‹ Direction de conscience, psychothérapie des troubles nerveuxChapitre 21 sur 24 · IG · texte numérisé non relu

IG

fn) Ib.. 487

Une des qualités les plus remarquables des grands*^ incdecins d'âmes est la largeur d'esprit si contraire': au «préjugé de beaucoup contre la direction. Loind'imposer do parti pris toutes ses mianières de voir,^ l'unique préoccupation d'un saint Jean de la Croix^ n'est pas de plier les âmes à sa méthode personnelle, mais de leur laisser suivre librement les \oies par lesquelles Dieu les attire (i8).

Malgré soîi génie ou plutôt à cause de son génie, Bo'ssuet n'apporte pas d'idées préconçues dans la conduite des âmes. Personne ne s'adapte mieux que lui aux chrétiens auxqriels il a affaire, et aux exigences de leur situation présente. Avec une liberté d'esprit bien rare, il ne compte pour rien ses goûts et ses sentiments, son attention se con centre sur l'état du malade qui lui dicte ses prescriptions et ses conseils. Tel il apparaît dans la lettre suivante adressée à Mme d'Albert de Luynes (i9) soucieuse de savoir si sa teindresse filiale pour Bossuet ne le gênait en rien dans son rôle de père spirituel : (( Pour voils dire mes dispositions, autant qu'il est nécessaire pour vous rassurer, je vous dirai qu'elles sont fort simples dans la conduite spirituelle. Je suis conduit par le besoin ; je ne suis pas insensible, Dieu imerci, à une correspondance de sentiments et goûts, car cette indolence me déplaît beaucoup, et elle est tout à fait contraire à mon humeur, elle ferait même

(18) Vive fdamme, str, 3. vers. 3.

(19) Lettre à Mme d'Albert de Luynes; Meaux, 26 déc. 1691.

dans la conduite une manière de sécheresse et de froideur, qui est fort mauvaise. Mais quoique je sente fort ces correspondances, je ne leur donne aucune part au soin de la direction et le besoin règle tout. Au surplus, je suis si pauvre, que je n'ai jamais rien de sûr ni de présent. Il faut que je reçoive à chaque moment, et qu'un certain fond soit excité par des mou\eiiients dont je ne suis pas tout-à-falt le maître. L? besoin^ le besoin, encore un coup, est ce qui me détermine. Ainsi tout ce qu'on sent par rapport à moi, en vérité, ne m'est rien de ce c6té-là, el il no faut pas craindre de me l'exposer, parce que cela n'entre en aucune sorte dans les conseils, dans les ordres, dans les décisions que j'ai à donner. » Ce désintéressement d'ordre intellectuel et affectif", voilà qui est d'un grand cœur et d'un esprit large.

Le Vénérable Libermann estime, lui aussi, qu'il faut laisser une grande libc-rté d'action aux âmes, tout en les surveillant de très près pour les ramener aussitôt dans le droit chemin si elles s'en écartent : « Le grand soin d'un dire( teur — selon lui (20) — est de discerner les différents attraits des àmet>, de les favoriser en tout, de leur parler dans le sens de cet attrait et de bien se garder de les en détourner ou de leur inspirer un autre objet. Si cet attrait est moins parfait que ce que conçoit le directeur, cela ne fait rien, l'ànie y doit rester. )> Bossuet et le Vénérable Libermann signah^nt l'amour de soi et l'amour mal entendu des dirigés, comme les deux obstacles i\ la largeur d'esprit do toute direction intelligente et salutaire.

(20) Ecrits spirituels, u)^.

Avant rexamen des qualités de cœuir utiles sinoij nécessaires aux médecins des âmes et aussi ai spécialistes des psychonévro«es, il est bon de notei les abus d'ordre intellectuel dans lesquels tombeni certains directeurs et thérapeutes. Le premier es< d'adresseiT à ses dirigés une exhortation prépara d'avance et toujours la même de fond et quelque^ fois de forme. Si bien coimposée soit elle, sont défaut inévitable est d'être d'uin caractère "trop général pour répondre aux besoins particuliers de chacun. Autre inconvénient : récitée de mémoire et répétée fréquemment, elle est forcément dite d'une voix impersonnelle et sur un ton monotone. C'est une parole morte et les arbres morts ne portent pas de fruits. Loin d'exiger de longs discours, comme d'aucuns paraissent le croire, la direction doit se fairî en quelques mots bien sentis et dits à propos. Souvent une interrogation ou une courte remarque seront plus efficaces qu'un sermon en trois points. Dans cet ordre d'idées, l'art d'interroger de façon opportune est de la plus grande importance. L'exhortation gagnerait beaucoup à être faite sous forme de catéchèse, par demande et par réponse. Que le prêtre ne soit ni un sermonnaire, ni un rhéteur, mais un médecin. Qu'il mette en pratique ce conseil du professeur Dubois : (( Dans les conversations journalières, intimes avec les malades, le médecin ne doit ■pas choisir d'avance le texte de ce qu'on pourrait appeler son sermon laïque. Il doit s'installer auprès de ses malades et écouter leurs doléances. Il faut que chacun d'eux ait l'impression d'être le seul malade dont lé médecin s'occupe. »

ET PSYCHOTHERAPIE DES TROUBLES >KKNKL\ Z»a.">

Il importe de se souvenir du moi de Bossuet pour s'en faire l'application : h Le besoin, le besoin, encore un coup, est ce qui nie détermine. »

Un autre écueil non moins dangereux est de ne pas donner une direction suivie, faute d'interroger le pénâtent sur la manière dont il a bien, ou mal, observé les prescriptions faites au cours des confessions précédentes. Pourquoi ne fias lui poser délicatement quelques questions sur les difficultés et répugnances qu'il éprouve, sur les pieux mouvements qui le jx>rtent vers Dieu? Pourquoi ne pas poursuivre cette enquête, cornimo le fait Dubois (21), ju.<^u'à comi)lète information du caractère et de la mentalité de son malade?

Signalons un dernier écueil, celui de dispenser son dirigé do tout effort de réflexion. A l'exemple du professeur Vittoz et de ses disciples, il convient d'exiger, au contraire, rexercice vital do la concentration ou méditation sur un objet particulier que Ion déterminera avec le plus de précision possible. Inutile de revenir sur ce proc-édé déjà expliqué avec l'insistance qu'il comporte.

A remarquer seulement l'importance pour le directeur à faire lui-même ce qu'il demande. Au lieu de varier sans cesse le thème de ses exhortations, il reprendra le inéme plusieurs fois de suite afin de l'approfondir et d'en extraire In suhstantifique moelle. Agir ainsi, c'est apprendre h son dirigé l'art de méditer avec fruit les vérités surnaturelles. Ton* i<uirs dans ce bul, il est lion de lui imposer commft pénitences 5w\rramentellen dfs lectures méditées ! tel

<9it £r.< Pguchonévroseg^ «Il

chapitre de l'Imitation de Jésus-Christ, telle parabole évangélique à lire en tant de minutes. Enfin, si les âmes que l'on dirige font preuve de bonne volonté, durant un temps notable, rien de plus profitable que de les déterminer à se livrer aux Exerci( spirituels de saint Ignace, puisqu'il n'existe pas di méthode de sanctification plus logique et plus com-i plète, plus rationnelle et plus divine.

