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jx attein-ts de scrupulf?. En dehors des explications d^jà données, il importe de montrer comment toutes ces différences se réduisent à la suivante. Un saint redoutc-t-il d'offenser Dieu par pure délicatesse de conscience, cet effroi, qu'il soit considéré dans sa genèse, en lui-niénie, ou dans ses conséquences, relève do l'ordre moral et n'offre d'intérêt qu'à ce point de vue. En revanche, ce même efirui chez le Vïrupuleux proprement dil, sous quels aspects qu'on l'envisage, Telùvc uniquememt de l'ordre psychique, et il faut l'étudier sous cet angle si l'on veut le comprendre et s'y intéresser. Rien de plus net, de plus tranché : dans le premier cas, la religion et la morale sont en jeu, dans le second, le psychisme et seulement le psychisme ; dans le premier cas, le directeur spirituel doit intervenir, dans le second, l'intervention du p^ycllolllé^aI>eute est toute naturelle. San rôle doit se horiier à rendre normal et réguii<T lo mauvais fonctionnement des facultés psychiques. Il ne s'agit ni île défaut:*, ni de vices conscients et volontaires, mais de troubles fonctiofiiTiels. S'il faut lutler contre les premiers |Mr une sage et ferme dirertion do ronsrini-re, il faut co^inhallre les aulres par une série d'exercices appropriés, et de leur ordre, Comme le fait Viltoz par les actes conscients et par la ccmccnt ration. Ijg lecteur a pu constater au cours des [)a^es pré<:édc«nles combien ce maître de la psychothérapie adapte son traitement i> la nature particulière du mal qu'il se 'propose de détruin^ et avec quelle pénétration psychologique il Iriomplic des obstacles qu'opix>sent les scrupuleux h q\ùc(mqne veut les guérir de leurs idées obséda ndes.
392 DIUECTION DE CONSCIENCE
Si le neurologue de Lausanne rétablit si rapidenicnl le contrôle cérébral dams son exlensioin normale chez les malades atteints de scrupule, ila cause en est, réipétons-le, son parti-pris d'excluii'e de ses procédés tout éléiment d'ordre intellectuel, moral et afl'ectii, on un anot tout ce ^ui est propre à l'aire penser et à émouvoir. Ce n'est pas qu'il dédaigne des idées et les sentiments, ni qu'il n'en tienne compte dans son systèime. S'il les y introduit tardivement, c'est afin de préparer à ces germes de vie mie terre où ils puissent croître et se reproduire. Cette bonne terre est un psychisme régénéré par les exercices antérieurs.
Coimment se fait l'introduction de ces nouveaux éléments d'après la méthode Yittoz.^ Avec toute H prudence nécessaire pour ne pas compromettre des résultats laboTieusement acquis. Bien que le scrupuleux ait recouvié une coinscience plus nette de lui-même et avec elle une maîtrise suffisante de ses actes, sa guérison est trop récente pour no pas inspirer encore quelques inquiétudes. D'une part, pour, fortifier le psychisme et e;n assurer davantage le bon fonctionnement^ il convient de le faire travailler sur des idées ; de l'autre, l'on doit prendre garde qu'à l'occasion de ces idées l'obsession disparue ne réapparaisse, et que tout le traitement ne soit à reprendre. Vittoz, conscient du péril, l'évite par la concentration sur l'idée de calme. Il demande au malade de s'appliquer à déterminer dans son cerveau une sensation de calme, de tranquillité morale et physique. Le meilleur moyen pour y parvenir, selon lui, est l'évocation d'une idée en rapport direct avec ce
ET PSYCnOTHÉR \PIE DES TROUBLES NERVEUX 393
•ntiinent-là. Un peintre, un sculpteur, un musicien
onccntreront, cliacun, leur attention sur l'objet le mieux adapté à leur tenipërament d'artiste et à leur goût personnel. Celte' paix intérieure obtenue, îe scrupuleux doit s'y enfoncer et s'y complaire de plus en plus.
Une* autre conce-nt ration utile se fait sur l'uK-t^. d 'énerve. Toujours d'après \ ittoz le malade arrive . sentir sa force en se rappelant les rares circonsi<inces où il fit preuve d'une volonté forte.
