CHAPITRE X
Développement et rééducation de la volonté dans l-
Comme le Docteur d'Espiney l'a exposé au coun du précédent chapitre, le b'Ut du traitement depsychonévroses d'après la méthode Yittoz est le volonté. Si le chemin à parcourir par le malade h conduit d'abord aux actes conscients, puis, quant ses forces en partie recouvrées, lui permettent d< continuer sa marche, à l'exercice plus difficile, mai; aussi plus fructueux, de la concentration, ce n'e^ pas pour l'immobiliser, mais pour le faire parveni aux actes volont<iires, terme et raison d'être du trai tement des troubles nerveux.
Le sujet est-il redevenu capable de vouloir aye» l'énergie et la persévérance noraiales sans le con cours du médecin traitant, celui-ci se retire satisfai d'être arrivé à ses fins et d'avoir été utile à l'un d ses semblables. Autant de guérisons, et elles son nombreuses, autant de cas dont le processus es? identique. Seule la durée du traitement varie beau
ET PSYCHOTilLHAlMli DES THOUBI-KS NEHVEUX 3il
>ui>, bien que géiiéialeineril a^sez courte, mais ses roc<kiés se suocèdeiii invariablement dans le même rdre logique. L'intelligence n'est i(]u'uu lieu de piisige, le vestibule de la volonté, c'cs* jx>ur le pracien l'unique endroit par lequel il puisse accéder
cette dernièixi l'acuité en la<|uelle commence et se Tmine l'activité bunialne.
Le prêtre, dans le traiteme-iiL des maladies de ame, a, lui aussi, ce même objectif. S'il s'occupe îtivemenl des sens et des facultés intellectuelles, s'il intéresse tant à la vie ^affective, c'est toujours à Alise de lii voloffilé ({u'il no perd jamais de vue. Pas ne explication, pas un r('i)roche, pas une louange, is un encouragement, cnlin pas une prescription i un conseil qui ne soit [)our elle. Combat-il, ici, enipivssemont et J'inquiélude ; là, l'inégalité d'huleur, la rêverie ou le vagabondage cérébral, ailleurs i tristesse soois qm Iqu'une de ses formes, c'est parce u'à ses yeux ce sont là autant d'obstacles au déloicmenit du libre-arbitre.
Les chemins sniivis par le tliérai>eute des malaies de l'ûme et le nuHJtvin des affections nerveuses, Dur ne |>as être les mêmes tout en se resst^mblant eaucoup, n'en aboutissent pîis moins à un terme nique et identi(pie, la volonté, centre vital d»» homme.
Lu raison do ce lait ijidéniable, cpii domine l« irection de conscience et la psy(hothénq)ie. ne doit (JS être cherchée ailleurs que dans la j>ré<lominance p notre libne-arhitiT sur toutous nos facultés sans
:ceplinn. r.Vst lui l'acteur principal de In comédie
iUiaine. (piollp se joue sur la sc^ie d'un grand
cil 3 DIRECTION DE COiNSCIENCE
tliédlrc ou à riiilérieur d'uii simple ^^uiguol. Ses gestes iC't ses paroles ont uiie importance que ii'onl ni les paroles ni les gestes des autres aote^urs.
Saint Thomas d'Aquin explique en pliilosoplic cette prédominance (i). A considérer l'inlcllect et la volonté chacun pris isolément, obscrve-t-il, l'intellecî est supérieur à cause de la simplicité plus grande el du caractère absolu de son objet propre, puisque cel objet consiste en ce qu'il y a de plus aJDstrait et de plus général, la raison du bien désirable, lundis que l'objet de la volonté est le bien désirable. Mais s l'on compare l'une à l'autre ces deux facultés, c'es la dernière qui devrait remporter parce qu'elle es laite pom- vouloir Dieu, objet infiniment au-dessu.' de l'âme elle-même. Si l'intelligence, remaixjne en core l'Ange de l'Ecole (2), exerce une action sur l volonté en lui proposant un but, celle-ci est l'agen moteur de l'intelligence et, de toutes les puissance vitales, à l'exception des forces de la vie végétative
La mission dévolue à la volonté par la Providenc est mise en valeur par saint François de Sales dan ce passage de son Traité de l'Amour de Dieu (3) (( Parmi rinnumérable multitude et variétés d'a( tions, mouvements, sentiments inclinations, hab tudes, passions, facultés et puissances qui sont daii riiomme. Dieu a établi une naturelle monarchie «j la volonté qui commande et domine sur tout ce q\ se trouve en ce petit monde ; et semble que Dieu a dit à la volonté ce que Pharaon dit à Josepli : « T
(3) Traité de l'amour de Dieu. 1. l, c. 3 et i.
r P^^YCnOTnERAPTE DFS TROî'RI.FS NERVFIX S I .i
5cra.s sur ma maison ; tout le peuple obéira au coiiimandement de ta bouche, sans ton commandement nul no remuera. Mais cette domination se pratique fort dilTcremment. »
L'Evoque de Genève, qui ne veut rien laisser dans l'ombre de ce problème capital, explique ainsi comment l'empire de la volonté s étend jusques sur les facultés intellectuelles (/i) : « La volonté a du pouvoir sur l'entendement et sur la mémoire, car, de plusieurs choses que l'entendement jx-uL entendre, nu (lesquelles la mémoire se peut ressouvenir, la volonté détermine celles auxquelles elle vont que ces f.'icultés s'apphquent... I^ volonté Jes remue, les emploie et applique selon qu'il Lui plaît, bieii que, non pas si fermement et invariablomcnl, que la fantaisie variante et vola^'e ne les divertisse maintes fois les distraisanl ailleurs ; de sorte que, comme rap<5tre s'és?rie : Je fais, non pas le bien que je veux, mais le mal que je hais, aussi sommes-nous souvent contraints de nous f)laindre de ce que nocs pensons, non le bien que nous aimons, mais le mal que nous haïssons. »
D'où concluerons-nous le bien fondé de la campapn^. -inenée contre le dérèglement de l'imagination par la (lire<:tion de conscience et par le traitement (les psychonévroses d'npr^ la mélluKle ^'itloz.
3l4 DIRECTION DE CONSCIENCE
Les méfaits de la folle du logis constatés par les directeurs spirituels et par les médecins, comme on l'a vu au cours de cet ouATage, sont signalés en ces termes par François de Sales (5) : a Si la raison ne domine pas sur toutes nos puissances, inclinations, affections et enfin sur tout oe qui sera en nous, qu'en arrivera -t-il, sinoin une continuelle vicissitude, inconstance, variété, changement, bizarrerie, qui nous fera tantôt être fervents, et peu après lâches, négligents et paresseux, tantôt joyeux et puis mélancoliques. Nous serons tranquilles une heure et puis inquiets deux jours ; bref, notre- vie se passera en fainéantise et perte de temps. »
C'est la symptomatologie des troubles nerveux donnée au dix-septième siècle par cet admirable psychologue que fut François de Sales. Maintenant il nous met en garde contre l'action de la vie affective sur notre vouloir (6) : « La volonté domine sur l.t mémoire, l'entendement et la fantaisie, non par force, mais par autorité ,ein sorte qu'elle n'est pas toujours obéie, non plus que le père de famille ne l'est aussi toujours par ses enfants et serviteurs. C'en icst de même de l'appétit sensuel qui demeure sujet à la volonté comime la femme à son mari...
La femme, «pour l'ordinaire, change sa condition en celle de son mari, et devient noble s'il est noble, reine s'il est roi, duchesse s'il est duc. La volont»^
(5) Les vrais entretiens spirituels, c. III, de la fermeté.
(6) Traité (Je l'amour de Dieu, i. i, c. 3 et 4.
ET PSYCnOTHÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX 3l5
change aussi de qualité selon l'ajnour qu'elle épouse ; s'il est charnel, elle est charnelle, spirituelle s'il est spirituel, et toutes les affections de désir, de joie, d'espérance, de crainte, de tristesse, comme enfants nés du mariage de l'amour avec la volonté, reçoivent aussi leurs qualités de l'amour. La volonté est revente sur l'amour d'autant qu'elle n'aime qu'en voulant aimer,^ et, de plusieurs amours qui se présentent, elle peut» s'attacher A celui que bon lui semble. ))
François de Sales trace, à la manière de Platon, 'e portrait du Sage dont la sagesse s© résume en deu.x mots : conscience et volonté : (( Il est dit — écritil (7) — que l'homme sage, c'est-à-dire qui se conduit par la raison, se rendra maître absolu des astres. Qu'est-ce à dire que cela, sinon que par l'usage de la raison, il demeurera ferme et constant en la diversité des accidents et événements de cette vie mortelle.^ Que le temps soit beau ou qu'il pleuve, que l'air soit calm^ ou que le vent souffle, l'homme ne s'en soucie pas, sachant bien que rien n'est stable pt permanent en cette vie, et que ce n'est pas ici le lieu de rei>os. En l'affliction, il ne désespère point, mais il aKcinl l.i consolation ; en la maladie il ne se tourmente point, mais il attend la santé... S'il rencontre la pauvn?té, il ne s'en afflige pas. »
Voilà qui ne manque ni de vérité, ni de poésie, TKiis dont la l>eauté est simploment lumiaine. Cette ineiilalité (pic rien ne trouble ni n'attriste, c'est bien l'idéal (fue les mé<lecins, dans leur itraitoment des
U's vraLa rntrcticus spirituels, c. 3.
psychonévroses, recherchent pour leurs malades sans le pouvoir jamais réaliser d'une façon complète. S'ils ne le réalisent absolument, souvent ils s'en approchent et quelguefois de si près qu'iils paraissent l'atteindre.
Voici maintenant cette même sagesse pénétrée de christianisme. Toujours la même séirénité d'esprit, toujours c^tte grandeur d'une âme si bien maîtresse de ses mouvements qu'il n'est vents au dehors, ni tempêtes du dedans qui la puissent troubler. Transpo'rtant par l'imagination son lecteur au bord d'un lac, et par une de ces belles nuits où la nature dort d'un somimeil si profond, si calme, qu'elle semble n'avoir plus de souffle, François de Sales, familiarisé dès l'enfance avec ce beau spectacle, lui montre au fond des eaux le ciel si bien représenté avec ses étoiles d'or que plus n'est besoin de lever la tête. « De même — lui dit -il (8) — quand notre âme est bien apaisée, et que les vents du soin superflu, inégalité d'esprit et inconstance ne la troublent et inquiètent point, elle est fort capable de porter en elle il "image de Notre-Seigne-ur. » Puis, évoquant le souvenir des tempêtes du lac d'Annecy dont il a été témoin, le Saint ajoute : « Mais quand l'âme est troublée, inquiétée et agitée des diverses bourrasques des passions, et qu'on se laisse gouverner par elles, '\ non par la raison, lors nous ne sommes nullement capables de représenter la belle et très aimable image de Notre-Seigneur crucifié. »
Plus haut c'était l'idéal recherché par les médecins
(8) Ib
ET PSYCnOTHÉRAPIE DES TROUBLES NERVEIX vS 1 7
dans leur traitement des troojbles nerveux ; ici c'est l'idéal des maîtres de l'ascétisme dnns la direction do conscience. S'ils combattent chez le chrétien toute inquiétude, toute agitation, ce n'est pas seulement, comme pour le médecin, dans le but exclusif de le rendre plus conscient et plus maître de lui. Par delà l'apaisement de cetite âme et l'épanouissement de SA conscience et de ?« volonté, ils voient le rayonnement en elle de la vie divine. Et s'ils s'appliquent avec tant de soin h calmer, non ce lac, mais cette mer, et combien immense et profonde, c'est ix)ur que le ciel de Dieu et des anges s'y reflète avec la belle et très aimable image de Jésus-Christ crucifié. 11 n'est pas de grand directeur qui n'ait fait l'éloge de la volonté, mais peut-être aucun d'eux n'a montn^ avec autant de force et de netteté que ne l'a fait Fénelon, les maux de toutes espèces qu'entraîne le défaut de volonté ou de caractère. Ce procès contre la mollesse est d'autant plus intéressa-nt pour nous que l'auteur se place au double point de vue humain et religieux de sorte que mf^decins et prAtres pourront y recueillir le bon grain : « La mollesse et l'amusement — écrit F(^nelon (9) — sont capiblcs de jeter dans les plus affreux d(^sordres les personnes même les plus résolues A pratiquer la vertu et h^ plus remplies d'horreur pour le vice. La molles-sf^ est une langiieur de r/\me qui l'^ngourdiit et lui (^^e toute vie pour M bien, mais c'est une trnitre«e qui la pissionne secrètement pour le mal. 11 faut donc une foi m.lle &. vigoureuse qiri îrourmande rrtte mollesse sins
(0) Fénolon. lit" flexion:*. Dangers de la inoll<?s>. et >\c lamu- •emont.
