i.-.n.ji<>, .11.1. Vil.. ijh.S TIlOUBLtS iM:U\EUX 2'i
Du nombre des Irois livres qu'il faut toujours [)rter avec soi et relire chaque soir, suivant Kuysrœck r Admirable (lo), est un livre vieux , diï- )rmc, souilllé, écrit à l'encre noire, c'est celui de otro conscience.
Sanit Ignace de Loyola, pour nous convaincre u'il est iiidispensable de nous livrer à cet exerce, sous i>eLne de nous exposer à la damnation éterelle, nous fait assister au siège de l'àme par le plus [iLile et le plus patient des capitaines, le Démon ni n'attaque jamais celte place avant d'en avoir Couvert le point laiblc, la brèche par où il lui est icile de se gUsscr (ii).
Pour Cassien si versé dans l'ascétisme, cette praque est aussi i)éi!ible à la nature qu'utile 5 la vie •ligicuse, puisqu'elle a pour objet le fond même de homme.
A lire ces textes, et il serait facile d'en citer d'au- •es,on voit clair comme le jour l'opposition entre examen de conscience, tel qu'il est prescrit par la irection spirituelle, et les actes conscients, tels u'ils sont commandés par le médecin d'après la lélhodc Vittoz. Pourtant celte opposition est moins rande qu'elle no le paraît de prime abord. Elle
'existe g'u^^e que dans les procédés eux-mêmes pris bjectivement, car, à les considérer dans l'esprit de ?ux qui les emploient, leur but est somblabJe.
En dirigeant l'attention du nuilade vers le dehors.
j médecin — nous l'avons remarqué — se propose de
(10) kuysbrœck l'Admirable, Le Livre îles sept clôtures, c.
rrires spfrlttiris. Dlscornement des esprits. Examen
iiio 3V
2/|8 DIUECTION DE CONSCIENCE
rétablir la c onnin uni ca Lion avec le monde extérieur. Par un mouYemeait inverse, le directeur reclicrcht le même résultat. S'il détourne du deliors l'e regard de son dirigé pour le lui faire lixer sur le dedans, ce n'est pas du tout pour le séparer de ce qui l'eatoutro et l'isoler cgoïstement, c'est, au contraire, poua' lui permettre de communiquer davantage a^ec son milieu en exerçant sur lud une influence plus pénétrante et plus utile.
Dans l'examen de conscieaice bien compris, i^. chrétien ne s'étudie pas théoriquement à da façon du philosophe, imais pratiquement à la manière de J homme d'action. Son désir n'est pas de se connaître poiur se complaire en son moi et s'y enfermer dans une admiration bé-ate. Son rêve n'est pas, non plus, de déduire de cette connaissance des observations d'ordre scientifique. Ce qu'il ambitionne, par ce moyen, c'est mie vue pratique de lui même afin d'être plus raisonnable et plus saint dans ses actes tant extérieurs qu'intérieurs. Aussi s'examine-t-il ayant bien soin de se placer parmi les gens et les choses où s'écoule sa vie. 11 Sô regarde lui^ mais lui vivant dans telle famille, se livrant à telles occupations et à tels jeux, fréquentant telles personnes, lisanil teils livres ou courant après tels spectacles. Rien dans sa conduite privée ou dans son rôle piubiic, s'il en joue un, qui ne défile sous ses yeux. En un mot, si le chrétien cesse un instant de regarder le monde extéirieur, ce n'est pas pour l'ignorer «et ne plus en tenir compte, m<t pour en avoir une \'ne plus nette parce que plu> réfléchie, d'où plus consciente. Il sortira de sa retrai*
Jl
ET PSVCHOTnÉRXPIK FIES TRO^. BLES NERVEUX 2'|0
[itérieuie plus clairvoyant et mieux armé pour ce4te aévitable lutte de l'existence. C'e»st ainsi que, par des oies de directioas contraires, im^édecins do l'ânve et es itroublo^ nerveux atteignent le naôme but : la oniunication de plus eiii plus étroite et i)rakiquc avec s momlo extérieur. Mais, en s'appliquant, les uns et îs autres, à faire communiquer le sujet avec son mbiance naturelle, loin de vouloir l'y absorber, ils ntendent bien cpi'il y vive et qu'il agisse en agent utnnome, c'est-à-dire consrient et libre.
Tout ce qui vient d'èlre écrit est conforme h IVnpigneîuent des grands directeurs. Ils sont unanimes
vouloir que l'examen de conscience corrige et nx^Iiore notre conduite. Dès notre lever, — ob- BTvo avec son sens pratique saint Jean Chrysosimo (12) — avant de paraître sur la place publique \ do nous occu(>er d'aucune affaire, nous faisons enir notre serviteur, nous lui demandons compte les dépenses faites h veille afin de savoir ce qui été dépensé bien oii m al -à-propos. Nous devons proéder de mcVne pour la conduite de notre vie . Appe- ,ns notre conscience, fai'^ons-lui rendre con^pte d«* otions, des paroles, des pensées. Examineras ce qui st h notre avantage ou à notro préjudice. Cessons e dépenser à tort et à travers, et t.vcbons de sul>siluer d'utiles dépen.ses aux nuisibles, des p^i^res ux paroles indiscrètes, le jeûne et ^aum(^ne aux reards trop libres. Cette assimilation de la consience à un intendant confirme bien Tiolre point de
HomUir : Il no faut pas parler m vuo ilo plaire. 4.
25o DIRECTION DE CONSCIENCE
Saint Bernard ne conçoit pas différemment le rôle âc l'examen quotidien de soi-même : Le soir veniu, — conseille4-il (i3) — examinez ce que vous avez pensé et dit durant le jour, et comment vous avez employé le temps et les facilités qui vous ont été accordées pour gagner la vie éternelle. C'est précisément parce que les moindres actes, voire les plus matériels, sont lourds d'éternité à ses yeux, que le croyant y attache plus d'importancei et qu'il devient ainsi plus conscient de son activité tant extérieure qu'intérieure, et, par suite, de tout ce qui est audedans et au-dehors de lui. Voilà pourquoi les Saints sont tout ensemble les plus recueillis et les moins isolés des homimes. Personne, par exemple, n'a mieux connu son milieu social que Vincent de Paul ou François de Sales.
Le caractère émineimment pratique de l'examen de conscience ressort davantage dans cette autre recommandation de' saint Bernard (i4) : « Examinons nos vies et notre conduite. Que chacun pense faire des progrès, non quand il ne trouve rien en lui de fautif, mais quand il reprend et corrige ce qu'il trouve de mauvais. Vous ne vous serez pas illusionné dans cette étude de vous-mêmos toutes les fois que vous jugerez bon de recommencer, ».
D'après les grands directeurs, sans ce recueille ment quotidien, non seulement on ne se connaît pas soi-même, mais on n'a du monde extérieur qu'une connaisance illusoire. Pour mieux voir ce qui nous
13) Avis courts et variés pour vivre religieusement et avee piété.
(14) Sermon 58' sur le Cantique des Cantiques, 12.
JT PSYCHOTHERAPIE DES TROUBLES NERVEUX 201
entoure, il faut souvent fermer les yeux pour les rouvrir ; ainsi en est-il dans l'ordre intellectuel ; « Si vous êtes inapte à entrer cri vous-même, — écrit saint Bernard (i5) — comment serez-vous propre à examiner ce qui est au-dedans et au-dessus de vous? Et l'on peut en dire autant de qui est au-dessoais e' autour.
Pour sainte Catlierine de Sienne, la cellule extérieure est subordonnée à la cellule intérieure, ce qui signifie, en son style mystique, que la connais- Kince du dehors est sous la subordination de celle du dedans (i6). Suivant l'auteur du Traité de la maison intérieure, par la pleine connaissance de soimême, l'homme parvient à la connaissance de tout ce qui est au ciel, sur la terre et dans les abîmes (17).
Iiodrig-ucz met bien en lumière le côté pratique df l'examen de conscience. Si l'on se met en la présence de Dieu — remarque-t-il (18) — ce n'est point pour on demeurer là, mais pour que cette présence nous soit un moyen de bien faire nos actions. Se contenter d'être attentif à cette divine présence, sans se sourier d'avoir une conduite vertueuse, ne serait éviflemmont qu'une illusion pn'judiciable et uno vaine d(^votion. Pendant que l'on a un rril occupé h contempler Dieu, il faut se senir de l'autre pour regarder 5 bien faire toutes choses par amour du Seignrur. .\ vrai dire, celte observation port<^ sur
il.>i I ritilf itr Id j/KW^'Hi intrnriirr, c. XXW I. TG. (16) Jocrponson. Saintr (athrrine de Slrnnr, &• é<llt. Parl.«» toin. 220.
'17) Traite lie Ui maison intérieure, c. XXXVI. "6. (IR) P. Rodrijfnor. Pratique de la perfeetion chrétienne, (tni(l»i(ti(m P. Paul Diior). Rouen. 1(M3. 901.
l'exercice de ila présence de Dieu, imais elle est d'au! tant plus applicable à l'examen de conscienœ qu^ ces deux exercices s'appellent l'un l'autre : si l'oi entre en soi-même, n'est-ce pas pour y trouver Dieul El si l'on regarde du côté de Dieu, n'est-ce pas poi mieux se connaître à sa lumière?