Le troisième exercice de ce genre, conclusion naturelle des deux autres, est de fixer son esprit sur \"]dé<^ de contrôle. Quand on est convaincu de pouvoir être calme ou énergique à son gré, l'on acquieiî
:ns grande peine l'idt^e en question. Au début, la concentration est de quelques secondes, mais avec (lu temps et des répétitions fréquentes, elle acquiert une durée beaucoup plus longue.
Pour le scrupuleux qui n'aurait pas concentré son attention sur ses sensations musculîires ou sur les images de ses perceptions visuelles, auditives ou tactiles, ces idées de calme, d'énergie, de contrôle ne seraient certainement d'aucun secours, alors qu'elles
»nfi^mer^t dans sa guérison le scrupuleux soumis au pré^ilable h ces siilutaires exercices.
t Après avoir habitué .«^>n malade i\ fixer sa pensée
^kr des objets de plus en plus abstraits, le docteur
Vittoz l'engage dans une voie opposée à celle qu'il
lui a fait suivre jusfpi'ici, celle de VéUryiiruition lU
do la déconcentration. Par là il s^ propose de le rendre à même de l'aire disparaître de &on cei^eau les idées qui l'obsèdent et le tourmentent.
Ce procédé rappelle la conduite des directeurs spirituels en des cas semblables, mais il en diffère par la nature des objets sur lesquels il porte. Loin de presser le scrupuleux, comme le fait d'ardinaire le prêtre, d'effacer du champ de sa conscience les idées de responsabilité morale et de péché, le psychothérapeute de Lausanne, fidèle à sa lactique habituelle, se place sur le terrain concret et matériel. C'est ainsi qu'il invite son malade à choisir trois à cinq objets de formes différentes et à les mettre près les uns des autres sur une feuille de papier blanc. Après avoir considéré attentivement la disposition prise, le sujet enlève un à un ces objets en ayant soin, chaque fois, de vérifier s'il élimine mentalement la pièce enlevée. L'exeircice en question est-il bien fait, le malade n'a plus à la fin que rimage mentale du papier blanc sur lequel plus rien ne se trouve. Compris de cette 'manière, le procédé Yittoz offre lavantage d'arracher le sorupuleux aux idées qui l'obsèdent en concentrant son attention sur des choses visibles et tangibles. Pour qu'il produise de bons effets, encore faut -il y recourir à plusieurs reprises. C'est à force de l'employer qu'on finit par éliminer volontairement les idées les plus abstraites
Toujours dans le même ordre d'expériences, le psychothérapeute de Lausanne prévsente au malade deux objets, ou il lui indique deux chiffres, deux mots, deux phrases en le priant d'en éliminer un et d'en garder mentalement l'iautre. Au début de cçt
ET PSYCnOTHÉHAPIE DES TROUBLES NERVEUX 39'>
exercice, les personnes atteintes de scrupule font l'opposé de ce qu'elles devraient faire en fixant dans leur esprit lobjet, le chiffre ou le mot qu'elles s'appliquent précisément à faire disparaître. \o\\h bien la puissance de l'obsession expérimentalement démontrée.
De ces éliminations élémentaires, Vittoz conduit
>n sujet à la déconcentration du chiffre i ou de tout
lutre qui consiste à éliminer ce chiffre volontaire- I lient et peu à peu au lieu de déterminer, comme [»récédemment, sa disparition subite et totale. Il se I" représente tantôt s'enfonçant dans l'espiice ju<îqu'à ce qu'il ces^e- d'être f>erceptible, tantôt disparaissant lentement derrière un voile.
Deux autres exercices de déconcentration préconisés par Vittoz ont pour but d'habituer le cerveau des nerveux au rejios. Dans l'un, conmie dans l'autre. h des actes d'attention doivent succéder des intervalles d« plus .en plus prolonpfés de vide mental durant lesquels le sujet élimine toute pensée si insi-
nifiante soit-elle. Rien de meilleur pour le scnipui( iix victime du snrmena^^e cérébral.
Avant d'aborder les derniers exercices dti traitement Vittoz, il est bon d établir le bilan des résulttIs obtenus. Trois maux sont cc»mbatlus avec su<'s : la dissociation de la personne l'efït par les acte<i
nn^cimis, la dispersion des forces intellectuelles par Il concentration, et l'obsession par divers procédés d'élimination. ParallMement trois biens sont acquit . Il Cf>nscienre suffisante du moâ véritable et du monde extérieur, le contW*>le du conscient .sur l'inconscient
! le pouvoir d'en faire disparaître 5 son pré les don-
nées enyahissantes. Ajoutons qu'avec la déconcen^ tration, le psychisme trouve le repos nécessaire son fonctionnement normal.
