‹ Direction de conscience, psychothérapie des troubles nerveuxChapitre 2 sur 24 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Rôle et importance de la direction de conscience dans les maladies de l'âme.

Le rôle de la directioii de conscience dans les maladies de l'âme est si important qu'il est jugé nécessaire par l'Eglise, tout au moins d'une nécessité générale et relaitive. Si des Saints, comme Paul l'Ermite et Marie l'Egyptienne, se sont sanctifiés sans ce secours, c'est une exception qui confirme la règle. Aussi quand Michel Molinos, au xvif siècle, s'est attaqué à cette pratique chrétienne, dont il niait tout ensemble l 'existence et l'utilité pourtant manifeste, ses railleries ont été condamnées par Rome. Il faut donc les tenir pour erronées dans leur fond et préjudiciables au bien des âmes. Personne d'instruit de notre passé religieux ne saurait prétendre que la direction spirituelle ait eu, dès l'âge apostolique, la forme et l 'extension qu'elle va depuis près de quatre siècles. Pour être de modalité très différente, elle n'en existait pas moins au début même du Christia-

nisme. Jésus n'a-t-il pas été pour ses apôtros, et sans doute pour plusieurs de ses disciples, un admirable directeur de conscience, les traitant chacun conformément à leur caractère et à leurs besoins particuliers? Autres sont ses arguments, ses remontrances et son langag-e, si le Maître s'adresse à Pierre l'impulsif ou à Jean le tendre, à Jacques l'ambitieux, à Judas l'avare ou à Thomas l'incrédule. Et c'est bien dtî la direction individuelle, puisque, en dehors des enseignements au collège apostolique, se trouvent mentionnés dans l'Evangile des avis expressément «adressés à tel ou tel apôtre. En agissant ainsi, Jésus se conformait à la coutume des rabbis que le Talmud montre plus ou moins soucieux de la formation morale de leurs disciples.

Les Epîtres de saint Paul sont plus explicites et plus affirmatives encore au sujet de cette coutume. Est-il actuellement beaucoup de dirigés qui soient l'objet d'une sollicitude semblable h celle de saint Paul pour Tite ou pour Timothée.^ Cette sollicitude est si intelligemment entendue et d'un dévouement si parfait qu'elle a été maintes fois proposée en exemple aux directeurs spirituels. Pour tHre convaincu que Dieu seul donne raccroi.^sement aux ânin;, Paul ne les en arrose pas moins de ses sueurs avec autant dp clairvoyance que de zèle.

I>a direction do conscience n'est pourtant pas, 5 cette éix>que, ce qu'elle est devenue^ longtemi>s ai)rès avec Ignace de Loyola et François de .^ales. Autant qu'il est possible d'en juger \kit la IFttératun^ du temps, ces causeries intimes, assez fréquentes aujourd'hui entre |)nMrc et fidèle, sont rares. Elles

existemt cependant, mais à l'état d'exception, comnie Je prouvent les Epîtres de saint Jérôme à sainte Pau le et la volumineuse correspondance de saint Augustin ave-c des femmes mariées, des veuves et des vierges.

Si la direction n'est presque pas faite à huis-clos, sous forme de conversations ou de lettres particulières, elle est faite, |>ar la plupart des pasteurs, du haut de la chaire. Tout en étant d'un caractère plus général, elle ne manque pas d'atteindre personnellement les auditeurs de bonne volonté. Très différente de ce qu'elle est devenue dans les temps modernes, h prédication est toute d'actualité et de nature éminemment pratique. Si l'orateur parle des vertus et des vices, des qualités et des défauts, c'est toujours de ceux plus particulièrement propres au milieu social qu'il a mission d'évangéliser. Connaissant bien ses ouailles, mêlé journellement à leur vie, il n'ignore rien de leur tournure d'esprit, de leurs goûts et de leurs mœurs. Appelé constamment à résoudre des problèmes d'ordre public ou privé, conseiller dans les cas difficiles, arbitre dans les querelles, il a une vue nette des besoins de son peuple, et son éloquence n'a qu'un but : les satisfaire. Le goût des auditeurs pour les longs discours facilite sa tâche. Libre de donner à son thème toute l'ampleur désirable, le prédicateur descend dans de si nombreux détails qu'il est loisible à chacun d'y trouver quelque éclaircissement sur sa conduite personnelle. Enfin le prestige du ministre de Dieu, son autorité généralement reconnue et acceptée lui permettent de parler des questions les plus délicates, les plus

brûlantes, et il le fait quelquefois avec une franchise brutale. Il est des homélies de saint Augustin ou de saint Jean-Chr)SOstorne, où les portraits d'hommes vicieux sont si complets, si précis, si vivants qu'il est impossible de ne pas reconnaître les coupables pour peu qu'on ait quelque connaissance de leur lamentable histoire.

