XVIII
ment. A croire ses sernients, conclue-t-il, sa parente aurait été mère sans mettre au jour aucun enfant 1
Comme on peut s'y attendre, l'évoque de Genève n'est pas de ceux qui prennent au sérieux les rêves gi édifiants soiont-ils. Au sujet de la Sœur de BJonay qui avait vu en songe sept cavaliers qu'elle avait logés chez son père, François écrit à la Mère de IChantal (loi) : « Si ces pauvres qui lui ont parlé sont de la terre ou du ciel, je ne sais, Dieu lo sait, mais je fiais bien qu'ils lui ont parlé le langage de Jésus-Christ. Dites à r^ltc chère fille qu'elle n'examine point curieusement le sonxre qu'elle a fait, mnis qu'elle profite soigneusement et humblement de la santé de cœur et de corps pour le service et la gloire de Dieoj. »
La grande, la principale cause de la faiblesse de volonté chez la femme est le sentiment, c'est lui le vrai coupable, c'est lui qu'il faut atteindre et diriger. Si l'imagination est pour nos soeurs un principe J 'affaiblissement moral, c'est surtout parce qu'elle ïctionnc leur vie affective. La romarquc en a été faite au cours de ce chapitre, c'est vrai pour l'homme, h plus forte raison, ce n'est que trop vrai X)ur la femme. I>es grands directeurs de conscience 'ont compris. C'est ce qui fait écrire h l'auteur de ,'Iniro(IiLction à la vie dévote que les maladies du ;œur viennent 5 cheval et en poste, mais qu'elles l'en revont à pied et au petit jxis (loa). Comme il lit vrai en disant que les femmes jugent par passion
(101) Lettre à Mme de Chantai, XVI. 7,*? toç) ftitrfxîuellon li lr> vie ftévntr. III. W»
et qu'elles pensent toujours bien de oe qu'elles irjent et toujours mal de ce qu'elles haïssent (io3).
Plein de ces idées, François engage les maris se montrer très caressants, très tendres pour leurs épouses, dont le naturel sensible requiert sans cesse dt vives et chaleureuses effusions de cœur (io4).
La plupart des fautes prennent leur origine dans le sentiment, souvent même dans un sentiment louable, comme l'amour maternel ou conjugal. En voici un exemple dans l'exagération répréhensible d(^ la tendresse d'une imère pour sa fille : a 0 mon Dieu, ma chère Dame, — écrit François à la comtesse de Dalet, victime de cette tendresse (io5) — qu'il faut faire des choses pour les pères et mères, et comme il faut supiwrter amoureusement l'excès, le zèle et l'ardeur, à peu que je dise encore l'importunité de leur amour. Ces mères, elles sont admirables tout-à-fait ; elles voudraient, je pense, porter toujours leurs enfants, surtout l'unique, entre leurs mamelles. Elles ont souvent de la jalousie si on s'amuse un peu hors de leur présence. Il leur est avis qu'on ne les aime jamais assez et que l'amour qu'on leur doit ne peut être mesuré que par le démesurément. Quel 'remède à cela? Il faut avoir patience et faire au plus près tout ce qui est requis pour y correspondre. »
Plus instructif eiicore est l'exemple proposé par saint François de cette femme qui, voyant son mari ou son enfant malade, soudain court au jeûne, à la
(105) Lettre à la Comtesse de Dalet, XX, 54.
Il lire, à la discipline, comme Ot David, a Hélas, ière amie, — lui dit le Saint (io6) — vous bâtez lô pauvre âne, vous affligez votre corps, et il ne peut mais de votre mal, ni de quoi Dieu a son épée dégainée sur vous, corrigez votre cœur qui est idolâtre do ce mari et qui permettait mille vices à l'enfant et le destinait à l'orgueil, à la vanité et à l'ambition. )) Quel scèrbe vivante ! Qui de nous n'en a été lo témoin, mais sans en découvrir peut-être la significaiion profonde, si vivement mise en Imnière par le grand psychologue de Savoie.