Pour encourager les directeurs à se dévouer sani mesure au traitement des maladies spirituelles, il esj bon de mettre sous leurs yeux cette page optimiste où le professeur Dubois affirme les guérisons qu'il est possible d'obtenir par le traitement psychothérapique des troubles nerveux. « Dans le cours du traitement — écrit-il (22) — il faut étudier la mentalité du sujet, surprendre son illogisme, sa suggestibilité exagérée et, dans des conversations journalières, modifier sa mentalité native, car c'est dans cette mentalité qu'il faut chercher la cause preanière du mal. » (Observation vraie aussi pour la diretion des âmes.)

(( Cette prétention de changer, en quelques se- ■maines, la mentalité d'un sujet fera sourire bien des confrères ; il y a vingt ans, j'aurais dit avec eux : C'est impossible, chassez le naturel, il revient au galop ! Eh bien, non, il est plus facile qu'on ne pense de changer l'état d'âme d'un malade, de lui inculquer de saines maximes de philosophie médicale et si le naturel revient souvent, ce n'est pas au galop et il est facile de le chasser à nouveau. Il est évident qne pour obéir à ces indications successives, et amener la guérison, il faut du temps, il faut que le médecin et le malade restent en contact

ET PSYCnOTHÉUAPIE DES TROUBLES NERVEUX 4a5

pendant un temps suffisant. L'œuvre psychothérapique iKîut au^isi ôtrc rapide au point de n'exiger qu'une ou deux conversations. Mais, dans la plupart des cas, le mal est trop ancien i)Our céder en si peu de temps. Dans les cas graves, rebelles, il faut une cure prolongée. » Ces guérisons élonemment rapides et ces cas, où le mé-decin doit s'armer d'une patience à toute épreuve, se retrouvent en directioa spirituelle.

Il paraît intéressant de rapprocher des remarques d'un des grands spécialistes des troubles nerveux c< lie page d'un des maîtres de l'ascétisme contemporain, l'abbé Saudreau (23) : « Evidenmient pour rendre de sérieux services à quelqu'un il faut le bien connaître et ce n'est pas du premier coup qu'on y arrive. Cependant, il est des personnes que l'on n'a vues que rarement ou même que l'on voit pour la première fois et qui, à première inspection, par la façon dont elles s'accusent, par la foi profonde &t éclairée dont elles font preuve, monlreait qu'elles sont capables d'une certaine formation. Un directeur zélé prend justement occasion des qualités qu'il remarque en elles pour le^ engager à s'adonner plus généreusement au service de Dieu ; il leur montre qu'étant favorisées des grâces divines, c'e^t un devoir pour elles de ne pas s'arrêter en si bon chemin. »

l II autre cas est celui do transformations morales dont la cause occasionnelle est un mot dit avec conviction par un directeiifr de conscience.

m) If)., 972. 373.

(93) Sanrtrcau. /.''« (iCfjr^s tir la vir s}tlritiirl1r, i. i38.

Si grandes soient les qualités intellectuelles di prêtre et du médecin, ils rempliront mal leur mis sion, s'ils ne possèdent, avec les dons de l'esprit^ ceux du cœur. Et le premier de ces dons, celui qui se retrouve dans tous les autres et en forme le fond, c'est l'amour, non comme le monde l'entend, mais comme Dieu l'allume dans les âmes pures. Les grands directeurs sont unanimes à reconnaître qu'il est impossible, sans dévouement, d'exercer une influence profonde et durable. Pourquoi saint Paul a-t-il dirigé avec tant de succès um nombre considérable d'évoqués, de .prêtres et de fidèles? A cause de sa science théologique et de son jugement sans doute, mais encore et suilout, à cause de son amour.

Mettons-nous à son école pour apprendre comment un directeur doit aimer ceux qu'il dirige. A s'eu rapporter à l'Apôtre, son premier devoir est d'avoir pour eux un cœur de père, d'être plein de sollicitude pour tous leurs besoins temporels et spirituels, de partager leurs sentiments de tristesse et de joie, d'espérance et de crainte, de mettre en eux son honneur et sa gloire, en un mot, de leur appar^ tenir aLsolimient. Il en est bien ainsi de saint PauJ pleurant avec ceux qui pleurent, se .réjouissant avei? ceux qiui se réjouissent (24), écrivant aux chrétien? de Corinthe qu'ils sont dans son cœur, à la vie «t à la mort (35), poussant le désintéressement jusqu'à

(24) Rom., XII, 15.

(25) II Cor., VII, 3.

t ET PSYCUOTUÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX 4a7

so déclarer prêt à voir retarder, s il le faut, dans l'intérêt de ses fils de Phiiippes (26), l'objet de ses plus chei^ désirs, la vision de Dieu, son étemelle unio>n avec le Christ.

Toujours d'après 1 exemple de l'Apôtre, le second devoir du directeur est d'unir à l'aniour d'un père la tendresse d'une mère : « J'aurai pu vous être à charge — écrit Paul à ses enfants de Thessalonique (27) — mais non, je me suis fait petit parmi vous, samblable à la mère qui nourrit ses enfants et les entoure de tendres soins, c'est ainsi que je vous ai aimés, n'ayant d'autre volonté, d'autre passion que de vous donnea*, avec l'Evangile de Dieu, ma vie elle-même, car rien jamais ne m'a été plus cher que vous. »

L'amour du grand Cc^^nvorti |X)ur ses fils innombrables est humble de cette humilité touchante dont devrait être pénétré l'amour des directeurs de conscience... u Mes Frères — écrit-il aux chrétiens de Galates (28) — vous ne m'avez en rien offensé ; vous le savez : c'est dans l'infirmité de la chair que je vous ai autrefois prêché l'Evangile, et ce fut ix)ur votre foi une gninde épreuve de nie voir dans le triste état où j'éitais. <lependant vous ne m'avez ni méprisé, ni re[)oussé et je fus accueilli piir vous comme le (^.hrist Jésus. Il faut vous rendre ce témoignage : vous étiez pr^s, s'il l'eût fallu, à arracher vos yeux ]X)ur nie les donner. Suis-jo devenu votre ennemi, parce que je vous dis la vérité? Mes petits

(26) ma . I. 23, 24.

(27) I. Thessal . II. 7-8.

(28) Gai.. IV.

enfants, que de nouveau j'enfante dans la douleur^ jusqu'à oe que le Christ soit formé en vous, co(mm( je voudrais êtr€ près de vous et pouvoir change! ma voix, car je suis dans la peine et ne sais quel ton prendre. »

Si l'amour du père éclate dans ces lignes ave toute sa force, il s'y mélange aussi quelque chos de délicat, de tendre, et de doux qui ne se rencontre que dans un cœur de mère. En dehors de l'humilité dont elle est imprégnée, il se dégage de cette lettre les deux caractères de courage et d'esprit surnaturel que l'amour, chez le directeur, devrait toujours revêtir. L'attachement à Jésus-Christ est tellement uni dans le cœur de Paul à son dévouement pour ses enfants d'adoption, que le nom du Maître revient sans cesse sous sa plume qu'il écrive à ses fils de Colosses et de Thessalonique, de Philippes et de Corinthe, de Palestine et de Rome. L'amour de l'Apôtre est embaumé d'encens : ce qu'il demande aux che^rs chrétiens de Rome, dont il partage les joies el les tristesses, ce qu'il attend de leur sentiment filial, ce n'est pas des témoignages humains de reconnaissance, ;mais leurs ferventes prières (29).