Puisque le rôle de k conscience est souveraine^ ment utile, nous aurions tort de ne pas écouter cettj voix d'autant qu'elle nous instruit et de nous-mêmes et de ce monde où force nous est de vivre et d'agirj (( Il faut laisser parler sa conscience, — déclare Bos] suet (i9) — quand elle a voulu parler tant de foisj nous avons étoufré sa voix parce qu'elle troublait n( plaisirs. Elle a cbarge de Dieu de nous avertir ; elli l'a voulu faire, mais nous l'en avons empêchée : il faut maintenant lui rendre la voix et la Liberté nons lui avions ôtées. Si elle refuse de parler, il faut faire parler paT force, il la faut mettre à h gêne et à la torture. »
Un point, sur lequel médecins et directeurs se rei conitrent, c'est la façon calme et douce dont 1( exercices, qu'ils prescrivent, doivent être faits. Paj de précipaiion, pas d'efforts violents, répètent-ils leurs malades qui n'y sont naturellement que troi enclins. « Quand vous sentirez votre cœur bien paîj sible ei bien uni à Dieu, — écrit le Vénérable Lî| hermann à un de ses dirigés (20) — commencez ouATir doucement les yeux' intérieuTS de votre âm^ sur vous-mêmes pour examiner en quoi vous avej péché. Je voojs dis de les ouvrir doiice-ment, car il ni
(19) Sermon sur le péché d'haMtude, 3" point.
(20) Lenrr . m aoilt 1835,
ET PSYCHOTHÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX a53
lut pas que vous mettiez trop de vivacité et trop avidité dans la recherche de vos fautes. » Des avis semblables sont souvcn.t dorknés par saint inccnt do Paul à ses fib et ûlks spirituels. A pro- 06 d'une retraite et des examravs de conscience u'elle comporte, il écrit à mademoiselle Legras : Tdchea sur toutes choses de ne pas vous empresjr, mais faites tout doucement, comme vous pourez vous représenter que faisait le bon Monsieur de enève. » Cetle recommandation se retrouve dans lusieoirs lettres en ces termes ou en d'autres. Le lot favori du saint est : bien douccjment, tout dou- ?meait, s'il vous plaîL Dans sa correspondance, affirme ausi sa conception pratique de l'examen de nence, comme d'ailleurs de toute pratique rc- ^., ctae : il faut s'en servir pour régler et sanctier son activité extérieure. C'est dans cet état d'csrit qu'il écrit à la retraitante, mademoiselle Legras ; J'oubliais de vous dire que vous ne vous surchaiez pas de règles, mais que vous vous affermissiez \ ien faire vos actions journalières. »
Pounjuoi les grands directeurs ordonne-nt-ils de rocher avec calme cl douceur à l'examen de soi- )ôme.^ C'est pour ne pas ou faire une occasion de mible, alors qu'il doit être une cause d'apaisement, u'ils aient cette idée, rien de plus certain. La page iivante do saint Tîrnare de Loyola en est Va preuve. r^i\ intt'rôt au dr^uble point de >'ue de la direction lirituelle et de la psyrhothérapie est trop grvmd our ne pas la reproduire en entier (i\) : « Nous
(8l> KxcTcices tpiritueli. Discernement des esprits.
devons examiner avoc grand soin la suite &l la marche de nos pensées. Si le commencement, le milie'u et la fin, si tout eoi elles est bom et tend purement au bien, c'est une preuve qu'elles viennent du bon ange, mais si, dans la suite des pensées qui nous sont suggérées, il finit par s'y renoomtrer quelque chose de mauvais et de dissipant ou de imoins bon que ce que nous nous étions proposé de faire, enfin si oes pensées affaiblissenit notre âme, l'inquiètent, la troubilent en lui ôtant la paix, la tranquillité et le repos dont elle jouissait d'abord, c'est une marque évidente du mauvais esprit, en^nemi de notre avanoemenit et de notre salut éternel. » Le but de l'examen de conscience, dans l'intention des directeurs, est de maintenir, et, si besoin est, de rétablir la paix dans les âmes. C'est un moyen de réveiller le? inertes et les mous, de rassurer les inquiets, de calmer les agités, d'adoucir les violents.
Quand le guide spirituel constate que l'exercice en question, au lien de calmer l'inquiétude et l'agi tation, ne fait que les accroître, il l 'interdit de le manière la plus formelle. Ce cas, fréquent chez lee scrupuleux, se rencontre aus'si chez certaines nature* particulièrement mélancoliques ou rêveuses. Quelle méthode suivre en cette hypothèse .^^ Celle des acia conscients, tels que le docteur Vittoz les prescrit l ses malades. Il s'agit, en effet, pour le thérapeutt des maladies de l'âme de trouver, sur son teiTaii propre, des actes permettant à son dirigé d'extério riser son attention. Au début, plus simples sont legestes à faire et les paroles à prononcer, plus propi sont-ils à l'extériorisation Techerchée. Convaincus
ce principe, les directeurs, dans les premiers mois du traitement, exigent très peu de leur malades spirituels. Ils leur commandent, par exemple, de faire lentement le signe de la Croix avec tous les mouvements qu'implique ce gesle. Les malades le feront d'alx)rd sins parole ni vocale, ni mentale, en s'appliquant uniquement à se rendre compte qu'ils touchent bien le milieu du front et des épaules et enfin qu'ils ne terminent pas le mouvement plus haut ou plus bas qu'il ne convient. Pour surnatuialiscr ce geste et les y intéresser religieusement, on aura soin de leur rappeler qu'il est saint de sa nature puisque signe de c>ette croix sanctifiée par les souffrances et la mort de Jésus, puisque symbole, à ce titre, de notre rédomption dans le sang du Christ. 11 se^-a bon de les convaincre de ce que leur seule application h former sur eux la croix est luie prière et qu'elle résume même toutes les prières possibles.
l no chose excellente est d'alterner ce geste avec d'autres lels que îa génuflexion ou la prostration, le bai.soment des cinq plaies de Notre-Seigneur ou d'une effigie de la Madon<'. Peu importe, d'ailleurs, la natui'e de ces actes pourvu qu'ils soient simples, pré-cis, et que rien ne soit laissé i\ la fantaisie du sujet. Qu'ils soient faits, il n'est pas inutile de le redire, très lentement et avec le plus de gravité possible. L'essentiel est que le malade spirituel ne pense à rien autre on les accomplissant suivant les indications précises qui lui auront été données. Son devoir, on le redira souvent, est de s'y al)sorber entièrement sous peine de retanhr H nirmo de compm. mettre sa giiérisom.
Après cette première série, \e directeur prescrira lia récitation à haute voix de prières courtes, telles qu-e le Pater ou l'Ave Maiia^ qui pourront être récitées de mémoire ou lues dans un livre ^ mais donl toutes les conditions de lecture ou de récitation seront minutieusement prévues. Là, plus encore que pom* les gestes, la lenteur doit être exigée ainsi qu'une prononciation claire et distincte. Un é^ueil à éviteiT est l'hésitation ou la répétition d'une partie de phrase même et d'un seul mot. Pour obtenir du sujet le maximum d'atteaation,dont il est capable présentenaent, rien de meilleur que d'exiger une diction expressive. Alors même que les arrêts et les changements de ton seraient imparfaits, le résultat n'en serait pas moins bon.
Un tel traitement, qui demande d'être suivi au jour le jour, ne s'impose que pour les sujets dont les scrupules^ l'angoisse ou l'inquiétude constitueraient des psychoné\Toses. Sauf exception, le directeur de conscience devra presser ces m-alades de s'adresser le plus tôt possible au médecin compétent. Toutefois, les quelques indications données plus haut pourront lui être d'un certain secours pour seconder, dans sa sphère, le* traitement prescrit par le spécialiste. Et comme la sphère religieuse peut, suivant les malades, avoir une importance capitale, l'action du prêtre deviendra, dans cette hypothèse» l'un des principaux facteurs de la guérison.
Généralement, il est vrai, le directeur est appelé à lii'tter contre des maux beaucoup moins graves que ceux supposés ici. C'est une inquiétude accidentelle et plus en surface qu'en profondeur, un décourage-
ET psycuothérapie des troubles nerveux 257
ment de peu de durée, une mélancolie légèrement teintée de gris ou à peine frangée de noir. Même pour ces cAiS bénins, le recours aux actes conscients de la méthode \'ittoz peut être momentanément des plus utiles. N'oublions pas que les impulsifs, les imaginatifs et les émotifs ont besoin, comme les <^nfants auxquels ils ressemblent, de dépenser dans l'aclivité extérieure le surcroît d'images et d'émolions qui troublent et désorganisent par moment leur vie intérieure, happclans-nous encore que pour fortifier moralement ces faibles, il faut les soumettre h une discipline douce, mais ferme et surtout suivie. En la faisant porter sur des actes extérieurs- et précis en même temps que très simple, il scia facile au directeur de constater si ses ordres sont lidèlcment exécutés ou non, comme au dirigé de se reiîdre tout de suile compte de sa soumission ou de sa désobéissance.
