‹ Direction de conscience, psychothérapie des troubles nerveuxChapitre 18 sur 24 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le scrupule, sa nature, son traitement.

Pour mieux définir le scrupule, dont il sera question dans ce chapitre, et ne pas se méprendre sur son traitement, il importe de le distinguer des divers états de conscience avec lesquels il est trop souvent confondu.

La plupart des personnes du monde tiennent pour scrupuleuse la prudence des Chrétiens d'élite à éviter les moindres fautes et à fuir toute occasion prochaine de chute, alors qu'il faut y voir une grande délicatesse de conscience et rien autre. Loin d'être un indice d'infériorité niorale €t psychique, cette manière de penser et d'agir dénote une moralité très haute et un psychisme supérieur, puisqu'elle suppose, d'une part, le désir effectif de la perfection chrétienne et, de l'autre, une maîtrise de soi peu commune.

Combien de gens, par contre, sont enclias à tenir ilhéoriquement et pratiquement pour scrupules les reproches motivés de leur coms-

l.T PSYCUOTHÉRAPIE DKS TROUBLES NERVEUX 867

ciciice. Après être loiitbés dans des i>échés ^ravct>, ils ne lo«j ont confessés qu'à demi, oi n'en ont eu qu'un semblant de repentir, d'où, leur inquiétude. Evidemment, à l 'encontre des véritables scrupuleux, ces pécheurs imi>énitents doivent recourir, jx>ur recouvrer la paix intérieui'e, à une confession générale et détaillée de leur vlo coupable.

Enfin il est des Ctirétiens qui considèrent comme

scrupules leurs douter au sujet de la culpabilité de

ou tels actes, doutes dûs simplement à leur

ignorance des 4ois divines et humaines. Une fois

lires sur leurs devoirs, ces ignorants verront

> rxanouir leurs H}>préhensions de mal faire.

Si les di>tincliuus précédentes ont leur utilité,

Une plus importante est de no jauiais confondre

les scrupuleux proprement dits avec certains fous

dont la folio consiste à se croire maudits de Dieu,

iestiné-s au malheur et à la damnation éternelle.

iAï éiudiamt le scrupule au }X)ini de vue i)sychique, adors qu il avait clé considéré, avant eux, sous son seul asix'Ct moral, les philosophes contemporains Dnt découvert une différence radicale entre cet état Bl certaines affections mentales en apparence similaires. Ils l'ont si bien mise en lumière et l'ont illustrée de tant d'exemples qu'elle est devenue 1 un des lieux cdmmuiis de notre [>sychoK>gie.

Le scrupule diffèiv de la folio jwr sa nature et par ses conséquences. L'un «t l'autre sont des étal3 Je déraiscm plus ou moins graves, et c'est en cela (lu ils se ressoimblent et (ju'ils peuvent être pris à |»remiè<*o vue l'un |v»ur l'autre, mais le S4:rupulo pt»l une déraison ( (inscieiih', la folie, eille, une dé-

raison inconsciente. Le fou ignore son mal, tout au moins durant les crises ; le scrupuleux, lui, le connaît même aux heures où se fait sentir davantage la tyraïunie des idées obsédantes.

Différents par nature, ces deux états mentaux diifèrent évidemment par leurs suites, La déraison inconsciente, précisément à cause de l'inconscience dont elle s'accompagne, est un trouble beaucoup plus profond, beaucoup moins guérissable. Le spécialiste de l'aliénation mentale ne rencontre jaimais dans son malade l'aide et le collaborateur que trouve d'ordinaire, dans le sien, le spécialiste des psychonévroses, et c'est, en matière de thérapeutique, un avantage énorme.

Conscient de son obsession dont l'anomalie et l'absurdité ne sont nullement pour lui un mystère, le scrupuleux voudrait s'en guérir et, avec le peu de force volontaire qui lui reste, il essaye, sans succès i d'ailleurs, de lutter contre son mal. Ce n'est là qu'un \ désir, qu'une velléité, c'est pourtant beaucoup à défaut de volition proprement dite.

Comme il se rend compte de son triste état, comme il en comprend les conséquences désastreuse^ à tous points de vue, le scrupuleux s'attriste, se décourage, quand il ne désespère : ses tortures d ordre ,. moral sont parfois telles qu'il en tombe physique- 1 ment malade. Le fou, lui, inconscient de son mal- I heur, n'en ressent aucune souffrance.

Non seulement le scrupuleux souffre de son scru pule, mais il eoi éprouve un sentiment de honte. A ses yeux, c'est une véritable infériorité, une sorte de déchéance qu'il dissimule de son mieux. Cliose

ET PSYCHOTnÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX 369

riirjeuse, lui, si faible aux prises avec l'idée obsédante, déploie de l'énergie pour cacher sous un masque rieur l'inquiétude qui le dévore. Quel martyre, cil effet, que d'avoir nettement conscience de penser d'ume manière déraisonnable, alors que l'on se sent, dans le fond de soi-même, un homme de bon sens ! N'est-ce pas affreux d'être un Joa lucide ! A vrai dire ne serait-ce pas affreux de l'être si folie et lucidité n'étaient pas exclusives l'une de l'autre?

Différent de l'aliénation mentale, le scrupule ne l'est pas moins de l'hystérie. Dans ce dernier état, l'idée absurde, au lieu d'être une cause d'opposition et d'angoisse, comme dans le scrupule, est acrept.'e par \g moi sans lutte ni souffrance d'aucune sorte.