Quant au courage dont est animé Tamour de saint Paul, aucune considération d'intérêt personnel ne l'arrête, il est aussi admirable que sa tendresse et ce n'est pas peu dire. On l'a vu, le grand Converti du cheimin de Damas n'hésite pas à reprendre de leurs fautes les fidèles de Galatie, malgré les titres

(29) Rom., XV. 30.

particuliers qu'ils ont à sa gratitude. Quel bel exemple pour les conducteurs d'âmes?

Après des preuves aussi solides, puisqu'elles s'appuient sur l'Ecriture, il n'est guère besoin d'en apporter d'autres. Quelques-unes pourtant sont trop intéressantes pour n'être pas mentionnées. Il en est ainsi de l'observation suivante du Docteur angélique (3o) : v( Comme le sacrement de f>énitence établit entre le prêtre et sa pénitente ime certaine alliajice semblable à une parenté spirituelle, il est logique qu'il règne entre eux une très grande familiarité », qui n'est pas du tout dans l'esprit de saint Thomas synonyme d'une liberté de mauvais aloi, puisque l'Ange de l'Ecole interdit aux directeurs de presser dans leurs mains les mains des femmes, alors même que leurs intentions seraient pures.

Le texte suivant de saint Vince»nt-Ferrier prouve la conformité de. pensée du saint avec saint Paul (3i): <' Que l'on sente en vous un père plein de compassion pour ses enfants, qui s'afflige de leurs péchés, de leurs maladies morales et de leurs chutes, ''in jière prêt à tous les efforts pour les retirer de ces périls. Ayez plutiVt le cœur d'une mère qui caresse ses enfants, qui se réjouit de leurs succès et applaudit d'avance à leur entrée dans la gloire du Ciel. Agissez ainsi dans les confessions. Soit que vous ayez le devoir d'encourager les âmes pusillanimes, ou celui d'inspirer une rrainle salutaire aux pé< heurs endurr\s dans leurs iniquilés, ayez pour tous les entrailles

(31) Hr II rh- spiritucUe. 1. II. C 10 .

l{'6o DIRECTION DE CONSCIENCE

d'une lendre charité, afin que les plus coupables senlent toujours que c'est elle l'inspiratrice de vos paroles. C'est pourquoi, s'il vous faut adresser quelque reproche, avant de les faire, dites quelque chose d'affectueux et de doux. »

Le jésuite Aquaviva recommande à ceux qui dirjgemt de ne pas commander à leurs sujets comme à des instruments inertes, c'est-à-dire à des esclaves, mais comme à des fils tendrement aimés, de ne leur donner jamais d'ordres sur un ton âpre et avec des airs de despote (32). D'après saint François de Sales (33), un directeur n'est bon que s'il est plein de charité. Personne, peut-êti'e, en dehors de saint Paul, n'a mieux rempli que lui cette condition. Quelle nature aimante que la sienne. Doiinei' des témoignages de sa tendresse de cœur envers ses filles et fils spirituels serait citer en entier sa correspondance. Sous sa plume, tout est suave, aimable, jusqu'aux reproches et franches désapprobations. Un exemple typique à cet égard est la lettre suivante où le Saint essaye de recouvrer l'affection filiale de Mme des Gouffiers (34), si tant est que cette irascible et orgueilleuse dame ait pu avoir épi'ouvé pour lui quelques bons sentiments. En père, dont l'amour s'élève au-dessus des mesquines rancunes qu'il découvre dans le coeur de sa fille, François écrit : « Je crains enfin, si nous demeurons ainsi sans dire mot, que votre cœur n'aprenne petit à petit à me désaimer, et certes je ne le voudrais pas, car il me semble

(32) Op Cit., 23-24.

(33) Introduction à la vie dévote, i, c. IV.

(34) Lettre à Mme des Gouffiers, Œuvres complètes, t. XX,

quo la chère ainitio que vous avez eue pour moi n'ayant pris, ni pu prendre source que de la volonté de Dieu, il ne la faut pas laisser périr ; et quant à celle que Dieu m'a donnée pour votre âme, je la tiens toujours \ive et impérissable en mon coeur. » On retrouve là les accents paternels de saint Paul écrivant aux (Chrétiens de Corintho qu'ils sont dans wwi coeur à la vie et à la mort. C'est au^tfi son esprit surnaturel qui place tous les mouvemeints de son rœur sous la dirtn^tion divine.

liioii que ses letties soient restées sans rcfonse, François en adresse une nouvelle, puisque — observel-il — la méthode de ce temps ])orte que c'est au père de commencer et r<*oommencer l'entretien et «e sacré commerce de l'affetHion. Pourtant, malgré la force et la douceur de ses affectueux sentiments, il .1 le courage de réprimander son acariâtre corresjiondaiile, moins d'ailleurs qu'elle no le mérite u Dit-es tout ce que vous voudrez, nui chère ûllo, mais, en effet, vous avez tort. Ma lettre n'était certes I-oint si amère qu'une douce fille ne l'eut adoucie ; elle était toute pleine d'une j>aternelle confiance. Et je veux bien qu'il y eût de la rusticité, juais faut-il se déj)itcM* i>our <ela? \ ous savez bien le pays où ^ous m'avi'z pris. Devez-vous attendre de^ fruits délicats d'un aibr»' doïs monta^nus tt encore, duii si pauvre arbre comme moi? »

Cotte humilité louchante est l'écho des i>aroles tic 1 WptVtre à ses enfants de Galates : u C/eet dans l'inlirmité do la chair que je vous ai autrefois prêché rEvan!.rile, et ce fut i)our votre foi une grande «'|M(Mive de !ne voir dans le triste élat où j'étais. »

ll'62 DIllECTlON DE CONSCIENCE

Mais voici qui rappelle sa tendresse vraiment maternelle que rien ne lasse, ni ne rebute et qui poursuit l'enfant alors même que celui-ci lui devient infidèle. « Oh ! bien, ne me soyez plus ce qu'il vous plaira ; moi, je serai toujours vôtre, mais je dis toutà-fait, et, si je ne puis auttre chose, je ne cesserai point de le témoigner devant Dieu en saints sacri-fices que j'offrirai à sa bonté. 0 ma fille, ma fille, Dieu veuille faire régner l'esprit de Jésus-Christ crucifié sur votre esprit, afin que notre esprit vive selon cet esprit souverain qui m'a rendu et me conserve éternellement vôtre. » Chez François de Sales, comme chez saint Paul, toujours la note surnaturelle qui revient à la fin des lettres de direction, commie la doxologie à la fin des hymnes et des psaumes.

Si l'amour est nécessaire au directeur de conscience -I^ouir faire du bien, il ne l'est pas moins au spécialiste des psychonévroses pour guérir ses (malades. Les déclarations du professeur Dubois sur ce point sont à reproduire (35) : a Pour modifier l'état d'âme de celui qui est tombé, il ne suffit pas de lui accorder des circonstances atténuantes, de lui montrer une pitié voulue, il faut l'aimer comme un frère, le prendre sous le bras dans le sentiment profond de notre débilité commune. Il faut que le malade sente tout de soiite que le médecin ne A^oit pas seulement en lui un client, pas seulement im cas inté-

(35) Les Psychonévroses, 73, 264, 286, 324.

