ont été effacés, les raisonnements faux redressés. Il semble donc bien que d'on ait là l'eissentiel, la synthèse, la grande œuvre de la psychothérapie. On arrive au rétablissement du contrôle du conscient sur l'inconscient : les vibrations si troublées au début de la cure sont devenues normales, ce qui est le « test » sûr et précis de la guérison. Peu à peu, par la pratique de l'acte conscient et de la concentration aboutissant à la volonté, est réalisée l'unité de l'individu, c'est-à-dire la normale. Sans cette unité, pas de guérison possible, c'est le but à atteindre, aucun effort ne doit coûter pour y parvenir.