A rencontre des psychologues contemporains, les auteurs ascétiques de traités sur le scrupule (i) et ils sont nombreux, ont le tort de définir ce mal essentiellement psychique, non j^ar son élément constitutif, mais par ses effets Au lieu de le présenter comme une obsession d'ordre moral et religieux, ils \(^. présentent comme une inquiétude ou une crainte inspirée par une -conscience délic^ito î\ l'excès. Pour le Père Meynard, chez qui pourtant le théologien se double du philosophe, le scrupule est une crainte exagérée d'offenser Dieu ; pour lablv» Siuidreau, dont le nom fait autorité en malirre dv mystique, il est une |>eur excessiv<» et dérai.^onnable, faisant voir le mal où il n'est pas et produisant les plus dou-

(I) I-r savant J<Vvulf<* Aiitoiilu KyinUMi. dnns son ouvrajro do psycholoRlo prtiticnir. T.r Couvrnirnirnt ttr sol-mêtne. L'ohsefsion et Ir scmpiUe, a mis maplstralrtnent en himlère 1« caractère csseiitlol <lii .scnipulo.

loureuses angoisses (i). D'apTès le Père Raymond, le scrupule -est un tiroubl© de l'âme qui l'ail confondre ce qui est permis avec ce qui est défeaidu, ce qui est léger avec ce qui est grave (2).

Verbalement différentes, ces définitions sont au fond identiques. L'idée d'obsession, qui devait s'y trouver au premier plan, en est absente et remplacée pair la crainte d'offenser Dieu. Pourtant cette crainte est en soi un bien indispensable au salut, et, L-i grande soit-elle, elle ne saurait être excessive, à condition d'avoir pour contrepoids une humble confiance en l'infinie miséricorde. C'est ainsi contre balancée qu'elle se rencontre chez tous les saints sans exception.

L'on objectera qu'une crainte semblable n'est jamais illogique et absurde comme l'est le scrupule. Rien de plus vrai, mais Ton oubli© que la peur de mal faire, et cette fois tout-à-fait irraisonnable, se trouve et chez les scrupuleux et chez certains fous, alors qu'une distinction radicale existe entre ces deux catégories de malades.

L'horreur du péché chez les saints et leur crainte d'y tomber, alors môme qu'elles s'accompagnent d'une certaine angoisse, diffèrent du scrupule par leur origine et leurs caractères intrinsèques : Au lieu de provenir, com^me ce dernier, d'un fonctionnement défectueux du psychisme, celte crainte prend sa source dans l'amour de Dieu d'où elle jaillit avec nne force d'autant plus grande que cet amour est plus intense ; au lieu de dissocier la conscience,

(1) Les (Icfjréf; de la vie spirituelle, Paris, 1912, I, Wt.

(2) Le Guide des nerveux et, des scrupuleux, Paris. 1909, lOO-lMi

d'être étrangère au vrai moi, elle est contrôlée par l'esprit conscient de sa vie intérieure et placée sous 4e commandement d'un© volonté ferme. Par contre, chez le chrétien atteint de scrupule, le scrupuleux en tant que tel est, pour ainsi dire, une personnalité adventice et surajoutée h la personnalité foncière, mais il n'en est pas ainsi chez le saint. Sa peur de mal agir fait i)artie de son fond le plus intime et le plus personnel. Enfin la crainte de pécher dans les âmes vraiment saintes d'une sainteté héroïque n'entrave ni ne ralentit leur mouvement ascensionnel "Vers le sommet de la perfection chrétienne, alors qu'il en est tout différemment des effets de la crainte proprement scru[)uleuse.

Sans i>oursuivro davantage cette étude spéculative, il importe d'envisager le scrupule au point de vue

ilique. Deux questions se posent à son sujet : Fauti! le combattre? Si oui, quels moyens adopter, quel traitement suivre?

La lutte contre le scrupule est nécessaire parce (ju'on est en présence d'un mal trop répandu et surtout trop pernicieux pour ne pas en tenir compte. Fréquent chez les personnes de pié-lé au temps de FéiH'Jon, de saint François de Sales et du lK>n M. \ in- 1, comme leurs lettres de direction en fournissent Il preuve, ce mal tend à se répandre de plus en plus. Directeurs spirituels, moralistes, auteurs «scé-

tiques et mystiques sont d'accord à cet égard, s'ils ne le sont sur la meilleure manière de le comb<ittre elTicaoe>ment.

Cette diffusion est toute naturelle à une époque d'affaiblissement moral et de suractivité cérébrale. Si tant de jeunes filles et de jeunes femmes pieuses tombent dans le scrupule, c'est souvent faute d'avoir trouvé auprès de leurs parents, dans la famille, et du prêtre, au confessionnal, une direction suffisamment suivie et vigoureuse. Pour n'avoir pas été soumises à une forte discipline, la vie affective et la vie imaginative se sont développées de manière anormale au détriment de la volonté consciente et libre, d'oij défaut d'esprit de suite, de coordination des efforts et d'unité de vie propre à faire naître l'obsession religieuse et à l'y maintenir.