Si les sentiments familiaux dégénèrent trop souvent en de coupables excès, le sentiment relijfieux lui-môme n'est pas à l'abri de ces regrettables exagérations. François le constate : « C'est un grand abus de plusieurs — écrit-il (107) — et notammeni des femmes, de croire que le service que nous faisons à Dieu, sans goût, sans tendreté de cœur et sentiment soit moins agréable à sa divine Majesté. Bien que nos œuvres faites avec tendreté de cœur nous 5oient plus agréables h nous qui ne regardons qu'à notre propre délectation, si est-ce qu'étant faites en sécheresse et stérilité, elles ont plus d'odeur ei do valeur devant Dieu. »
L'abns en que.stirm est une vraie faiblesse féminine et une faiblesse des pins dangereuses puisqu'elle ne tarde guère h détruire la piété. « I^s dévotions se commencent avec de çrrands et saints désirs d'aimer Dieu — remarque finement le Père Yvan (108)
M0«) fntrntluction h la vir devoir, ITI. 2îi. (trti) If> HT. rwn-l?!,
(108) Premier reeueil. lOO-iof ; cit/* par H. Prômonfl. Ta Provence myxtiqm an xvu* titcle, 104-165.
lOO DIRECTION DE CONSCIENCE
— tellemeint qu'on semble des anges, des agneai il des Jésus. Maâs peu après, on se refroidit, s'ôte de son silence, de la soliludo et présenc( de Dieu. Alors tout se change a caque.ter, deviser d( choses de Dieu, de là des choses indifférentes, pui| pires, s 'emportant en des complaisances, affections, plaisanteries, devis, visites, respects humains, compliments, amitiés, aller, venir, conférer et ibadi-J ner. »
Au fond, tooit ce que perd la piété est accapara par l'amour propre et le résultat navrant en est] analysé avec humour par le Père Yvan (io9) : « Vous verrez presque toujours la religieuse esclave de son] amour-propre chagrine, impatiente, sèche, occupée] dans elle-même et pe^u dans Dieu. Elle se plaint,] s'excuse, se défend, elle murmure, elle pleure. Il n'y a en elle que venin. Car comme elle désire d'être aimée, caressée, estimée, crue et suivie, quand cela n'arrive pas, elle meurt : elle parle, dit, écrit, traîne et fait tout ce que le diable veut. Elle marche ayec finesse, hypocrisie, mensonge. Au lieu de faire oraison, elle ne pense qu'à ses intérêts et à se faire adorer comme la Babylone de l'Apocalypse. )> C'est UTi portrait poussé au noir, mais qui n'est pas sans quelque ressemblance.
Si le sentiment peut devenir nuisible aux rapports de l'âme avec Dieu, il est propre en revanche à les rendre plus doux et p-lus faciles. Grâce au développement de sa vie affective, la femme possède une heureuse facilité — que nous n'avons pas, noois
(1Ô9) Lettres spirituelle.^. Il, 4? ; cité par H Brémond, op. cit. 165.
autres hommes — à rester longtemps sons l'impression d'une idée pieuse, ce qui lui est très profitable, déclare François de Sales (iio). Il est vrai qu'en revanche, son esprit se perd plus que le notre dans kv- raisonnements d'une niédilalion discursive c'està-dire raisoiinée. Le Directeur • de sainte Jeanne n'ig-nore ni cette supériorité, ni cette infériorité. Aussi profond que clairvoyant psychologue, il découvre la cause première des effets néfastes du sentiment chez tant de filles d'Eve. C'est l'égoïsme qui est surtout d'ordre affectif chez la femme et l'enfant, alors qu'il eist jjlutôt d'ordre intellectuel chez l'homme. Le Saint, dans une lettre à la Mère Rossel (m), parle de celte « féminine tendreté sur elle-même qui nuit aux progrès spirituels de la novice Marie Thihaut. Telle est l'explication du besoin qu'éprouvent généralement nos sœurs d'outrer l'expression de leurs sentiments. Ce travers bien féminin n'est pas un secret pour François qui le signale à Mlle di* Fnuray par ce mot à l'em porte-pièce (113) : « L*\ chère sœur m'écrit toujours avec tant d'effusion do son cher amour, qu'en vérité elle m'5te le pouvoir de la remercier. )> (( Pour les larmes, écrit-il ailleui's (ii3) — il y a des naturels qui ne s'en peuvent pas empé<'her, et nous sommes quelquefois si aises de pleurer, surtout quand on nous change de Supérieure pour montrer que ma Srrur une telle n'e^t ]>as dénaturée et (|u'elle le re.^sent. Cela fait si grand bien à l'amour-propre. Enfin ce ne sont que