ET PSYCHOTnéRAPIE DES TROUBLES NERVEUX ^33

ressant, mais qu'il est un ami lu* songeant qu'à le guérir. Nous devons, nous praticiens, manifester à notre malade une sympathie si vivante, si enveloppante, qu'il aurait mauvaise grâce à ne pas guérir. Quand un malade constate cet état d'âme chez le médecin, il est déjà bien avancé sur le chemin de la guérison. Il est comme envoûté par une pensée charitable, et c>ette joie émue lui donne déjà le sentiment d'euphorie. Le médecin ne doit pas être seulement un savant qui pratique sur son malade une espèce de vivisection, il doit être avant tout un homme de cœur qui sait se mettre à la place de ceux qui souffrent. Quand vous vous trouverez e»n far^ d'événements tragiques, de situations qu'il est impossible de changer, il ne vous restera qu'à comix\tir aux souffrances du malade et vous serez souvent étonnés du bien que vous pouvez faire par cette «ivmpathie. »

Avec quelle maîtrise les grands directeurs, eux aussi, savent envelopper de sympathie leurs dirigés, afin de s'ou\Tir plus large le chemin de leur cœur et d'y pouvoir travailler plus à l'aise. Cette action enveloppante se fait surtout par la bonté, que les maîtres de l'ascétisme reconnaissent indispensable à tout prêtre chargé de la conduite des âmes. Il en faut vis-à-vis des religieux et des simples fidMcs, visà-vis des commeinçants ci des fXirfaits. mais la nuance doit en être différente, c'est affaire de jugement et de tact.

Saint Thomas d*.\quin demande au prêtre, durant la confession, de se montrer affable et compatissant pour ne pas intimider le pénitent par son air et ses

/j34 DIRECTION DE CONSCIENCE

paroles austères (56). Le confesseur — écrit-il (87) -^ doit être doux, affable, sua^e, prudent, discret, pâti ent, pie-ux et bon.

Pénétré du même esprit, saint Bernard rappelle à son fils de cœur Rainaud, que, s'il est père et abbé, c'est principalement pour consoler les religieux affligés et so'Utenir les faibles (38). Au dire de saint François de Sales (39), l'abbé de Clairveaux, d'aJ>ord d'une excessiA^e sévérité envers les âmes, en aurait été corrigé par Notre-Seigneur lui-imême au cours d'une apparition, aussi le Saint était-il devenu l'amabilité et l'indulgence personnifiées.

Dans ses Conseils à une supérieure, sainte Jeanne de Chantai recommande d'éviter, dans les corrections, toute parole aigre ou dure, propre seulement à blesser le cœur, à le dépiter ainsi qu'à ralentir le bon vouloir et à refroidir la confiance. Elle rappelle que leur bienheureux Père François disait aux sui)érieures de ne s'étonner ni ne se troubler d'aucun défaut, mais de les regarder et de les supporte-r tous avec une inaltérable douceur, tout en y remédiant dans la mesure possible (4o). « Plus je vais — se plaît à dire la Sainte (4i) — et plus je trouve que li douceur est requise pour entrer et se maintenir dans les cœurs, pour les amener à faire leurs devoirs, sans tyrannie. Il faut toucher simplennent de la houlette les breWs du Seigneur. )>

(36) Opuscule, 64*.

(37) 4 d. 17. in fine.

(38) Lettre à son fils chéri Bainaud, abbé de Foigny, n' 23.

(39) Introd. à la vie dévote, 2, III, c. 5.

(40) Conseils d une Suvérieur*.

S'il est une qualité sur laquelle saint Vincent de Paul revienne tïéquemnient dans ses lettres de direction, c'est la bonté, qu'il pratique^, d'ailleui's, luinierne à la perfection. Dans son avertissement à un do ses missionnaires coupable de rudesse envers le peuple de la campagne, il écrit au sujet de l'apostolat d'un autre missionnaire (42) : « On attribue cet heureux succès au soin qu'il i)rend de gagner * les pau\Tes gens par douceur et i>ar bonté : ce qui m'a fait résoudre de l'ecommander plus que jamais il la Compagnie de s'adonner de plus en plus à la pratique de ces vertus. Si Dieu a dojmé quelques bénédictions à nos premières missions, on a remarqué que c'était pour avoir agi aimabl^-ment, humblement et sincèrement envers toutes soj'tes de personnes, et s'il a plu à Dieu do se servir du plus misérable pouj- la conversion de quelques hérétiques, ils ont avoué eux-^mêmes que c'était par la patience 01 par la cordialité qu'il avait eues pour eux. Les forçats mêmes, avec lesquels j'ai demeuré, ne se gagnent pas autrement, et lorsqu'il m'est arrivé de leur parler sèchement, j'ai tout gâté; au contraire, lorsque je les ai loués de leur résignation, que je les ai plaints en leurs souffrances, que je leur ai dit qu'ils étaient heureux de faire leur purgatoire en ce monde, que j'ai baisé leurs chaînes, compati à leurs douleurs et témoigné afllirlion |x>ur leurs disgrades, c'est alors qu'ils m'ont écouté... Je vous prie, Monsieur, de m 'aider à rendre grâce à Dieu de cela et h lui demander qu'il ait agréable de mettre tous les missionnaires dans cet usage de traiter douces) r.ettre d i/m missinnuairt, Vie por AbcUy. 1 IIï. c li

/i36 DIRECTION DE CONSCIENCE

cernent, huniblement et charitablement le prochain, en public et ein particulier, même les pécheurs et les endurcis, sans jamais user d'invectives, de reproches ou de paroles dures contre personne. »

M. Vincent aime à répéter aux directeurs de conscience ou plus exactement aux supérieurs, ce qui revient au même, de n'avertir jamais leurs inférieurs de leurs fautes sur le champ et en temps inopportun, de le faire doucement et par voie do raisonnement en leur montrant les inconvénients de leur désobéissance. Mais que tout ceci — retmarque-t-il (43) — se fasse d'une manière aimable et gaie, pour que le couj>able ne puisse attribuer la réprimande à la mauvaise humeur de son supérieur ou do son père spirituel.

Le miséricordieux saint Vincent prêche en ces termes l'indulgence à son missionnaire Philippe Levacher en résidence à Alger (44). « J^ vous prie de condescendre autant que vous le pourrez à l'infirmité humaine, vous gagnerez plutôt les ecclésiastiques esclaves, en leur compatissant, que par le rebut et la correction. Ils ne manquent pas de lumière, mais de force, laquelle s'insinue par l'onction extérieure des paroles et du bon exemple. Je ne dis pas qu'il faille permettre les désordres, mais je dis que les remèdes doivent en être doux et bénins. »

Sainte Thérèse exprime en maints endroits de ses œuvres sa reconnaissance envers son directeur le Père Balthazar Alvarez qui la soutint durant trois

(43) Lettre à Coglée, Supérieur de la mission de Sedan, 13 août 1650.