Cette fréquence du scrupule est d'autant plus regrettable qu'il s'agit d'un mal aux suites multiples et désastreuses. Il ne va rien moins qu'à nuire à l'âme tant au point de vue chrétien qu'au point de vue naturel ; l'atteignant tout ensemble dans les plus hautes manifestations de Dieu en elle et dans son activité propre. Ses effets destructeurs sont reconnus par les directeurs de conscience avec une impressionnante unanimité. D'ailleurs tout ce qui vient d'être écrit, au cours de cet ouvrage, sur l'action nocive de la tristesse s'applique au scrupule, l'une de ses formes les plus subtiles et les plus dangerenses.

Ce mal est contraire à l'esprit de douceur et de paix du christianisme puisqu'il maintient l'âme dans lui état d'agitation et de trouble et qu'il la soumet

ET PSYCUOTllÉKAPIE DES TROUBLES NEllVELX ^73

quelquefois à des secousses vialeiuteb. (Quelle opposition évidente entre cette phobie déraibonnabie de mal faire et la paix, chrétienne !

Le sorupultfva directe»uient à i'encontre de la vie surnatur^ille qu'il aLLaque en ses trois vertus principal>ei> : la foi, l'espérance et la charité. .Non content d'obscurcir la première et d'arrêter la deuxièjixô dans se^ élans salutaires, il ralentit le feu de la cbaluté quand il n'en éteint pa6 les flammes.

En diminuant che^ sa victime la ^râce divine, le scrupule lui ote de plus le moyen d'obtenir d'un Dieu infiniment bon de nouvelles faveurs. Affaiblie par lui et profondément découragée, l'âme perd bien lot le goût et la force de prier. Et la prière it-elle pas j)our le chrétien une fonction vitale, comme la respiration l'est pour l'homme et pour l'aniimal.

Le scrupuleux ne comprend plus le caractère émintiumcni social du catholicisme. Tout entier à son obsession et à l'angoisse où elle le jette, il se désintéresse de ses frères dans le Christ et il les ignore. C'est moralemeiU un isolé, mais de l'isolement à l'égoïsmc il n'y a ipi'un pas trop \ite franchi. Hieu ne le touche : ni les malheureux qu'il se plaisait autrefois à soulager, ni les cérémonies liturgiques, dont la sereine beauté charmiit jadis ses yeux, ses oreilles et son cœur.

Enfin le scrupule, s'il n'est combattu, engendre presque fatiilemont un certain relâchement des mœurs. Puisqu'il est inquvssiblo do vivre sans s^disfartion d'aucune sori/, si muis sommes pri\é> des joies de l'âme, nous dc«nianderons, \m jour ou l'autre,

aux plaisirs du corps de quoi tromper notre soit de bonheur.

Suivant Fénelon, les scrupules troublent l'oraison, éloig-ncnt de Dieu , dessèchent, dissipent, réveillent les goûts nalurels et (mettent en tentation. Saint Alphonse de Liguori les considère comme un si grand danger au point de vue surnaturel qu'il juge préférable pour le sci-upuleux de manquer à l'intégrité de la confession plutôt que d'augmenter son mal par des aveux plus complets.

Nuisible à la vie chrétienne, le scrupule ne l'est guère moins à la vie purement humaine. « J'ai vu souvent, et je vois encore tous les jours des personnes que le scrupule ronge — constate Fénelon (3). — C'est une espèce de martyre intérieur. Il va jusqu'à une espèce de déraison et de désespoir, quoique ie fond soit plein de raison et de vertu. » (( Demeurez en paix — écrit encore le saint archevêque à l'une de ses filles spirituelles (^). — N'écoutez point votreimagination trop vive, trop féconde en vues. Cette activité prodigieuse consume votre corps et dessèche votre intérieur. Vous vous dévorez inutilement. » Faisant allusion à son entretien avec l'époux de l'intéressée, l'habile directeur ajoute : « J'ai dit à M. de Montberon combien les scrupules nuisaient à votre santé. » Dans une autre lettre (5), Fénelon s'étonne de ce que sa dirigée ne sente pas davantage combien les scrupules lui sont préjudiciables,

(3) Lettres spirituelles, N° 113.

(4) Ib., N' 281.

(5) Ib., N* 334. Voir N°' 261, 264. 270.

ET PSYCUOTilÉUAPIIi DliS TROUBLES NEUVEUX ^75

el de ce qu'elle ne fasse pas tout son possible poujs'en guérir.

D'après Cazalès, le scrupule est un des phénomènes loi; plus tristes que présente l'étude du cœur humain. Pour le Père Evniicii, celte obsession religieuse est un instrument de supplice j[>crfectioimé, et il en donne les moUfs d'ordre psychologique. Toujours pénible par sa nature môme, l'obsession est plus angoissante encore quand autour d'elle se meuvent, comme des oiseaux noctm*nes eui d'épaises ténèbres, ks idées de culpabilité sans limites, de malédiction divine et do damnation éternelle. Etouffant dans cette almosi)hère irrespirable, le^ scrupuleux éprouvent l'atroce sensation d'une lente asphyxie naorale. Leurs plaintes sont tantôt exaspérées, tantôt touchantes par la mélancolie i)rofonde dont elles sont l'écho, cx)nmie celles d'une des correspondantes du Père Eymicu (6) : a Ne jugez pas — écrit-elle — l'enfant gaie et confiante, {ilcine d'ardeur, de sérieux et d'entrain, sur l'être misérable que vous avez devant vous. Les scruiMiles ont laissé leur trace. Ils ont désagrégé tout mon être moral, et, en ruinant toutes mes foires, m'ont laissée impuissante et blessée, en butte h toutes les suggestions... Ce qu'on voit en moi, ce n'est pas ce (|ui a ('lé é-crit sur le vélin primitif ; un autre texte le cache. Il faudrait qu'on piU faire disparaître toutes ces surcharges comme dans les vieux parchemins, vi réveiller l'enfant d'autrefois. »

l.c Gouveructnent ifr soi-tnêtni', II. 30.