Ce qui découle encore dos observations préoëdcnles, c'est qu'il serait dangereux d'exiger à priori do tous ses dirigés une môme mesure d'examen de conscience ou de rcciieillemctnt. Les exercices de la \\^ intérionre doivent ôtre dosés suivant l'âge, le tenipéramonl, le genre de vie et les disix>sitions monitffitanées des personnes. Voilà pourquoi la dirt^c- , lion C5t à la fois une science des plus complexes et un ail des plus délicats. Tout en f)réconisant la re- Craite, tout en déclarant n-écessaire l'étude silencieuse et solitaire <lo .<oi-mAme, les grands directeurs sont les premiers h reconnaître, tout en le déplorant, qu'il est des chrétiens pour le5quels se recueillir est oxtrômoment difficile et presque moraleniont impossible. I> nos jours, oe« chnétiens sont
nombreux, et on voici la principale cause d'après, l'abbesse de Sainte-Cécile de Solesmes : (( Les édu cations d'aujourd'hui — écrit-elle (22) — sont rare ment fortes et viriles. On habituel les enfants à une oisiveté morale qui est le fruit de l'ignorance de I religion dans laquelle en les abandonne. De là vien que 'trop souvent la piété n'est plus qu'une rêverie sentimenitale, nébuleuse et vague, qui est la mort de l'esprit d'oraison. En outre, beaucoup de chrétiens, après s'être dévoués aux bonaies œuvr avec zèle, se trouvent envahis par les frivolités et le puérilités... L'imagination a un lien étroit avec le se.ns, eit si elle n'est maîtrisée et domptée, on ne pourra jamais prier de cette oraisom pure dont pari Cassien. ))
La conclusion de la savante et mystique abbesso vraie pour les formes supérieures de l'oraison, l'est aussi, dans une très large mesure, pour ses formes les plus humbles, comme le simple examen de conscience. Situation tragique que celle-ci : d'nn côté, ces nombreux chrétieius éprouvent une difficulté presque invaincible à se recueillir, et, de l'autre, ce recueillement peut seul les guérir complètement, comme Féùelon en avertit une de ses filles spirituelles (20) (( Le recueil lemenit est l'unique remède à vos hauteurs, à l'âpreté de votre critique dédaigneuse, aux saillies de votre imagination, à vos impatiences con tre ceux qui vous servent, à votre goût pour le plai sir et à tous vos autres défauts. Ce remède est excel lent, mais il a besoin d'être fréquemment renou
(22) La Vie spirituelle et Voraison, Paris, 1905, 99.
(23) Lettre à une dame, 21 mars 1692.
If PSYCIIOTHKHAPIi: DEà TROUBLES NEUVELX jb'J
\eic. \ ous êtes une ixjiiiic inuiilrc, mais dont la corcle est couile, et qu'il faut remonter souvenl. SupixjTlez-vous vQus-môme sans vous flatter, ni décx>uragor. On trouve rarement ce milieu, on se promet beaucoup de soi et de sa bonne intention, ou bien on désespère de toui, »
Le conicil est à retenir et d'ujie ap]>lication courante. Combien de montres spirituelles dont la corde est courte, quelquefois si coui-te qu'il faut la chercher pour l'y découvrir : esprits instables, caractères lé^ïcrs et changeants, natures mortes et momifiées, en un mot, âmes do courte haleine qui, ix>ur une cause ou pour une autre, sont incapables d'atteniion prolongée. L'exiger d'elles serait absurde puisqu'il ne sert à rion de violenter la nature. Dans ce cas, au lieu de demander beaucoup à la fois, il faut deijiander [Hiu. et souvent. Selon leur degré d'inai)titudo au recueillement intérieur, on leur prescrira un examen do conscience d'.une à trois minutes au plus à faire deux fois par jour, au milieu et à la fin de la journée. Pour leur rendre cet examen plus facile et plus fructueux, on le fera porter sur un |X>int déterminé d'avance avec défense de {Kînser à quelque autre chose que oo soit. Ces chrétiens naturellement inattentifs, inconscients, doivent être traités comme certains estomacs malades, auxquels Je médecin impose un travail de digestion fnVjuent, mais toujours de courte durée. En règle générale, les directeurs sont partisans du peu et souvent : aux mortifications extraordinaires, mais rarement souffertes, ils préfèrent do très petites pénitences quotidiennes ; aux prières longues, les oraisons brèves, mais souvent
26o , DIRECTION DE CONSCIENCE
répétées ; aux rêveries pieuses, mais inconsistan d'uû trop grand nombre d'âmes, des colloques intérieurs avec Dieu ,aussi fervents que rapides. A ce propos, une pratique particulièremenit utile aux imaginatifs et aux angoissés de toute espèce est celle des oraisons jaculatoires. Pour eux, il est ATai^ autant et plus que pour nous tous, la difficulté n'est pas de les dire, mais de penser à le faire.
Avant d'aborder l'étude du second procédé de la méthode Vittoz, aoquittons-^nous d'un devoir de justice envers les grands directeurs en admirant la sagesse avec laquelle ils embrassent dans leur direction tous les moyens pa*opres à rendre l'homme plus conscient de lui-même et du monde. Contrairemenjt à la plupart des philosophes et des moralistes qui adoptent un point de vue à l'exclusion des autres, et qui tombent ainsi dans des exagérations toujours nuisibles, ils tiennent compte, eux, des multiples exigences de notre nature. A les voâT si soucieux des besoins de notre vie intérieure, on serait porté les croire insouciants de notre vie extérieure, dt même qu'à les voir suivi^e avec tant d'intérêt l'activité humaine dans ses actes les pins terre-à-teaTC. on les croirait exclusivement préoccupés du monde matériel an préjudice du monde moral. Leur mérite est -de ne rien ignorer de ce qu'est 1 "homme et de oe qu'il pevai faire, comme leur droit à notre reconnaissaince est de nous donner des conseils appropriés à notre activité tant extérieure qu'intérieure.
CoTiime le souci de ces deux activités qui s'appelnt et se complètent éclate aux yeux dans ces lignes 3 saint Bernard toutes lumineuses de sagesse et de >n sens (2^) : « Le matin, rendez-vous compte de
nuit qui vient de sY*couier, et prenez vos précauons pour bien passer le jour qui arrive. Le soir ;nu, examinez le jour qui déjà n'est plus et jetez [1 regard de prévoyance sur la nuit qui survient, n vous tenant ainsi serré par ces examens, vous i pourrez jamais faire d'écarts fâcheux. » Voilà netniL*nt affirmée la portée pratique de l'examen de mscience : s'il scrute le passé, c'est en vue de l'aveir ; s'il se souvient, c'est pour prévoir ; et s'il reirde si minutieusement le dedans, c'est pour mieux >ir le dehors.
Voici ce qui concerne directement l'activité extéîure : « A chaque heure, selon la règle de la comunauté, placez quelque exercice, à celle qui veut s spirituels, lci> spirituels, et les corporels au moent qui veut les corporels : et de la sorte l'esprit )nnera à Dieu tout ce qu'il lui doit, et le corps eu |ra autiint par rapport à l'esprit. S'il y a quelque
" -ion, trouvez toujours moyen de la punir dans son
Il vi dans son temps: » Cies conseils sont d'un siige ' d'un saint on mènn^ tem|>s que d'un méde<.in à fond dans la psychothérapie. Il n'est pas un É)t.qui ne tende directement au triomphe du conscmt sur l'inconscient, soit au but que se propose H docteur Vittoz par la rééducation du contrôle ceferai.
^) Lettre aux Fr^rex du Mont lUiu. \
Ce texte de -saint Bernard explique (merveilleusement pourquoi, dans des milieux où elle est en honneur et où presque rien n'arrête son influence, la direction spirituelle arrive, mieux que tout autre méthode, à rendre l'homme maitre de lui et conscient de sa double activité intérieure et extérieure. N'estce pas parce qu'elle unit à l'examen de conscience pratiquement fait, l'exercice habituel des actes conscients que le religieux, comme le client du docteur Yittoz, doit faire avec le maximum d'attention possible, en s'y appliquant d'esprit eit de cœur, en s'y absorbant tout entier. Et les actes en question, depuis le plus insignifiant jusqu'au plus important, le religieux les accoiinplira comme le neurologue de Lausanne veut qu'ils soient accomplis par ses ma lades, c'est-à-dire au moment précis qui aura éU convenu et dans toutes les conditions d'éxécutior prévues d'un commun accord entre le médecin e h sujet. Tout se passe de même, si ce n'est que I< règle monacale ou conventuelle joue le rôle di médecin traitant, et ses ordres ne sont pas moins for mels. Et cette admirable docilité qui se manifest xians chacun des moments de sa vie extérieure, !• religieux la puise imatin et soir dans l'examen d conscience : a-t-il obéi, il s'en félicite et demand à Dieu la persévérance ; a-t-il désobéi, il s'en repan et prie Dieu de le sortir de cette mauvaise voie.