3l8 DIRECTION DE CONSCIENCE
l'éoouter jamais. Sitôt qu'on l'écoiuite et qu'on marchande avec elle, tout est perdu. » Quels conseils pratiques et d'une application courante dans la direction de conscience. Il en est des paresseux, comime des scrupuleux, avec eux il faut commander et ne jaimais discuter.
(( Un homime mou et amusé ne peut jamais être qu'un pauvre homme et, s'il trouve de grandes places, il n'y sera que pour se déshonorer. La mollesse ôte à l'homme tout ce qui peut faire les quailités éclatantes. Un homme mou n'est pas un homme, c'est une demi-femme. E'amonr de ses commodités l'entraîne toujours malgré ses plus grands intérêts. Il ne saurait cultiver ses talents, ni acquérir les connaissances nécessaires dans sa prolession, ni s'assujettir de suite au travail dans les fonctions pénibles, ni se contraindre longtemps pour s'accommodeir au goût et à l 'humeur d 'autrui, ni s'appliquer courageusement à so corriger. C'est le paresseux dé l'Ecriture qui ne veut pas, qui veut de loin ce qu'il faut vouloir, mais à qui les .mains tombent de langue'Ur dès qu'il regarde le travail de près. Que faire d'un tel homme .^ Ti est bon à rien. Les affaires l'ennuient, la lecture sérieuse Je fatigue, le service d'armée trouble ses plaisirs, l'assiduité même de la cour le gêne. Il faudrait lui faire passer sa vie sur un lit de repos. Travaille-t-il, les moments lui paraissent des heures S'amnse-t-il, les heures ne lui paraissent plus qu des moments. Tout son temps lui échappe, il n* sait ce qu'il en fait, il le laisse couler comme l'eau sons les ponts. Demandez-lui ce qu'il a fait de sa matinée, il n'en sait rien, car il a vécu sans songer
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(ju'il vivaiit, il a domii le plus tard qu'il a pu, s'est habillé fort lentement, a parlé au premier venu, a fait plusieurs tours dans sa chambre, a entendu nonchalamment la messe. I^ dîner est venu, l'après-midi se passera comme le matin, et toute la vie comnne cette journée.
<( Un tel homme, ncfn seulement m^iu incapable de tout bien, mais il tombera peu à peu dans les plus grands maux. Le plaisir le trahira. Ce n'est pas pour rien que la chair vout être flattée. Après avoir paru indolente et sensible, elle passera tout d'un coup à être furieuse et brutale. On n'apercevra ce feu que quand il ne sera plus temps de l'étouffer.
li II faut môme craindre que vos sentiments de religion, se mêlant avec Notre mollesse, ne vous engagent [XMi à pou dans une vie sérieuse et particulier qui aura quelques dehors réguliers, et qui, dans le fond, n'aura rien de s<^>lide. Vous compterez pour be^iuroup de vous éloigner des compagnies folles de la jeunesse, et vous n'apercevrez pas que la religion ne sera que votre prétexte pour les fuir : c'est que vous vous trouverez ^^né avec eux, <''est que vous ne serez pis 5 la mode parmi eux ; c'ot (juc vous n'aurez pas les manières enjouées et étourdies qu'ils recherchent. Tout cela vous enfoncera, |vir votre goût, dans un(^ vie pliL*^ sombiv, nuiis craignez que ce ne soit un sérieux aussi vide et dangereux que leurs folies gaies. IJn sérieux mou, où les iKis«nons règnen4 tristement, f.iit une vie obscure, hîche, corrompue, dont Irt monde mAmc, lout mmide qu'il est, ne peut s'empêcher d'avoir horreur.
(( Souvenez -VOUS que la mollesse énerve tout, qu elle affadit tout, qu'elle ôte leau- sève et leur forc€ à toutes les vertus et à toutes les quailités de l'âme, même suivant le monde. Un homme livré à la mollesse est um homme faible eit j>etit en tout ; il est s' tiède que Dieu le vomit. Le monde le vomit aussi, à son tour, car il ne veut rien que de vif et de ferme. Il est donc 1^ rehut de Dieu et du monde, c'est un néant, il est comme s'il n'était pas, quand on en parle on dit : ce n'est pas un homme. Craignez ce défaut qui serait la source de tant d'autres. N'oubliez jamais que l'honneur du .monde et celui d*^ l'Evangile sont ici d'accord. Ces deux royaumes ne sont donnés qu'aux violents qui les emportent d'assaut. »
Entre autres signes du défaut de volondé, Fénelon note une certaine inconscienoe : « Tout son temps lui échappe, il ne sait ce qu'il en fait, il le- laisse couler comme l'eau sous les ponts. Demandez-lui ce qu'il a fait de sa matinée, il n'en sait rien, car il a vécu sans songer qu'il vivait, w-
Remarquons aussi combien est pratique, pour inspirer aux âmes languissantes eit aux abouliques l'effroi de la mollesse, cette manière d'en concrétiser les effets désastreux dans un homme que l'on fait vivre sous leurs ye^ux, qu'ils peuvent suivre de son lever à son coucher, isans le perdre un instant de vue, ponT le retrouver le lendemain toujours le même. Il y a du La Bruyère dans ces pages.
Après cette lecture, on pressent que la volonté sera l'un des thèmes préférés de Fénelon dans ses lettres à ses filles ou fils spirituels. C'est presque son leit
r motif. {( Le service de Dieu — écrit-il à une reli- , gieuse (lo) — ne consiste ni en paroles, ni en sentiments vagues, ni en affections sensibles, ni en belks imaginations, ni en grandes pensées, mais en ; bonnes œuvrer. Se taire, obéir, se contraindre, renoncer à son goût aussi bien qu'à sa volonté dans les occasions les plus difficiles, ne se décourager, ni se flatter, embrasser la croix et compter qu'on ne trouve Dieu que par elle. \oilà, madame, la vérité du royaume de Dieu en nous. »
L'archevêque de Cambrai revient sur cette pensée, avec cette {X)inte d'exagération dont il est coutuniier, dans sa lelire au Père Lami sur les dégoûts et les sécheresses de l'oraison (ii) : a La vraie oraison n'est ni dans les sens, ni dans l'imagination, elle est dans l'esprit et dans Ja volonté... Réduire toute la pieté au plaisir de l'imagination si.rait renvei-seï toute la conduite des âmes. C'esit ce qui nous mènerait au fanatisme le plus dangereux. Chacun se jugoi-ait soi-même, pour son de^ré de perfection, i>ar son degré de goût et de plaisir. C'est ce que font souvejit bien des âmes s^ms y prenidrc garde ; elles ne cherchent que h' goût «l le {>laisir dans l'oraison, elles sont touies diuis le sentimen't, elles ne prennent I»our réel que ce qu'elles goùt-ent et imagineni. m
IkVidémeni Fénelon, à l'enHonlre dos grands diroc leurs, ne tient pas compte suffisamment de la vie affective et de son importance dans la vie morale, mais où il se rejirontre avt'C eux, c'est sur le terniin de b \<>l<^nté : « U» vraie oraison n'est ni dans les
(10) Lettre d vne relioieute. 17. férrlpr l»5
(11) Lettre au Père Lanu. bciUdtctui, Tournai, 26 oct. 1701.
sens, ni daiis rimaginatiom, elle est dixns l'esprit ej dans la volonté. )>
Un nouveau témoignage du oulte de Fénelon poi notre faculté maîtresse est le conseil suivant qu'i| donne à la comtesse de Moniberon (12) : u Je m vous demande que calme et docilité. Vous me dii que le oalme de l'iimagination ne dépend pas d( nous. Pardoinnez-moi, il en dépend beaucoup. Quant on retranche toutes les inquiétudes auxquelles la vo-s lonté a quelque part, on diminue beaucoup cellesla-mêmes qui sont involontaires. Mo-in-s on s'agil< volontairement, plus on se met en ét^it de ne s'agite] d 'aucune façon et de tempérer une imagination trop' émue. Je n'aurai bonne opinion de votre état intérieur que quand vous posséderez assez votre âme en patience pour bien dormir. »
A vrai dire, cette lettre relève davantage de la psychothérapie que de la direction de conscience proprement dite, et c'est ce qui en fait surtout l'intérêt à notre point de vue. L'objection supposée sur les dèvres ou sous la plume de madame de Montberon n'est pas une chimère. La .plupart des névrosés la font à leurs médecins, et ceux-ci d'y répondre à la manière de Fénelon. Mais chez les tenants de la méthode Vittoz, la réponse se fait en actes plus encore qu'en paroles, ce qui évidemment est préférable. Clomime les praticiens, l'archevêque de Cambrai se préoccupe du sommeil, question très importante chez toute i)ersonne atteinte de troubles nerveux.
Un texte plus propre encore à soutenir l'ardeur
(12) Lettre à la Comtesse de Montberon, au Cateau, 7 août
ET PSYCHOTHÉRAPIE DES TKOLBLES NEUNELX '626
des médecins dans leur lutte contre rimagination en faveur do notre libre-arbitre est le passage suivant de la Doctrine du Père I^uis Lalleniant (i3) : « Une âme peut arriver à un degré de pureté où elle ait un tel etmpire sur son imagination et sur ses puissances qu'elles n'auromt plus d'exercice que dans le service de Dieu. Elle ne pourra rion vouloir, ni se souvenir de rien, ni penser à rien, ni rien entendre que par raj)port à Dieu, de sorte que, dans les conversations, si l'on vient à tenir des discours vains et inulile<> il faudra qu'elle se recueille sur elle-même, faute d'espèces ou d'images ix)ur comprendre ce qui se dit ou ix>ur en conserver la mémoire. »
i^uels que soieait les procédés employés, il n'est pas de médecin qui puisse conduire son sujet jusqu'à cette complète domination de la folle du logis. Un tel empire siur l'imagination est plutôt l'effet d'une action s|>éciale et directe de l'Esprit Saint que l'effet d'une direction de conscience si bonne soilelle. Tout ce qu'on peut soutenir est que cette dernière en est la cause indire<^te |)arre que, en quelque sorte. cWv préj>are l'Ame à recevoir <:ette faveur. Bossuet, lui aussi, tout en faisiuit large la piirt du sentiment dans la vie religieuse, demande à ses dirigée de ne pas s'rmmobiliser sur le terrain des pieuses pensées et des saintes inspirations, mais d'en venir aux résolutions fortes et aux ados extérieurs.