L'Eglise grecque est d'accord avec l'Eglise latine pour affirmer la nécessité do la direction de conscience. Cette nécessité est proclamée {>ar l'esprit chrétien .sous sa forme la plus parfaite, la sainteté. « Quiconque — écrit saint Bernard (i) — n'a d'autre Maître que soi se fait le disciple d'mi triste Maître. Je ne sais quel sentiment les autres ont d'eux-mêmes, quant à moi, j'ai éprouvé j>ersonnellement ce que je dis : je trouve plus facile et plus sûr de gouverner les autres cjue de me conduire. » Voilà le fruit d'une expérience personnelle. Voici UTi témoignage touchant c'est la dernière recommandation de saint Louis à son fils (2) : « Confesse-toi souvent, élis un confesseur idoine, qui soit prud'homme et qui te puisse sûrement enseigner \ faire les choses qui te sont nécessaires. » Dans le sentiment de saint Bernard, saint François de Sales écrit (3) : « Serons-nous si osés de dire que nous nous gouvernerons bien nous-mêimes, comme n'ayant plus besoin de direction ni de l'aide de ceux qu^'^

(1) Lettre au clianolnr rèifulirr Oyicr. n* 87, 7.

(2) JolnviUe. Hlst. (te antut Louis, c. iilt.

(3) r.fs vrais entretiens spirituels. III. Dft la formet^. VI. 44. Tous les textes rto François de Salrt* sont cités <rapr^5 l'Mltlon complot* do ses œuvres publia' par les soins des Vlsltandines du l** Monastôro d'Annecy.

2'j DIRECTION DE CONSCIENCE

Dieu nous a donnés pour nous conduire, ne les estimant assez capables j)our nous? Dites-moi, l'ange était-il j)lus que Notrc-Seigneur ou Notre-Dame? Avait-il meilleur esprit et plus de jugement? Nullement. Etait-il plus qualifié et doué de quelque grâce î-vpéciale ou particulière? »

François est si convaincu de la nécessité d'un conducieitr spirituel qu'il consacre à la démontrer tout un chapitre de son Introduction à la vie dévote, ouvrage pourtant destiné aux personnes du monde. On y lit ces lignes (A) : (( Voiulez-voais à bon escient vous acheminer à la dévotion? Cherchez quelque hommo de bien qui vous guide et conduise, c'est l'avertissement des avertissements. Quoi que vous cherchiez, dit le dévot Avila, vous ne trouvt^rez jamais si assurément la volo'Uté de Dieu que par le chemin de cette humble obéissance, tant recommandée et pratiquée par tous les ancieins dévots. La bienheureuse mère Thérèse aimait tant cette vertu qu'oiutre l'obéissance qu'elle devait à ses supérieurs, elle en voua une toute particulière h un excellenl. homme, s'obligeani de suivre sa direction et conduite, dont elle fut infiniment consolée, comme après et devant elle, plusieuirs bonnes âmes, qui pour se mieux assujettir à Dieu, o^nt soumis leur volonté h celle de ses serviteurs, ce que sainite Catherine de Sienne loue infiniment dans ses Dialogues. »

Dans ses vrais entretiens spirituels, François donne les raisons de cette pratique si sage de la direction do conscience (5) : « Nous sommes en cette vie des-

(4) Introd. à la vie dévote, m, 22, 23. (.s\ Lps vraia entrctiena spirituels, VI, 42.

SUS la glace, trouvant à tous propos des occasions propres pour faire trébucher et tomber tantôt en chagrin, ores en des murmures, un peu après en des ( bizarreries d'esprit qui feront que l'on ne pourra rien faire qui nous paisse contenter. Les aides que l'on nous donne sont pour nous aider à nous tenir fermes en notre chemin. 0 Dieu, avec quelle franchise, cordialité, sincérité, simplicité et fidèle confiance ne devons-nous pas traiter avec ces aides. »

Le saint évéque de Genève revient constamment sur cette doctrine : « Tniitez avec votre directeur à cœur ouvert — recommande-t-il à sa Philothéc (ti) ■ — en toute sincérité et fidélité, lui manifestant clairiinent votre bieji et votre mal, sans feintise ni dissimulation, et, par ce moyen, votre bien sera examiné et plus asoui-é, votre mal sera corrigé et remédié. Vous en serez allégée et fortifiée en vos afflictions, modérée et réglée en vos consolations. Ayez en lui une extrême confiance mêlée d'une sacrée révérence. Confiez-vous en lui avec le respet t d'une» fille envers son p<''ix^, resi>ectez-le avec la confiance d'un fils avec sa mère. »

Ces textes démontit^nt, par l'état morbide d«^ notre àme, Ki nécessité de la direction spirituelle NoiTo nature moralement affaiblie et blessée par le péché originel et par nos fautes personnelles exige une médication approprie'^ à ses maux. Ottc médication. lt> (ihri^l r,i prescrite dans ses grandes lignes, mais c'est au directrur de conscience d'en faire l'application de telle ou de telle manière, selon

/'■'■-' il /»/ vie <léV)lc. III. '2i. 20.