Voilà de belles acquisitions, mais pour les conserver, emcore faut-il le vouloir, et comment le vouloii efficacement sans volonté forte et persévérante? C'est là, pour le docteur Vittoz, le ipoint capital du traitement, puisque, dans la psychothérapie des troubles nerveux, rien d'important et de durable ne se' fait sans le concours de cette force consciente et libre.
A l'exemple des directeurs de conscience, le neurologue de Lausanne déclare ne pouvoir guérir uii scrupoileux sans la collaboration de ce dernier et sa collaboration effective. La raison d'être des exercices, qu'il lui ordonne d'accomplir, est de le rendre psychiquement capable de vouloir lui-même sa guérison, et c'est pour lui permettre de faire cet effort volontaire avec moins de peine et dans les meilleures conditions possibles qu'il le souimet à sa méthode.
Si le docteur Vittoz traite directement la volonté, c'est qu'il ne doute pas de son existence chez ses malades. Ni le neurasthénique, ni le scrupuleux, ni même raboulique n'en sont privés. Ce qui leur fait défaut est le pouvoir d'utiliser cette force pouileur propre bien et celui de leurs semblables. Ils ont un réservoir d'énergie, mais ils en ou>Tent le robinet quand ils devraient le tenir fermé, et ils le ferment quand ils devraient l'ouvrir.
Le scrupuleux est convaincu qu'il lui est impossible de vouloir et voilà qu'il déploie une volonté inouïe pour persoiader à ses directeurs spirituels qu'il
n'en a pas l'ombre. Par insuffisance de contrôle cérébral, cet obsédé dépense inconsciemment et en pure perte une force qui trouverait maints emplois utiles chez une "personne de psychisme normal.
D'ordinaire, il est vrai, dans les états de scrupule et dans les psychonévroses en général, la volonté sommeille alors qu'à côté d'elle, sur la scène do l'inconscient se jouent les pièces les plus invraisemblables. Pour réveiller cette endormie et la rendre à la vie active qui doit être la sienne, le docteur Vittoz s'applique, par des exercices savamment combinés, à placer son malade dans les conditions physiologiques les plus favorables à l'émission do la volonté. Il lui prescrit de dire mentalement « je veux » on contractant ses poings et avant d'expirer une certaiiio quantité d'air qu'il aura pris soin de garder pendant une durée de deux à quatre secondes. En effet, l'effort de volonté s'accom peigne toujours d'une contraction musc^ilaire et il n'a jamais lieu pendant l'expiration do l'air.
Tout mécaniques qu'ils sont, ces procédés ont une utilité dont on aurait tort do n(^ tenir aucun ronipt-o. Si le sujet, au début, se soumet difficilement à ces proscriptions, il les observe bientôt incon«;ciommonf et par suite sans peine, mais non s^ins profil.
A]irès s'f^lre plu »' au point de vue physiologique, lo donleur Vittoz se place au point de vue psychique, do beaucoup le plus important. Sous ce rapport, trois conditions sont ro^piisos pour qu'il y ait acte
rl,> volonir : |,i ronnii<< »?)'•' (^XKif^ <]o l'objrf voidu,
sa possibilité, la sincérité du voiiloir. Faute de l'une d'elles, la volition est impossible. Combien de scrupuleux n'arrivent pas à vouloir combattre leurs scrupules parce qu'ils n'ont j)as la claire vision du but à poursuivre. Au lieu de se fixer nn poiint nettement défini veTs lequel convergeront leui^ efforts, ils ont un vaste programme d'action, mais qu'ils voient mal et qu'ils ne sauraient définir. C'est quelqiie chose de flou, d'inconsistant sur lequel l'esprit n'a pas .de prise. Au fond, le scrupuleux doit réapprendre à vouloir parce qu'il prend pour volition ce qui n'est que désir. Le premier exercice propre à lui donner le sentiment exact de l'acte volontaire consiste à lui faire exécuter le plus lentement et le plus consciemment possible des mouvements très simples, ; comme de plier un bras, de se lever ou de marcher. Par là, le malade se rend compte qu'il se lève ou qu'il marche sons l'impulsion de sa volonté.
