XIX
(27) Lettre à Mme de la Fléchère, XVI, 68.
(28) Lettre à li Sœur Favre, XV, 179.
r. est-elle pas prise sur le vif dans cette lettre à Mme de Chantai? (29) : « Nous >inmes dont à Saint- Prix avec la bonne Mme la Présidente qui m'ouvrit son cœur fort franchement. C'e^t un bon cœur, en vérité, et auquel je souhaite beaucoup de vrai prospérité. Elle a grand besoin d'être assistée et appuyée bien doucement pour la multitude des travaux que la vivacité de son esprit hii donne, qui ne cesse guère de lui fournir des motifs pour aggrandir son mal. Je vous écrirai un petit billet à j">art afin qu'elle le voit, ayant bien du désir qu'elle sache que je la chéris et estime pour la plus grande gloire de Dieu. » Quelle finesse d'observation daîis ce petit billet à part !
Malgré son immense et surnaturelle tendresse pour sainte Jeanne de Chantai, François n'ignore rien de ses qualités et de ses défauts. Avec son coup d'oeil d'une sûreté à toute épreuve, il démêle vite ce qui chez elle est l'effet de la volonté ou de la nature. Tant(^t avec gravité, tantôt avec enjouement, selon les circonstances, il lui signale les périls de son imagination toujours en travail, de sa générosité bouillonnante et de sa suractivité physique, on un mot de son naturel excessif en tout. Il ne lui cache pas, non plus, sa jalousie et son opiniAtreté natives, tout en s'inclinant devant «a force de caractère qui lui fait dire qu'il n'a jamais rencontré d'âme plus virile : (( Cardez-vous — lui écrit-il (3o) — des fortes applications de l'enteFidemont, puisqu'elles vous nuisent, non seulement au reste, mais à l'oraison même. Pour Dieu, ne p-irlez pas beaucoup, soulagez-vous cl vous
(tK)) f.rttre rt Mrnr tir Chantai. WII. 9?-9r (30) XV. 321.
b'^ DIRECTION DE CONSCIENCE
tenez un peu tranquille tant d'esprit que de corps. Travaillez, mais tout bellement, tout doucement, tranquillement... Ne vous opiniâtrez pas à vous tenir à genoux, car il suffira bien d'être assise (3i). Il ne faut pas accabler l'esprit à force de travailler le corps, saint François le disait à ses disciples. Je fais cela, il est vrai, mais c'est par vive force : autrement je dors fort bien ce qui m'est nécessaire. La lettre suivante vous fut écrite à la minuit, mais il y avait longtemps que je n'avais tant veillé. Il ne faut pas, pour peu de chose se détraquer comme cela, notamment les femmes, car après on ne vaut rien tout le long du jour (32). »
Les lignes suivantes contre l'indépendance d'esprit ne manquent pas d'une certaine énergie (33) : « Courez dedans les barrières, puisqu'on les a mises, vous ne laisserez pas d'emporter la bague, et plus sûrement. Ne vous efforcez point, ne vous mettez point en peine vous-même puisque vous me parlez comme : après les pluies, le beau temps. Ne soyez pas si jalouse de votre esprit. Eh bien, sur des nouvelles scabreuses, il ressent du trouble. Ce n'est pas grande merveille qu'un esprit d'une pauvre veuve soit faible et misérable. Mais que voudriezvous qu'il fût? »
François revient souvent sur cet entêtement qu'il juge néfaste à l'avancement spirituel de sa grande et chère fille (34) : « Vous avec eu — lui écrit-il — votre esprit tout entortillé ces deux ou trois premiers