1<Î5 sujets et les cas. En définitive, k direction nous est nécessaire parce que nous sommes ilous plus ou moins gravement malades, et il en est de nos maladies spirituelles, comme des psychonévroses, elles sont curables à condition d'être intelligemment traitées. C'est précisément pour aider quelque peu à l'intelligence des maux de l'âme que nous les rapprochons, dans cet ouvrage, des troubles nerveux avec lesquels ils sont si souvent et si étroitement mêlés. L'étude de ces derniers projettera sans doule sur les premiers quelque lueur nouvelle, et de son côté l'analyse de nos misères imorales ne sera pas sans utilité pour la connaissance plus approfondie et plus pratique de nos misères psychiques. Nous le constaterons au cours des chapitres suivants, la psychothérapie et la direction de conscience sont deux arts appelés de plus en plus à se prêter un mrutuel appui, à s'unir dans une réciprocité de services.

•Cette façon d'envisager la direction spirituelle comme une thérapeutique d'ordre moral est commune chez les auteurs ascétiques. Avec son admirable bon sens, saint Vincent de Paul l'adopte (7) : (( Je suis marri, écrit-il à Mlle Legras, sa dirigée, de ce que vous laissez tremper votre esprit en quelques vaines appréhensions qui sont plutôt à empêchement qu'à avancement de votre salut. Mettez-vous toute dans la sainte direction qui opère la confiance en Dieu el le res{>ect de soi. » Combien suggestifs pour des neurologues sont des mots de respect de soi sous une telle plume.

(7) Lettre à Mlle Legrras, n' 3.

ET PSYCHOTnEK.\PIE DES TROUBLES NERVEUX 27

L'avisé M. Vincent résume ainsi les avantages de là thérapeutique spirituelle (8) : « La direction est grandement utile : c'est un lieu de conseil dans les diiiicullés, d'encouragement dans les dégoûts, de refuse dans les tentations, de force dans les accxblements, enfin c'est une source de biens et de consolations quand le directeur est bien charitable, prudent et expérimenté. »

Si la psychothérapie fait des merveilles, la direction de conscience en fait de plus grandes encore, son action est illimitée parce que, derrière le thérapeute humain, se lient, attentif et agissant, le médecin par excellence. Le directeur ne doit s'eai prendre qu'à lui-même, si ses filles et ses fils spirituels demerur-ent malades, alors qu'ils sont pourtant dociles à ses prescriptions. Qu'il accuse en ce cas son incapacité, son ignorance ou son égoïsme : « Sur mille personnes que Dieu appelle à la perfection, écrit Godinez (9) cité par Poulain et Ribet, dix à peine corresix>ndent, et sur cent que Dieu invile à la contemplation, quatre vingt -dix-neuf manquent à l'appel. :\u lieu d'exagérer les difficultés de cette entreprise et de tant accuser la faiblesse humaine, il faut reconnaître que l'une des principales causes est h' manque de maîtres spirituels. » Ne fait-on pas cette coiLstatation au sujet des |>sYchonév roses? Combien de neurasthéni(iues ne ^'■uérissent piis faute de médecin capable.

Rien de plus pénible pour un bon directeur comme

(8) Leltre à Sœur Jeanne Le Peintre. Paris. IM f<^vricr le-'^O. W Téol mtst, 1. VII. r i. clt* par Rlbel. AscéUque, c. 34. n* 9 ; Poulain, Des Grdces d'oratson, 5t5.

•Jb DIRECTION DE CONSCIENCE

d)6 voir son art exercé par des incompétents ou des esprits Taux. En proie à cette souffrance, Bossue t, si raisonnable en tout, écrit cette condamnation des prêtres de tendanceis quiétistes (lo) : « Je ne comprends plus rien aux directeurs : à force de raffiner sur les goûts, sur les sensibilités, sur les larmes, ou met les âmes tellement à l'étroit qu'elles n'osent recevoir aucun don de Dieu. )>

Saint Vincent Ferrier n'est pas moins affirmatif sur l'efficacité sans limites de la thérapeutique spirituelle, et son témoignage repose sur sa longue expérience des âmes. « Quiconque — écrit -il (ii) — aurait un directeur par lequel il se laisserait conduire, et auquel il obéirait en toutes ses actions, petites et grandes, arriverait plus facilement et plus vite à la perfection qu'il ne pourrait le faire par lui-même, eût-il un degré d'intelligence extraordinaire et des livres sur la nature des vertus et sur les moyens de les acquérir. Je vais plus loin et je dis que Notre- Seigneur, sans lequel nous ne pouvons rien, n'accordera jamais sa grâce à celui qui, ayant à sa disposition un homme capable de le diriger, néglige ce puissant moyen de sanctification, croyant se suffire à lui-même et pouvoir par ses propres forces chercher et itronveir les choses utiles au salut. Car cette voie de l'obéissance est la voie royale qui conduit sûrement les hommes au sommet de cette échelle mystérieuse où le Seigneur semble s'appuyer. Tous ceux en général, qui ont tendu vers la perfection ont suivi ce chemin, à moins que, par le privilège d'une grâce

(10) Lettre à Mme d'Albert de Luynes, Germigny, 17 oct 1693.