03) La Doctrine du Père Louis Lallemant. 135
Pourtant l'activité qu'il exige doit être consciente et volontaire, et non la manifestation instinctive d'une nature ardente. Dans une lettre à madame d'Albeit de Luynes (i4). l'évêque de Meaux écrit au sujet de la Sœur Cornuau : (( Il y a encore beaucoup à travailler, surtout à rompre cette activité et vivacité prodigieuse qui la prévient presque en toutes choses. ))
Toute la direoLion de Bossuet 'tend à l'action tout ensemble raisonnable et surnaturelle. C'est elle qu'il s'en va prêclieir à tous, aux prêtres comme aux religieuses ,aux iinanants et bourgeois comme aux geiitilsliommes , à Louis XIV comme à ses courtisans. S'il combat l'empressé m eut et l'agitation chez ceux qu'il dirige, s'il modère leur zèle, non seulement ce n'est pas pour les empêcher d'aller de l'avant, mais pour leur permettre d'aller plus loin dans la carrièi^e ouverte à l'activité humaine. Nous le retrouverons semblable à lui-même dans sa manière d'envisager l'oraison mentale.
La volonté est si bien l'objectif de toute direction sérieuse chez les catholiques, que les femmes ellesmêmes provideotiellement appelées à conduire les âmes vers la perfection ne s'en sont jamais proposé d'autre. Le cas est symplomatiquc pour sainte Caftherine de Sienne, mais il ne l'est pas moins poui sainte Claire et sainte Thérèse. La Sainte, à laquelle Joergensen >dent de donner un regain de popularité, presse ceoix qui recourent à ses lumières, d'avoir du caractère. « Soyons
(14) Lettre à Mme d'Albert de Luynes, Meaux, 17 août 1693
ionc des hommes — écril-elle à un tertiaire franciscain (i5) — étouffons en nous le plaisir féminin qui LinoUit le cœur et rend pusillanime. »
(( Courage, mon Pèxe, — écrit-elle au timide Grégoire XI (i6) — soyez homme. Je vous dis que vous l'avez rien à redouter. Mais, au contraire, si vous u'gligiez d'accomplir votre devoir, vous auriez rai- K>n de craindre. Vous devez venir à Rome, venez-y loiic, venez avec douceur et sans nulle crainte. » A Jusieurs reprises, Catherine recommande à l'irréolu pontife d'ètro un homme vraiment \iril, de ne )as hésiter à punir les couipables par amour d'une rie tranquille (17). En donnant de tels conseils la Jainte se souvient de ce qu'elle enseigne dans ses >ialogues : « La cité de l'âme — écrit-elle (18) — a )lusieurs portes. La première est la volonté, qui est ncxpug-nable et garde toutes les autres. La force est « libre-arbitre qui peut ouvrir et fermer à qui il lui )laît et quand il vçut. »
A l'exemple de leurs devanciers, les grands directeurs des temps modernes ne plaident pas avec iiolns d'insistance la cause de plus en plus méconnue le la volonté. « Le plus grand fléau de la philosophie 1— observe le Père Gratry (lO) — a été, de tout temps, maladive séparation do l'intelligence qoii le, dans l'âme, dos autres forces, qui se sépare iiiliciellonient du sentiment et de la volonté, qui ^urnc eJi Imniéro soche, conmic s'exprime Bacon,
Joorgensen. Sainte Catherine de Sienne, 361. /f).. 3i3.
IHaUiqncs (M. Cartier). 14i*. n" 1 cl 2. 1 •) P. Uratry, La Connaissance de l'dnu-, 1. 48 iy
et qui, par là, se trahit elle-même et mérite l'anathème de Bossuet : « iMallieur à la connaissance stérile qui ne se tourne pas à aimer . » Le vioe, qui sépare l'inteilligemce de la volonté, la spéculation de la pratique, la raison pure de la vie morale, et l'une et l'autre du sentiment et des inspirations légitimes de la nature, ce vice est bien le grand fléau de la philosophie, il 'obstacle à la sagesse. »
Chrétien d'une sainteté de vie égale, sinon supérieure, à l'élévation de son esprit, Gratry fait cette remarque si pratique pour tous (20) : « La raison et la liberté ne sauraient vivre en moi sans moi. Je ne puis être raisonnable sans le savoir, ni libre sans le vouloir. C'est à moi de veiller et d'agir. Suivant le sens profond du mot évangélique, c'est à moi do faire valoir le talent que Dieu m'a confié. )) Bien belle enfin de philosophie chrétienne, cette pensée (21) : (( La vie ^présente, si difficile et si inêlé«, est donnée comme une arène pour qu'à force de courage et d'amour, l'homme libre, aidé de Dieu, apprenne à conquérir son corps, son âme et Dieu, et tous les cœurs, pour que 'tous soient ensembled'image de Dieu. ))
H est intéressant de lire dans l'œuvre de Gratry •qui fait à l'Inconscient une part si large, des affirmations seimblables sur le devoir pour l'homme do travailler à se rendre plus conscient et plus libre (23).
Lacordaire veut qu'on évite de développer chez
(20) ib. i. iu-iib.
(21) Ib., I. 94.
(22) Ib., i. 20.
l'enfant l'esprit de servitude H l'esprit d'indépendance parce que l'un et l'autre sont contraires à 1 état vrai d'un chrétien (qS). Il ne faut pas que nos fils commandent à tout propos comme des enfants gâtés, mais il faut encore moins qu'ils soient asservis en manière d'esclaves. Un enfant qui ne délibère jamais, qui ne choisit jamais, qui est passif en tous ses actes, déclare cet éducateur, ne sera propre un jour qu'à obéir lâchement aux hommes et aux choses qui lo domineront par l'effet du hasard.
Dans un discours sur VEdacation présente, le Père Didon remarque que la faculté, dont la culture s'impose, ce n'est ni la force musculaire, ni la mémoire, ni l'imagination, ni le sens esthétique, ni la raison spéculative ou pratique, ni môme la faculté d'ôlrc religieux, mais la volonté sans laquelle la puissance d'adorer Dieu elle-même ne peut rien.
Si la direction spiri'tuelle a pour but la culture de la volonté, elle le poursuit surtout par l'examen de conscience et l'oraison mentale, procédés analogues, on l'a vu, à ceux qu'un ploie la méthode Vittoz pour le traitement des psvcîionév roses. Ces exeivices sont, e:» (fiel, des actes con.'iclcnls et de la concentration faits avec le concours de la grâce et pour des fins d'ordre surnaturel. Est-il vrai que les directeurs de con>sci(tnce, en soumettant leurs dirigés h ces pratiques, aient en vue do leur apj)rondre A vouloir? C'est bien pour cela qu'ils n^mènent sur un point leurs pensées prêtes à se dispen^r en tous sens, comme une mrre ramène les pieds de son ixMit • n-
(?.1) T.rltrr, Parl^ '}^ Jinv'r»- iR^t.
fant pour lui approndre à se tenir debout et à marcher ferme .sur ses jambes.
Pourquoi saint Bernard exhorte-t-il les chrétiens à s'étudier eux-mêmes dans le recueillement de l'examen de conscience ou de l'oraison? C'est afin de régler les mouvements de leur cœur, d'imprimer une bonne direction à leurs actes, de corriger ce qu'il y a de fautif en leurs démarches et enfin de ne rien laisser en eux d'indiscipliné (24). Qu'est-ce ilout cela, sinon la culture intensive de la volonté?
(( L'une des plus importantes parties de l'oraison — ■ remarque saint Vincent de Paul (26) — est de faire de bonnes résolutions, eit c'est à cela particulièreiment qu'il faut s'arrêter, et non pas tant au raisoiniiement et au discours. Le principal fruit de l'oraison consiste à se bien lésoudre, mais à se résoudre forteiment, à bien fonder ses résolutions, s'en bien convaincre, se bien préparer à les exécuter et prévoir les obstacles pour les surmonter. Puis il faut beaucoup prier Dieu et invoiquer instamment sa grâce avec une grande défiance de nous-mêmes afin qu'il lui plaise de nous communiquer les grâces nécessaires pour faire fructifier ces résolutions, et quoiqu 'après cela nous venions encore à y manquer, non seulement ime ou deux fois, mais en plusieurs rencontres et pendant un long temps, quand même nous n'en aurions pas mis une seule en exécution, il ne faut jamais laisser pour cela de des renouveler... I>es fautes passées doivent bien nous humilier, mais
(2^*) s. Bernard, Méditations très pieuses. C. V. de l'examen quotidien de soi-même.
(25) Cf. Saudreau, Les degrés de la vie spirituelle, 1, 213-214.
ET PSYCHOTHÉRAPIE DES THOUBLES NEUVEUX 329
non pas noiis faire pordre courage, et en quelque faute que l'on tombe, il ne faut pour cela rien diminuer de la confiance que Dieu veut que nous ayons en lui,' mais prendre toujours une nouvelle résolulion de s'en relever moyennant sa grâce. »
Pour les jésuites (2O), comme pour les fils de saint Benoit, de saint Dominique ou de saint François, toute oraison mentale, si élevée soit-elle, doit tendre à développer la maîtrise de soi, à rendre la volonté meilleure, à régler toutes les puissances de l'àmc et à favoriser l'artivilé du dehors en la sumaturalisanl dans son inspiration et dans se« motifs. Quel beau ] rogramme où se trouve inclus, et au-delà, tout ce que recherchent les médecins, par la concentration, dans leur traitement des psychonévroses. Une expression très instructive h ce ]>oint de vue est celle dont so servent les auteurs mystiques pour désigner létat de ceux qui sont enfin prêts aux f>lus hautes communications avec Dieu, autant qu'uno créature i>eut l'être avec ilo concours de la grâce. A force de victoires remportées sur eux-mêmes, ces chrétiens d'élite, disent les mystiques en \>'\\v terminologie spéciale, sont fiarvenus i\ la parfaite compimtion de leur âme, c'est-à-dire à la plénitude de <Tlte possession (le soi-même i)our larpielle médecins et directeurs Ira va il! en t. les uns par la concentration pure et simple ainsi que par les actes volontaires, les autres pnr \i concentration pieuse ou l'oraison avec les fermes résolnli(Hi< (pTelle comporte.
(20) Pour procrramino (h» l'oraison fraprt^>< les .T<^stj|t«^s. voir rn nnclrivr sptriUirUe ftti Pf'rc r.oriU LaUrmnnt, Pari» IPAR.
P 'oa
o3o DIRECTION DE CONSCIENCE
I>eî> 6Ludcs récentes faites sur les diverses formes du mysticisme et sur les caractères psychologiques qu'elles présentent, se dégage une observation qui corrobore notre thèse. La voici telle que Delacroix l'expose (27) : (( Les descriptions des mystiques permettent d'apercevoir de grandes intuitions de caractère intellectuel et affectif, qui vont s 'approfondissant et se répandant, et une grande impulsion continue, cohérente avec elle-même et tenace qui dispose la vie (et lu travail de respiil) comme un inflexible et clair vouloir. »
En définitive, pour les directeurs spirituels, le principal but de tout recueillement, quelle qu'en soit la forme, est la résolution ou développement de volonté qui en résulte. C'est ce développement qu'a en vue l'abbesse de Sainte-Cécile de Solesmes quand elle écrit les lignes suivantes, remarquables d'énergie pour une femme (28) : « L'examen de conscience doit être bref, limité au temps qui lui est assigné. Généralement parlant, les actes de l'âme sont d'autant plus décisifs qu'ils sont plus prompts et plus énergiques et que l'âme n'accorde rien à la rêverie. La lenteur de beaucoup de personnes n'est qu'une paresse déguisée, une vaine suLtilité qui est l'antipode des opérations spirituelles. Il faut de la résolution et de la confiance en Dieu pour avancer, et si analyser est une nécessité de notre ■lente raison, il faut se garder de pousser l'analyse et la discussion de nous-mêmes jusqu'à l'excès où
(27) Delacroix, Etudes d'histoire et de psychologie du mysticisme, Paris, 1908, 342-343.