'6']6 DIRECTION DE COxNSGIËNGE

Puisque le sca^upule es-l c-ause de maux si nombreux et si graves, ii importe de le combattre, mais par quelles armes? Qu'il soit guérissable daiLs la généralité des cas, personne Jie le conteste, mais selon les moyens employés, la guérison sera rapide ou lenUe, et t^^^'^ois si lente qu'on se demandera si le mal h 'a pas disparu de Im-mème.

Après un sérieux exame^n de la question, les pro* cédés les plus efficaces nous paraissent être le traitement par la rééduction du contrôle cérébral, tel que l'a découvert le docteur Vittoz et dont il a si i souvent expérimenté l'actioffi curative. Le célèbre j neuiro'logue de Lausanne n'a pas rencontré de scru- ! puleux dans sa clientèle qu'il n'ait délivré de ses tortures en quelques semaines, voire même en quel- j ques jours. Il lui en est venu de toute TSiCe, de toul i. âge et de tout tenq>éramen't : jeunes filles et femmes f du monde, religieuses et prêtres ; s'il en est de ; Gomplexion frêle et de caraotè.re timide, il en est , de constitution robuste et de nature audacieuse, comme 'taîit de missionnaires venus à Lausanne d'où < ils sont repartis avec un regain de force et de jeu- ' nesse.

Deî>uis i^rès de vingt ans qu'elle est employée, la méthode Vittoz a fait ses preuves. Rien d'étonnant ] qu'elle guérisse mieux qu'aucune autre le scrupule j j>arce qu'elle répond j^arfaitemeait à la nature de ] cette psychonévrose. Ce mal provient toujours d'un'' défaut de contrôle du conscient sur rinconscient

KT PSYCnOTnih\APIE DES THOUBLES NERVEUX '6"]"]

dcncwmmé par certains subconscient, non d'un défaut total comime chez riiystériquc, mais d'une insuffisance.

ïoRiber dans le scrupule n'est pas précisément penser d'une manière habituelle aux idées de responsabilité morale, de jugement définitif et d'enfer éternel, puisque tous les saints en ont fait, l'objet de kurs rréqucnlcs méditations, mais c'est Ro laisser envahir, dominer et conduire p>ar ci-^ id(îes au lieu de les avoir pour ainsi dire en main afin de les subordonner à des fins utiles en les coordonnant ave€ d'autres principes destinés à leur seryir de régulateurs ci de contrepoids, b Chez le scrupuleux, comme chez tout obsédo, le ' nscicint ne remplit qu'imp'irfaite;ment et sans suite .-.i mission de contrôle vis-à-vis de l'inconscient d'aulaiit plus envahisseur qu'il rencontre une moindre résistance. D'où une certaine midance à la dissociation de la personnalité qui n'aboutit jjourtaot jamais au dédou.ble>ment si général chez les hystoriquos. Si l'on vont guérir un scrupule-ux, il hnU le remettre en état de contrôler normalemcint ses i(UH?s obsédantes qui dès lors cesseront de l'é-tre. Tant (ju'il n'en sera pis imaîlre, sa puérison sora incomplète. < <.'st don<- la réédncalion du coaitrôle cérébral (piî s "impose, et c'est elle que poursuit le docteur Viltoz dans son traitement des psyclumévroses.

Qu'on le remarque avant d'approfondir davantage ce ]>roblème d'ordre pratique, l'obsession est un trouble essentiellement psychicpie, dont le siège n'ejit Tv\s dans l'organisme. Si celui-ci <^?t atteint, et il

^t d'ordinaire, c'est indiro( tement et par contre-

D-jS DIRECTION DE CONSCIENCE

coup. Jusqu'ici la science n'a découvert aucun lien de causalité entre le scrupule et la physiologie du sujet. Correspond-il à une structure anatonnique défectueuse, c'est possible, sinon probable, mais la question est toute différente et pour no^us présentement de nul intérêt.

S'agit-il de traiter un neurasthénique, on esit en droit de préconiser une thérapeutique d'ordre matériel puisque le corps est directement en jeu. Qui dit neurasthénie dit en effet dépression ners'euse. Par contre pour combattre efficacement un mal psychique, il faut logiqueiment soigner le psychisme qui en est le siège. Eliminer d'un sujet le scrupule, équivaut à régulariser le jeu de ses opérations mentales. Tout en conservant ses membres <ians leur intégrité, quelqu'un en a-t-il peirdu l'usage, par une série d'exercices gradués, on lui réapprend à s'en servir. Et si l'impotent occasionnel se soumet entièrement à cette gA'mnastique raisonnée, il ne tarde guère à en expérimenter les salutaires effets.