(11) Traité de la Vie spirituelle

ET PSYCnOTHÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX 29

toute particulière Dieu n'ait instruit par lui-mên:ie quelques aaies privées de directeur. Dans ce cas la bonté divine supplée les instruments exéérieurS; pourvu toutefois qu'elle trouve un cœur humble et désireux de s'unir au Seigneur. »

Une dominicaine du dix-septième siècle, Julienne Morel commentant ce texte de Saint-Vincent Ferrier, fait des réflexions si judicieuses qu'il nous parait intéressant de les reproduire, à la suite du Père Meynard : (12) « Dieu qui par son infinie sagesse dispose toutes choses suavement au grand profit de nos âmes, a très siigcmcnt ordonné que les hommes gouverneraient et enseigneraient les hommes : ceux qui gouvernent et enseig-nont, et ceux qui sont enseignés et gouvernés, en retirant des avantages merveilleux et des signalée mérites ; ceux qui gouvernent et enseignent, en exerçant la charité, la bénignité, la iwlience et plusieurs autres vertus ; ceux qui sont sous leur <:ondui.le, pratiquant l'humilité, soumission, obéissance, mortification, et acquérant par c^ moyen do riches trésors de grâce et de gloire. Selon le conseil de notre saint auteui- v[ le commun consentement do tous les Do<:tcurs, celui qui désire atteindre à la perfection ne doit poinl se gouverner do sa tôte, ni se fier à son jug<-ment, [>our ^nande capacité, expérience en doctrine qu'il puisse avoir, mais so so^nu'tro humblement à la conduite d'un bon p^^o spirituel. »

Néces6;iiro h toute éjxxiue. la dire<'tion de cens-

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Vinrent hj'irter, c. 4. Avignon et Lyon. 1C17 ; rlté par Maynnnl. Traili' tic ht vie Inh^rinire. Taris. l'.MO. I. .12 33.

ou DIRECTION DE ÛONSCIENCE

cience d'est aoijourd'hui plus que jamais. Moralistes religieux ou rationalistes sont d'accoixl avec psychologues et médecins pour constater chez l'homime actuel raftalblissemeiKt de la volonté. Ce défaut d'éner gie est même l'un des traits les plus symptomatiques de notre civilisation, et, avouons-le, sa principale tare. L'héroïsme déployé durant la guerre n'infirme pas ce fait aux yeux de quiconque possède quelques notions de psychologie. D'ailleurs le défaut de caractère est presque aussi général depuis la paix qu'il l'était avant la grande luitte. Puisque nous sommes, ix>ur la plupart, incapables de nous diriger nousmêmes, encore faut-il nous laisser diriger par d'autres dans la voie du bien. La direction de conscience devient pour nous un besoin, une nécessité par suite de notre excessive suggestibilité qui nous expose à subir des influences nuisibles. Suggestibles ne le sont pas seulement les névrosés tenus pour tels, nous le sommes tous dans une certaine mesure, d'ordinaire plus large que notre naïveté ne le pense. La suggestibilité, pour le neurologe Dubois, est notre état normal. (i3). On peut dire hardiment — écritiî — que tout le monde est hypnotisable, suggestible Si certains sujets ne le sont pas, c'est momentanément parce qu'ils traversent une crise de scepticisme, de crainte ou de distraction. La femme l'est encore plus que l'homme parce qu'elle sent plus vivement, qu'elle a une imagination plus active et qu'elle subit plus facilement le joug des représentations mentales (i4). Aussi la direction de cons-

(13) Les Psychonévroses 256-257.

(14) Ibid.. 211.

cience lui est^le plus indispensable encore à cet égard. Mais, sous un autre ix>Lnt de vue, cette direction nous est plus nécessaire qu'aux filles d'Eve. (( Les facultés logiques sont plus développées chez riioninie — remarque Dubois (i5) — peut-être par le fait de son organisme physiologique, peut-être de l'éducation qu'il a reçue. Il accepte moins facilement les suggestions quelque peu absurdes, il est moins démonstratif dans l'expression de ses malaises. Par contre il n'a pas autant que la fenmie l'habitude de la souffrance résignée, il se décourage plus fucilenient, comme le montre la plus grande fréquence de suicide chez les hommes. C'est la tristesse, le découragement, la veulerie, l'impuissajice d'agir qui dominent chez lui. » Ainsi pour des causes différentes, et scientifiquement constatées, les deux ont besoin, l'un et l'autre, de la direction spirituelle. Bien qu'il n'eut pas étudié les psychonévroses. Sénèque n'en connaissait pi\s moins la suggestibilité humaine. « Personne — écrit -il à Lucilius — (i6) n'est assez fort pour échapper aux funestes influences qui nous détournent du bien. Il faut que quelqu'im nous donne la main et nous conduise. Tout en faisiuit nos efforts pour sortir du mal, invo(juons le secours dc^ autres. Qui appeler à votre aide? Celui-ci ou celui-là indifféremment? Non. choisissons ixirmi ceux qui nous entourent ceux dont la vie est une leçon, ceux qui après avoir dit ce qu'il faut faire, confirment leui^ paroles par leurs wcles, ceux qui, en enseignant ce qu'il faut éviter, ont soin de n'être

(15) Ib.

(10) Epist. LU.