(44) Lettre à Levacher, déc. 1650.

ans contre tout le inonde et contre elle-même. Ce saint homme — écrit-elle (45j — me consolait dans mes souffrances en y prenant une large part. 11 me con^seillait d'en implorer la délivrance et lui-même priait beaucoup à cette intention.

D'après saint Alphonse de Liguori, la note dominante de lu direction, son caractère le plus conforme à l'esprit de Dieu et de l'Evangile, c'est la douceur. Les conversions, dont la peur est l'unique principe, ne sont, à ses yeux, ni solides, ni durables, parce que l'effroi ne saurait triompher lu où l'amour a été vaincu. « Quand il se présentera à vous — écrit-il — quelque gros monstre couvert d'écaillés, dont, comme le jeune Tobie, vous serez épouvanté, adressez-le-moi afin que de son fiel j'offre un sacrifice à Jésus-Christ (40). »

Dans une page pleine de verve et d'humour, le Père Yvan dicte à la Supérieure ses devoirs, mais il n'est rien dont l'application ne se doive faire au directeur de conscience (47) : « La Supérieure ne doit cire ni Apre, ni rude, ni arrogante, dépiteuse, partiale, haute de cœur, impérieuse, colérique ou injurieuse, mais affable, bénigne, miséricordieuse envers celles de bonne volonté, encore que sottes.

« Quand vous consolerez l'esprit triste, faites-le avec joie, gracieusement et qu'elle connaisse que vous l'aimez. Quand vous voudrez éteindre et apaisekT la colère de quelqu'un, faites que ce soit par

(45) VU, c. 25 et 28.

(46) Cf. Sandr»au. Lei deorét <U la vie svtritueUe. i. 127.

(47) Lettres splrituellfa, i. 203-231; II. 270-»7i Cf. U«arl Brémond, r.n Vrovence. nxysiiQHe

liôb LUllECTION ht: CO.NSCIL^CE

douces et sages paroles de Jésus-Christ, et ne lui donnez point tort, encore qu'elle l'ait, que tout le feu ne soit éteint. Quand on fera quelque imperfection en \otre seule présence, faites semblant de ne l'avoir pas vue, pourtant ne l'oubliez pas pour une autre fois. » Ce curieux Père Yvan a des mots exquis pour encourager les saintes âmes, comme celui-ci qu'il écrit à une de ses Philotés (48) : « Votre nature est telle qu'on en ferait un séraphin. »

Fénelon donne, lui aussi, des principes de conduite aux supérieurs applicables aux directeurs. Entre autres points il recommande de tolérer ce qu'on ne peut empêcher, d'encourager les faibles, qui n'osent même regarder le but, et de leur apprendre peu à peu à faire leurs premiers pas. Il faut — déclaret-il (49) — être tout à tous par un discernement de grâce et supporter les faibles pendant qu'on perfectionne les forts.

La bonté joue un rôle si nécessaire dans la direction qu'elle doit non seulement accompagner les conseils, mais pénétrer les reproches de sa douceur. C'est le désir exprimé par le Père Lallemant dans les lignes suivantes (5o) : u Blâmez aussi quelquefois les (dirigés) avec prudence, quand il y aura de leur faute, surtout quand la faute sera un peu notable, ne les laissez pourtant jamais aller sans les avoir encouragés. C'est une conduite qu'on doit tenir généralement à l'égard des âmes, qiii sont encore

(48) Ib., I, 97.

(49) Lettres spirituelles à un supérieur de communauté. Principes de conduite pour remplir les devoirs de sa charge!, n" 4 (sans date.)

(50) Doctrine spirituelle, 2 Principe, s. II, c. 6.

Li p.->iGiiorntKAi»ii!; l»l:s troubles neuveux 4-^'^

tendres, de tompérer toujours l'aig^reur de la réprimande par la douceur de l'exhorta lion. Car il faut donner à ces âmes tous les soulagements possibles. »

Bien belle et bien jtialiciue pour les pères spirituels, l.A jnaximc do-nncc à la Bienheureuse Mère Barat par le Père Varin (5i) : « Fermeté, dans son temps, dureté jamais, douceur et charité toujours. » Certes la bonté n'y est pas oubliée.

Une forme cpu^ la bonté du directeur est apiX?léo souvent à revêtir, porte le beau nom de patience. Fénclon la ju^e indispensable [>our quiconque s'Intéresse à la conduite des âmes. Attendez celles qui vont lentement — écrit-il à sa nièce carmélite (52) — Aous courriez risque de les décourager par votre impatience. Par une comparaison empruntée à l'agricullurc, il cherche à initier un supérieur à l'art d'attendre patiemmen; l'heure do la moisson. On travaille dans les U'i.èbres sans voir le fruit de sa peine — remarquc-l-il (53) — on ne sent dans les infiSrieurs (]uc 'mollesse, murmure, diNision, jnécompte, mais parmi toutes ces épines, il croît un peu d(; bon grain, et c'est pour ce bon grain que Dieu nous met à tant d'épreuves.

Dans VOriiison funèbre du Père Bourgoing, Bossueit déclare la paticm^e indispensiiblo [)our s'occupt^r avec fruit tlo direction spiritueUe et, comme Fénelon, il compare les prêtres aux laboureurs qui no doivent jxas être trop impiitienls de voir sortir en

C»!) Mgr Baiinaril. ///.-«fo/rc de la inèrn Uanit. ii. c. 1. (52) Lettre d la Mère Marie de l'.isceusion, CarméllU'. sa nltVo. 19 Julllft ni3.

(M) Lettre d une Supérieure de communauté, n* 4 (sans dattf.)

l\l\0 DIRECTION DE CONSCIENCE

beaux épis le froment dont ils ont jeté eoi teiTe ila semence.

En homme qui s'est lait violence, saint François de Sales avertit les directeurs qu'ils ooit grand besoin de patience, tant les pénitentes sont \olages, bizarres et inventrices de paroles (5Z|). Ce psychologue émérite recomiimande aux Supédeures de ses chères Yisitandines d'écouter tranquillement les peines et objectioais des Sœurs, de leur laisser dire tout ce qu'elles ont sur le cœur, smu les presser, ni témoigner aucun ennui de leurs longueurs, bien que ce ne soit dans certains cas que de petites niaiseries. Les petites choses sont autant à charge aux faibles — observe-t-il (55) — que les grandes peines aux grandes âmes.

Le professeur Dubois donne le onême conseil à ses collègues : s'ils veulent mener à bien le traitement des troubles nei-veux, qu'ils consacrent paisiblement à leurs malades tout le temps utile. (( Avant tout — écrit-il (56) — il ne faut jamais être pressé, ou, en tout cas, ne jamais le paraître. Le médecin qui entre en coup de vent, regarde sa montre, parle de ses ai ombreuses occupations, n'est pas fait pour pratiquer cette psychothérapie. Il faut au contraire que \i malade ait l'impression qu'il est l'unique préoccupation du médecin. »

Pour assurer au ministère du prêtre et du médecin un plein succès, il ne suffit pas d'avoir cette bonté douce, indulgente et miséricordieuse, encore faut -il

(54) Lettre à Mme de La Foi-cst, 2 oct. 1609.

(55) Conseils à une Supérieure, éd. Pion, III, S27, 328.

(56) Les Psycho névroses. 283.