(28) La Vie spirltueUe et l'oraison, Paris 1905, 110-111.
elles enlèvent à l'âme toute conûance, toute ferrnet^^ pour la laisser dans une perpétuelle et pusillanime iiTésolution. »
Directeurs de conscience et si)écialistes des troubles nerveux se proposent donc de nous apprendre à vouloir. Après s'être servis, les uns et les autres, de la conx:enl ration comme exercice préparatoire, à quel procédé suprême recourent-ils? Aux actes de volonté, car les résolutions que les prêtres commandent de prendre ne diffèrent que par leur objet, et encore pas toujours, des actes ordonnés par les médecins aux malades. De part et d'autre, ce sont des volitions qui, pour f^trc utiles, doivent avoir exactement les mêmes qualités, faute desquelles la volonté n'en tirerait aucun bé-néfice. Le premier acte do ces thérapeutes des maladies de l'ûme, comme de ces praticiens des psychonévroses, est de montrer aux sujets leur indéx:"ision habituelle, dont beaucoup sont inconscients. Ne faut-il pas commencer par ou\Tir les yeux de ces aveugles qui croient de très bonne foi toujours vouloir aloi^ qu'ils ne veulent jamais?
Quand un directeur a la confiance do son fils spirituel — et on peut e-n dire autant du médeiin visfi-vis (le son client — il lui signale son illusion en toute franchise. C'est ce que fait Fénelon quand il écrit -^ un de ses amis (a9) : a II faut t.lchcr de rai-
iiner peu et de faire beaucoup. Si l'on n'y prend o^rde, toute la vie se passe en raisonnements, et
(99) Lettre û un ami. Cambrai. 23 aoni tCPT
il faudrait une seconde vie pour la prartique. Ou^ court risque de se croire avancé à proportion des lumières qu'on a de la perfection. »
Avec autant de netteté que Fénelon, François d^I Sales écrit (3o) : <( Il y a des âmes qui s'oooupemt tant à penser comime elles feront, qu'elles n'ont pas le itemps de faire. » Voyant la Mère Favre toujours indécise par un souci trop inquiet de la perfection, il lui défend ses perpétuels retours sur elle-même, sur ses inclinations et ses forces qui l'empêchent, suivant son expression, de ficher les yeux sur le bon' plaisir de Dieu et sur sa Providence. Poua^quoi s'amuser à discourir quand il faut courir et à deviser des difficultés quand il les faut décider (3i).
L'auteur des Vrais entretiens spiritucîs exhorte à marcher grandement et simplement dans la vie chrétienne (32). N'imitez pas, dit-il aux indécis. « ceux qui vont demandant continuellement le chemin le plus court ipour aller en la ville oiî ils prétendent d'aller (car ils) courent fortune d'y arriver plus tard que ceux qui, ayant enfilé le grand chemin, ne s'en détournent point. »
Bossuet, lui aussi, combat rindécision. Il ne veut pas de cette peuir d'agir dont souffre madame de Li Maisonfort qui n'a rien de fort si ce n'est en son nom. (( Le dessein de l'oiraison — lui écrit-il (33) — n'est pas de nous faire bien passer quelques heures avec Dieu, mais que toute la vie s'en ressente et en
(30) Les vrais entretiens spirituels, c. IX, De la modestie.
(31) Lettre à la mère Favre, supérieure de la Visitation à Lyon, t. XVII, 72-73.
(32) Les vrais entretiens spirituels, c. IX, De la modestie.
(33) Lettres à Mme de La Maisonfort, 16" demande.
evienne meilleure, la véritable disposition est celle ui paraît par les œuvres. » Comme sa fille spiriuelle, au lieu de se résoudre à vouloir, se perd en ie hautes pensées, il s'efforce de la faire descendre le ces cimes, où se complaît son orgueil, dans les las-fonds de rhumilité agissante. D'après lui, plus ublime est l'oraison, plus humble doit-elle nous eudre (34). Si la rêveuse dame de La Maisonfort s»? eniande si son union avec Dieu n'est pas illusoire, on grand directeur lui répond qu'il n'est rien de rai, pour nous {x'^heurs, en dehors de la mortificaion intérieure et extérieure, c'est-à-dire en dehors es actes les plus durs à vouloir et à faire (35).
Quand la Sœur Cornuau tient de longs discours
iir ses rapports avec Dieu, Bossuet de lui répondre
u'il ne connaît qu'une oraison véritable, celle qui
itit à un changement de vie par la pratique du
. i.vhement de soi-nunie et des créatures (36).
L'une des raisons qui ])ortent Bossuet à condamer les principes mondains est qu'ils affaiblissent le aract»>re en faisant prendre la volonté ou plutôt la elléit^ d'être vertueux pour la vertu môme, comme iademoi.*jelle de La Vallièrc, sa pénitente, n'était ue troj) portée à le croire, au début de sa con verion. Voilà pourquoi il s'oppose si énergiquement à ette corruption mondaine, « que nous inspirons ans y pens^^'r, qui se comnmni(iue en nous voyant aire les uns les autres, qui se répand par l'air du isago, et jusque par le ?on de la \x>\\ (37). »
If).. n* 9 (plus huiuhlo nou.n rendre.) Ih.. n* 13 (mnrtJn<ntlon).
r.ettrr d Saur Cnmttau, n" lî'i et ?.
f'-ttrcs diverscf. n* 89.
Avec ces dernières lignes, nous voici en plein dans la psychothérapie des itroubles nerveux. Cet instinct d'imitation, dont Bossuet constate l'empire sur un si grand nombre de personnes pieuses, est un^e des caractéristiques les plus aocusées de psychonévrose, quand il dépasse les limites ordinaires.
En nous suggestionnant — observe cet admirable psychologue qu'est l 'évoque de Meaux (38) — le monde nous fait appeler souvent reitenue, ce qui n'est, en effet, que timidité ; ou courage, ce qui est orgueil et présomption ; ou prudence et circonsi>eclion, ce qui n'est qu'une basse complaisance. C'est lui encore qui fait que nous songeons moins à pos séder véritablement une vertu qu'à faire paraître au) autres que nous l'avons, et à nous le persuader nous-mêmes.
I>e culte de Bossuet pour tout ce qui est vrai e fortement voulu lui arrache cette plainte oii passf son âme frémissante d'homme foncièreim'emt sincèr<| et viril (39) : a 0, quand sera-ce que je songerai i être en effet, sans me mettre en peine de paraître ni à moi, ni aux autres. »
Les grands directeurs signalent l'inconstance d cœur comme la cause de notre indécision. Le plu triste, remarque saint Bernard (Zjo), est de ne poir trouver, parmi les arts libéraux, l'art principal d retenir le cœur plus mobile que les choses les pli mobiles, plus glissant que les plus glissanteî
(38) Ib., 48.
(39) Ib., 48.
(40) Traité âe la maison intérieure, c. XIII, 21.
ET psyciiothkraimf: i)r:s TROrni.rs NEuvErx 335
Rendu instable par sa mobilité naturelle, ce cœur efuse de se fixer môme eu un point : sa vie est dans 5 mouvement, et le mouvement est sa vie. Ce mouement vital, si petit qu'il soit, mène la masse pemtfi de tout le corps de l'homme ; et par quel art * retenir, pour que, mouvant le reste, il ne se meuve as lui-môme. »
L'al>l>é <\e Clairvcaux excelle à rendre cet état 5yrhologi(iue d'instabilité si défavorable à notre >uloir (/il) : « Je ne puis assez bien expliquer que e changements je subis à chaque instant, combien p form-es je revêts dans les résolutions successives ui me font varier sang c-esse, h combien d'affecons altornaiivement renouvelées, je suis soumis. B plus ëtonnant n'est pas qu'à chaque momeait, I Ribisse des impressions et des agitations diverses, ' qui est le plu«s sur])renant, c'est presque dans le lénie instant d'être livré, comme je le suis, à des ifliiences contraires : à présent la haine et l'amour, îsuite la joie et le chagrin me tirent en w^ns oppo- !». Combien de fois, au milieu devs transports mer- ^lleux (le ma joie, un motif de tristesse, fondant ir moi, m'ébranle violemment et me renverse, mnireant en ch.iLrrin tout ca^ tressailleiment de mon ne. Mais qui cahulcrail les variations de tous mes ■ntiments? Oui expliquerait tous se«* accidents di- »*? Autant il y a do nuances dans les choses, aunt presque il y en a dans mes affeotions. »
Saint François de Sales ne sent pas moins vivement imiv>s«ibilité pour l'homme de suivre les mouve-
(41) !0 . c. XXXV. 74.
•ments souvent contraires de son âme (42). Mais biei qu'il juge difricilc à vaincre cette inconstance de Ve& prit humain, il n'en exhorte pas moins ses fils spiri tuels à l'arrêter avec les forc.es de leurs résolution afin qu'ils vivent également parmi les inégalités d leurs sentimemts et des événements.'
L'habile directeur de conscience, trois siècles avan 1» professeur Vittoz, soumet les natures faibles e en route vers l'aboulie à l'exercice des actes de vo lonté fréquemment répétés et à courts intervalles et il ne doute pas du succès de cette méthode. / propos de ces tempéraments sans ressort, il écrit avei un bel optimisme basé sur maints résultats obte nus (43) : (( Si les prem.ières résolulions ne les on pas du tout affermis, les secondes et troisièmes le affermiront davantage, et enfin, à force de se résou dre souvent, on demeure tout-à-fait résolu. » Si en cours de traitement, médecins et malades son tentés de décooiragement, qu'ils lisent ces lignes qi seront pour eux, comme pour tous, génératrices d force morale. Rien d'étonnant que François de Sale presse les plus faibles d'aller hardiment de l'avan à la manière des enfants qui, dès qu'ils savent mai cher, se mettent à courir de toutes leurs petite jambes sans s'étonner ni se décourager de leui chutes et meurtrissures. Et si nous avons quelqu besoin d'être rassuré, courons sois à Dieu, comin l'enfant à sa mère (44).
(42) Lea i^aia cntrrtUn avii^tueU, c. X, De l'obéissance.
(43) Ib., c. XI.
(44) Ib.
LT PSYCnOTIlÉRAPlE DES TROUBLES NERVEUX 337
SuivaiiL les explications doimée^ par le docteur 'Esi)incy dans le précédent chapitre, les spécidstes des troubles nerveux ne se contentent pas des reiiiiei-s actes de volonté venus. Ce qu'ils veulent , ce qu'ils attendront palieninient, c'est l'expression raie, complète, évidente d'une volonté redevenue annale. La volilion, pour ie^ satisfaire, doit avoir Il but unique, prcds^ réalisable et prochain. Elle wt de plus s'accompagner d'une -telle force que ftitcs les puissances psychologiques concourent à i production. Et, s'il en est ainsi, les arrière-penies, les intentions sous-jacentes deviennent imposbles.
Leb dirocte-urs de conscience ne se montrent pas loins exigeants : tout ce que les médecins dcman- Mit à leurs malades, eux le refjuièrent de leurs s. Lei5 résolulfons, qu'ils iréclament, doivent abord porter sur un seul objet. Se détermine'r, par lemple, à mieux remplir tous ses devoirs, à ré- >ndrc j>lus ficlMeiiunt aux appels de la grâce, à ïvenir un catholique parfait sont des fins générales ns influence sur notre énergie anorale. Pour qu'une Germination acquiert un sens, um(^ vai^uir, il est disi>ensable de lui fixer un but j)articulier. Au lieu î s(i résoudre à faire le bien, on si^ résoudra A praquor, :1e jour mAme, telle vertu* spéciale. ;\ offrir
Dieu tel sacrifice, à se montrer j»lus aimable en- )rs son f^^^e caj sa sœur en des circonstance^s qu'il i bon de prévoir.