Sa DIRECTION DE CONSCIENCE

jamais surpris dans les fautes qu'ils réprouvent. Enfin chodsisso'iis un guide qu'on puisse admirer en le voyant plus qu'en rentendaiil. » Plus heureux que Sénèque, le ChréLicn convaincu admire les paroles de son dire-cteur alors même qu'elles sont en contradiction avec sa conduite, parce que ses conseils sont ceux de Jésus- Christ, dont le prêtre c-atholique est le porte -parole.

En traitant les maladies de rame clivez les individus, la direction spirituelle exerce indirectenrient sou action curative sur le corps social, tout comme ïe fait le médecin par le traitement des psychonévroses. Combien d'attentats à l'ordre public sont ainsi évités. Il est des temi>éraments telleiment portés au vice qu'ils incitent bientôt au crime, s'ils n-e rencontrent aucun x)bstacle ni dans la nature, ni dans la grâce. La plupart des grands scélérats, — observe Saudreau, (17). — n'ont rien fait que de se laisser entraîner à suivre leurs inclinations natives, auxquelles ils auraient pu résister, s'ils l'avaient voulu, ou si un directeur, ajouterons-nous, les avait incités à le vouloir.

Rien d'étonnant que le Père Monsabré ait pu conclure en ces termes sa conférence sur les effets réparateurs de la confession : (18) (( Le confesseur (à fortiori le directeur de conscience) consolide l'édifice social en s'imposant à l'explosion des vices ou en corrigeant les manifestations ; il contribue à son perfectionnement et à sa splendeur en encourageant les grandes vertus qui nous honorent et nous consolent. »

(17) nés degrés de la vie spirituelle, I, 24.

(18) ConUvences à Notre-Dame, n° 75

ET PSYCHOTHÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX Sj

ruisjque ce chapilre a poux objtl le rùlo et l'importance' de la direction do conscience dans les maladies de l'ànie, il comporte l'examen des objectiona fait.es à celle pratique. La seule vraiment sérieuse est expriniét^ par Caro en termes modérés et délicats : (i9) «A force de tribulations secrètes et de Ifoubles, observe ce philosophe spiritual iste, j'ai peur que l'àmo dévole ne se lasse de ses luttes et ne se remette compl.nement aux mains d'aulrui, et ne cherche son repos dans une abdication... On est presque heureux de senlir qu'on ne s'appartient pluo paix^e qu'on espère vaguement qu'on aura plus à répondre de soi... \oilà, selon moi, Je péril le plus sérieux de la direction. Sous quelque prétexte que c*i soit, l'àme n' a pas le droit de se démettre de sa responsabililé, eUc n'a pas le droit de renoncer à h noble falijj^ue de. vivre. »

L'objection de Caro si bien présentée n'est pas nouvelle, et il s'est toujours rencontré pour la formuler des esprits faux ou malveillants. « Les meilleures choses, — écrit a ce propos Fénelon (ao) sont les plus p:tllées parce que leur abus est pire que celui des choses moins bonnes. VoilA ce qui fait que la direction est si décriée. Le monde la reprarde comme un (irt de mener les esprits faibles et d'en tirer parti. Le dircNTteur passe pour un homme qui se sert de la religion pour s'insinu<>r, pimr gouverner, ix>ur con-

(19) I^oitvellçs ôtmlrs ruoralvs sur Ir trnivs pn'scnt.

(20) Lettre sur lu Direction,

tenter son ambition, et souvent on soupçonne dans* la direction, si elle regarde le sexe, beaucoup d'amusement et de misère. »

Que le lecteur y prête attention : n'et-ce pas là, l'objection principale formulée contre la psychothérapie? n'affecte-t-on pas dans certains milieux, de voir en elle l'art de mener les esprits faibles et d'en tirer parti? Ne regarde-t-on pas volontiers le médecin comme un ambitieux doublé quelquefois d'un Tartufe ?

Si des abus se sont glissés dans la direction de conscience, et ne s'en glisse-t-il pas en toutes choses, cette direction, telle que l'entend l'Eglise, telle que l'enseignent et la pratiquent les grands directeurs, est avant tout respectueuse de la volonté de l'hoimme et du libre exercice de ses puissances intellectuelles. Rien de plus catégorique à cet égard que ce passage de saint Jean Chrysostome qni pourrait être signé par un rationaliste (21) : « Que personne ne prétexte de son ignorance pour négliger la vertu ; qu'aucun de nous ne prétexte qu'il manque de guide pour lui montrer le chemin, nous avons tous un maître qui suffit, c'est la conscience et nul n'est privé de ce secours. En mênne temps que l'homme fut formé, le discernement des actions lui a été donné, afin que, s 'exerçant, comme dans une palestre, aux travaux de la vertu, il puisse conquérir les récompenses conformes à ses mérites. »

Si l'on consulte la théologie et que l'on interroge saint Thomas sur la volonté libre, il fait cette ré-

(21) Homélies, n" 54, sur le Genèse.