Infirme lui aussi, mais dans l'ordre moral, le scrupuleux, tout en igardant intactes ses facultés psychiques, les utilise mal et à contre-temps. Pour en tirer de nouveau une meilleure utilisation, force lui est de réapprendre l'art délicat de penser et de vouloir en homme conscient de sa personne et de ses actes. Gymnastique encore, qui, au lieu de comporter des mouvements savamment calculés de bras et de jan:bes, implique une série d'opérations mentales, grâce auxquelles le psychisme retrouve peu à peu son activité normale. Dans un cas, comme dans l'autre, les exercices sont tous en étroite connexion de sorte que

ET PSYCHOTHÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX SyO

chacun d'eux en prépare un plus complexe et d'exécution plus dilficile. Mieux ces exercices seront gra-* dues, plus fortement seront-ils chaînés ensemble, meilleure sera la méthode, plus rapide et plus cert^ûne en sera l'efficacité.

Pour qu'un traitement puisse g'uérir le scrupuleux, il faut qu'il ait de quoi combler les lacunes de son psychisme. Telle se présente la méthode \ iltoz avec les actes conscients, la concentration et les actes de volonté qu'elle impose. Des auteurs la mentionnent avec d'autres sans en comprendre l'imporUince. Ils englobent d'ailleurs tous les systèmes proposés par les psychothérapeutes dans une approl>ation générale et partant sans signification, ni portée. A leurs yeux, le moral du médecin, ses qualités intellectuelles, soin expérience et son savoir-faire importent plus que le système. C'est souscrire à l'aphorisme : tant vaut le médecin, tant vaut sa psychothérapie. La capacité professionnelle du praticien et sa valeur d'homme sont choses dont il faut évidemment tenir grand compte. Est-ce pourrit un motif de se désintéresser du traitement pris en lui-môme ou de n'y attacher qu'une importance secondaire?

Si l'on peut dire : tant vaut l'outil, tant vaut l'ouvrier. Ces, deux formules partiellement vraies, imme tout proverbe, l<»in de s'exclure, s'éclairent < I se complètent. Un bon ouvrier, par l'inielligence et l'adresse avec lesquelles il s'en sert, tire d'un outil ]i\ maximum de lendomont dont il est sus(^eptihle, alors (ju'un nH'dio<^re en tirera un rendement liés inférieur et qu'un mauvais jierdra son t(>ni[>s et

38o DIRECTION DE CONSCIENCE

sa peine. En revanche, un excellent outil facilite, àj l'artisan habile, sa tâche et la lui rend plus fructueuse, tandis qu'il stimule le médiocre en lui faisant obtenir des résultats inattendus. A travailler dans des conditions matérielles par trop défectueuses, les meilleurs se découragent ; à travailler dans des conditions très favorables, les pires reprennent espoir s'il leur reste, ignorée d'eux-mêmes, quelque velléité de bien faire. Vraies dans le domaine de l'industrie et des arts, ces considérations le sont surtout en psychothérapie où la moindre erreur de méthode peut avoir de si graves conséquences.

Le système Vitloz paraît plus propre qu'aucun autre à rétablir chez le scrupuleux le fonctionnement normal de son psychisme. L'expérimenté psychothérapeute de Lausanne, loin d'attaquer le scrupule de front, ne veut être renseigné ni sur sa cause, ni sur son objet précis. Ce qu'il voit dans cette obsession, ce n'e^t pas son contenu idéologique, dont il se désintéresse, mais uniquement son caractère de trouble psychique. Peu lui importe de connaître les données de l'inconscient envahisseur, il y a mieux à faire, c'est d'arrêter cet inconscient dans sa marche envahissante, c'est de redonner au conscient barres sur lui par la rééducation du contrôle cérébral. Quand un homme se noie, le plus pressant est de le ramener à la surface et à l'air respirable, sans analyser au préalable le liquide dans lequel l'infortuné se meurt. '

Le docteur Vittoz, en ne causant jamais avec ses malades de le^urs scrupules, évite ainsi ces discussions interminables dans lesquelles ceux-ci cher-

ET PSYCHOTHÉRAPIE DES THOUBLES NERVEUX 38j

chent à entraîner leurs directeurs spirituels. Il se trouve d'accord sur ce point avec les principes d'une sage direction de conscience;. Ces adminibles psychologues, que furent les François de Sales et les Bossuet, les Fénclon et les Vincent de Paul, répondent en quelques lignes, voire en quelques mots, aux questions sans nombre et aux explications sans fin de leoirs pénitentes scrupuleuses. D'après saint Alphonse do Ligruori, le confesseur doit se contenter de diro aux scrupuleux : point de raisonnement, votre imagination est folle, on ne discute pas avec les fous. L'expression est d'autant plus juste qu'on a défini le scrupule une folie lucide. Avec sa longue pratique du confessionnal et sa pénétration psychologique, ce saint blâme les prêtres, «ssez nombreux — observe-t-il (7) — qui prêtent une oreille attentive aux interrogations des scrupuleux s'efforçant do les convaincre, sans y réussir crailleurs, de leur droit à faire, ou à omettre tels ou tels actes. Saint Alphonse .1 rais<xn. Vouloir guérir ces malheureux à force d'arguments est 'Une entreprise Insensée. Plus on les laisvse dire, plus on le-ur oppose une argumentation solide, €t plus leur maladie s'aggrave. Du moment que leur mal a son siège dans l'imaginiition, i)lus ils se préocupcnt et s'entrctieiment de leurs folles craintes d'offenser Dieu, plus leur faculté imaginative s'exalte et cl plus la maladie qui l 'affecte augmente. En revanche, s'ils s'abstiennent kIVii parler et d'y fienser, les imagevH obsédantes tendent ;\ s'effacer et le mal à dis-

7) Cf.. .T. Frassinettl. AbHu^ t'e la théologie viorale de saint Alphonse (te lAquorl, 8* étUt.. Tainliies. IftH. p. 40 (Trnt!., I»

F(iun>7 >

paraître. Le rôle du confesseur se bonie donc à us de toute son influence pour décider les scrupulei à ne jamais parler de leurs scrupules sous aucun pi texte.