Saiiit Thomas d'Aquin, le directeur des directeurs, explique philosopliiquemeiiit le pourquoi de celte unité de but qui se itrouve imposée par les lois mêmes de notre activité psychologique (45). Comme toutes nos lacullés puisent dans l'àine tout ce qu'elles ont d'énergie latente et de vitalité, il en résulte que si l'âme concentre toute sa force sur l'acte d'une de ses puissances, elle ne peut simultanément l'appliquer à l'acte d'une autre de ses facultés, puisque ce qu'elle a de force est déjà cintièremeiit utilisé ailleurs. La conclusion est évidente: je ne puis à la fois vouloir un but de toute mon àme et pourtant m'en proposer un autre ; si je veux vraiment le premier, il m'est impossible de vouloir efficaceiment le second. Ou aucun de ces buts ne sera réel, ou si l'un des deux' est réel, l'autre sera nécessairement illusoire. Comment suivre en méiine temps des directions opposees? I
Pour saint Bernard (46), comme pour saint Thomas, vouloir tout ensemble ceci et cela, comme Icj font la plupvart des lionmies, c'est au fond ne rier vouloir du tout et, selon le mot de Bossuet, c'est songer à faire paraître aux autres que nous voulons et à nous le persuader à nous^mêimes. 1
Saint Vincent de Paul recommande de prendn toujours des résolutions particulières (47). Il faut d'après saint François de Sales (48), s'appliquer ; ce que Dieu requiert de nous selon notre vocation
(45) la, 3œ. q. XXXVII, a. 1.
(46) Traité de la maison intérieure, c. XXXIV, 7t
(47) Maximes et avis sur l'oraison.
(48) Les vrais entretiens spirituels, c. VII, Des trois loi» spl rituelles.
ermement et humblement, et ne penser à rien autre, islimant impossible de trouver nul moyen meilleur juc celui-là pour nous sanctifier.
A propos des formes d'uraison mentale dites affccive et de sinipticiié oa de simple reyard, le l'èjc ^oulain écrit (4^/ : « Ces oa^aisons dirigées vers un mi déterminé de sanctification diffèrent de la rôveie, état de relâchement de nos énergies, dans lequel m s'abandonne, ^oimime une barque sans gouvernail, à tous les courants d'images et de sentiments, jn n'y aboutit à rien. La vitalité donnée à la volonté xir l'oraison de simple regard ne s'apercevra qu'au x>ut de quelque temps. De même que sous l'action lu sol (.'il, il se fait un travail immense dans les lerbes des prairies et dans les forêts. »
11 ne suffit pas do choisir une fin particulière el non limitée, encore faut-il prendre le temps et la ;)eine de s'en former dans l'esprit une idée claire ît précise. La chose serait facile, si ce n'était les passions. Saint Vincent de Paul nous avertit : souvent elles s'inter{X)sent entre notre raison et nos koUxulés, comme les nuages entre le. soleil et la «ire, y réjKindant d'épaisses ténèbres, et, pour agir, jhsei-ve M. Vincent, il c^t bon d'attendre le retooir ic la lumière (5o).
Le fondateur de la Compagnie de Jésus, attentif \ tout ce qui peul nuire h la direction spirituelle, veut la précision de but, non seulement chez le dirigé, mais aussi chez le directeur. C'est ainsi qu'écrivant à Uégadelle, il attribue, son manque de courage
(^9) p. Potilîiln. s. J. Ufs grâces (foraisou. TJ ei 28 (50) Maximes, conseils rt nvh i^ttr Us passions ri ''•■' "/rci.
3liO DIRECTION DE CONSCIENCE
aux conseils trop nombreux et imprécis de son père spirituel. « Je pense — écrit-il à ce propos (5i) — que celui qui précise ^peu comprend p-eu et aide jiioins encore. »
Fénetlon recommande à une dame d'allier l'exactitude à la liberté d'esprit. Si yous vouliez — lui fait-il remarquer (62) — être exacte sans être libre, vous tomberiez dans la servitude et dans le scrupule ; si vous vouliez être libre sans être exacte, vous iriez bientôt à la négligence et au relàchemeint.
L'abbesse de Sainte-Cécile de Solesmes insiste auprès des étourdis et des impressioimables pour qu'ils donnent un caractère pratique à leurs résolutions afin d'éviter que leurs meilleurs mouvements ne s'évanouissent comme la fumée. (( Une volonté vague et générale — observe-t-elle (53) — ne suffit pas pour aller à Dieu et se sanctifier ; il faut savoir ce que l'on veut, se le déterminer nettement et poursuivre résolument son but. )>
Les chrétiens, qui n'assignent pas de fin précise à leurs efforts, font .penser à ces âmes enfouies, dont parle Gratry (54), où toute pensée est sourde, confuse, où ne règTne jamais l'amour clairvoyant et libre, cordial et intellectuel.
S'il est nécessaire, pour le développemen.t du vouloir, de fixer à ses résolutions un but particulier et d'en avoir une vue distincte, il importe aussi de leur assigner une fin de réalisation prochaine. A ne pas
(51) Deuxième lettre à une religieuse de Barcelone, il septmbre 1536.
(r>2) Lettres, n" 103.
(53) La Vie spirituelle et l'oraison, Paris, 1905, 111.
(54) La connaissance de l'âme, t. i, 42.
ET PSYCHOTHÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX ."^'iT
e faire, on courrait :1c risque de ressembler à ce >arosseiix du livre des Procerbes (ôô; qui veut de oiii ce qu'il faut vouloir, mais à qui les bras tom- )ent de langueur dès qu'il regarde le travail d/î >rès (5G).
Un mal plus grave est de donner à ses déternii iwitions un objet qii'il est impossible d'atteindre, (lieux vaut en ce cas ne se n^soudre à rien, car la olilion de l'irréalisable est, pour ainsi dire, la perersion de la volonté ou tout au moins la méconnaisance de sa raison d'être. Et pourtant combien riiommes et surtout de femmes tombent dans ce ravers. Loin d'en rire, François de Sales on gémi (57) : (( C'est le mal des maux, — écrit-il à mc^ religieuse — entre ceux qui ont des bonnes voontés, (ju'ils voulrnt toujours être re qu'ils ne peuent être. »
Dans son Inirodticlion à la vie dévoie, cet incom- «rabk directeur (montre la gravité d'une telle conluiie (58). C'est, on effet, une occasion excellente »our le démon de d'Hournor nos désirs des fins loun- 'les qu'il nous serait possi])le d'atteindre, pour les orter inutilement vers de pures cbimères, et Franpis de conclure : <( Nous coinlxittons les monstres
Afrique en imagination, et nous noas laissons tuer, n effet, iiux menus serpents qui sont en no<tro îCffnin, faute d'attention. »
Saint Vimvnt de F\uil, éinuh' de François do Sales
!65) Piurcrbcf. XIII. 4.
"56) H<fleil(ms rt tlarujrrx de la mollesse et (te l'atnunement.
57) Lettre A une rrlinieme, 3 avril l«()fl
58) lutruilueUim d Ut vie (tt'vùte, m, c. 37.
3Zi2 DIRECTION DE CONSCIENCE
pooir le bon sens autant que ipour la sainteté, signale à Mlle Legras comme dangereuse la résolution de faire plus qu'elle ne fait et que Dien ne lui donne le moyen de faire.
Alors même que nos résolutions auraient un but parlloulier, précis, prochain et réalisable, si la force leur faisait défaut, elles ne développeraient guère notre vouloir. Médecins et directeurs de conscience estiment cette fermeté indispensable, et l'expérience leur donne raison. Ils voudraient que les sujets, qu'ils soignent ou qu'ils dirigent, fussent semblables à cet homime fort et sage du Père Yvan qui ne s'effraie ni au bruit des canoins, ni au bruit des oloches, tambours et tonnerres, ni au bruit des chiens, mais qui poursuit son chemin, coonme s'il était sourd (59).
Selon une remarque de saint Augustin, il est facile à l'homme de vouloir faiblement le bien et de continuer à faire le mal. Ce qui lui est difficile c'est de vouloir le bien d'une volonté si forte qu'elle le lui fasse accomplir (60). Sans force, en effet, nos volitions sont sans intérêt pour nous. C'est la ipensée qui inspire l'auteur de Vlrnitatioîi quand il écrit (61) « Si celui qui forme de saintes résoJuitions ne laisse pas de retomber, que fera celui qui n'en forme jamais ou qui n'en forme que faiblement. » Combien iterrible pour les natures hésitantes et molles, ce rapprochement du défaut total de détemiination avec les résolutions effectives mais faibles !
(59) Lettres spiritueilles, II, 9i, cité par Henri Brémond, La Provence mrjstique an XVir .rlècle, 179.
(60) Deux livres à Simplicien sur diverses questions, 1. I, q. 1
(61) I, c. XIX.
ET PSYCHOTHÉR.VPIE DES TROUBLES NERVEUX 3^3
Naturellement sainte Thérèse, femme énergiqutî s'il en fut, juge néxiessaire la force de caractère : (( On est beaucoup i)Ius ferme vis-à-vis de soi-même quand on s'est dit : (( Quoi qu'il arrive, je ne céderai jamais. » La Sainte raisonne à la manière des grands capitaines pour lesquels la victoire définitive apparlietnt à ceux qui veulent vaincre alors même qu'ils sont vaincus.
Pour saint Vincent de Paul (62), le principal fruit d»j l'oraison mentale consiste à se bien résoudre, mais à se résoudre fortement, à bien fonder ses résolutions, à s'en con\'ïiincre, à se bien préparer à les exécuter, enfin à prévoir les obstacles pour se disposer d'avance à le^ surmonter.
D'après le Vénérable Libermann (63), quand l'orai- >on n'aboutit pas à des ré^^olutions fermes et sérieuses, c'est qu'elle est mal faite. On se résoud d'autant plus énergiquement que l'on s'unit à Dieu davant^îge par l'esprit et le cœur. Les médecins, comme les directeurs, ^constatent cette corrélation, on peut dire mathématique, entre la concentration et l'acte de volonté. Les malades sont-ils parvenus •i bien concentrer toute leur attention sur un point donné, ils sont aptes à faire des aotes de volonté.
Le Père Lallemant défend de faire des propositions hypothétiques ou conditionnelles (4), de se demander, par exemple, quelle serait sa coaiduite s'il fallait supporter telles ou telles souffrances, parce que ces
iG'2) M<iximrs. conseils et tivfs sur l'oralfon. m) Ecrits spirituels, p 110
((M) r.n nocirtne sprirituetlc du VCrc Louis [oUemnut, Principe, c. IV, n. 3.
suppositions soni une cause d'inquiétude et de découragenicn'l. lilllcs n'offrent pas, en effet, de base suffisante à la volonté pour que celle-ci puisse s'y appuyetr avec force.
Saint Vincent de Paul blâme ceux qui ne retirenl aucun fruit de leurs belles pensées, de leurs beaui g-eiUiments, faute de s'en faire l'applic^ion à eux^ mêmes (65). Quand Dieu communique quelques lui mières ou quelques pieuses inspirations, observe-t-il, il faiUt s'en servir pour prendre une forte résolutioi de se corriger de tel défaut ou de pratiquer telli Yetrtu.
Po'ur assurer aux exercices de volonté leur maxinmon de rendement, le professeur Vittoz demande^ à ses malades de les faire en y mettant toute leur âme afin de n'y laisser aucune place libre où puisse se cacher quelque arrière-pensée ou volition sooisjacemîe et presque inconsciente. Fénelon a bien cette préoccupation quand il écrit à propos de la .mollesse de caractère ou faiblesse dans le vouloir (66) : a Craignez ce défant qui serait la source de tant d'autres. Priez et veillez, mais veillez eontre vous-même. Pincez-voois comme on pince un léthargique, faites-vous piquer pas vos amis pour vous réveilleir. » Comme c'est bien pensé, comme c'est vrai : les abouliques sont des endormis qu'il faut sortir de leur sommeil, tirer de leur léthargie. Et ces amis qui les pincent
(6.Î) Maximes, conseils et avis sur Voraison.