pense propre à contenter quiconque ne confond pas liberté avec licence (22) : « Le libre arbitre n'est pas donné à l'homme pour lui permettre de suivre toutes ses fantaisies et de satisfaire tous ses caprices, il lui est donné pour que, à la différence des êtres sans raison, il n'agisse pas sous l'impulsion d'une nécessité naturelle, mais par l'effet d'un libre choix né do l'exercice régulier de ses propres puissances. » L'obéissance à un directeur, pourvu qu'elle procède d'un libre choix, ne saurait être taxée de sottise. La Bruyère, si bon psychologue pourtant, l'estimait au contraire acte sage et souverainement utile, quand il écrivait (28) : « Je ne haïrais pas d'être livré par la confiance à une j>ersonne raisonnable et d'en être gouverné en toutes choses et absolument, eX toujours, je serais sûr de bien faire ; je jouirais de la tranquillité de celui qui est gouverné par la raison. » D'ailleurs s'il est un acte éminemment volontaire, c'est de se maintenir soumis à quelqu'un dont les avis sont souvent contraires aux nôtres et dont les décisions s'opposent plus fréquemment encore H nos penchanls naturels. Chez une nature humaine, ^a suggestibilité est faible, très faible, quand il s'agit d'un mal à faire ou plutôt à laisser faire par l'aveugle et spontané mouvement des passions. Certaine jx'issivité app^irontr, comme la résignation dans le malheur, exige plus d'efforts réfléchis -que n'en demandent la plu|)art do nos actes. En avançant dans la vie, on comprend qu'il est souvent plus difficile de se taire que de parler, de suspendre son

(2î) Lettre d une Vtsitamliuf, XIX, 10. (23) Les Caractères, c. iv.

action que de la déployer librement au dehors. Les médecins le constatent journellement pour peoi qu'ils s'occupent de psychothérapie.

L'action sociale exercée par les religieux et religieuses dans tous les ordres d'idées prouve que la direction de conscience, tout en s'étendant chez eux aux moindres détails de leur vie, loin d'amoindrir leur volonté, la fortifle en l'éclairant et en la canalisant pour leur bien personnel et le bien de leurs semblables. Si beaucoup de chrétiens soumis à leur directeur manquent d'originalité partout et toujours, c'est parce qu'ils sont naturellement incapables d'en avoir. Les personnalités accusées sont si rares, surtout à notre époque ! De .ce que la Direction spirituelle n'affaiblit pas la volonté, il serait puéril d'en conclure qu'elle la transforme miraculeusement en un grand arbre chez les âmes où elle n'est qu'à l'état de germe. Il est des femmes et quelquefois des hommes qui subissent manifestement l'influence de leur directeur : leur expression de physionomie est la sienne, leurs paroles sont ses paroles et leurs gestes, ses gestes. Pourquoi crier, en Icsvoyant ,àroppression des consciences, alors que nous sommes en face de personnes sans caractère incapables de penser et d'agir par elles-mêmes .>^Ces faibles étaient condamnés d'avance à vivre dans le sillage d 'autrui. Au fond, s'ils sont influencés par le prêtre au point de n'avoir en eux rion de vraiment personnel, ce n'est pas que leur directeur veuille les dominer, c'est parce ^qu'ils sont naturellement influençables à l'extrême.

Pour juger de la direction de conscience il faut

la voir ri'x prises avec une volonté moyenne. Cherchera-t-elle à la subjuguer à son profit? Cette conGscation de la liberté individuelle est une chimère. Théoriquement elle est possible, pratiquement elle ne l'est pour ainsi dire pas. Suivant une remarque déjà faite, l'homme est instinctivement réfractaire à la suggestion quand elle s'oppose nettement à son inertie morale et à ses inclinations mauvaises.

En toute hypothèse, un fait indubitable est, chez les grands directeurs spirituels, leur profond respect du libre arbitre de leur dirigés. Il en est ainsi chez les médecins consciencieux de l'importance et du rôle si délicat de la psychothérapie.

Sainte Jeanne de Chantai, témoigne de cet état d àme chez saint François de Sales : « Il était — écrit-elle (34) — tout-à-fait admirable et incomparable à dresser les esprits selon leur portée sans jamais les presser ; ainsi il donnait et imprimait dans les cœurs une certaine liberté qui affranchissait de tout scrupule et difficulté. Il laissait volontiers agir l'esprit (le Dieu dans les âmes avec une grande liberté. » Ce témoignage a d'autant plus de poids qu'il émane de la confidente par excellence du Saint, de sa collaboratrice dans la fondation du cher institut des Visitandines, pour laquelle évidemment la direction de François n'avait pas et ne pouvait pas avoir de secrets.

1*1 lecture des Exercices spirituels de saint Ignace montre aussi, d'un bout à l'autre, combien ce guide

(24) Œui'res de sainte Jeanne de Chanta!. II. 900, 901 ; cité par Henri Brômoryl. Hist. littéraire du sentiment reUfjieux en France,, II, r'O.

incomparable a le souci, presque robse&sion, non seulement do ne jamais \iolenter les âmes, mais d'assurer un développement conforme à leurs tendances particulières. S'il leur propose un moyen de sanctification, il a soin tout aussitôt de les avertir qu'elles peuvent le ne'gliger pour en choisir tout autre mieux approprié à leur caractère ou à leurs besoins. Le Saint presse les retraitants de s'acheminer vers la sainteté, mais vers une sainteté très fortement réfléchie et voulue.