Yittoz se reiucontre avec les g'rands directeurs de conscience dans ce qu'on peut appeler le traitement négatif des obsessions d'ordre religieux. Ce n'est pourtant là qu'un des côtés de son système, le prélude de la partie active. S'il ourdit autour de ses malades la conspiration du silence, c'est pour traiter plus efficacement leurs scrupules en les considérant sous leur seul aspect de troubles psychiques. Le psychisme du sujet, pour ce praticien, est un nriécanisme infiniment délicat, dont il s'applique à remonter les rouages, sans demander à quels .usages moraux et immomux ce mécanisme a servi, ni à quelle fin particulière on le destine.

Analyser les procédés auxquels recourt le neurologue de Laus^mne est inutile puisque cette analyse est chose faite. Le point à éclaircir est leur correspondaîice avec les besoins des scrupuleux.

En ordonnant d'abord des actes conscients extrêmement simples et fréquemment répétés, le docteur Vittoz corrige chez son malade l'impression de vivre en dehors de soi et son défaut d'adaptation au réel, c'est-à-dire qu'en le rendant apte à sentir l'opposition entre lui-même et ce qui l'entoure, il lui redonne peu à peu une conscience nette de son mc\ et du monde extérieur. Comnne les actes exigés sont

ET P.SY(JHOTiIKKAIME DES TUOUBLES NEUVEUX '6b'S

d'une simplicité enfantine, ils sont accepiés d'ordinaire sans appréhension ni répugnance ; et comme ils sont vides de toute idée, de tout sentiment, ils n'activent le travail ni de la vie imag^inative, ni de \x vie affective. De ce fait, ces actes ne favorisent en rien la marche envahissante de l'inconscient. Quel bon moyen pour arracher un scrupuleux à son obsession que de lui f.ùro exécuter consciemment et volontairement des flexions de bras ou de jambes î N'est-ce jxis la transition la plus naturelle, et par consck|uent la plus à sa portée, pour le faire passer de l'abstrait, où il vit mentalement, au concret dont il était en train de perdre conscience. Pour rendre plus clairvoyant cet esprit dont la vision intelleoluelle s'est retrécie et faussée, le psychothérapeute de I^iusanne procède do la môme manière que l 'oculiste vis-à-vis d'yeux affaiblis et malades. 11 les fait j)asser, jxir une série d'exercices gradués, des ténèbres de l'inconscient à la pleine lumière du cons- ( lent.

Ainsi compris, les actes conscients de la méthode \ ittoz sont l'analogue de ces mouvements par lesquels débute toute gynmastique rationnelle, mouvements si simples qu'à première vue ils paraissent inutiles, et ils le seraient ,en effi^t, s'ils n'en prép^iraient et n'en conditionnaient d'autres, grâce aux- (piels le corps reprend sinté, S(Hiplesse et vigueur. Puiscpie la rééducation cérébrale du scrupuleux impi^se rlii moment que son [»sychi5me fonctionne mal, (MKore faut-il rniliepreudre logiquement en lui donnant pour Uise et [>oinl <le (lé|<\rt les actes 'psy<hi()nes les plus élémentaires. CorriîJer leurs trou-

bles fonctionnels, c'est asseoir solideanent son traitement et en assurer d 'avança refficacité.

Un résultat immédiat des premiers exercices, dont il est ici question, résultat d'heureux amgure pour le succès total, est de causer un apaisement intérieur, dont le sujot témoigne hautement sa surprise et sa joie. Il a, dit-il, — et cela sô conçoit aisément d'après les remarques prccédentqs — la sensation d'être brusquement revenu en arrière, à cet âge où les perceptions des sens tenaient une si large place dans sa vie. De nouveau, ajoute-t-il, j'ai la sensation de me mou- \oir et de vivre que j'avais partiellement perdue après l'avoir éprouvée si vive cL si pleine. C'est le retour de la vie consciente dans le domaine de la sensibilité, en attendant qu'il se produise dans la sphère supérieure des facultés intellectuelles. Par suite, c'est l'acheminement vers la guérison complète.

Des actes conscients qui nécessitent une attention facile puisqu'elle porte sur des mouvements corporels, le scrupuleux passe à l'exercice beaucoup plus pénible de la concentration ; aussi le médecin ne l'engage dans cette voie qu'après avoir constaté de sérieux progrès. Encore a-t-il soin, surtout dans les débuts, de lui indiquer comme objet de concentration, non une idée, mais une ligne à tracer en imagination au-dedans de soi-même. Le malade dessinera mentalement une co'urbe quelconque, un 8 ou les deux boucles égales et oblougues du signe de l'infini géométrique.