(66) Rénexions et dangers de la mollesse et de l'amusement.
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ET PSYCnOTIIKRAPIi: DÉS TUÔL'BLES NERVEUX ^t\b
et, qui les piquent sont les médecins toujours on quête de moyens propres h réveiller leurs malades en leur redonnant, avec la conscience d'eux-mêmes et des autres, ia puissance des puissances, celle de vouloir et d'agir.
Les praticiens des troubles nerveux ont raison de mettre en garde leurs sujets contre les arrière-pensées qu'il serai l plus exaot de dénommer arrièrcvolilions. Elles sont d'autant plus dangereuses qu'elles se dissimulent dans les parties du moi les moins éclairées, en cette région à demi ténébrea'^e où le conscient et l'inconscient se rejoignent. S'il est diflicile, [K>ur ne pas dire inqx)ssible, au moment même de la volition, de découvrir ces ombrc6 tapies dans quelque ropli do l'âme, il est facile de les atteindre indirectement en se rendant maître du terrain de la vie imaginati\e où ces fantômes se forment et prennent corps. Quelle conijislance ont-ils, sinon celle que leur doanent notre imagination éi surtout nos pa>sions. C'est î^ ces dernières principalement qu'il faut attribuer la production incessante de ers arrèie-volilions, ennemis nées de résolutions sages et bonnes.
Si la volonté n'adhère pas exclusivement au bien p!o|>o.^é l)ar la rai.^on, si elle est presque toujours portée a s'en détourner, aloi^ finéime qu'elle ne s'en détourne piis conq)lèlemen.l, ce qui se passe dans le cas des arrière-i»ensées, il ne faut pas en chercher ailleurs la cause (pie dans la force aveugle des passions (67). .\ussi saint François de Sales de nous
(67) 2a 2;io cj. 1, 111 ;i ri
préiniiiiiir contre elles en ces termes (68) : (( L'inégalité des accidents ne doit jamais porter nos âmes et nos esprits dans 1 inégalité d'iiiimeur, car rinégali'Lé d'humeur ne proivient d'autre source que de nos passions, inclinations ou affections immortifiées, et elles ne doivent point avoir de pouvoir sur nous tandis qu'elles nous inciteront à faire, délaisser ou désirer aucune chose, pour petite qu'elle puisse être, qui soit contraire à ce que la raison nous dicte qu'il faut faire ou délaisser pour plaire à Dieu. » Voilà bien décrite cette lutte entre les de'ux grandes forces dont la vie humaine est l'enjeu.
Avec son pinceau réaliste, saint Bernard dépeint, sous les traits d'une mégère, la volonté entièrement dominée par la passion (69) : « La volonté s'élance comme une vieille femme en furie : oubliant toutes ses infirmités, elle court, les cheveux en désordre, les vêtements déchirés et le sein nu ; de ses ongles, elle met ses blessures en sang, ses dents grincent, elle frémit de rage, et l'air imême est empesté de son haleine empoisonnée. Comnnent la raison du pécheur, s'il lui en reste ^encore une ombre, ne seraitelle pas confondue en voy<ant la Tnalheureuse volonté accourir à sa rencontre et fondre sur elle. »
Cette précipitation, ce désordre, cet oubli de toute retenue, cet énervement, cette violence, ce sang, ces cris, cette rage, n'est-ce pas la symptomatologie de la passion portée à son paroxysme. Cette confusion de l'âme consciente et libre à la \ue des ruines cau-
(68) Les vrais entretien stpirituels, c. III, De la femeté.
(69) Sermon aux clercs sur la conversion, c. VI, 10.
sées par cette force effroyable, combien la connaissent pour l'avoir éprouvée au soir d'un jour de tempête, où lame voit ses plus fermes résolutions tournoyer un instant au-dessus du gouffre de ses passions et y disparaître.
N'est-ce pas à cause de ces mouvements violents qui révèlent l'activité fébrile de la fpassion, que Bossuet écrit à la Soeur Cornuau (70) : « Il y a des violences qu'il ne faut pas se faire, en certains états d'àme, parce qu'elles tiennent, de l'impatience et de 1 aigreur, et qu'il n'est pas besoin d'être violent quand Dieu veut prendre le cœur par suavité. » Aux yeux de l'évêque do Meaux, tout excès même dans le zèle est à éviter comme générateur, ujî jour ou l'autre, de désordre. Sous l'empire de celte idée, il écrit' encore à sa sainte correspondante (71) : « Ce ne seront pas les efforts violents que vous ferez qui vous rassureront auprès do Dieu, mais le doux écoulement de votre amc dans sa bonté. »
S'il est bon de défendre la volonté contre la pas- ^ion, il n'est pas moins bon d'utiliser en sa faveur le sentiment, c'est-à-dire l'ainour puisque tous les sentiments s'y ramèneu"!. Convaincu des services (ju'il peut rendre à notre vouloir, saint Ignace de ],oyola s'applique 5 donner, jKir ses Exercices spirituels, non s(Hilement de fortes convictions, mais des sentiments éiK r^icpies. L'un de ses priiuijxuix disriphs, le Père Uodrif^nie/, juge très important de «•MiservtT le plus longtemps possible les mouvements affectueux dont la volonté s'anime aif coairs de l'orai-
I ;0) Littrr d lu Strnr CDinutiu, Meaux. é .imii iGOb. 71) It)., 13 avril tCM.
soon (72). C'est dans ce repos de rarnoiu' que râiuo puise sa vigueur parce que, loin d'être un état de sommeil et de langueur, ce repos s'accompagne d'une activité d'autant plus grande qu'elle est* .plus paisible. Ce n'est pas pour rien que saint Grégoire le Grand appelle l'amour le levier de l'âme (73) et que l'auteur de l'Imitation écrit : « Celui-là fait beaucoup qui aime beaucoup. Il ne sent pas sa charge et les travaux ne le fatiguent point, rimpossible ne lui sert jamais d'excuse puisqu'il oroit que tout lui est permis' et possible. »
Directeurs spirituels et médecins seraient dans l'erreur s'ils croyaient suffisant d'agir sur l'esprit de leurs sujets pour leur apprendre à vomloir. Tout en suivant cette voie évidennment la plus courte, ils doivent emprunter aussi le chemin du cœur qui, po-ur indirect, n'en aboutit pas moins sûremenit à la volonté. N'est-ce point par ce chemin que d'ordinaire les orateurs nous tirent de notre inertie morale.
Les lignes suivantes de saint Bernard sont un résumé de tout traitement rationnel de la volonté, qu'il relève de la psychothérapie ou de la direction de conscience, qu'il soit l'expression d'une méthode ou d'une autre (7/1) : (( Si la volonté vent plus qu'elle
(72) Pratique de la perfection chrétienne, c. XIî, De l'oraison.
(73) Moralia, VI, 37.
(7^i) Lettre aux Frères du Mont-Dieu. c. XV, 57.
ïc peut, il faut la régir, si elle ne veut pas ce cju elle )eut, ii faut la stimuler et l'exciter. Souvent, si elle [ retenue, elle s élance avec iinixituosité et roule ive» précipitalicn. Souvent si elle n'etit pas excitée, lUe s'endort, elle s'attarde, elle oublie le but vers equel elle se dirigeait et dévie facilement en renconrant à côté quelque plaisir qui se présente et la ollicite. »
A titre de renseignement comj)léjnent-aire, signaons le procédé auquel rpcourt le professeur Vittoz [uand ses malades éprouvent une extrême difficulté ; faire des actes de volonté suffisiimment conscients t fermes. Pour les stimuler à vouloir chaque fois yec moins do faiblesse que la fois précédente, il leur rit de tenir par é<:rit une sorte de comptabilité ,u jour le jour de leurs échecs et de leurs petits ■ »''S. Cest un moyen pratique de les intéresser à : exercices particulièrement pénibles pour eux, e' [u'il leur faut cependant ix)ursuivre avec courage iiscfu'à leur complète guérison.
I -ngtemps avant d'être employé dans la psychoipie, ce procédé était en usage daiis la direcloii d<^ conscience où il a doimé et donne encore les neiilcurs résultats. C'est pour s'être astreints à noter [liimtieusement leurs défaillances niorales que beauoup de prêtres et de fidMos ont accjuis j)eu à peu 'énergie, sans la(|uelle ils se seraienit perdus et lui leur faisait presque totalement défaut dans les ébuts de leur vie spirituelle .L'expérience le prouve : ' 'Mil fait d'écrire ses résolutions, s'il e^t souvent
, lé, en auirmente L\ foire. La pluine est un moreilleux in*»tniment ix>ur graver A la longue dans
35o DIRECTION DE CONSCIENCE
Tosprit eit dans la volonté ce que l'on pense »et ce que l'on veut.
La volonté, pour se déveilopper, doit sunnonter plusieurs obstacles qui ne sont autres que ceux signalés comme symptômes des psychon-évroses et des maladies de l'âme.
La tristesse passive est la princiipale cause d'affaiblissemeTit de notre faculté maîtresse. A l'état de découragement, elle ne fait que l'énerver et la rendre hésitante, mais à l'état d'anxiété proprement dite et de mélancolie noire, ellei produit l'aboulie. Le sentiment d'infériorité personnelle, qui paralyse plus ou moins notre activité, tant intérieure qu'extérieure, est une cause de tristesse, de gravité variable suivant les cas.
Les autres sources d'inaction morale sont l'inquiétude, l'agitation d'esprit qui peut aller jusqu'au vagabondage cérébral, sans compter l'impressionna- j bilité trop vive ei les brusques cliangeiments d'hu- 1 imeuir dont il a été précède miment question à pro- j pos de l'inconstance.
L'étude rapide de ces obstacles fora connaître les remèdes proposés par des grands directeurs pourj neutraliser .l'action néfaste de ces toxines de notre libre-arbitre.
D'après saint Bernard, l'Ecriture rappelle en deux mots, dans un très court verset, le doublo poids qui pèse sur la volonté de l'homme : « Le corps qui se corrompt — observe l'auteur du Livre de la Sagesse — appesantit l'âme, et cette demeure terrestie abat l'esprit par la mnltiplicité des soins qui l'agitent sans cesse. » Cette corruption de la chair en-
rendre la tristesse, et cette multiplicité des soins, 'inquiétude, l'agitation et tous les autres ennemis le notre vouloir.
Avec son style si orig-inal, sainte Catherine de Sienne décrit l'épuisement moral qui résulte de la .ristesse (75) : « Tu sais bien ce que je t'ai toujours lit du découragement — écrit-elle à Neri di Landoc- :io dei Pagliaresi — c'est une lèpre qui ravage l'âme ;t le corps, paralyse les saints désii's et rend l'âme nsupporlable à elle-même. En agitant sans cesse la :onscience, il la prive de la lumière surnaturelle et )bscurcit la lumière naturelle. L'âme toml>e ainsi în des infirmités nombreuses. » Le correspondant le la Sainte, son dirigé peut-on dire, était oin jeune tiomme épris de Dante, un intellectuel tantôt ravi jusqu'au ciel, tantôt triste d'une langueur mortelle, x>nLme le poète dont la Divine Comédie faisait seî* iélices.
Si Catherine diagnostique si bien la gravité du mal, son étendue, le Docteur angélique en montre la cause(76). Après avoir observé que la tristesse, en privant l'âme de toute énergie, l'empè^iie de s'ap- [)Ii(pier avec une activité sufli.sinte â la recherche lu vrai et â la praticpio de la vertu, il écrit : « Cela j'explique facilement {xir la conçue ni rat ion de l'âme siii- un j>oinit douloureux : toute préoccupée piir le souvenir de cet ohj<^t jx'nihlt', l'âme circonscrit en quelque sorte toute son activité sur ce {K>ini et ahandonne tout le reste. » L'Ange de l'Pxole tient le même raisomiement au sujet de cette crainte exagé-
(7:.; Ji)€rp:Piisoii. .'^nhitr Calthrrine de Sienne. 199. (76) 1. 2. q. 37. a. 1. C.
rée qui s'unit à la tristesse dans l'angoisse des abou« liques, alors, remarquc-t-il, que la crainte modérée de mal faire porterait plutôt à bien agir (77).