En opposition avec cette analyse de soi-même dont un des résultats est l'adaptation consciente son milieu, est le retour sur soi de l'orgueil qi pousse à s'affranchir des gens et des choses de so entourage. Tandis que la première nous harmoiDèi
avec notre cadre de vie, le second nous en isole. Gratry dépeint ce néfaste repliement de l'âme orgueilleuse sur elle-niénie dans une de ses meilleures pjgcs(3r)) : « 11 vient un te.rn[>s, une criî>e dajis la croissance intellectuelle, où l'esprti se révolte contre la tyrannie des mots et tra\ aille a s'en dégager. 11 lutte contre tous les obstacles et ne veut plus souffrir en lui rien qui ne soit lui-même. 11 rejette tout ce qu'il ne comprend pas, tout ce qui gône sa liberté Il a horreur des mots, il se défie de tous, ne les range point, s'en retire, n'y veut plus habiter, en brouille le sens. De là tous ces esprits confus, vagues, faibles, mais très flers d'être émancipés, qui se ramassent, s'enveloppent en eux-mêmes dans une pensée qu'Us croient puissante et libixî, qui, par amour jaloux de cette pensée, par prétention à la pensée- pure, ne veulen't souffrir en eux nul mot solide et consistant, et voudraient maintenir en eux tous les mots A l'état fluide, toute la masse à l'état d'humeur mobile à tout caprice. De là encore ces esprits nmet^ -par orgueil, bizarrerie, concentration et repliement de lu pensée, qui, m^nciuanl de l'excitation et de l'appui solide dos mots qu'ils méprisent trop, sortent très pe^ d'eux-mêmes, agissent i>eu, avancent peu. »> Directeurs de concience et médecins ne les connaissent que trop ces esprits confus, vagues, faibles mais très fiers de leur prétendue émancipation, qui se ramassent et s'cnvelopi>ent si bien en eux-«mêjnc'< qu'ils n'en veulent sortir. Au lieu do porter sur l'expression verbale des choses, leur révolte porte sur les choses elles-mêmes. Indépendants sans mo
' {'î:,i I.a Connui.'fsanic ilc l'diiif. i, 131 132
■jX)\ direction de conscience
lil' et po-ur le seul plasir de J'ètrc, ils dédaignent Id vie réelle pour vivre, si cela peut s'appeler vivre, une vie purement imaginaire. Bientôt victimes de leur Inconscient, ils sentent vaguement le besoin de reprendre contact avec la réalité, mais de le vouloir efficacement, ils n'en ont plus la force. C'est au directeur spirituel et au spécialiste des troubles nen^eux de le vouloir à leur place. Si ces malheureux recourent à leur ministère ou à leurs soins, thérapeute des maladies de l'âme et praticien des psychonévroses, chacun à son point de vue particulier et avec les moyens dont il dispose, feront suivre aux malades, dans leur traitemeint, la voie contraire à celle qu'ils ont suivie par esprit d'indépendance. Leur premier geste, en efiet, sera pour les rapprocher de ce milieu extérieur, dont leur tort initial a été de se désinitéresser et de s'isoler. Par une série d'actes conscients, on par d'autres procédés, s'il n'est point partisan de la méthode Yittoz, le médecin s'appliquera à rétablir la communication du sujet avec le dehors. De son côté, le directeur exhortera le malade à tenir compte de son ambiance nature:! le parce que gens et choses qui rentoureaiit sont le livre où il doit apprendre la manière dont Dieu veut qu'il vive et qu'il agisse icibas pour y jouer son rôle et remplir ainsi sa destinée. Pour avoir dédaigné la vie extérieure, il a perdu peu à peu la conscience de lui-même, ce n'est qu'en y reprenant intérêt qu'il redeviendra conscient de sa propre vie -et des devoirs qu'elle postule. Quand le contact avec le dehors aura été suffisamment rétabli, directeur et médecin recourronit au procédé de la concentration ou méditation, mais le di-
ET PSYCHOTHÉH VPFE DES TROUBLES NERVEUX 205
TccU'MV, lui, avant d'y recourir, se servira d'un exercice qui n'est pas sans corrélation avec les actes conscients et qui se rapproche beaucoup de la concentration, cet exercice est l'examen de conscience, dont le professeur Dulx^is reconnaît en ces termes l'utilité dans le tniileiincnt des psyciionévroses (26) • « L'analyse j>sycho!ogique de soi-même, bie-n dirigée, faite avec un optimisme voulu, avec l'aide symfv^illiique d'un mixlecin (|ui jouit d'une euphorie moyenn©, est utile aux malades de l'csprift. Elle est plus efficace que tous les moyens physiques. »
[ycs conditions exi^^écs ici se trouvent excollemnifut dans l'examen de conscience lel qu'il est prati(pj<5 d:ins le Catholicisme. Si grand soit l'oj^timisme bast^ sur la raison, il n'égalera jamais l'optimisme du croyant bas»' sur la confiance/ en Dieu. L'un est limité comme son fondement, l'autre est infini comme son point d'appui. Quant à l'euphorie moyenne du médecin, sauf une minorité d'anticléricaux, tout le monde s'accorde ^ reconnaître ki gaieté du prêtre, sa bonne et joyeuse humeur, passée môuK" à l'étal de proverbe dans certains pays.
Saint Augustin avait bien toute l'euphorie déçir.'blo quaufl il repré'sen.tait aux fidMes l'examen de cons^ieiîT!^ conimie La souire d'une joie qui l'emi^orte en profondeur et en sérénité sur toutes celles que procurent la santé, 1rs richcsî^es et la gloire (27).
(liions comme résunié de tout ce qui vient d'être écrit dans les pages préc-édentes, ces quelques lignes où le l\''re Rigoîeuc montre que la direction
(W) La Psychon^vroscs, \cù
(87) Srrmons aux Frères du dt'i^crt. n* tO
aGG DIRECTION DK CONSCIENCE
s'est servio tout ensemble, dans son traitement des maladies de l'âmie, et de l'exaimen de con&cieince et d'un autre procédé qui n'est pas sans «analogie avec les actes conscients de la iiiéthode Vittoz : « L'examen de conscieiiice se fait en certains temps réglés, — écrit l'illustre Jésuite (28) — la garde du cœur se pratique à toute heure ei n'a point de temps limité. L'examen est une revue des actioaiis passées > t de plusieurs actions ensemble ; la garde du cœur est une vue des actions présentes et une application d'esprit au^ diverses parties d'une action à niesure qu'on la fait. L'examen envisage les choses plus en gros et plus superficiellement ; la garde du cœur les considère en détail et d'une manière plus distincte, v Cett6 application d'esprit aux diverses parties d'une action à mesure qu'on la fait, mais c'est la définition môme de ces actes conscients que Viltoz ordonne de faire à ses malades. Pour le Père Rigoleuc, c'est aussi le premier procédé du traitement ascétique, puisqu'il écrit (aO) : (( C'est par la garde du cœur que l'on comn:ience la carrière de la vie spirituelle. »
La concentration trouve son équivalent dans les divers états de l'oraison mentale. Ces derniers jouent dans la direction de cons^?'ience le rôle que joue la première dans le traitement des psychoné-
(28) La Vie du Père J. Eigolcuc, Paris, 1686, 225-226. Voir La Doctrine spiritiieUe du P. Louis LaUemnnt, Gabalda, 1908, 180-181.-
(29) Vie du P. Rigoleuc, 237. 239.
VTOses. Comme son nom l'indique, la concentration est l'acte de fixer durant un certain temps le regard de son esprit sur un même objet. Que cet objet de l'attention soit quelque chose de concret, de sensible ou une idée abstraite, peu importe, l'acte demeure le môme, bien qu'il soit, comme nous le verrons par la suite, beaucoup plus facile dans le premier cas que dans l'autre.
Plus on s'élève dans la voie de l'union à Dieu, et plus l'équivalence en question s'affirme. Elle existe pourtant dans la simple méditation, comme dans l'extase, mais à un degré moindre. Méditer, d'après les directeurs spirituels, ne consiste pas du tout à discourir rapidement au-dedans de soi-même en passant, sms repre.ndre haleine, d'une vérité à une autre toute différente. Saint Thomas d'Aquin nous en avertit, (3o) on ne médite point si l'on ne fixe son attention sur un point donné. C'est précisément — reniarque-t-il à la suite de Riehard de Saint Victor — ce qui différencie la méditation de la simple pensée loujours prompte à changer d'objet parce qu'elle est moins consciente et moins volont;ure.
Ailleurs, l'Ange de l'Ecole observe que, pour imprimer quelque chose au fond de son esprit, il faut mettre tous ses soins et toute son ardeur i^ le considérer longuement et qu'il esit nécessaire d'v réfléchir h plusieurs reprises (^^i). « C'est le propre i\o \:\ ronsidér.ition — écrit -il encore (33) — d'examiner •iffnptivement la vérité des choses '^^ '}'^ les envisac^'^r
VM) 2. 2. q. 180. a. 3.
(31) 9. 9. q. 40, a 1. nd (39) 9. 9. q. 53. a. 4. r
SOUS toutes ileur faces. L'iiiconsidération, au traire, juge sans réfléchir, néglige d'observer V de la question eit par là même s'expose presque touî jours à porter un jugemenit faux et erroné, ce qui est la cause de la pluï>art de nos illusions, souvent même de nos péchés. » Le cardinal Cajetan, l'un des principaux coimmentateurs de saint Thomas 'd'Aquin, fait remarquer que la considération — nous disons aujourd'hui méditation — n'est pas uji simple regard de l'intelligence, mais un regard attentif, réfléchi, profond, comme il arrive à ceux qui vouleaiit se rendre compte du cours des astres (33).
« Le mot méditation — écrit saint François de Sales (3^) — grandement en usage dans l'écriture, signifie une attentive et réitérée pensée. Toute méditation est une pensée, mais toute pensée n'est pas méditation. Nous avons des pensées auxquelles notre esprit s'attache sans dessein ni prétention quelconque, par manière de simple amusement, ainsi que nous voyons les ^mouches com;munes voler cà et là sur les fleurs sans en tirer chose aucune ; ainsi cette espèce de pensée, pour attentive qu'elle soit, ne peut porter le nom de méditation. Quand nous pensons aux choses divines, non pour apprendre, mais pour nouis perfectionner à elles, cela s'appelle méditer. »
Fénelon consacre une page à faire ressortir ce caractère de concentration que doit avoir toute oraison mentale : « Ceux qui passent trop légèrement d'une
(33) In 2. 2. q. 53, a. 4, c.