Le conseil suivant de Bossuet aux directeurs de conscience est un bel hommage i^endu à la liberté (25) : (( Loin de vouloir vous attacher des âmes infirmes, rendez-les libres, et, autant que vous le pourrez, mettez-les en état d'avoir moins besoin de vous, et d'aller comme toutes seules par les principes de conduite que vous leur donnerez. » Comme J. Calveri'a mis en lumière, la direction de conscience n'est pas pour Bossuet un but, mais un moyen, celui d'apprendre à l'âme à se diriger seule et à se passer de directeur. Cotte observation de Calvet ne doit pourtant pas être prise à la lettre. Rien de plus erroné que de croire qu'en avançant dans les voies de la perfection, il soit loisible à l'âme de se gouverner elle-même sans conseils ni encouragements, Plus l'âme monte vers Dieu et plus elle est sujette à de dangereuses illusions, l'assistance d'un directeur éclairé, loin de lui être inutile, lui devient de plus en plus nécessaire. Tel est l'enseignement unanime des auteurs ascétiques. La direction toutefois

(25) Méditations sur l'Evangile, 56* jour.

doit rendre l'obéifisance de plus en plus consciente et volontaire. Elle doit tendre à devenir peu à peu une sorte d« collaboration mystique entre directeur ^t dirigé.

A s'en tenir au sens du mot, direction n'est pas synonyme de transformation, de modification foncière. Le devoir du directeur n'est pas de façonner une âme suivant un plan préconçu afin de lui donner la forme de perfection qu'il juge objectivement la meilleure. A vouloir le faire, il (bourrait risque de détruire au lieu d'édifier, de boul verser au lieu de transformer. Le mieux ici est l'ennemi du bien. Le rôle du directeur, au contraire, est d'aider son fils spirituel à se connaître moins imparfaitement afin d'utiliser davantage ses ressources intellectuelles et morales, afin de s'affirmer de plus en plus lui-m^me dans tout ce qu'il a d'humainement bon.

Telle est, semble-t-il, la pensée de Calvet, mais le tort de cet auteur est de s'être exprimé d'une manière équivoque, qu'il corrige il est vrai pir les explications suivantes (36) : « Rien ne vaut dans la vie spirituelle quand on agit par contrainte et quand on substitue h sa propre conscience la conscience d'un autre, .\ussi le directeur éclaire l'.lme, donne des principes de conduite, apprend ^ consulter Dieu, fortifie la volonté et l'esprit de décision, il apprend h atrir. Si tant d'.lmes ont besoin d'un directeur, c'est qu'elles vivent dans une agitation qui leur enlève la mattriso d'elles-m^mes. Cette agitation vient

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4o DIRECTION DE CONSCIENCE

de l'imagination qui invente mille illusions et mille chimères, de l'esprit de raffinement et de complication qui ne peut pas croire que le service de Dieu est ime chose naturelle et simple, de l'orgueil caché qui pousse à se faire valoir même aux yeux de Dieu. Aussi Bossuet s'applique à combattre cet état d'inquiétude, il prêche la paix et la simplicité, il recommande, comme saint Vincent, d'aller à Dieu bonnement, rondement, simplement, de faire le possible sans s'inquiéter de l'impossible et de suivre les inspirations du cœur quand il est rempli d'amour de Dieu. »

A l'exemple du grand évêque de Meaux, saint Vincent de Paul était respectueux de la tournure d'esprit, du caractère et des goûts de ses dirigés. Sa lettre à l'un des prêtres de sa congrégation est des plus instructives (27) : « Votre conduite me paraît bonne à l'égard du seigneur dont vous me parlez, et faites savoir que je l'approuve à ceux qui disent qu'il faudrait le presser au bien. Il n'est pas de ceux qui se laissent persuader. Il se conduit plus par ses porpres lumières que par celles d 'autrui, quoi qu'il fasse usage des bons avis qu'on lui donne, quand ils sont bons et qu'on les lui donne par simple proposition. Continuez les vôtres de cette façon .C'est ainsi que les anges agissent envers nous ils nous inspirent le bien et ne nous pressent pas de le faire. C'est une pensée de feu le cardinal de Berulle, et l'expérience m'a fait voir qu*on gagne plus sur les esprits de profs?) Lettre à M. Cabel, Supérieur de la Mission à Sedan, Paris, 17 déc. 1659.