ET PSYCHOTHÉRAPIE UKS TROUBLES NERVEUX '|iil

que leur pliyîsianomie soit gaie, attirante. Leur idéal doit être de resseimbler à ces prêli*es, dont parle saint Vincent de Paul, qui, par leur manière d'être riante et agréable, semblent vous offrir leur cœur et vous demiinder le vôtre. Le Saint les en avertit (67): Si l'expression de visage est triste, revèche, ou simplement trop grave et trop froide, chacun n'a qu'un soin, c'est do fuir, ou s'il approche, ce n'est point par attrait, mais par vertu. Pour répondre aux désirs de cet honumo d'expérience qu'était le bon Monsieur Vincent, il faut avoir non seulement la chanté, mais la cordialité, qui, d'après la comparaison de Vincent de Paul, est à l'amouir de Dieu, ce qu'est à la pomme d'apis sa fraîche et plaisante couleur. Avec cette sainte cordialité, la joie se répand sur toute la personne, comme la lumière du soleil sur toute la campagne, la physionomie devient douce, la parole affectueus^e. Par elle on évite cet air triste, morne, qui fait geler les cœurs autour de soi.

Ku plus des qualités d'esprit v>l de c«»iir. dont il \ient d'être question, si le directeur veut inspirer pleine confiance, et c'est \h évidemment son but. force lui est d'avoir une grande droiture de caractère, d'être un homme franc et loyal. Qu'il suive ces conseils pratiques de Fénelon (r)8). « Montrez un cœur ouvert, et faites que chacim voie par expé-

{:,7) M»tilfncs, con$eils et avis fur la Charitiy

• '■^>i) Trltvr 1) In MîTr }fnrlc itc VAscenslou in luUlot 1T19.

[\f\2 DIRECTION DE (JONSCIENCE

rience qu'il y a sûreté et consolation à vous ouvrir le sien. N^ dites que ce qu'il faut dire, mais ne dites rien qu'avec une entière franchise. Que personne ne craigne de se tromper en vous croyant. ,)

Cette franchise, François de Sales en a le culte au point de préférer perdre l'attachement d'une de ses filles de prédilection, plutôt que de lui porter la moindre atteinte. Il écrit à Mme des Gouffiers (59): « Croyez que mon cœur, pJacé au milieu des montagnes de neige et parmi la glace de mes propres infirmités, n'a point eu de froideur pour le cœur de ma très chère Fille. » Mais le Saint d'ajouter qu'il aime mieux perdre ce cœ.ur, pourvu que Dieu ne soit point couiToucé, que de ananquer à la sainte sincérité vouée au service de cette âme qu'il ne saurait flatter sans la trahir, ni trahir sans Li perdre.

Malgré sa franchise, un. directeur n'inspirera pas confiance s'il est curieux et bavard. Aussi saint Thomas conseille au prêtre d'avoir un extérieur sérieux, bien que souriant et agréable, de fuir les repas où il se trouverait en contact avec de grands parleurs par crainte de dire quelque parole susceptible de faire croire qu'il trahit le secret de la confession. Toujours pour la 'même raison, l'Ange de l'Ecole condamne chez le prêtre l'indiscrétion et le bavardage, ainsi qu'une trop grande liberté de manières avec les femmes (60). C'est l'avis de saint Vincent de Paul, pour lequel vouloir tout connaître, tout voir est, de la part d'un supérieur, fermer la

(59) Lettre à Mme des Gouffiers, XX, 118.

(60) Opuscules, n" 64,

porte à toute confidence et ouverture de cœur (6i).

« J'ai éprouvé — écrit le Père Yvan (62) — que les conducteurs curieux ne sont pas les meilleurs et qu'une âme court un grand danger sous leur conduite. » Rien d'étonnant qu'il écrive et qu'il recommande aux religieuses de fuir les directeurs qui parlent et caquètent tant (63).

Savoir, prudence, bonté, franchise, discrétion demandent à être couronnés par une grande dignité imoralo chez le médecin aussi bien que chez le directeur. Pour suivre sans arrières-pensée un traitement psychotliérapique, comme pour se souniettre de tout cœur à une direction spirituelle, la première condition est d'estimer le spécialiste ou le prêtre à la compétence desquels on recourt. Et plus cette estime sera profonde et plus grande sera la confiance.

I^ dignité de vie nécessaire au praticien des psychonévroses l'est encore davantage au directeur appelé à connaître le fond des cœurs, leurs penchants les plus secrets et les moins avouables. Elle lui est indispensable — écrit saint Thomas (64) — pour qu'il n'ait pas à craindre d'être jugé sur les choses qui vont être l'objet de son jugement h l'é^gard des autres. Enfin, mieux il mettra en pratique les comnjandements et les conseils de la Ufligion, plus forte sera sa foi en la bonne influiMice de la Religion sur la conduite des hommes. Et cette foi, il faut qu'il la

(»JI) l.eltrr à ^f. (Vlloniini , prolio «le l.i ims>>i.)ii en visito à Rlrholicu '21. sept. 165'.).

(02) Lettres spIritucUes, i. 17.

(63) Ib., II. 2i;i.

(64) OpusiutJc, fii».

possède lui-même au plus haut degré pour la communiquer à ceux qu'il dirige. Sans elle, son action ne sera pas curative, ou le sera peu, parce quelle (manquera d'ardeur et de vie.

Cette conviction de l'efficacité des moyens qu'il emploie x)our guérir ses malades, le professeur Dubois la demande au spécialiste des troubles nerveux, comme les maîtres de la spritualité l'exigent du thérapeute des maladies d'âme. « Le névrosé — affirme le neurologue de Berne (65) — est sur la voie de la guérison aussitôt qu'il a la conviction qu'il va guérir ; il est guéri du jour oii il se croit guéri. Voilà l'idée que le médecin doit se mettre en tête s'il veut guérir son malade, mais il ne suffit pas qu'il accepte en sceptique cette notion et l'utilise comm-e un charlatan, il faut qu'il soit convaincu lui-même et sache transmettre sa conviction par cette contagion qu'exerce la sincérité. Quand cet état d'âme existe chez le guérisseur, peu importe les moyens qu'il emploie, ils réussiront tous en faisant éclore dans l'esprit du malade l'idée fixe de la guérison prochaine. Notre foi dans les moyens moraux n'est pas assez A^vante, et nombre de malades pâtissent encore de notre timidité, de notre aboulie thérapeutique. Si le névrosé ne guérit que quand il se croit guéri, le médecin ne réussit dans son œuvre que quand il a une confiance anticipée dans le succès de son traitement. Pour arriver à son but, il faut que le médecin sache s'emparer de son malade. Il faut que, dès le début, il s'établisseï entre eux un

(65) Les Psychonévroses,, s-is, 263, 264, 270,

lien puissant de confiance et de sympathie. Aussi la première entrevue est-elle sous ce rapport décisive. Il i>eut arriver qu'im malade revienne sur certains jugements précipités et que des relations favorables s'établissent par la suite. Si, c'est le médecin qui, par des affirmations troi) brusques, par son impatience, a manqué son entrée, il peut encore corriger cette faute. Maison général, la première consultation donne la mesure d'entente qui va s'établir. »