(34) Traité de l'amour de Dieu, 1. VI, c. 2, 306-307,
v<5rité à une autre — déclare-t-il (35) — ne nourrissent que leur curiosité et leur inquiétude, ils se dissipent même l'esprit par une trop grande multitude de vues. Il faut donner à cliaquo vérité le tem[)s de jeter une profonde racine dans le cœur, car il n'est pas seulememt question de savoir, l'essentiel est d'aimer. Peu à peu vous vous accoutumerez à envisager les vérités fixement et sans sauter de l'une à l'autre. Ce regard fixe et constant de chaque vérité servira h les appronfondir davantage dans votre cœur. \'ous acquerrez l'habitude de vous arrêter par goût et par acquiescement paisible,, au lieu que la plupart des gens ne font que les considérer par un raisonnejnent passager. Par 1;\ vous amortirez l'activité naturelle de il'esprit qui voudrait toujours découvrir des choses nouvelles au lieu de s'enfoncer davantage dans celles [ju'il connait déj.^. »
Saint François de Sales et Fénelon tiennent la méditation pour un aôto où le cœur a sa part tout au- Larnt (jue rintelligenre, sinon davantage. En réalité, l'esprit travaille plus que le cœur, .mais il reçoit l'impulsion de ce dornier et il en est .s(^)ulenu dans son labeur. Mais qui bénéficie surtout des réx^ultaUs de ^À'AiQ activité intellectuelle, si ce n'est le cœur qui ^'en empare pour se les apfuxjprier eji les transformant en amour.
j (») r.ettri' à un miUtnlrc amt. rari.<. 0 Juin. 1A89
Dans Je traitement des psychonévroscs par la concentration, le professeur Vittaz fait appel aussi à ceitte collaboration du cœur, sans laquelle rien de profond no se peut faire en nous dans quelque ordre d'idées que ce soit et principalement dans oet ordre des troubles nerv^eux qui affecte plus ou moins tout notre psychisme. Le névrosé ne concentrera bien son attention qu'en s'y appliquant de toute son âme. Cet exercice ne doit être pour lui ni un simple jeu de l'esprit, ni une coirvée fastidieuse. Dans le premier cas, l'exercice serait fait à la légère ; dans le second avec dégoût, donc sans profit dans les deux cas. Pour lui faire produire tout son effet, le médecin excitera l'intérêt du malade et s'assurera le concours nécessaire de sa vie affective, en lui présentant la concentration, non seulement comme un exercice de première importance, mais comme un acte vital dans toute l'acception du terme, parce que générateur de force consciente et de bien-être moral. Pour qu'une pratique soit adoptée avec entrain et accomplie avec gO'ût, il faut associer son idée avec celles de la vie et du bonheur. Le fond de la volonté, oe qu'elle a de nécessaire et qu'elle ne peut perdre, n'est-ce pas, comme l'explique si lumineusement saint Thomas, sa tendance innée vers le bonheur.
Dans leur traitement des maladies de l'âme les directeurs agissent de mêane à l'égard de leurs dirigés. Ils leur démontrent combien la méditation est utile et même indispensable à l'entretien de notw
i psYrrroTiiEti vpir des tkolbles nerveux 271
io spirituelle. Sans ce tonique, l'Am© perd progresivoment ses forces, sa santé se trouve gravement onipromise : vivre moralement, c'est méditer. Une le Religieuse sans oraison mentale n'est qu'une vie actice- et illusoire, pour le même motif qu'une vie 'homme, sans concentration ou réflexion, n'est pas
proprement parler, une -vie humaine. D'un côté, omme de l'autre, la diminution de vie tient au déaut de conscience qui porte, chez le névrosé, sur 28 choses de ce monde, alors qu'il |X)rte, chez ^<» hrétien, suit , les choses divines.
Avec quelle manière charmante, François de Sales lous attire vers la méditation comme vers la douce t réconfortante norriture de l'âme. Dans l'allégoie dont il se sert, tout est frais, riant, joli, tout parle ux sens et à l'imagination, tout plaît au sentiment l chatouille agréablement le cœur. On s'intéresse
ces al>eillcs industrieuses et, comme elles, on en- ?nd extraire un miel snvoureux de cette fleur du ciel n'est la méditation bien faite. « L'avette — écrit 'rançois (30) — va voletant çà et là, au printemps, ur II'* fleurs, non à l 'aventure, mais à dessein, non our se récréer seulemont à voir la gaie diaprure du a} sage, mais pour chercher le miel. L'ayant trouvé, lie le suce et s'en charge, puis, le portant dans sa Liche, elle raccommo<:le arsti.stement, en séparant la ire, et d'irelle faisant le bornai dans lequel elle rôle miel pour l'hiver suivant. Or telle est IWino ^jx'le en la méditaition, elle va de mystt^re en mys- 'r.> Diiu, "> ];x volée, ni pour se consoler seulement à
(36) Traité dr l'amour ilr Dieu, \. VI. c. 8.
"voir l'admirable beauté d© ces divins objets, mais à dessein pour trouver des motifs d aimour ou de quelque céleste affection. »
Quelle excellente leçon, et en larmes exquis, sur Il rôle vital joué par la mé-ditalion dans l'économie de notre vie religieuse : nécessaire à ce point de vue, au bon foinctionnement de l'intelligence, elle ne l'est pas moins au bon fonctionneiment du cœur. Sains elle la foi et l'amour de Dieu ne sont que l'ombre de ce qu'ils devraient être.
Tout ce qui vient d'être écrit sur la (méditation est plus vrai encore des degrés supérieurs de l'oraison mentale, de toutes les formes qu'elle affecte sans exception. L'ascension vers les mystérieux sommets du mysticisme détermine dans l'âme une concentration de plus en plus forte et de plus en plus durable de ses facultés intellectuelles et affectives, concentration qui tend à devenir une absorption complète des sens, de l'esprit, de la volonté, du cœur avec tout ce; qu'ils ont d'activité et de vie latente.
Par définition même, — la remarque en a été faUe - — r oraison de simplicité, et Voi'aison de quiétude, sont fondées l'une sur la concentration de la ipeaisée, l'autre sur celle du sentiment, bien 'que le sentiment soit loin d'être exclu de la première. L'oraison de simplicité ou de simple regard est appelée par sainte Thérèse oraison de recueillement^ parce que l'âme, y recueillant toutes ses puissances, rentre au-dedans d'elle-même avec son Dieu (37). Voilà nettement affirmé le caractère de concentration. Il l'est tout au-
^7) Chemin de la perfection, c. 29,
1 T PSYCIIOTUEUAPIE DES TROUBLES NEKVEUX 27O
laiiL dans cette pa^e de Bossuet, mais avec des explicailions qui le font ressortir davantage, et que l'évoque de Meaiix a disposées sous forme d'articles en faveur des Visilandincs de son diocèse (38).
« I. Il faut s'accoutuimej à nourrir son esprit d'un simple et amoureux regard en Dieu et en Jésus- Liirist Notre -Seigneur ; et, pour cet eflct, il le faut sé[>iirer doucejnent du raisonnement, du discours H le la multitude d'affections, pour le tenir en simplicité, respect et attention, et l'approcher ainsi de [)lus en plus de Dieu, son unique et souverain bien, )On premier principe et sa dernière fin.
(( JI. Lit perfection de celte vie consiste en l'union ivec notre souverain Bien ; et tant plus la simpliste est grande, l'union est aussi plus parfaite. C'est x>urquoi la grâce sollicite intérieurement ceux qui 'eulent être parfaits, à se simplifier pour être renlus capables de la jouisance de inn nécessaire, c'esli-dire de l'unité éternelle.
« III. La méditiition est fort bonne en son temps. l fort utile au commencement de la vie spirituelle ; nais il ne faut pas s'y arrêter, puisque l'âme, par sa idélité à se mortifier et à se recueillir, reçoit pour 'ordinaire une oraison plus pure et plus intime, |iie l'on peut a|)peler de sintplicilé, qui consiste dans ne simple vue, rc(j(ird ou atlcrdion amoureuse en oi, vers quekpie objt*t divin, soit Dieu en lui-même, u quelqu'une de ses perfections, soit Jésus-Christ, u quelqu'un de ses mystères ou quelques autres érités chrétiennes. L'Ame, quittant donc le raison-
(38) Manière courte et facile pour l'oraison en foi et de slm- \e présence de Dieu.
Ù'jll DIRECTION DE CONSCIENCE
iiemeiil, se sert d'une douce conteimplation qui l.i tient paisible, atteoitiYe et susceptible des opérations et impressions divines que le Saint-Esprit lui communique : elle fait peu et reçoit beaucoup ; son travail est doux et néanmoins fructueux, et, comme elle approche de plus près de la source de toute lumière, de toute gi-âce et de toute vertu, on lui en élargit davantage, m
L'état de cette âme attentive aux opérations et impressions divines, dont Je regard se fixe sur une vérité ou sur un mystère, c'est évidemiment de la concentration, et cette concentiratioai est pour Bossuet un acte vital puisqu'il voit dans la simplification progressive de nos pcinsées et sentimei;ts, le seul moyei) de se mettre en communication plus étroite avec Dieu et par suite en participation plus grande de sa vie divine. »
Non moins claire et non moins instructive à ce point de vue la page suivante du Père J. Rigoleux (39) : (( L'âme, à la vue de Dieu qu'elle considère comme le seul être qui soit au monde, O'ublie tout et se dépouille autant qu'elle peut du souvenir et de raffection de toutes les créatures, elle demeure devant Dieu en silence et suspend les actes (discursifs ou de raisonnements) de toutes les puissances a l'égard de quelque autre objet que ce soit. L'entendement ne fait autre chose qu'envisager Dieu par une foi nue, sans aucun raisonnement ; la volonté n'a point d'autre occupation qu'un simple acquiescement en Dieu. Voilà en quoi consiste l'exer*
(39) L'homme d'oraison, c. 3.