Après lui avoir demandé cet effort minime, le médecin exigera de lui des efforts de dificulté plus grande et de plus longue durée, tel, par exemple, la rédaction d'une lettre d'affaires. Quel que soiî l'acte commandé, le point capital est d'obliger le sujet à formuler mentalement, aA-^ant d'agir, la natuic et les conditions de cet acte. Plus cette formule sera brève et précise, plus elle sera génératrice de force volontaire. Du jour où un scrupuleux se dit au-dedans de lui-même on une phrase claire et catégorique : je veux jaire ceci ou je veux faire cela, l'on peut tenir sa guérison pom- certaine.
Exercer de plus en plus la volonté du malade est IJi) bien à condition pourtant de ne jamais lui iin-
i:t psychothérapie des troubles nerveux 399
poser de dépK^nses d'énergie sujxjrieures à ses forces psychique**, i^c contraire serait pour le malade une cause de découTagemneint et, pour lo médecin, une caase d'insuccès.
Afin d'écliapper au péril d'exiger d'un scrupuleux ou de tout autre malade plus qu'il ne peut, le sujet devra se poser les trois questions suivantes * suis-je résolu à essayer de vouloir tel acte ou telle chose? Puis-je vouloir? Suis-je décidé à vouloir? Grâce à ce procédé du docteur Vittoz, la volonté, au lieu d'avoir à passer suhikimcnt de l'inaction complète à h\ pleine aciivité, se familiarise j)our ainsi dire avec la difficullé de vouloir en allant d'un petit effort à un plus grand et de ce dernier à un plus pénible encore. Si une volonté faible cherche à gravir tout d'une truite la colline de la volitiou, elle se décourage et y renonce, alors qu'en s'arrêtant de temps à autre au ( ours de l'ascension cette volonté ]>ourrait atteindre au sommet de l'effort pleinement volontaire.
Dans la rééducation <le notre grande force morale, le |)sycholhéraf)eute de l^usanne ordonne de se proposer d'aix>rd comime objet de volition des actes in<ilériels coFunie la nianhe ou la rédacticm d'tme lettre. Ia> premier avantage de ce choix est <lc faciliter le j)]iis possible l'émission de la volontt^ en indiquant au HKilade un Irut qu'il imagine sans peine et avec toute la netteté désirable. Le second avantage est de fournir au s<eplique, qu'est toute personne atteinte de psyrhonévro.s<\ la }>reuvc tangible, évideivte de la réalité de son vouhiir, preuve qu'il ne jiourrait avoir si l'objet de la v(»lition n'était pas d'ordre sen-
sible et matériel. Par le fait imême c'est un enc( rageinent pour lui à continueir un traitement d( il constate l'effet salutaire.
Ces avantages sont tout particulièrement appréciée par le scrupuleux qui a besoin pour redevenir capable d'effort volontaire, d'être tiré du monde de l'abstraction et du rêve où il s'épuise inentalemeat, afin d'être plongé à nouveau dans le monde de la ré-alité concrète et de la vie pratique. N'a-t-il pas aussi besoin, ce malheureux, de toucher du doigl l'objet de son vouloir, lui dont la volonté toujours hésitante doute d'elle-même.^ Enfin un e-ncouragement lui est plus nécessaire qu'à nul autre dans l'état d'angoisse où le maintient son scrupule.
Le traitement Vittoz, en ménageant ainsi la volonté, miontre combien le directeur de conscience aurait tort d'assigner à l'effort volontaire du scrupuleux un champ d'action vaste et indéterminé. Lui demander beaucoup, c'est - être sûr par avance de ne rien obtenir. Si l'on ve-ut avoir un résultat, il faut lui prescrire, chaque fois, un acte concret, simple et, dans les débuts, de réalisation iŒnmédiate et facile. En tout cas, ce qui doit être évité, c'est de ligoter le scrupuleux par des prescriptions nombreuses qui ne feraient qu'aggravei* son mal en redoublant so^ folles craintes.