Le professeur Dubois recommande au médecin, dans les occasions importantes, de n'avoir pas l'âme flottante, de ne pas se contenter de phrases sceptiques, d'affirmations timides. Son devoir est d'être éloquent, tout en restant sincère, comme l'avocat de cour d'assises qui est profondément convaincu da l'innocence de son client qu'il veut arracher à la rondamnation. « Ce n'est pas — écrit le neurologue d(! Berne — ce que font de nombreux praticiens. S'il en est qui sont charlatans, il en est d'autres qui sont Tnaladroits et qui pratiquent la suggestion à rebours. A un neurasthénique, ils affirment qu'il guérira, oui, mais en lui déclarant que cette maladie dure h peu près trois ans. Voilà qui est consolant |x>ur uk malade destiné à gagner sa vie ! »

Comime la foi du directeur en la Religion, la foi du mé^lecin en son art doit être ardente, profonde ]>oiir entraîner ceux qu'il traite et concourir dans une la rire mesure h leur guérison. Quant aux qualités d*» franchise, de bonté, d'indulgence et d'affabilité, le jM'ofesseur Dubois les demande aux spécialistes des ])syrhonévroses, comme les maîtres do l 'ascétisme aux directeurs spirituels. Il n'est pas jusqu'à la sug-

gestion à rebours, que signale le neurologue suisse, qui n'ait quelquefois son équivalent dans la direction de conscience. Faute de jugement ou de réflexion suffisante, quelques prêtres, en voulant encourager les âmes, arrivent au résultat inverse par l'exagération ou la maladresse de leurs ejicouragements. Le plus regrettal)le est qu'ils ne s'en douteait pas le moins du ononde et ne peuvent ainsi apporter un correctif à leurs paroles. Tant il est vrai que le cœur ne peut se passer de la tête et qu'il n'est pas de bonté effective sans prudence.

Un point sur lequel Dubois insiste avec raison est la confiance du malade qu'il faut obtenir entière, le plus vite possible et par tous moyens légitimes. Bossuet partage absolument cette manière de voir. Il préfère ne point s'opposer à l'affection trop vive et trop tendre de ses pénitentes plutôt que d'amoindrir peut-être la confiance qu'elles lui témoignent. Bien intéressante à cet égard cette lettre qu'il écrit à Mme d'Albert de Luynes (66) : « Ma chère Fille, à la vérité, je ne voudrais pas exciter ces tendresses de cœur directement, mais quand elles viennent ou par elles-mêmes, ou à la suite d'autres dispositions qu'il est bon d'entretenir et d'exciter, comme la confiance et l'obéissance, et les autres de cette nature qui sont nécessaires pour demeurer ferme et avec un chaste agrément sous une bonne conduite il ne faut nullement s'en émouvoir ni s'efforcer à les combattre ou à les éteindre, mais les laisser s'écouler et revenir comme elles voudront. C'est une des

(66) Lettre à Mme d'Albert de Luynes, Meaux, 26 déc. 1691.

ET PSYCHOTHÉRAPIE DES TUOUBLES NEKVEUX l\kl

conditions de l'himianité de mêler les choses certainement bonnes avec d'autres qui peuvent être suspectes, douteuses, mauvaises même si l'on veut. Si paT crainte de ce mal, on voulait ôter le bien, on renverserait tout. »

Si la confiance du sujet est indisix^nsable pour que la direction spirituelle et le traitement des psychonévroses puissent être entrepris, l'un et l'autre, dans de bonnes conditions, sa docilité, parfaite pendant toute la durée des exercices, n'est pas moins indis- |x>nsable au but que poursuivent prêtres et médecins. Mais qui dit obéissance chez le sujet, dit, chez celui qui dirige, autorité capable de se faire obéir de manière suivie, c'est-à-dire autorité forte eit ferme. Sans cette fermeté, directeur et thérapeute courent à un insuccès certain, malgré leur compétence et leurs efforts. Il la faut d'autant plus qu'il s'agit d'astreindre le malade et le dirigé à un progi-amine fixé d'avance dans ses grandes lignes. Sans doute il leur sera laissé le plus de liberté ix>ssible, mais pour des (piestions de (lt''t,iil et non i)our le fond même du 'traitement, pour si marche générale. En psychothérapie des troubles nerveux, comme en direction de rcvnsricoire. il est des principes dont on ne peut s'écarter impunément. Si quelqu'un veut suivre la uiétliode Vittoz, le célèbre Docteur de Lausanne, où, si ce n'est lui, un de ses disciples, n'accédera jamais au désir du client qui voudrait faire des actes de volonté sans avoir fait au préalable dos actes conscients et des exercices de concentration. De même un directeur n'acceptera |x\s davanlapfe qu'un .in.iladi* spiritin^l vouillt» .jttj'indn^ dirige-

l\lxS DIRECTION Dlî CONSCilENCE

tement les plus hauts sommets de la vie tiniitive alors qu'il est ignorant par sa faute des vérités religieuses et qu'il ne s'est corrigé ni de ses vices, ni de ses défauts.

La fermeté est encore nécessaire aux thérapeutes des maladies d'âme, comme à ceux des psychonévroses, parce qu'ils imposent des aotos d'exécution relativemenit difficile et souvent très pénibile. Ainsi d'un malade habitué depuis des mois, sinon des aimées, à ne jamais penser à ce qu'il fait, le médecin exige des actes conscients et pour comble d'exigence, ce n'est ni deux, ni trois, mais une série d'actes qui se poursuit durant des jours, quelquefois des semaines. A ce névrosé, dont l' imagination se perd depuis longtemps en des rêves sans fin et sans consistance, il est demandé de concentrer toute l'attention, qu'il gaspillait jusqu'alors, sur un objet undqueet de l'y fixer durant quelques minutes. Enfin à cet aboulique, on commande de vouloir, il fauit que cet inerte couché dans l'inaction de sa volonté se soulève de cette couche où il est étendu depuis six mois, un an, et plus peut-être, et qu'il se mette à rharcher comme tout le monde. Et remarquez que cet inconscient des choses extérieures, ce rêveur obstiné, cet aboulique se^ trouvent d'ordinaire réunis dans tout névrof>é, de sorte qu'il devra, ce malheureux, se faire violence à lui-même d'un bout à l'autre du traitement. Comment imaginer qu'il ne soit tenté de renoncer à ce traitement qui va directement 5 rencontre de toutes ses habitudes? Infailliblement le découragement l'emportera sur l'obéissance du début, si l'autorité ferme du médecin ne supplée

ET PSYCnOTHÉR.VPIE DES TROUBLES NERVEUX 4AÔ

à la faiblesse du sujet. C'est précisément celte nécessité pour le praticien d'une volonté émergique, d'une grande fermeté de caractère, qui rend si fatigant pour lui le traitement des troubles nerveux, liien d épuisitnt comme de vouloir pour ceux qui ne savent ni ne i>euvent vouloir par eux-mêmes.

Le directeur de conscience a des exigences plus terribles encore : à ce violent et à cet orgueilleux, il commande de faire des actes de douceur et d humilité, à ce mondain d'âge mùr dont la vie se passe depuis sa jeunesse à siilisfaire i^cs sens, il impose le sacrifice de ses plus chers plaisiis ; à cet indépendajit, il ordomie la soumission aux commandements de Dieu et de l'Eglise, enfin des pèj^s et mères insouciants de leur rôle providentiel, il exige l'accomplissement de leur devoir d'état. Souvent même le directeur se voit dans 1 obligation d'imposer les actes les plus contraires à la nature, tels que le pardon des injures,. lu réconciliation avec mi ennemi, la fuite d'une personne très clière, mais de fréquentation dangereuse, la restitution d'une sonune considérable.