LT PSYCUOTUERAPIE DES TllOUBLES NERVEUX 276
cico de cwLte oiaibon... Ceux qui iii praliquenl, ne pouvant plus méditer, n'y trouvant plus de goût il presque de prolit, quoique diligence qu'ils fassent se sentent comme contraints de demeurer dans un sinqjle recueillement, et, suivant cet attrait et l'avis de leur directeur, aidés des secours ordinaires de la gràoe, il suspendent les actes (discursiîs et explicites de l'inteiligcdice et de la volonté).
Cette attenjtion de l'esprit sans raisonnement ou passage d'une vérité à une autre, attention soutenue, viviliée par l'acquiescement ou concooirs dé lu volonté, c'est au plus haut degré de la concentration .
Pour l'oraison de sinipliciLé, de recueillement ou de simple re(jard, la concentration est d'autant plus grande et fructueuse qu'elle s'accompagne d'un plus pur amour do Dieu. C'est l'application de la loi qui préside au fonctîonjioment de notre activité tant naturelle que surnaturelle. C'est la confirmation de ce qui a été observé» au sujet de la simple méditation.
Saint François de Sales remarque, à propos de l'oraison de siniple regard, que le recueillement se fait {xir le commandement do l'amour qui, « nous provoquant à l'oraison, nous fait prendre ce moyen d( l.T bien faire (^o). » Notons aussi combien les termes' d'aitentinn amoureuse en soi, dont Bossuet s'est servi, corrobore cette observation. On peut en dire autant des expressions do rjoùt ot d'attrait, c'est- -5-dire d'amour, employées par le Jésuite J. Rigoleuc. Il en est de même de la façon dont s'exprime
.0) TraUé de l'amour de Dieu, 1. VI. c. 7.
ayO DIRECTION DE CONSCIENCE
Massoulié quand il écrit au sujet de cette con centra tioii en Dieu (Ai) : « L'âme regarde Dieu avec extrême coin plaisance, elle jouit du plaisir de celte possession c-iL y trouve uii repos inexprimable ; possession toupouirs accompagnée des trois fruits d.i Saint-Esprit : l'amour, la joie et la paix.»
Pour faire comprendre la, nature de ce repos de désir que goiite l'àme dans l'oraison, saint Thomas d'Aquin l'oppose à c-e qu'il appelle quies motus ou repos de mouvement. Le promieir est la douce impression ressentie par l'âme lorsqu'elle arrête toutes ses aspirations à un objet unique, hors lequel elle ne désire rien autre, et en vue duquel elle désire toutes choses. C'est de cette manièire' que le juste, ici-bas, se repose en Dieu. Quant au repos dit de ii^ouvement, c'est celui auquel l'âme parvient au terme de sa course terrestre et qu'elle goûte seulement au ciel, sa véritable patrie (42).
Enfin, c'est précisément à cause de son caractère de concentration que l'oraison de simplicité est relativement facile aux personnes de mémoire courte et d'imagination lemle, comme l'était sainte Thérèse qui attribue à ce fait psychologique son aptitude à fixer ainsi son attention sur Dieu. Par contre, ce genre d'oraison est très difficile aux imagina tifs, comme l'est aux névrosés la concenitiration du traitement Vittoz.
Elevons-nous encore dans la vie surnaturelle pour nous demander si l'oraison de quiétude et V oraison d'union sont, elles aussi, des formes supérieures
(41) Traité de la véritable oraison, partie* 3*. c. 8.
(42) 1. 1. q. 4, a. 1, ad. 5.
ET PSYCnOÏUÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX 277
[e conoentration. Aucun doute à cet égard, puis- 11 'elles sont réi>anouissemeiit de l'oraison de simlicite ou de simple regard. Dans son vol vers Dieu, âme passe de la ni(^'ditation h l'oraison affective, (6 oelle-ci à l'oraison de recueilloment ou d'anioueiise attention pour atteindre h l'oraison ûv quiéudo et parvenir i\ l'orai^oii d'union.
Si ces deux derniers états n'exigcaicnit pas, comme îf. précédents et plus encore, la cofnccntration sur Heu de nos facultés psyrholofriqnos, saint Thomas c tiendrait pas le désordi-e de l'imaf^inalion pour nir principal obstacle. I^ marche à suivre pour s'y lever, bien ent^^ndu avec l'aide de la grâce, ne seftit pas celle dont Albert le Grand indique les élaip«< qu.iîKJ il montre l'âme s'élevnnt des sens extéicuis i\ rirnagination, de rimajcciniatlon i^ la raison, t la rni«;o7i à l'intellect, de l'intellect pratique à 'intelligence, de l'irtelligence à la Mgesse ou conalssanoe transcendante et expérimentale, c'est-?»-dire boutissant dans l'extase à une sorte d'expérirnenliion de In prc^sonce divine (43).
AjoutoTif* enfin que pour saint Thomas (/i/j), la conîmplation mystique est une imtuitioîî merveilleuse 0 la vf^ril^ se terminant par un mouvement affec- [f H qu'elle n'est autre chose pour saint François je Snl<'s qu'une amoureuse, simple et permanente atjîTition de l'esprit aux choses divines. Ainsi se trouwit affirmés par ces deux maîtres de la spiritualité ^ caractère de concentration do ce mode supérieur 'union à Dieu, et I(> i<Me <^->nsidérable qu'y jou(^ la
rompcnâiuni thâotofj. vérltatin, 1. .'i. r. .■«. ï ? q. 180, n. 3. ft»l. l.V
vie affective. D'ailleurs qui dit contemplation parfaite dit absorption complète de l'âme en la vue d'un objet admirable qui fixe et captive à tel point son attention que l'âme en dehors de lui ne peut rien connaître, aimer et vouloir.
Un état analogue de concentration totale peut se rencontrer exceptionnellement chez des philosophes €t des savants de génie. Dans l'extase, la concentration est si grande qu'eille a quelquefois pour effet l'aliénation momentanée des sens qui résulterait soit de l'intensité de l'attention, soit des ardeurs d'un amour inouï. Pour le prouver — écrit le Père Poulain (45) — on raisonne par analogie avec la distraction. Lorsque l'esprit ou le cœur sont fortement occupés, une foule de sensations ne paraissent plus arriver jusqu'à l'âme. C'est là un diminutif de l'aliénatioi des sens. Si, de plus, l'objet de la pensée s'impose à nous malgré notre volonté, nous éprouvons même de la difficulté à penser à autre chose, ce qui resemble assez à la ligature. Concevez que Dieu exerce une action mille fois plus intense sur la pensée, une domination mille fois plus énergique sur l'âme, l'effet sera plus saillant sur le corps et sur le jeai des facultés, tellement même que j eut-être la sensibilité pourra diminuer jusqu'à zéiro. On regarderait l'extase comme nne distraction renforcée. » Nous ajouterons distraction renforcée à la considérer du dehors, concentration renforcée à la regarder du dedans.
'4")) Poulain, Des Grâces d'ornlson, 605.
La conclusion de cette enquête sur l'oraison mentale, telle que la conseille la direction de conscience, est son analo^e certaine avec la concentration qu'utilise la méthode Vittoz dans le traitement des psyclionévroses par la réMucation du contrôle cérébral. Ce qui n'est pas moins certain c'e^t que, parmi les fins particulières qu'ils ont en \'ue, les grands directeurs se proposent d'obtenir celle que recherchent les médecins par l'exercice de la ccwioentration. Qu'on se le rappelle : en demandant au malade de concentrer son attention sur uu point donné, le thérapeute veut soustraire le conscient du sujet à la tyrannie de sa sensibilité, de son imap'injtion ou de ses sentiments II espère l'acheminer par là vers une vie \Tniment autonome, d'où plus dicmr et plus utile.
D'après saint Bernard. In médit-ation, qu"I nomme considération, obtient ces résultats et d'autres encore ; l'éloge qu'il en fait ne laisse rien dans l'ombre : « I^i considération — écrit-il (/i6) — purifie la source m^me d'où elle tire son origine je veux dire de l'esprit, elle gouverne les passions, dirip-e les actions, rorricre les excès, règle les mœurs,
hlit le bon ordre et l'honnêteté dans In vie : elle lui donne une parfaite connaissance des choses diivines et humaines. C'est elle qui remet en bon étal '^^ ^MÏ ''tut dans la confusion, qui rm^smih^' '
•'<) De la Constatation, 1. i
aSo DIRECTION DE CONSCIENCE
qui était désuni, qui recueille ce qui était dispersé ; oJle pénètre les choses cachées, recherche avec soin les vérilables, examine les Yraisemblables et décou- \r6 ceJles qui sont feintes et déguisées. C'est elle qui règle ce qu'il faut faire, qui revoit avec attention ce qui est fait, afin qu'il n'y ait rien dans l'esprit d'incorrect ou de répréhensible. Enfm, c'est elle qui, dans la prospérité, prévoit les afflictions et s'y prépare, et qui, dans l'adversité, donne la force de oe conduire, comme si on ne la sentait pas. »
ïUen n'est omis dans celte énumération de bienfaits, qui, à ce titre, ne serait jamais trop longue, de ce qu'il faut au névrosé pour être complètement guéri. La méditation donne à cet inconscient de lui-même et des autres le gouverneiinent de ses passions et la direction de ses actes en môme tem.ps qu'elle le remet en contact avec le monde extérieur en lui infusant la connaissance des choses divines et humaines. Dans l'âme de cet inquiet, de cet agité, elle fait succéder le bon ordre à la confusion, tandis qu'elle rend à cet angoissé, à cet aboulique, la foTce de, .se conduire vii-ilement dans le malheur.