Quand, par suite du traitement en question, la volonté a reconquis une certaine force, le docteur Yittoz fait alors porter l'effort volontaire sur des [ idées abstraites et des sentiments. Mais pour établir! une transition entre des objets si différents, il recommande au sujet de s'entraîner lui-même en disant
I T PSYCHOTHERAPIE DES TROUBLES NERVEUX 4oi
et répétant mentalenieiit, à iiii-Noix ou à voix haute s'il le faut : je veux me doiniiiej, je veux être énergique et surtout je veux vouloir. Dil-es avec sérieux et iréquemment répétées, ces phrases sont pour la volonté une sorte de point d'appui et de trenaplin, gràc-e auquel elle s'élance vers son but avec plus d'audace.
II i\;ste à montrer le rùlc de la volonté dans la guéri>on des scrupuleux. Une fois qu'elle a retrouvé son activité normale, cette force domine l'inconscicjil et lutte efflcacement contre son flot envahisseur. Elle le rejette à l 'arrière-plan tandis qu'elle met le conscient en pleine lumière. Du coup l'obsession d'ordre religieux, qui n'e.'^t autre que le scrupule, se trouve, avec l'inconsceint dont elle fait partie, (tjntrolée, dominée, vaincue par la vodonté :o(nsc-iente, et par suite disparaît auci.si la phobie i'olïenser Dieu à tout proi)os qui en est la consépicncc.
Le trioinj)he de la force volontaire ne s'arrête pas là : non contente de frapper directement le scrupule, îlle l'atteint dans sa princijKile source, la tristesse. k)us son action vivifiante, de passive qu'elle était, elle ievient active ; de nuisible, utile ; et de stérile, fé- :onde.
A la lin de cett-e étude sur 1 application do la mé- IkkIo Vittoz aux c^is .d'obsession religicoise, il im- )orte de noter une des caractéristiques do cette mélunle, et si noiu> la mentionnons on demiier lieu, î'est parce qu'elle exerce une influence considérable
/joa DIRECTION 1>E CONSCIENCE
SUT le traiteuienit des psychonév roses par la réédu cation du contrôk cérébral et qu'elle est l'un des principaux facteurs de son succès.
Le célèbre psychothérapeute de Lausanne a découvert un moyen simple et pratique de contrôler le travail cérébral. Ses expériences personnelles lui ont démontré qu'il est possible d'obtenir des indications sul'lisamnient précises à cet égard en plaçant la main sur le front du sujet et d'une certaine manière. Naturel leme-nt icelle sorte d'auscultation du (ceirvcaa n'est faite avec succès qu'après un assez long entraînement, et, pour la bien faire, alors même qu'on y est entraîné, il faut une attention extrême. D'après le docteur Vittoz, tout travail cérébral a sa répercussion extérieure susceptible d'être sentie par une main exercée comme l'est la sienne. Cette répercussion se traduit par une série de chocs répétés qui donnent la sensation d'une ondulation ou d'une vibration particulière.
L'expérience classique est de prier une personne do répéter mentalement le tic-tac d'un métronome. En plaçant la main sur son front, soit à plat soit de cl>amp, on perçoit un petit choc ou battement j;)erceptible aKernativement à droite et à gauche et en correspondance avec le mouvement du métronome* Ce dernier augmente-t-il, ou diminue-t-il de vitesse, le battement s'accélère ou se ralentit dans la même proportion. Au cours de cette expérience ou de toute autre, le sujet a-t-il une distraction, le battement cesse aussitôt de se produire. Il existe donc une corrélation entre la pensée du s^Ijet et la sensation perçue sut son front.
RT I'SYCnOTHKl\Al»lE DES TR0LBLE8 NERVEUX 4o3
Grâce à cette ix?lle découverte, il est possible et nièine rokliveiiient facile de percevoir une différence entre mi cerveau ciiliiie ol un agité, entre la pensée contrôlée par le conscient et celle qui ne l'est pai>. Le docteur Vittox ne se propose nullement de découvrir les secrets do ses malades. Peu lui importe de connaître leurs maniùres do voir et leurs goûts personnels, îjon but, d'ailleurs très différent, est de se rcjidre compte si le malade se contrôle ou non, s'il se laisse doiiiuier [>ar son inconscient ou s il le doniine. Non seulement le psychothérapeute arrive à cette constatation, mais il en fait d'autix^. C'est ainsi qu'cji présence d un cerveau non contrôlé, il dis« tingue si le défaut de contrôle provient d un état de torpeur cérébrale, de surexcitation ou de tension. Dans le premier cas, les sensations perçues par la main sont très faibles, tandis que, diuib le deuxième, elles sont fort-es, mais désordonnées et, qu'elles sont dans le troisième, tendues comme les vibrations du pouLi (( lil de fer ».