Comment remédier à un si grand mal? Philosophes et médecins y ont songé de touit temps, non sans quelque succès. Ils ont préconisé, comme dëriva-tif à la douleur, le sommeil, les bains, les exercices de gymnastique, enfin la distraction sous toutes ses formes. Saint Thomas leur donne raison ■par cette iphrase de style lapidaire (78) : « Du moment que la tristesse va contre la vie, tooit ce qui favorise la vie combat la tristesse. »
Malgré leur utilité, ces moyens n'agissent plus guère que sur les peines superficielles, quant aux peines profondes, à la tristesse propreiment. dite, ils peuvent bien les rendre niomen'iancm.ent moins sensibles par le divertissement qu'ils procurent à l'esprit, mais sans rien leur ôter ni de leur intensité ni de leur profondeur. 11 ne reste plus alors qu'un remède à ])roi>oser, et, après tant d'autres, le professeur Dubois le propose en ces tertmes(79) : (( Je ne crains pas d'engager mes malades à négliger le phénomène douleur. L'idée n'est pas neuve. Les Stoïciens avaient poussé au dernier degré cette résistance à la douleur. « Cardez-vo-us d'aggraver vous-même vos imaux — écrivait Sénèque (80) — el d'empirer votre ét<it -par vos plaintes. La douleur est légère quand l'opinion ne l'exagère point Si l'or s'encourage en se disant : ce n'est rien, ou du moins.
(19) Dubois, Les Psychonévroses, 467.
(80) Lettre 7S°, à Lucilius.
;'esL pe-u de chose, saclions l'endurer, cela va finir, 01 rend la douleur légère à force de la croire telle. )n n'est malheureux qu'autant qu'on croit l'être. »
L'illustre neurologue nieiitionne à ce propos les irocédés autosuggestifs, que recommande le Doccur Paul-Emile Lcvy (8i), pour agir sur soi-môme l sur sa mcnlalilé de manière à supprimer des maaisrs et à leur substituer l'euphorie voulue. »
f ilte autosuggestion est en soi un excellent recède, malheureusement elle n'est qu'à la disposiion d'un très 'potit nombre de malades et précisé- Dent de ceux qui en ont le moins grand besoin, 'il est facile à certaines personnes en proie à des nnuis ou à des chagrins sans importance de se sugestionner au point de se convaincre qu'à proprclent parler elles ne souffrent pas, est-il possible
des hommes torturés par la tristesse de se pei'suaer si bien du n''ant do K^ur souffrance qu'ils arivent à la compter, sinon pour rien, du moins pour eu de chose? Emettre une telle supposition, c'est lier tout ensemble et contre le bon sens et contre
5 donne^es de la psychologie. Le propre, en effet, e la tristesse est de s'attaquer à la volonté, comme 'ailleurs à toutes nos facultés vitales, et d'en dimiuer les forces. Cette observation est si vraie, que lédecins et philosoj)hes la considèrent comme une rddisposition à l'aboulie. Et c'est précisément à K faibles, à ces débilités d'ordre moral que l'on emanderail un acte qui nécessité' une force Inouïe e volonté !
(81) p. K. liévy. L'cdiientlon ratlonnrUc de la vo!ûnU, Parts,
06 (thÔ9e).
L'autosuggestion proposée comme remède n'est donc ix)ssible que pour les seuls hommes de caractère, et encore pour ceux qu'une grande tristesse n'a pas moralement affaiblis. Quant à la masse des attristés, des mélancoliques et des langoureux, leur état de faiblesse morale les rend incapables de recourir à ce genre d'autosuggestion qui serait des plus utiles s'il n'était une chimère.
Ce/ que ni la psychothérapie, ni la philosophie ne peuvent faire, la religion chrétienne le fait. Les remèdes qu'elle détient ne sont utilisables que par les croyants, mais pour beaucoup d'entre eux, ils sont plus ou moins efficaces. Laissons François de Sales les indiquer succinctement dans les lignes suivantes « Si jamais il vous arrivait d'être atteinte de cette mauvaise tristesse — le Saint s'adresse à Philotliée (82) pratiquez les remèdes suivants : quelqu'un est-il triste — dit saint Jacques — qu'il prie. La prière est un souverain remède car elle élève l'esprit en Dieu, notre unique joie et consolation, mais en priant usez d'affections et paroles soit intérieures, soit extérieures, qui tendent à la confiance et amour de Dieu. Contrariez vivement aux inclinations de la tristesse, et bienqu'il semble que tout' ce que vous ferez en ce temps-là se fasse f roidemem'l , tristement et lâchement, ne laissez pourtant pas do le faire. Il est bon de s'employer aux œuvres extérieures et de les diversifier le plus qu'on le peut pour divertir l'âme de l'objet triste, purifier et échauffer les esprits, la tristesse étamt une passion do complexion froide et sèche. »
(82) Introduction à la vie dévote, IV, c. 12.
Lo mérite de saint François de Sales est de ne proposer là rien qui ne soit facilement réalisable par les croyants en général, ol rien qui n'exige d'e-ux une force que la tristesse leur a l'ait perdre. Tout en se plaçant au point de vue religieux, François tient compte de notre psychologie qui nous fait trouver un certain cliarnie dans la diversité de nos actes et dans l'alternance de l'activité intérieure et do l'action extérieure. 11 indique ensuite d'autres remèdes d'emploi plus difficile bien que salutaire, comme l'est la morlincation corporelle. Très pratique, par exemple, lo conseil qu'il donne de découvrir à son confesseur tous les sentiments, penchants et suggestions qu'engeindre la tristesse.
La recommandation suivante de Boî>suet à Mme d'Albert de Luynes torturée par ses scrupules, uc manque pas, elle aussi, de vertu curative (83). (( Ne regardez pas tellement ces noirceurs comme une suite de votre' complexion mélancolique que vous oubliez cependant qu'il y a une main suprèime et invisible qui conduit tout et se sert du tempérament qu'il a donné à chacun pour nous mener où il veut.» Avec cette foi ( n ufio main ^upré-me qui nous dirige vers notre destinée, la tristesse prend un sens, devient util(\ loin (le nous détourner de notre fin, elle nous y a<lHMniu(' tout autant que la joie : aussi tout en demeurant [Jénihle, vWv est plus supportable. Kf quand l'amour de Dieu s'en mêle, connue chez les saints, la tristesîH'. au lieu de repou.^i^er, attire, et, de passive ei in<>rl(' (ju'elle était. si> Iransfomne en souffrance
(83) r.vttre d Mme d'Mhrrt ,tr I.uyrirs^ Meiuix, 19 mars 1609.
active et féconde : (( Quelle est la langiiiei qui poui rait traduire la paix dont jouit l'âme croyante? écrit àiiinte Catherine de Sienne (84) — Non paj qu'elle soit à l'abri des flots et des tempêtes de IgT mer, mais sa volonté reste en paix paroe qu'elle est unie à la douce volonté de Dieu. La tempête équivaut doue pour elle au repos, car elle ne s'inquiète nullement de son sort. Elle sert son Créateur, qu'il veuille la guerre, ou qu'il veuille la j>aix. L'une et l'autre lui sont égaleiment chères parce qu'elle voit à la lumière de la foi que toutes deux procède:nt du même amour. »
Nous voici loin de l'autosuggestion du professeur Dubois ! Puisqu'il est impossible de rendre inconsciente la tristesse, il ne reste qu'un moyen de l'adoucir et de la faire aimer, c'est de l'umir si étroitement dans l'esprit à l'amour qu'il devionine impossible de penser à l'un sans penser à l'autre. C'est ce qu'a compris le christianisme et ce qu'il ne cesse de faire dans les âmes aimantes.
Un autre enneimi de notre faculté maîtresse est ie sentiment d'infériorité personnelle qui nous porte, comme la tristesse dont il est le frère, à l'inaction complète par crainte de mal faire. C'est ce' sentiment, dont François de Sales déplore en ces termes l'existence chez des pei'sonnes dévotes (85) : « Quelle pitié de voir des âmes qui, se voyant sujettes à plu-
(84) Sainte Catherine de Sienne, 456.
(85) Introduction à la vie dévote, m, c. 5.
►iers iiiiperfections après s'être exercées quelquefois ui la dévotion, commencent à s'inquiéter, se trou- )ler et décourager ; laissant presque emporter leur ;œur à la tentation de lout quitter et retourner en irrière. »
L'unique remède, d'après ce grand directeur, est le rcH:onnaître volontairement son abjection, mieux [ue cela, de l'aimer et de s'y complaire, non point )ar défaut de courage et de générosité ,mais pour exalter Dieu au-dedans de soi-même et en prendre ccasion d'estimer davant-age son prochain (86). Voilà >ourquoi il faut se garder de tomber dans cette hunilité fausse et nioise qui empéclie certains de reconnaître ce que Dieu a mis en eux de bon. François ions en avertit (87) : « La parole connais-toi toinême, se doit entendre non seulement de la conlaissance de notre vileté et misère, mais encore de ;elle de l'excellence et dignité de nos âmes. » N'est- :e pas ce qui fait dire à Bossuet que le chagrin et 'anxiété sont autant ennemis de l'humilité que de a paix <'t du courage (SS).
Tous It-s obstacles à la volonté d'origine affective, ' compiis la tristesse et le sentiment d'infériorité «rsonno.lle, ont un |K're conmuin, l'amour-proprc, [ue Fénelon dépeint : déliait, jaloux, soupçonneux, mpressé 5 deviner et ing(^nieux \K>iir se tourmenter oi-môme (vS9). D'après s;iinte Catherine de ienne (Oo), il est la r^iuse de toutes nos souffnmcrs
ib., m. c. G.
Les vrais etUretienif spirituels, c. V. Do la K<Snéroïfllé. fth Lettre d la Strur Cornuan, Paris. 2S avrU lCi>fx '8'.»i Lettre a Mme de yfoTitheron. \l oct. 1702. (90) Joergcnsen, Sainte Catherine de Sienne, y ôii. idu
L'original Père Yvan le représente comme le feu allumé dans un^ maison ou dans un grenier à foin, comme un trou au fond d'un navire ou comme une plai-e au fond du cœur (9i).
La Vierge de Sienne regarde l'amour-propre comme le principe de notre faiblesse morale. A récouter, ce sentiment engendre une crainte servile qui empêche de faire son devoir (92) : (( L'âme qui redoute l'opinion des hommes — écrit-€lle à Pierre d'Estaing (93) — n'atteindra jamais la perfection ; tout l'ébranlé et elle ne saura jamais mener à bien aucune entreprise. Oh 1 que cette crainte est dangereuse ! Elle avougle l'homme si bien qu'il lui devient im^possible de reconnaître la vérité, car cette crainte procède de l'amour-propre...
« Celui qui s'aime lui-mê.jne — écrit encore la Sainte (94) — qu'il soit prélat ou subordonné, nourrit i en lui ce funeste orgueil, source et principe de touti mal. Toute vertu est morte en lui ; il ressemble à une femme qui met au monde des enfants morts » . L'unique moyen d'avoir raison de l'amour-propre, au moins dans une certaine mesure, est de progresser dans l'amour de Dieu : tout ce que gagne cet amour, l'autre le perd.