Familiarisé avec ce premier exercice, le sujet *ui« vra le mouvement d'un métrcxnome, eoi répétant in-

ET PSYCHOTHÉRAPIE DES TKOLBLES NLRVELX 385

ikureiiieii'l 1« tic-tac d abord dix ou quinze lois de buite, puis trente, cinquante et davantage. On lui (ait loucher un objet avec prière de consen'er l'iin- ]>iession jHoduili; le plus longtemps ^job^ible.

Le lecteur l'a îjan^ doute i-emarqué : grâce à ces diveis pïxx:édés, l'on obtient la concentration des trois sens principaux, la \ue, l'ouie et le toucliei\ ^ Voici encore d'autres manières de concentrer l'attention qu'oniploie avec succès le doclmu" Viltoz. Ainsi il ordonne à son client de déterminer mentalement la sensation exacte de telle ou telle partie de son corps, de sa main droite ou de sa main gauche, d un de ses doigts ou d'une de ses oreilles. Comnie Ir tait observer le psychothérapeute de Lausanne, 1 avantage de cet exercice est qu'il est assez laciiemcnt contrôlable p;u- l'intéressé lui-même. 8i l'attention se fixe durant un tem|)s appréciable sur un i>oint donné, le malade sent à ce point i>récis ianlùl un picolemenl, tairtôt un ix?tii choc, le plus souvent, Mil alihix de sang. La réalité de ces impress»ioûs est • liai ne puisque le médecin constiitc qu'il se produit une vibration plus •foi'le au pied droit qu'au pied "Muche si le sujet est attentif siulemenl au premier, tL il en est de même pour tout autre meaiibre. Toujours dans le même ordre de laits, le praticien place son doigt sur un anuscle quelconque e«\ iiivitant \e malades à fixer \k sa pe.nsée. Lu concen«t ration et?t-ello bien faite, il res«eïU «ous «on doigt unc.l«^èi-e con- Ir.irtion musrulairr qui ne se produit gé^iéraleme^l <Iir.'il)rès une atlciile df (pieUpies secondes.

Après avoir fait ti'anchir au sujet ses diverses étapes, le docteur Vittoz le soumet à un oxercico de dif-

38G DIKECTION DE CONSClEiNCË

Iiculté ai'duo et par suite de grande utilité. Il s'agit en effet, d'écrire et de proiionœr mentalement lej chiffre i plusieurs fois de suite sans aucune pensée intcrférente, et avec une demi seconde de repos entre chaque fois. Voici la façon de s'y prendre. Tout travail cérébral suspendu, le imalade écrit par l'imagination le chiffre i, il le parle mentaleanent et du coup il l 'entend de même. En suite de quoi, tout doit s effacer durant une secoinde, pour recommencer comme précédemiment. Cette suspension de toute activité mentale est nécessaire. Sans elle , point de concentrations successives, et c'est précisément ces interruptions et ces reprises d'attention qui font toute la valeur du procédé. Par là, le malade, en effet, cr>mmence à reprendre possession de son cer-, veau d'une façon complète. Après bien des efforts, il se persuade qu'il peut fixer sa pensée durant quelques secondes. Cette première conviction encourage sa marche en avant, et, avec du temps et de l'application, il en acquiert une autre plus précieuse, celle de pouvoir se conccnt.rer quand il le veut et comme il le veut.

Pour obtenir cette victoire du conscient sur l'inconscient, le patient doit s'anner de courage et de patience puisqu'il lui faut lutter pied-à-pied contre d-es distractions sans cesse renaissantes. Aussi doitil d'abord se livrer à l'exercice indiqué dans la solitude avant de s'y adonner au milieu du mouvement et du bruit d'une compagnie plus ou moins nombreuse.

ET l'SYCIIOTULUAl'lE ULi TUULLLLS NERVEUX 0C>'

Tout simples cl louL éléiiiciilaire^ qu'ils soient, les dittérciiils exercices étudiés jusqu'ici permettent au bujel d'avoir raison d'une angoisse invétérée, d'une phobie habituelle et i^ar suite du scrupule. Ce mal n 'est-il pas l'obse^ssion troublante et terrifiante d'offenser Dieu et, en l'offensant, d'attirer sur soi et sur les siens toutes sortes de {Xiines?

Les actes conscients ont eu pour effet, en rétablissant le contact entre le scrupuleux et le rnoinde extérieur, de redonner à ce malade une conscience plus nette de lui-même et des autres, de lui faire vivre une vie plus concrète et plus vraie. Ce n'est là [)0\xrtant qu'un premier jkis vers la guérison.

Après avoir ainsi corrigé chez le scrupuleux son défaut d'adaptation au réel, il faut vaincre son inattention ordinaire. Qu'il soit inattentif, comme l'est nécessairement tout obsédé, i)erso<nno ne le coaiteste et lui moins qu'aucun ajutre. Son cas est d'autant plus douloureux qu'il est conscient de ne pouvoir fixer son esprit alors qu'il on éprouve le Ix^soin et qu'il en a le plus grand désir. Travaille-t-il intellectuellemont ou manuellement, c'est en |>ensant à mille autres choses, et de ce fait sans goiit. ni profit. Quelle que soit la branche de l'activité humaine ^ laquelle on s'adonne, le succès ne couronne qu'une lication complète et suivie, dont re malheureux w.^. inc.iip,ible.