1.0 principal intérêt ({U offre la découvert© de Viltoz, au point de vue psychothérapique, est d^ permettre au méd<*oiu de suivre pas à pas i'actioQ du traitement sur U\ sujet. Tant que celui-ci demeure malade, les vibrations perçues sur son front sonl irréguUères et elles redevieniient di' plus on plujj régulières ave<' la disparition progressive du ni^l jusqu'au jour de la guéri.son ccnnplète où eWes recou- "vront leur rythme normal.
r.ràcô à catte sorte d'auscultation du cerveau, le prvitirion suffisiunment exi>érimonté se rend compte
4o4 DIRECTION DE CONSCIENCE
si les exercices qu'il ordonne sont faits coinme iU| doivent l'être pour porter leurs fruits. Si le malad< les fait sans attention et d'une manière machinale,^ s'il ne voit là qu'une coû'vée odieuse, les vibrations anormales ne se inodiQenl en rien alors qu'elles redeviennent momentanément normales dans le cas contraire. Tout autres, par exemple, sont les sensations éprouvées au cours d'une concentration bien faite O'U d'un essai de concentration infructueiux.
L'esprit n'est pas seul à exerceir une influence sur les muscles frontaux, la volonté en a une aussi grande, et c'est ce qui permet au psychothérapeiute de contrôler son traitement jusqu'au bout et de ne semer le bon grain qu'en une terre dûment préparée à le recevoir.
La découverte du docteur Vifctoz est très utile aux personnes scrupuleuses comme aux nei*veux en général. Ces obsédés trompent involontairement leurs directeurs de conscience sur leur état d'esprit. Tantôt ils passent sous silence leurs angoisses ou ils en parlent à peine ; tantôt ils les exagèrent et les dramatisent. Encore ne serait-ce qu'un moindre mal si | l'on pouvait se fier à leurs promesses et à leurs serments. Il n'en est rien : toujours prêt à obéir si on le croit sur parole, le scrupuleux, de fait, n'obéit qu'à la longue quand il s'y décide, et jamais qu'à demi. A voir son attitude respectueuse et recueillie, vous pensez qu'il ne perd pas un mot de vos paroles et vous estimez l'avoir convaincu de l'inanité de ses craintes. Grande illusion ! Cet attentif apparent n'a rien entendu de yos arguments et de vos conseils tant il était absorbé dans son rêve habituel. Les
r-T PSYCHOTHÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX t\()')
directeurs spirituels le connaii^sent bien cet incorrigible distrait qui leur répond oui alors qu'il pense non, qui se déclare en -paix alors qu'au niènic instant son esprit écbaffaude de nouveaux prétextes d'inquiétude et d'angoisse.
C'est une soufirance pour le prôtrc d^. n'être jamais certain d'attLindre son but quand il éclaire, admoneste ou encourage un de ces malheureux. Son regret est d'autant i>lus grand qu'en son pénitent il n'a pas affaire à un hypocrite ou à un farc^^ur de mauvais goût, mais à un homme sincère qui trompe son directeur malgré lui. Ses affirmations ou ses dénégations matériellement mensongères ne le sont pas moralement. Les -contradictions, que le prêtre relève dans les paroles ou dans les actes de son dirigé, s'expliquent par la dissociation initiale de conscience, accompagnatrice fatale des idées obsédantes. ÎVun côté, mieux vaut, îx>ur le directeur, avoir afinire à quelqu'un de franc qu'à un inentcur, mais, de l'autre, la difficulté d'agir à bon escient n'en est que plus insurmontable. I^ scrupuleux obéit-il, mi non, et, s'il olx'il, dans quelle mesure.^ Le prêtre n'en sait rien et ne peut rie<n en savoir.
ïmïX)ssible dans la direction de conscience, ce contnMe est ré»alisable dans le traitenjent du scmpTile d'après la méthodt^ Viitoz. Le médecin ordonnet-il au sujet de faire |Kir exemple un exercice de concentration ou d'émettre un acte voTonlaire, rn appliquant la main sur le front du malade, il constate M l'exercice est bien ou mal fait, à bAtons rompus ou d'une manière suivie. Par cotte simple application, le voi];\ mieux rensei;jrné que le pr«Mrp ne peut
4o6 DIRECTION DE CONSCIENCE
l'être par ses interrogations les plus adroites. Du coup, que d'erreurs et d'hésitations évitées.