La méditation, elle, réussit ce que les médecins s'appliquent à faire : elle rassem.ble ce qui était désuni et recueille ce qui était dispersé. Ce qui signifie qu'à la tendancxi au dédoublement de la personnalité, si fréquente chez les névrosés, elle substitue une conscience de ses devoirs, de sa personnalité, et du coup de l'unité de son moi. Ce qui signifie encore qu'aux états de dispersion mentale qui empêchent plus ou moins le malade de se connaître et de se diriger, elle substitue le recueillement iotérieuT où
ET PSYCHOTHéRAPIE DES TROUBLES NERVEUX îSl
il redevient conscient de ce qu'il est par la confrontation répétée avec lui-même.
D'après l'expérience consommée de saint François de Sales, la méditation est un remède approprié au mal dont souffrent ces songeurs éveillés qui se perdent en des pensées inutiles sans savoir presque à quoi ils pensent et qui, chose admirable, n'y sont attentifs que par inadvertanc-e et voudraient bien ne pas se perdre en des idées noires et mortelles à leur coeur(/i7) Voilà bien de nouveau des Imaginatifs è l'excès, des inconscients, des angoissé^.. Une observation précieuse à noire point de vue est lie de saint Vincent de Paul qui déclare s'être per- >. -imellemnt rendu compte que les personnes néglirrant de faire la méditation, ou la faisant mal, it moins attentives à elles-mêmes, donc moins nscicntes que les chrétiens qui s'adonnent régulièrement à cet exercice, et que leur activité, tant extérieure qu'intérieure, s'en ressent, car elle devient de j»lus en plus Linuuissante (/|8). C'est l'expression dont se sert Monsieur Vincent. En effet, cooitrairement, au sentiment général, la concentration pousse h l'action véritable, c'est -i\-dire féconde, et le défaut de concentration à la paresse et à l'inertie morale.
Suivant l'abh^sse de Sainte-Cécile de Soles- .i.<'S, (/|9) la méditation, si les chrétiens s'y livraient alors qu'ils l'iL'-norcnf pour la plupart, leur nndrait
.7) Traité de l'amour de Dieu. 1. VI. c. 9 i48) rettrr d .\f. Lambert. Supérieur den Prêtres de la Ml* slon d l{tehrli''u. th Janvier 16.'«0. (;9^ r.a Vie $plritu€Ue et l'oraison. VII. W-»
mille et mille services. Elle écarterait les préoccupaitions vaines, réprimerait la multitude confuse des pensées inutiles, combattrait efficacement la légèreté et la subtilité de leur esprit, mortifierait cette curiosité qui disperse leur âme et la répand au-deliors.
Un mot à retenir est celui de saint Bonaventure (5o) dans son éloge de l'oraison qui se rapproche beaucoup des belles peinsées de saint Bernard : « Si voius vo'ulez — écrit-il — chasser de votre âme les mouches importunes des vaines pensées et des soucis, soyez homme d'oraison. » Le docteur Vittoz dirait : soyez homme de concentration.
La manière dont la méditation doit être faite au point de vue psychologique, d'après les directeurs de conscience, rappelle les recO'mmandatioins des médecins sur la façon dont la concentiration doit se faire. C'est ainsi qu'au début du traitement, ces derniers assignent comme point sur lequel l'attention doit s'immobiliser un objet concret, sensible, qui 86' ipuisse voir et toucher, de préférence à tout autre un membre du malade, sa main, son bras, sa jambe. Ce n'est qu'après une longue série d'exercices de ce genre que les praticiens feront concentrer l'attention sur une idée. Encore laisseromt-ils le sujet en choisir une qui lui soit familière.
Ce plan est suivi par les directeurs qui recommandent de prendre, dans les cotmmencements de Li vie spirituelle, pour thème de iméditation, un mystère de la vie de Jésus-Christ ou de la Vierge, une
(50) Saudreau, Les Degrés de la vie spirituelle, i. 183-184,
&c.ène de la vie des saints, un objet servant au culte ou une cérémonie liturgique, en un mot quelque chose de concret qui intéresse l'imagination et sur lequel elle puisse travailler. A l'exemple de saint Ignace de Loyola, dont il était un des plus fervents admirateurs, François de Sales conseille de « proposer à son imagination le corps du mystère que l'on veut méditer, conmic s'il se passait réellement et de fait en notre présence.» Par ce moyen, remarque-t-il, (5i) « nous enfermons notre esprit dans le mystère que nous voulons méditer, afin qu'il n'aille pas courant çà et là, ni plus ni moins que l'on enferme un oiseau dans une c^ge ou que l'on attache un épervier à ses longes afin qu'il demeure dessus le poing. ;)
On ne saurait motiver de façon plus originale et plus claire le choix d'un objet sensible comme point des premières méditations ou concentrations. Remarquons à ce propos que la concentration sur un des membres du sujet est l'analogue de l'examen de conscience d'autant qu'il doit être fait, non en nature de rêverie, mais le plus concrètement et pratiquement possible.
l)an<; If même esprit que François de Sales, saint Pierre d'Alcantara conseille do se représenter le plus vivement que l'on |)eut Jésus dans son humanité regardant du haut du ciel se^s adorateurs, ou mieux encore de l'ima^^'-iner tout près de soi, tout comme on se rejMésenle ses |)lus tendres amis. Uitii de plus dangereux, en efft^t, (]ue de laisser inaotivo la folh» du logis quand on médite .Ne piis utiliser son in-
1) Introduction d la vie dévote, n. c. 4.
cessante activité, c'est s'en faire une onnemie, alors qu'on aurait pu et dû s'en faire uiie collaboratrice. Avec quel art un François d'Assise et un François do Sales en ont exploité les ressources presque infinies.
Tenons compte de cet avis si sage du Vénérable Libermann (62) : (( L'imagination agréablement touchée par un objet surnaturel nous laisse tranquille pendant l'oraison, aide môme plutôt qu'elle ne genc tandis que si on la laisse sans rien faire, elle gêne ordinaireiment. »
Directeurs de conscience et médecins sont de nouveau d'accord pour faciliter dans toute la mesure possible l'exercice de la concentration, afin d'éviter que les dirigés ou les malades ne s'en dégoûtent bientôt et n'y renoncent. Leur conviction est qu'un exercice est d'autant plus salutaire qu'il est fait plus "volontiers. Telle est bien la pensée du Père Surin, à laquelle il donne un tour philosophique. Puisque l'oraison est nécessaire au plein épanouisseiment de l'âme, elle doit être facile. « C'est pourquoi — écritil (53) — ce saint exercice étant de nécessité de bienséance, il importe extrêmement de le rendre aisé. Et puisque c'est la nourriture de l'âme, il faut que l'usage ne nous en soit pas plus difficile que celui de la nourriture du corps. Dieu, par une sage disposition de sa providence, a mis de la facilité et du plaisir en tout ce qui est nécessaire à l'entretien de la vie. » En direction de conscience, comme en psychothérapie, thérapeutes des maladies de l'âme et
(52) Ecrits spirituels, 127.
(53) Voir, Henri Brémond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, V. 295.
spécialistes des troubles nerveux exigent du sujet l'attention, même grande et entièire, sans laqueJl'i la concentration ne pourrait se faire, mais ils ne la veulent pas excessive parce que trop vite épuisée. Il n est i^as un neurologue qui n'approuve les lignes suivantes de aiint Pierre d'AJcantara (54) : « S'il faut de toute néccessité l'attention et le recueillement du cceuT en l'oraison, il n'est pas moins nécessaire que cette attention soit paisible et modérée, sans quoi elle nuirait à la santé et mettrait obstacle à la dévotion. 11 en est qui se fatiguent la tête par les efforts successifs qu'ils font ixjut se rendre attentifs à ce qui les occupe. Il cja est d'autres qui, pour se mettre à couvert de cet inconvénient, sont là très mous, désœuvrés et prêts à être empoités par tous les vents. Il faut fuir ci^s extrêmes et prendre un juste milieu. »
substituez au mot dévotion le terme psychologique de concentration, ce qui ne modifie en rien le texte, et les observations, on peut dire médicales, de saint Pierre d'Alcant^ira pourraient être signées des nonis de praticiens illustres, de ceux des professeurs Vittoz et Dubois.
Tout en luttamt contre les idt'cs et images étrangères, au cours de la concentration, il ne faut nul lenient s'irriter et s'obstlnor nerveusement à vouloir les chasser quand même . « Le vrai moyen de vaincre le,s distractions — écrit Fénelon (55) — est do ne 1rs attaquer point directenuMit avec chagrin :
. ne lurainon, c. XIl. ;• avi^
'/ Lettre d un militaire ami. Paris, l" juin twta
ne vous rebutez ni de le-ur nombre, ni de leur longueur.