Il est de toute évidence qu'en des cas semblables, le pénitent invoi^uera toutes sortes de prétextes pt>iir se soustraire à un devoir si dur. (Quelle force d'àme pour i^sistor à un tel assaut I Pour peu que le directeur en manque, il se laissera convaincre. Ce péril est d'autant moins imaginaire, que tout incline le prêtre vers une indulgence excessive, s'il est faible de caractère. Avant tout, srm intérêt personnel, parce qu'en laissant faire, alors quil devrait imjx)ser son vf^lo, le directeur se fait la réputatio«i d'un homme

liJO DIRECTION DE CONSUIEISCE

d'esprit large et de cœur généreux, d'un de ces rares ecclésiastiques qui, par leur expérience du monde et leur compréhension de Vliumaine misère, attirent à eux et font aimer la Religion. Voilà bien de quoi émouvoir une âme sacerdotale. Jésus, d'ailleurs, n'at-il pas dit qu'il ne faut ni rompre le roseau à denu brisé, ni éteindre la mèche qui fume encore? C'est pour avoir outrepassé la Tniséricorde ou pluitôt pour l'avoir mal comprise que des prêtres ont failli à leur belle mission de défenseurs de la justice. Mieux vaut quelquefois provoquer des larmes par un refus qu'amener des sourires par une lâche concession.

C'est à l'honneur du directeur de conscience, sa bonté se distingue de la bonté des autres, parce qu'elle est auréolée de courage, voire d'héroïsme, comme celle des Filles de la Charité, prodiguant leurs soins aux blessés sur les champs de bataille... Pour diriger les âmes, il faut être de laille à s'exposer à de sourdes rancunes et même à des haines violentes. Prêtres et médecins se font fatalement des ennemis, mais en revanche, ils acquièrent, avec l'estime des meilleurs, de chaudes et solides amitiés.

Les maîtres de l'ascétisme plaident avec éloquence la cause de la femneté. L'un des mots les plus justes à ce sujet est celui de saint Vincent de Paul (67) : « Il faut être invariable à la fin et doux aux moyeais, c'est l'âme de la bonne conduite et l'un sans l'autre gâte tout. )) Dans la lettre où il écrit cette formule si précise, M. Vincent recommande de s'occuper de ses dirigés ayec exactitude, esprit de suite, douceur

(67) Lettre à M. Guérin, Supérieur de la mission à Annecy, 12 février 1643.

ET PSYCHOTHÉRAPIE DES TROUBLES NERVEUX U'ôl

et femieté. D'après les Constitutions de la Conipa- ^ie de Jésus et les exemples de saint Ignace, il ne faut pas que la force de commandement chez le Supérieur, et par conséquent chez le Directeur, devienne dureté, ni que la douceur se transforme en mollesse et laisser- faire.

A l'exemple de Cassieai (68), sur lequel il s'appuie, le savant Jésuite Aquaviva comhat la faiblesse de volonté chez ceux qui dirigent et il en montre les suites déplorables (G9).

Toujours utile, la fermeté de caractère est particulièrement nécessaire dans la direction des scrupuleux et ils sont en grand nombre. L'unique moyeu l)our les guérir de leur mal aussi dangereux que douloureux, est de les faire obéir. Suivant saint Alphonse de Liguori, il faut exiger d'eux mie obéissiinco absolue et aveugle (70). « Point de raisonnement, — doiton leur dire s'ils veulent discuter les ordres donnés — votre imagination est une folle, on ne raisonne pas avec les fous. Par ailleurs, le Démon met en œuvre toutes ses ruses pour embarrasser votre jxiuvre esprit, il vous éblouit par des raisons spécieuses, il vous embrouille à plaisir, puis il se ;rit do vous quaiui vous l 'écoutez. »

Bossuet explique en ces termes la raison d'être de cette obéissance qu'il faut imposer aux scrupuleux, puisqu'elle leur est indis[)ensable : « Le principe de faire toujours le plus sûr n'est poinit pour les per sonnes peinées — lisez srrupuleuscis — parce que

(68) Coll. 7. c. 2:i.

(69) Op cit., '21, 22, 98 Ct 90.

(70) ThéoL nior. l. I, n* lé.

le plus sûr pour elles, c'est d'obéir, autrement elles so perdraient, et à force d© chercher le plus sûr pour elles, il n'y aurait rien de sûr pour elles. »

Fénelon montre l'inutilité de toute direction pour les personnes atteintes de scrupule qui seraieinl indociles aux ordres de leur guide spirituel : u Que pourrait faire le directeur le plus saint et le plus éclairé pour vous guérir — écrit-il (71) — si vous ine lui dites pas tout, et si vous ne voulez pas faiie ce qu'il dit? Quand on est dans l'excès de troiuble que le scrupule cause, on est tenté de croire qu'on ne peut être entendu de personne et que les plus expérimentés directeurs, faute d'entendre cet état, donnent des conseils disproportionnés, mais c'est l'erreur d'ime imagination dominante qui n'aboutit qu'à une indocilité incurable, si on la suit. Doit-on se rendre juge de sa propre conduite dans un état de tentation et. de trouble où l'on a qu'à demi l'usage de sa raison? » Puisque l'ouverture de cœur et l'obéissance sont particulièrement difficiles aux scrupuleux, il est du devoir de leurs directeurs de les soutenir fortement par une fermeté de caractère h toute épreuve.

Si le traitement des psychonévroses et la direction de conscience ne donnent pas toujours de bons résultats, le médecin et le prêtre n'en sont pas seuls responsables. La faute retombe assez souvent sur les sujets eux-mêmes qui vont de clinique en clinique, de confessionnal en confessional sans laisser aux thérapeutes ou aux directeurs le temps de les guérir.

(71) Avis sur VexeYcice de la direction.

Ces capricieux, par leur défaut d'esprit de suite, méril-ent cette coiii])ardisoii peu flatt^euse du Père \\an (72) : « Demander un avis à un prêtre, tantôt un conseil à un religieux, tantôt \u\ doute à une autre personne, tantôt suivre l'un, tantôt suivre l'au- 'tre, c'est comme les bêles qui boivent à toutes les eaux qu'elles rencontrent. »

F-énelon indique en ces ternies le motif plus ou moins inconscient de ces changements irraisonnablcs (73) : (( Changer de directeur, c'est se rendre maître de la direction à laquelle on devrait être soumis. Une direction ainsi variée n'est plus une direction, c'est une indocilité qui cherche partout à se flatter elle-même... Quand on a tant de différents conseils, on ne suit que le sien propre par la nécessité où l'on se trouve de choisir entre tous ceux que l'on a reçus d'autrui (7/1). »

(72) Premier recuril, 103-104, cité par II. Rrémond. Fm Provence mystique, 170.

(73) Op. cit.,

(7'i) Lettre à Mme de Mainlenon, Versailles, 16(X)

Page 1