Certains malades opfM)s«Mit dans leur correspondaih e Ir triste état auquel les a réduits le 6CJ*upulc

388 DIRECTION DE CÛNSGlENCK

aux salisi'aotioiis sans noinbre qu'ils goûtaient avant d'en être les victimes. C'est une pianiste qui so plaint de ne jouer qu'à contre-cœur de son cher instrument d'autrefois. C'est une tailleuse qui ne prend plus le plaisir qu'elle .prenait jadis à confectionner d'élégantes toilettes, un professeur et un coniimerçant dégoûtés d'études et d'affaires naguère pasâoûnément aimées. Combien de pages écrites sut et thème I Pierre Janet, le Père Eyniieu et tant' d'autre* en ont cité de déchirantes.

Cette inattention, dont se plaignemt si amèrement lesi scrupuleux, le docteur Vittoz la comhat par les | procédés de concentration qui viennent d'être som- j niairentent expliqués. Il en est de ces exercice», j comme des actes conscients : tous répondeoit au besoin des malades que ronge le scrupule. Evidem- j ment l 'unique moyen de rendre attentifs ces obsé- j dés est de les réhabituer à concentrer peu à peu leur l pensée sur tel ou tel point. La difficulté n'est pas | de leur indiquer un point quelconque, ils pouiTaieat j le faire de leur propre initiative, mais de le bien ; choisir.

Loin de conveoiir aux scrupuleux, la plupart des objets de concentration leui* seraient néfastes. Dans les débuts du traitement, il faut s'interdire de prendre ces objets dans le domaine de la vie intellectuelle et de la vie affective. Toute idée eft tout sentiment, si judicieusement choisis qu'on les suppose, trouvent fatalement dans robse.ssion, en laquelle consiste le scrupule, d'autres idées et d'autres sentiments plus foits qui les dominent et les absorbent. Au lieu de détruiixî le mal, comme ils semblaient

ET PSYCHOTflÉK.\PIE DES TKOUBLES NERVEUX 389

propres à le faire, iU i'cntreticnjiient el le nourris- &cjit. Quelle naïveté de croire qu'il suffit d'opposer le concepL de la miséricorde divine à la phobie d 'offenser Dieu pour cliasser aussitôt cette dernière !

Pour la concentration, comme j>our les actes conscients^ le docteur \ ittoz fait preuve d'un dicernenient remarquable dans le choix des objets qu'il proposAi à ses malades pour fixer leur esprit vagabond. Non content d'écarter de ]>arti pris toute idée et tout sentiment en rapport de similitude ou d'opposition avec le scrupule, il s'adresse d'abord exclusivement à cette vie inférieure, qui nous est comnmne avec l'animal. Les objets de concentration qu'il propose, au lieu d'être d'ordre idéologique, sont de simples sensations musculaires ou des images de perceptions visuelles, auditives, tactiles. Voilà du coup le malade iché à l'atmosphère intellectuelle et morale où ii.ui, grandit et s'alimente son obsession religieuse. El s'il le soustrait à cette atmosphère, c'est pour le plonger dans une toutv. différente et l'y maintenir le plus longtemps possible, el de fait, jxir la variété des exercices, il l'y maintient pendant la durée nécessaire à la cure. N'est-ce jxis là un traitement rationnel et pratique?

Le scrupule, il est bon de l'affirmer à nouveau, n'est une maladie ni d'ordre physioloigiquc, ni d'ordre moral. Distincte de la neurasthénie et des autres psychonévroses, elle l'est tout autant de certains f^tats moraux de doute, de découragement el d'ignorame iieligieuse, auxquels il a <^lé fait allusion dès le coaninencement de ce chapitre.

T *' véritable scrupule, celui dont il >'agit piésiMi-

39o DIRECTION DE CONSCIENCE

teinen't, est tout-à-fait indépendaint de la valeur morale du sujet. S'il s'est produit chez des hommes d'une sainteté consommée, tel que saint Ignace de Loyola, on ie> rencontre aussi à tous les degrés de la perfection chrétienne, et il est fréquent chez les élèves des pensionnats religieux, dont la vertu est peu méritoire puisqu'elle n'a pas été encore éprouvée par le contact du monde. JÉ

Il n'en demeure 'pas moins vrai que les idées obsédantes du scrupuleux sont toutes d'ordre moral, objectera-'t-on, à tel point qu'il arrive à des directeurs inexpérimentés de confondre à première vue le scrupule avec la délicatesse de canscieince. £t pourtant ces deux états d'esprit assez semblables 1 dans la forme pour qu'ils puissent être pris l'un pour l'autre, diffèrent essentiellement par le fond. Leur point commun est de porter sur la crainte d'offenser Dieu, crainte constamment ressentie même au cours des actions les plus insignifiantes et les plus banales. Remarquons-le : cette incessante appréhension de pécher, loin d'être absurde en soi, est conforme à l'enseignement de l'Eglise. Tous nos actes sans exception, affirme-t-elle, doivent être orientés intentionnellement vers notre fin dernière. Voilà pourquoi saint Paul écrit aux chrétiens de Colosses (8) : « Quoi que vous fassiez en parole on en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus-Christ. »

La crainte en question chez les âmes délicates de canacience diffère par son origine, par sa natur« et par ses effets de celle qui tourmente les malheu^

Page 1