Ce bon conseil se retrouve, illustré d'une comparaison familière, sous la plume de François de Sales (56) : a Quant à ces inenues tentations qui, comme mouches et moucherons, viennent passer devant nos yeux, et tantôt nous piquer sur la joue, tantôt sur île nez, la meilleure résistance qu'on leur puisse faire, c'est de ne s'en point tourmenter : car tout cela ne peut nuire. » Voilà qui instruit en amusant à la manière des meilleures fables de La Fontaine.
Bossuet, lui aussi, avec une note toute différente, est hostile au combat obstiné contre les images parasites : « Laissez aller cette imagination vagabonde — écrit-il à Sœur Comuau (67) — Vous ne sauriez la retenir que par le fond, ni dissiper, qu'en vous remettant à Dieu, toutes les images qu'elle fait voltiger devant vous. Dieu est inébranlable au milieu de la cité sainte. Les ilôts viennent, les vents soufflent, mais la maison demeure feirme, parce qu'elle est fondée in visiblement sur la pierre. » - Toujonrs philosophe, Bossuet regarde moins le ruisseau que la source, moins les images qui affluent de tous côtés, que le fond d'où elles sortent c'est-à-dire l'Inconscient, dont l'évêque de Meaux, | nous l'avons vu, a si bien compris et défini le rôle * dans notre vie morale et religieuse. Oui, Boussuet a ] raison , c'est sur lui qu'il importe d'agir indirec- 1 tement, comime il a été conseillé dans un précédent
(56) Introduction à la vie dévote, iv, 8.
x57) Lettre à la Sœur Comuau, Paris, 19 janvier 1695
hapitre. Mais protons l'oreille aux développe-iiieats ue le Correspondant de la Sœur Cornuau donne à i pensée dans le passage suivant d'une autre jttro (58). (( C'est une faiblesse do croire qu'on uisse donner des lois à la vivacité d'une imaginaon vagabonde ou d'un esprit qui s'égare dans ses ensées. Il y a deux choses à faire : l'une à tenir le œur arrêté par l'amour ; J autre, lorsque l'esprit 'égare souveJit, de laisser aller ses pensées pour enn revenir à soi après leurs erreurs. Saint Augusti.i e prescrit rien là-dessus, sinon, du moins de déploiT secrètement sa dissipation. 11 faut d'abord se doner à Dieu, afin qu'il se saisisse de nous et qu'il icnne, pour ainsi dire, la clé de notre cœur ; après .1 lut un puu le laisser faire, puisqu 'aussi bien, à force e se vouloir calmer, l'on ne fait que s'agiter et 'échauffer davantage. »
Ce dernier avis est particulièrement pratique en sychothérapie comme en direction de conscience. es autres le sont, niais à condition d'être interpréîs différemment par Je directeur et par le pratiicn des troubles nerveux. L'afflux d(^s images étranèrt'S no doit pas empêcher de |X)ursuivre la méditaon bien que distraitement parce que, chez les pi-'ir- :mnes i)ieuses, comme l'est la Sœur Cornuau, elle se on-linue d'une façon tantôt consciente et tantôt inonsciente. Que le lecteur se souvienne des explica- :on données dans des chapitn\'^ antérieurs. Par ontre, il n'en est plus de môme jK>ur la roncentra- '"' chez le malade. Comme il s'a^Mt d'un acte qui
'«88) /'*.. Mcau.x. ;J JulUct 1G95.
a 'précisément pour but d'arrêter l'Inconscient daik sa marche envaiiissaute, il faut que le sujet y renonc( quand dl n-e peut doinptar son imagination sans fa tiguo excessive.
La pensée de saint François de Sales stur la qaes tioai qui nous oocui>e est intéressant© à connaître (59) Après avoir enfeiTné votre esprit, observe- t-ii, danî l'enclos du sujet que vous vous proposez de méditer et l'y avoir enfermé ou par l'imagination si ce suje est d'ordre sensible, ou par la simple proposition s'il ne tombe pas sous les sens, « si votre esprit trouva assez de goût, de lumière et de fruit sur l'une de considérations, vous vous y arrêterez sans passer ou Ire, faisant comme les abeilles qui ne quittent poin la fleur tandis qu'elles y trouvent du miel à rcoueil lir... Si vous ne rencontrez pas selon votre souhait ei l'une d-es considérations, après avoir un peu mai cliandé et essayé, vous passerez à une autre, mai allez tout bellement et simplement en cette besogn sans vous y empresser. »
Malgré tous les moyens auxquels peuvent recourii médecins et directeurs, la concentration, que sa objet soit profane ou religieux, ne se fait jamais san de sérieux efforts, aussi jx)ur s'y adonner avec su< ces faut-il que le sujet s'arme de patience et de coi rage.
Il n'est pas inutile de revenir en cette fin de ch
(59) Introd. à la vie dévote, ii, c &.
•itro sur une remarque fait© au début de notre coJiilaraison entre le» deux concentrations que préconient directeurs et médecins.
Qu'il s'agisse dos névrosés ou des chrétiens atteints c maladies d'âme, les iins, comme les autres, ne perévèreront dans cet exercice ' qu'à conditioji d'être on vaincus de son rôlo vital. « Pour persévérer dans oraison, malgré les dilliculiés du début, il faut être ien pénétré des avantages qu'on y trouve — écrit j Père Louis de Grenade (Oo). — Autrement le ca-ur ""ivin est si grand ami do lui-même et si grand iui du travail que jamais il n'entreprendra une [loso si pénible, s'il ne voii un grand proût devant li. )) Ce profit, les grands directeurs le mettent en âdenre pour attiror les âmes à cette pratique. Dans l'oraison mentale — écrit saint Alnlionse de iguori (Gi) — c'e*t Dieu qui |X\rle et Dieu parle lieux qu'aucun prodicjiteur. C'est par elle que tous s saints se sont sanctifiés. L'cxpénenco prouve que ïux qui son fidèles à l'oraison 8e gardent des faute* lortelles et, pir hasard, s'ils viennent à faire quelno < imto, ils sont promptement relevéet. L'oraison
• '.de et le prVhé mortel s'rxchient nuituellemenl.
pratique est la fournaise où les Ame* s'enflam-
I de l'amour divin, n
Sainte Thérèse, pour décider tous les chrétiens h
ire oraisoin, leur cca*tifio qu© là rien n'est A crain-
re et tout à désirer, qu'il n'esit pas de voie plus sûre
>ur aller au Ciel et qu'elle est nccessible Aux gran(l>
kîheui's comme aux dévots, aux ig^norants coarune
*^^ Trntti* (tf l'orntfôT}, V pnrflr. Prologue.
29o DIRECTION DE CONSCIENCE
aux savants. Par ce moyen, assure-t-elle (G2), DiJ donne un regain de vie et de santé au corps en mêi temps qu'à l'âme. Regain de vie pour le corps pour Vâme^ c'est bien ainsi que les inédecins sentent, eux aussi, la con centra tion à lenrs imalades.
Pour saint Vincent de Paul, l'oraison est un miroir dans lequel l'âime voit tontes ses taches. Par elle principalement, Dieu nous fait connaître ce qu'il faut faire et éviter. Par aile enfin, l'âme devenue sourde et aveugle recouvre la vue eit l'ouïe.
Suarez estimait si fort l'oraison qu'il eût mieux aimé perdre toute sa science qu'une demie-heure de comimuinication avec Dieu (63). et, dans un de ses ouvrages, il enseigne qu'elle est indispensable pooir parvenir à la perfection chrétienne (6/j).
Saint Jean -Baptiste de Rossi déclare ne pas con-' naître un meilleur moyen pour se sauver que l'oraison mentale. Celui qui ne va pas à l'oraison, d'après lui, va à la tentation. Le jour où nous n'aurons pas médité, craignons de pécher.
« Je ne crois pas qu'il y ait un hoimme sur la terre — écrit le Père Grasset (65) — pour peu qu'il ait de bon sens et de raison, qui ose blâmer l'usage de la contemplation, puisqfue les philosophes même païens se la sont proposée pour le dernier terme de la raison et le comble de la félicité humaine. Les sainte Pères et les Docteurs de d'Eglise en ont parlé
(62) Cf. Saudreau, Les degrés; de la vie spirituelle, i, 185.
(63) Cf. Salnt-Jure, Connaissance de J.-C. m, c. 5.
(64) De devotione, c. IV, n* 9.
(65) P. Grasset, La Vie de Madame Helyot, 2* éd. Paris, 1683. 108-112. Cité i)ar Henri Brémond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, t. v, 281.
ET PSYCHOTRÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX 29l
comme de l'état le plus parfait et le plus heureux de Il religion. »
Oui, l'oraison mentale ou concentration d'ordre religieux mérite bien d'être regardée et proposée par les directeurs comme une source de bénédictions, un acte vital, et les tenants de la méthode Vittoz peuvent en dire autant de la coaicentration à leur point de vue. Aussi celte étude doit se terminer j>ar celle pensée de saint ^ incent de Paul (CG). L'oraison est à l'ame ce que l'âme est au corps. Or, comme un corps sans âme est un cadavre, de même une âme sans oraison est morte. Il faut donc que l'âme aime l'oraison comme le corps aime l'âme. »
\ oulez-vous vivre religieuseent, faites oraison ; vouIez-voiLs vivre d'une vie plus consciente et plus parfaitement huimaine, pratiquez souvent la concentration.
(66) Maximes, conseils et avis svr l'oraison