Grâce à cette sorte d'ausoultation du cerveau, le (traitement suit sa marche régulière et le scrupuleux n'est jamais soumis à une nouvelle épreuve qu'il n'ait triomphé de la précédente. Ainsi médecin et malade sont encouragés par la constation des progrès accomplis, l'un à poursuivre l'application de cette bienfaisainte méthode et l'autre à s'y soumettre. Mieux qu'aucun autre procédé, cette admirable découverte du docteur Vittoz permet l'utilisation aussi complète que possible de la compétence du thérapeute et de ses efforts comme du bon vouloir des nerveux qu'il soigne. C'est le contraire de ce qui se passe au confessionnal où le directeur des personnes scrupuleuses perd si souvent son temps et sa peine.
Il ne faudrait pourtant pas conclure des pages précédentes à l'inutilité de la direction de conscience en matière de scrupule. Là, comme dans toutes les sphères d'ordre moral et religieux, elle a son rôle à jouer, mais il importe de bien l'entendre. On aurait tort de lui demander ce qui n'est pas de son ressort, ce qui se trouve hors portée de ses moyen? d'action. Pourquoi attendre d'elle la guérison d'un trouble fonctionnel de notre psychisme comime l'et^t toute obsession et par suite l'obsession religieuse en laquelle consiste essentiellement le scrupule? Si ce dernier résultait d'un défaut de moralité ou de senchrétien, s'il provenait d'une erreur théologique, i serait tout naturel de s'adresser à un directeur sp' rituel. Par contre, du moment qu'il s'agit d'ui
ET PSYCnOTIlÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX A07
iriauYais fonctionnement du mécanisme psychique, il convient de recourir au spécialiste qui en connaît à fond les mouvements si complexes et les désordres de tout genre qui peuvcmt on suspendre ou en fausser la marche générale.
Sur ce terrain là, qui est son terrain propre, la rééducation du contnMe cérébral d'après le système Vittoz est d'une toute autre efficacité que les diverses méthodes préconisées par les. auiteurs ascétiques. Ces dernières seront souverainement utiles au scrupuleux, mais quand le spécialiste des troubles nerveux l'aura rendu capable d'en profiter. Comment se soumettre d'esprit et de cœur à une discipline purement morale, comme l'est toute direction de conscience, si l'on n'est Fnaîlre ni de son cerveau, ni de sa volonté par défaut de contrôle? Pour mettre à exérulion de sages conseils et suivre une ligne de conduite Irnréc d'avance, encore faut-il n'être ni cet inattentif involontaire, ni cet esclave de l'inconscient qu'est le scrupuleux caractérisé sous l'empire de son obsession religieuse. Voilà pourquoi le prêtre fait preuve do bon sens on adressant, s'il le pfuit, au psychothérapeute de profession ses dirigés atteints de scrupule véritable. Puisqu'il se trouve en pr('senre d'une maladie d'ordre psychique, lui, médecin des Ames, s'efface devant le médecin du psychisme. Ce n'est pas qu'il renonce A .toute intervention ultérieure, mais il ne veut intervenir qu'une fois le f)sychisme remis en ordre, i><>ur jrter la bonne semence sur une terre où elle puisse germer et sp reprofluirc.
Loin de méconnaître le rôle do la direction spirituelle en matière de scrupule, le docteur Vittoz voit en elle un adjuvant des plus précieux pour le plein succès de sa méthode. Si cette direction n'a pas sa place indi4uée dans le traitement fonctionnel, le seul dont il ait été question jusqu'ici, elle a lieu, en revanche, de s'exercer dans le traitement psychique, dont il reste à définir la nature. Le neurologue de Lausanne le fait en ces termes (9) : « Après la rééducation de la volonté, nous avons iterminé le traitement fonctionnel, iméc,i:nique du cerveau. Le malade a en mains de^ armes suffisantes pour se guérir : il sait en effet modifier une vibration anormale, il peut se concentrer et même utiliser sa volonté ; il lie lui reste donc qu'à créer de nouvelles habitudes mentales en surveillauft son contrôle. La simple application des procédés qu'il connaît rétablira sûrement «on équilibre cérébral.
