‹ Direction de conscience, psychothérapie des troubles nerveuxChapitre 7 sur 24 · VI. 40S · texte numérisé non relu

VI. 40S

(94) Inlroductton à In vie dévote, lll. 39G-3-27.

9â DIRECTION DE CONSCIENCE

comme un petit enfant, vous n'aurez pas la dragée des petits enfants. »

Le Père Yvan écrit au sujet de cette finesse féminine portée jusque dans la religion (95) : « Hé fille, que la nature est fine ! Tu penseras quelquefois être tout Dieu, tout amour, ei tu seras toute toi. Dieu est le cœur des âmes de bonne volonté. »

C'est par haine de ce défaut de simplicité, pour no pas dire de franchise, que Bossuet hésite à permettre aux religieuses d'un couvent d'entrer en relations avec celles des communautés voisines (96). (( Je vous permets — écrit-il — les liaisons que vous voudrez avec nos filles de Jouarre, mais que tout cela soit bien loin des petits mystères assez communs parmi les filles. » Ce besoin qu'ont beaucoup de femmes d'user de réticences ou de paroles mystérieuses pour masquer en partie des pensées d'ailleurs insignifiantes peut être le fruit de la vanité, mais il est toujours celui de quelque dissimulation native.

La réprobation de la duplicité ne va pas jusqu'à condamner cette diplomatie naturelle dont la femme peut se servir pour des fins honnêtes. Yves de Paris l'invite à le faire : « Les faiblesses qui font que les uns ont besoin des autres — écrU-il (97) — sont puissants attraits de l'amour dont les femmes savent se servir quand elles affectent des craintes et des délicatesses (qu'elles n'ont pas) pour gagner des cœurs qui font profession de vaillance. »

(95) Lettres spirituelles, I, 40, cité par H. Brémond, La Provence mystique, 178.

(96) Lettre à la Communauté des Filles de la Charité de La- F erté-sous- Jouarre, Paris, 5 dec. 1691.

(97) La Théologie naturelle. III, 232.

Directeurs de conscience et praticiens de la psychothérapie sont d'accord pour regarder l'excessive activité de l'imagination chez la femme comme un des plus importants principes de sa faiblesse de volonté. A-iLssi une part considérable de la correspondance de François est-elle consacrée à combattre cette dangereuse faculté fertile en troubles et inquiétudes de toutes sortes, <( herbes — écrit-il (98) — qui croissent volontiers dans les monastères mal cultivés, principalement en ceux de filles. »

En psychologue expérimenté, l'évêque de Genève n'ignore pfâs les effets extraordinaires de l'imaginatioTi chez certaines névrosées. Quand ils se produisent dans quelque monastère, loin de s'en étonner et de crier au miracle, il les examine avec le sangfroid d'un médecin et d'un médecin de nos jours. Le lettre suivante à la Mère de Chastel, supérieure des Visitandines à Grenoble en est la preuve (99) . « Je ne trouve rien qui ne me fasse penser que notre Sœur Marie-Constance soit fort bonne fille, et que partant il la faut aimer et chérir de très bon coeur Quant à ses visions, révélations, prédictions, elles me sont infiniment suspectes, comme inutiles, vaines et indignes de considération, car, d'un côté, elles sont si fréquentes que la seule fréquence et multitude les rend dignes de soupçon. D'autre part, elles portent des manife^UUions de certaines choses que Dieu décJarc fort rarement : conmie l'assurance du salut éternel, la confirmation en grAce, lo degré do

(W) Lettre d Mrrw Bourqeoif. XIII. 79.

(99) Lettre d Mmr de Chantel, XVIII. 324. (99J Lettre a Mme de Chastel, XVIIII. 324.

sainteté de plusieurs pei-sounes. » Voilà qui est d'un excellent théologien, d'un homme de sens et d'expérience.

Voici qui est d'un psychologue de génie pour l'époque (loo) : « J'avais oublié de vous dire que les visions et révélations de celte fille ne doivent pas être trooivées étranges, parce que la facilité et tendreté de l'imagination des filles les rend beaucoup plus susceptibles de ces illusions que les hommes : c'est pourquoi leur sexe est plus adonné à la créance des songes, à la crainte des esprits et à la crédulité des superstitions. Il leur est souvent avis qu'elles voient ce qu'elles ne voient pas, qu'elles oyent ce qu'elles n 'oyent point et qu'elles sentent ce qu'elles ne sentent point. Il faut donc traiter cet esprit-là avec le mépris de ses imaginations, imais im mépris doux et sérieux, et non point moqueur, ni dédaigneux. » Il n'est pas un mot qui ne soit à retenir, pas un mot qui ne puisse servir de thème aux méditations des médecins de l'âme et des médecins du corps.

François raconte, à propos de cette névrosée de Grenoble, la plaisante histoire, pour employer son qualificatif, d'une de ses parentes, dont le mari était mort en Piémont, qui se crut grosse d'un enfant, alors qu'elle ne l'était pas et qui ne demeura pas moins de quatorze mois en cette imaginaire grossesse. Avec son esprit coutumier, François la représente à la fin criant tout un jour et toute une nuit en les douleurs imaginaires d'un imaginaire enfante-

Page 1