ET PSYCHOtHÉRAPIK DES TROUBLES NERVEUX ^I

céder ainsi que de les solliciter d'entrer en nos sentiments et dà vouloir l'emporter sur eux. »

La mentalité do Fénelon sur ce sujet est celle du bon Monsieur Vincent. Son but est d'apprendre aux personnes qu'il dirige à vouloir, alors même qu'il n'est plus là pour leur faire ses prescriptions. « On ne peut pas dire que vous soyez indocile, — écrit-il à une jeune fille sur le point d'entrer en religion (28) — car personne n'a jamais moins résisté que vous aux vérités les plus fortes, mais votre docilité n'a d'effet que quand on vous parle et vous retombez bientôt dans vos incertitudes. Voici une espèce de crise où il faut faire un vrai changement .Ne vous écoutez donc plus vous-mêmes et marchez hardiment après les décisions » L'Archevêque de Cambrai est donc de ceux qui se plaisent à rencontrer chez leurs dirigés de la virilité de caractère et qui souffrent quand ils ne trouvent à sa place qu'inertie et mollesse.

Le succès de la direction de conscience tient souvent à la façon douce, mesurée, j'allais écrire respectueuse, dont elle est faite

Les grands directeurs pourraient faire la réponse d'une des filles préférées de sainte Thérèse à un professeur de Salamanquo qui lui demandait comment elle s'y prenait pour conduire si rapidement ses novices à La plus haute perfection (aO) (( Je me borne — disait-elle en souriant — à considérer et à suivre la conduite de Dieu dans la direction de chacune d'elles et je ne fais pas autre chose que d'éviter tout ce

(88) Lettres splrltueUex, n* 2r». sans iLil*».

(29) Sandreau. Les dc{jrfs de la vie spirituelle. I. 380.

42 DIUEGTION DE CONSCIENCE

qui pourait ou obsti^uer, ou embarrasser, ou changer la voie particulière par laquelle Dieu les mène. »

Les maîtres dans l'art de la spiritualité modèlent leur action sur celle de la grâce, ennemie de toute dureté et de toute violence, de cette grâce divine, dont Jacques d'Autun (3o) et François Bonal célèbrent en ces termes la suavité respectueuse de notre libre-arbitre (3i) u La grâce a plus de complaisance que la nature ; comme elle est la sœur de l'amour, ou J amour même, elle fait tout par douceur. Elle opère tout entière dans les moindres actions de la vie ou domestique ou populaire. Cette grâce est comme une lumière ou influence céleste, souple, pure et facile. Elle ne force rien, elle s'accommode ^ toutes sortes de matières. ))

Comme l'action surnaturelle de l'Esprit-Saint qu'elle seconde de son mieux, la direction de saint François de Sales, par exemple, loin d'être impérieuse et tyrannique, est marquée au coin d'une ineffable douceur et d'une amicale tendresse. Son autorité ne rencontre guère d'opposition parce qu'elle gagne tous les coeurs à force de gracieuses prévenances. C'est en se faisant aimer par tous qu'elle se fait universellement accepter. Le maître est d'autant mieux obéi qu'il se double d'un ami compatissant et sûr. Comment ne pas suivre ses conseils, ne serait-ce pas fermer les yeux à la douce lumière de l'aube? Comment s'offenser de ses reproches? ils sont si délicatement suggérés, d'une langue si gra-

(30) Les justes espérances, I, 485.

(31) Le chrétien, III, 154

ET PSYCHOTHÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX li'S

cieuse, puis toujours perdus el coiiime fondus au ailieu de tant de bonnes et réconfortantes paroles.

Saint François Oe Sales, tout en s occupant très acLivonnieut de ses dirigés avec une sollicitude sans défaillance, n'entend t)as favoriser le mouis du monde leur pare&sc spirituelle. S'il leur indique la besogne à fournir, il n'agit pas à leur place, mais veut qu'ils agisent eux-mêmes. A eux d'étudier leur àme et d'en connaître les ressources à fond et d'une connaissajice expérimentale u Par les passions de l'àmo — écritil (32) — on reconnaît son état en les tâtant l'une après l'autre, d'autant que, comme \u\ joueur de luth pincent toutes les cordes, celles qu'il trouve dissonnantes, il les accorde en les tirant ou les lâchant, après avoir tàté l'amour, la haine, le désir, la crainte, l'espérance, la tristesse et la joie de notre âme, si nous les trouvons mal accordantes à l'air que nous voulons domier," qui est de la gloire de Dieu, nous jx)urroiis les accorder, moyennant sa grâce et le conseil de notre père spirituel. »

Si l 'Evoque de Genève traite ses dirigés avec tant de ménagements, s'il a grand soin de ne rien faire qui puisse compromettre le développement de leurs facultés inlellectuellcs ou porter atteinte à leur originalité propre, c'est parce qu'il a, comme l'ont eu d'ailleurs tous les saiyts, le souverain respect des âmes : le monde entier — écrit-il — ne vaut pas une âme. Sous l'ompire d'un tel sentiment, François n'explorera si beau domaine qu'avec un tact ol une prudence inOnis. Comment no pas craindre do délé-

(3i) Intr. a la vie dévote, m. 351.

riorer un tel chef d 'œuvre par une action trop humaine et trop personnelle?

Les directeurs ont un culte d'autant plus respectueux pour les âmes qu'ils les voient comme recouvertes et empourprées par le sang du Christ. Pour eux, respecter les âmes, c'est respecter en elles Dieu créateur, rédempteur, et sanctificateur.

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