(( Dans bon nombre de cas simples, le traitement fonctionnel, dans d'autres plus compliqués, un complément d'instruction plus particulièrement psychique devient quelquefois nécessaire. Cet/te second© partie du traitement s'adressera à l'idée, à la conception de la pensée, aux différentes modifications que l'état maladif imprime à l'esprit. Elle montrera comment il dénature les faits, les idées, les sen» timenit^. »
(9) Traitement de^ p<tychonévroses par la rêéduôation dtî rnntrôln cérébral, Paris. lOll, p. 101, 109
i;r PSYCHOTHÉRAPIE DÈS THOUliLFS NERVEUX /|0'J
Le directe ur de conscience, b'ii e^t bon psycho» logiie i>eut, dans ce nouvel ordre d'id6e8, intervenir d une façon des plus utiles. Par des interrog-ations intelligeninient posées, il arrive souvent à découvrir celle cause n)vstérieu>e du s(:rui)ulo que \ ilto/ défionimo cliclià. C'est une impressioai ancienne, crisilallisée ix>ur ainsi dire dans lo cerveau, qui déterliiiiic toujours la iiicaie obsession et la niAnie angoisse pur un mécanisme inconscient du malade. La signaler au scrupuleux connue la source de s<»r> troubles f^ychiciues et l'en convaincre, c'est du cou-p le guérir de ses folles craintes. Kn remontant jusqu'à rapi)ariUofi du scru[)ule, le prêtre constate quo l'impression Lrani^formée tout aussitôt en cliché provient d'un cauchemar, d'un njot entendu au confessionnal, (1 (in tableau vu dans ime église ou de qu<ilquo autre fait en soi dô nulle imiK>rtance, mais dont les suites insoupçonnées ont été désastreuse^î.
Un directeur da (^onscienco expériimcinité lutte contre, les idées anormales parce qu'il les reconnaît sans pfine à le^us caractére;> d'irréel, d'impiécision, d'instabilité, d'égoïsnie cl d'illogisme. Son premier soin e»t d'exhurler l'intéressé h redevenir plus conscient, ])bis réfléciii et plus énergique. Surprend-il aussi clicz son dirigé la Irislesse passive, il la lui représente coniuK^ <'xprèmement dangereuse au double point de vue psYchi([uo ei moral. Knlin tout directeur bon |>sycbologue tie.nt pour mauvaise la tendaiK'e A l'inertie, à l'isolement de S(^ send)lal)les (t i^ la vie irréelle. î^on plaidoyer en favour do l'aclivile vol(>fitair(\ de l'amofir du procliain, des de\olrs de riii'ui( |M<'-tiile, es! un st^rvice rendu tout en-
semble à la cause de la Religion qu'il représente et à celle de l.a psychothérapie qu'il défend souvent sans en avoir conscience.
C'est aussi le rôle du prêtre de bon sens et d'expérience d'insi^irer aux nerxeux l'horreur de tout ce qui trouble, surexcite ou déprime, et, si ces nerveux ont été malades, de leur persuader qu'en suivant leurs conseils ils éviteront toute rechute.
Le lecteur a pu s'en rendre compte au cours de cet ouvrage : ce rôle a été rempli avec une intelligence, un tact et une douceur admirable par ces directeurs de génie que furent saint François de Sales et Bossuet, saint Alphonse de Liguori et saint Vincent de Paul, le Père de Piavignan et Mgr d'Hulst.
En résumé, puisque, d'une part, le scrupuleux est atteint d'obsession religieuse, c'est-à-dire de trouble d'ordre psychique, il le faut d'abord .soume.ttre à un traitement fonctionnel du cerveau, et c'est l'affaire du médecin ; d'autre part, puisqu'après ce traitement pour ainsi dire mécanique, il a besoin d'indications et de conseils qui relèvent et de la psychothérapie et de la morale, c'est au directeur de conscience à les lui donner aussi bien qu'au spécialiste des troubles nerveux.
Le thérapeute du corps, en rendant au mécanisme psychique son fonctionnement normal, le rend apte A recevoir les bonnes impulsions données par le prêtre; et celui-ci, à son tour, par l'assistance morale qu'il prête au scrupuleux et par la disciplin/î largement comprise à laquelle il le soumet, assure contre tout péril possible, sinon probable, les bienfaits du traitement médical.