Les dernieirs obstacles à l'énergie du vouloir ont leur source dans l'imagination qui dissipe à tort et à travers les forces de l'esprit au préjudice de la <:onscieiice et de la volonté. Le moyen de combotitxe
(9J) Lettres spirituelles, ii. 46, cité par H. Brémond, La Provence mystique, 179.
iPLj Joergensen, Sainte Catherine de Sienne, 227 (93^ /f>.. 246.
(94) Ib., 315.
ellicacenieiil l'agilaliun, l'inquiétude, et l'empressément est de s'api)liquer à tenir compte des lois qui devraient (toujours ré^ir notre activité consciente et libre. Saint Thomas les rapf>ello dans ce passage de la Somme Théologique propre à faire réfléchir les gens d'imag"ination ardente (95). « La précipitation de l'esprit a des inconvénients analogues à ceux qui rt'sultent de la précipitation dos mouvements du corps. A descendre précipitamment les marches d'un escalier, en siutant par dessus plusieurs, on court le rifique de se jeter en bas. Dans notre àme, la raison est en haut, l'action est en bas, et les marches ou degrés intermédiaires sont : le souvenir des choses passées, la connaissance des choses présentes, le raisonnement qui compare, enfm la docilité qui se soumet A l'avis des plus sages. C'est "par toutes ces marches, l'une après l'autre, qu'il faut descendre ré^Jrulièremejit do la raison à l'action, si lions voulons agir selon la prudence. » Et l'action prudente n'est autre chose que l'action réfliichie, milrie et par conséquent pleinen^ent consciente et libre autant que peut l'é-tre l'activité hu- 7naino.
Pour* éviter les méfaits do l'imagination, il faut, suivant les explication» m claires du Docteur «ngélique, se soumettre aux lois qui régissent le fonclionnoment nonn.il de nos facultés iîvjelle<tuellrs et morales. Plus grande sera cette «soumission et mieux nos actes s'harmoniseront avec no4rp mHie»i naturel do vie. C'est ce que I^cordnire, to«it ardonl ri
36o DIRECTION DE CONSCIENCE
impétueux de lempérament qu'il était, s'appliquait à faire d'après la lettre suivante, éorite à un auteur de ses amis (96) : « J'ai horreur de .presser et d'aller contre la distribution des cbo-ses par la nature. Chaque jour amène son travail et son repos dans une succession heureuse ; l'un remet de l'autre, et l'âme, toujours active, se mûrit dans une jeumesse qui ne finit pas. »
Le remède à tous les maux de la volonté, qu'ils proviennent d'une source ou d'une autre, est l'amour de Dieu fait de confiance absolue, d'humilité profonde et de mortification. Quiconque emploie avec persévérance cette divine panacée ne tarde guère à retrouver sa force morale et à redeveoir un homme en redevenant un chrétien.
Bossuet fait ressortir, dans les ligmes suivantes, l'influence de cet amour désintéressé sur la volonté ! humaine (97) : « Respectant l'ordre providentiel, i l'âme agit au dehors sans goût de son action, ni i de son emploi, ni d'elle-même ; prête à agir, prête à ! n'agir pas, agissant néanmoins avec vigueur parce que c'est l'ordre de Dieu. qu'on ne fasse rien mollement, et elle aime l'ordre de Dieu qui l'aime de telle sorte qu'elle entreprend et exécute tout ce qu'il faut, non comme autrefois pour contenter le monde, ou pour se contenter elle-même, mais pour remplir un devoir imposé d 'en-haut... Que l'action esit tranquille, que l'action est réglée quand elle sort de l'amour de Dieu, parce qu'animée par le seul devoir, ni elle ne se ralentit par des jalousies ou des
(96) Lettre à un auteur, Sorèze, 11 mai 1855.
(97) Lettre au maréchal de Bellefonds, n' 21.
ET PSYCnOTHÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX 36l
mécontentements, ni elle ne se continue et s'épuise par des empressements précipités. La vérité y est en (tout ; on ne donne rien au théâtre, ni à l'apparence. .Si le monde s'y trompe, tant pis pour le monde ; tout va bien si Dieu est content, et il est aisé à contenter puisqu'il commence à être content d'abord quand on a du regret de ne l'avoir pas contenté. »
L'amour He l>ieu, quand il règne dans une âme, donne à la volonté ces qualités de douceur paisible ou maîtrise de soi, d'énergie et d'activité continue que s'efforcent de lui redonner les médecins dans leur traitement des troubles nerveux par la rééducation du contrôle cérébral. Là encore, dans ce texte, se trouvent implicitement mentionnés les principaux symptômes communs aux maladies de l'âme et aux psychonévToses.
Les causes d'affaiblissement de la volonté, celles d'origine affective, comme la tristesse, et celles de caractère imagina.tif, comme l'inquiétude et l'agitation, sont tout de suite suggérées par la phrase suivante, si simple en apparence, mais si riche d'observation psychologique : a Que l'action est tranquille, que l'action est réglée quand elle sort do l'amour de Dieu, j>arre qu'animée \x\r le seul devoir, ni elle ne se ralentit par des jalousies ou des mécontentements, ni elle ne se continue et s'épuise par <les empressements précipités. »
D'un inol profond, Rossuet noh* la raraclérislique de la volonté solide et vraie parce que consciente et libre, alors qu'elle n'estt qu'apparente chez le névrosé qui croit vouloir et en donne l'illusion aux ;ii)lr<>< landis (ju'en ré.ilili' il ne veut ]vis ou plut/\t
si peu coiiscieinnient que cela ne mérite guèro d'être, appelé vouloir. Ce mot appliqué à l'acte vraiment] volontaire, le voici : « La vérité y esit en tout ; oi ne donne rien au théâtre, ni à l'appareaioe. » D'un] côté, la vérité y c'est-à-dire la personne conscienli de sa l'esponsabililé, l'agent autonome ; de l'autre, iei théâtre, c'est-à-dire l'acteur qu'es/t le névrosé quij à proprement parler, n'agit pas de lui-même, mai: joue plus ou imoiiis bien le rôle que lui compose son inconscient.
L'amour de Dieu guérisseur de la volonté malade est marqué au coin de l'humilité la plus profonde. Comment le néant rebelle, que nous sommes, pourrait-il aimer l'Etre, si ce n'est en s 'humiliant .^^
Que l'humilité soit génératrice de force morale, François de Sales en est certain et il nous communique sa certitude par les lignes snivantes (98) : {' L'humilité nous fait défier de noius-mêmes et la générosité nous fait confier etn Dieu. Ces deux vertus sont tellement jointes et unies l'une à l'autre, qu'elles ne sont jamais séparées et ne le peuvent être. L'humilité qui ne produit point la générosité est indubitablement fausse, car, après qu'elle a dit : je ne puis rien, je ne suis rien qu'un pmr néant, elle cède tout incontinent la place à la générosité de l'esprit, laquelle dit : il n'y a rien, et il n'y peut rien avoir, que je ne puisse d'autant que je mets toute ma confiance en Dieu qui peut tooift ; et dessus cette confiance, elle entreprend courageuseiment de faire tout ce qu'on lui commande. »
(98) les vrais entretiens spirituels, c, V, De la générosité.
Ijcs spécialistes des troubles nerveux verront, dans ce passage des vrais entretiens spiritaeb, une allusion intéressante à ce sentiment d'infériorité personnelle qui joue un si grand rùlc dans l'aboulie de leurs malades.
Plusieurs siècles avant saint François de Sales, Ruysbrœck l' Admirable montre comment l'humililé, la vraie, la profonde, prédispoéf* l'homme à tous les genres d'activité que nécessite la complexité de sa vie, et comment elle assure une juste répartition de force consciente et libre entre les diverses sphères de l'activité humaine ; « Les huflîibles — écritil (99) - — considèrent tout ce qu'ils font ou peuvent faire de bien, à l'extérieur uu à l'intérieur, comme n'ayant aucun prix, ni importance ou valeur quelconque, aux yeux de Notre-Seigneur. Ils se partagent emlre ces deux acte*, regardant tantôt vers l'intérieur, tantôt vers l'extérieur, et demeurant toujours libres de faire l'un ou l'autre à leur gré. »
C'est précisément poair rétablir cette indispensable répartition de notre activité volontaire entre le dedans et le dehors que les tenants de la méthode \ittô/ recourent à ce qu'ils api>ellent les actes conscients pour remettre peu à peu leurs malades en conjniuniaition nwc le monde extérieur, dans lc<juel l'homme ne i)eut vivre impunément siins en avoir une conscience assez nette.
^ous prétexte d'humble confiance eJi Dieu, le chrétien ne doit pcis tomb<T dans le fat^disme, et, inerte,* attendre tout de la Providence. Saint François
•) Ruysbrœck l'Ailmlrable. Le miroir du salut éternel, c
di> Sales exige sa collaboration en des termes où 1 poète aide le moraliste à rendre son enseignement plus frappant par l'image domt il l'illustre (loo) : (( En toutes vos affaires, appuyez-yous totalement sur la providence de Dieu. Travaillez néanmoins de votre côté. Faites comme les petits enfants, qui, d'une des mains, se tiennent à leur père, et, de l'autre, cueillent dos fraises et des mûres, le long des haies. »
Médecins et directeurs doivent prendre garde, au cours du traitement des psychonévroses et des maladies de l'àme, que, à l 'encontre du conseil de saint François, malades et dirigés ne profitent, plus exactemenit n'abusent, de ileur assistance pour se dispenser de tout effort personnel. Ils devront leur dire qu'à l'exemple des petits amateurs de fraises, ils se tiennent fortement à eux d'une main, alors qu'ils essayeront, avec l'autre, d'agir courageusement et patiemment par eux-mêmes.
Le dernier élément de l'amour de Dieu guérisseur de la volonté est k mortific-ation, . dont saint Vincent de Paul constate en ces termes l'action salutaire sur notre faculté maîtresse (loi) : « Le propre de la mortification est de donner le repos à l'âme. Mortifiez vos sens, et bientôt vous verrez en vous du changement et une grande facilité au bien. » En effet, mortifier ses yeux, ses oreilles, son goût, son toucher et sa langue, c'est fermer les chemins par
(100) Introduction à la vie dévote, m, c. 10.
(101) Maocimen, conseils et avis s?/r la mortification.
lesquels se glissent en nous l'inquiétude, l'enipresseinent et l'agitaiion. C'est combattre aussi indrectement les ennemis de la volonté d'origine afiective, et par là reconquérir à la longue la maîtrise de soimême. Il en est de nous coiiiime de ces arbres qu on ne maintient vigoureux qu'à condition de couper fréquemment leurs branches. Aussi François de Sales a-t-il raison d'écrire : a Qui ne gourmande jamais ses répugnances, devient plus douillet. » Voilà pourquoi l'Evangile nous recommande de veiller sur Dous afin que nos cœurs — pris ici dans le sens de volonté — ne s'appesantissent dans les excès, dans l'ivresse et les soins de cette vie. » C'est pour ne pas écouter cet avertissement que beaucoup de mondains tombent dans quelqu'une de ces psychoïiévroses caractérisée par cet appesantissement de ia volonté devenue si lourde qu'il est difQcile de la ïoulever et de la remettre debout pour lui permettre l'agir comme elle agissait au printemps do sa force. Qu'il est beau, et aussi vrai que beau, cet éloge des doux princip.iux remèdes de notre volonté si souvent malade : <( Cx^lui qui possède Ui mortificalion et riiumilité — déclare sainte Thérèse (102) — peut se mettre en ca'mi)agne et combattre contre I l'enfer «.onjuié, contre le monde ejitier et toutes
V.. séductions. Q>u'il n'est {H'ur de jK'rsonnc, car le royaume des cieux lui appartient. »
o royaume des cieux, |H>ur les spécialistes des psychonévros<'s, c'est la santé en la vie présente, pour les directeurs de conscience, c'est la santé de l'âmo en cette vie et en la vie éternelle.
(IW) Chemin de la perfection, c X.