‹ Direction de conscience, psychothérapie des troubles nerveuxChapitre 9 sur 24 · VI. ?M · texte numérisé non relu

VI. ?M

I (111) r.ettic (i Mme lioxset, XIX. 169. I (119) retire d ^fnr^ Fravçoif (\r I.aiiray, XX. 64. (113 VI. 439

faiblesses de filles. » Le Saint revient à la charge dans une autre lettre (ii4) *• « H f^ut laisser pleurer les filles et témoigner les affections qu'elles ont, car eJles penseraient qu'on croirait qu'elles n'ont point d'amour si elles ne le témoignaient. Tout cela n'est que faiblesse de filles. »

François diagnostique c& besoin de faire étalage de son amour même chez les femmes les plus intelligentes. I^ prestige d'Angélique Arnaud ne l'aveugle pas à cet égard et les conseils de l 'expérimenté directeur sont d'autant plus intéressants a lire qu'ils s'adressent à une orgueilleuse qui ne pouvait souffrir chez les autres une faiblesse dont elle était personnellement atteinte (ii5) : « Prenez garde à ces ,mots de sot et de sotte. Apprivoisez petit à petit la vivacité de votre esprit à la patience, douceur, humilité et affabilité parmi les niaiseîies, enfances et imperfections féminines des Sœurs qui sont tendres sur elles-mêmes et sujettes à tracasser autour des oreilles des Mères. Ne vous glorifiez point en l'affection des Pères qui sont en terre et de terre. »

Yves de Paris, qui suit François de Sales à travers les dédales de l'affectivité féminine, invite les maris à tenir compte de cet immense besoin de tendresse, s'ils sont désireux de s'assurer la fidélité de leur femme. Qu'ils lui parlent gracieusement, qu'ils ila traitent affectueusement, alors même qu'ils n'en ont nulle envie. Par le mariage — écrit-il (ii6) —

(115) Lettres à Angélique Arnaud, XIX, 16.

(116) Les morjles chrétiennes, III, 329.

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(( l'on est dans une condition d'amour, il faut aimer et commander la complaisanr>e à ses inclinations pour avoir la paix, puisqu'on la pratique bien c^tte complaisance dans les cours pour élever sa fortune Lh sagesse peut en cela forcer les astres et les sens : ©lie se peut faire des habitudes et apprendre un langage de dilection, elle peut rendre des preuves d'amour pour en recevoir et charmer un cœur par cpUn innorrnie magie. »

Ln forme d'aTnour-propre féminin, la plus commune, est la vanité. L'homme est plus orgueilleux que vaniteux parce -que son attachement h lui-même est surtout — nous l'avons remarqué — d'ordre intellectuel ; la femme est plus vaniteuse qu'orgueilileuso, paroe que son attarlicment 5 elle-même es4. surtout d'ordre affectif. S'il faut en croire François do Sales, la vanité naît chez la femme presque avec le sexe (117). Ce qui lui fait écrire que partout « où il y a amas de filles, il y a au«isi amas de louanges et de flatteurs (ri 8) . »

■Chez les poi'sonnes du "monde, co penchant porte piincipaleimont la femme .^ se jrtor têt^ baissée dans des amourettes, moins pour aimer et Atre aimée que pour le paraître aux yeux de«; autres fommes. Un directeur spirituel du quatrième siècle ne se fait aucune illusion 5 ce siljet, cmumc le prouvent les pensées suivantes si poétiquement traduites par Vau- 1<Mir do Vlnlrodnclîan h la vie dévote (iiO") : u Saint Crégoire de Naziance, écrivant contre îr<; femmes

(117) r.rttrr d }lmc de Chnntjl. XII. :k,\. (1I«) VI. 490. (119) III. 109,

vaines, dit merveilld au sujet des amourettes : « Ta naturelle beauté suffit pour ton mari ; si elle est pour plusieurs hommes, comme un filet tendu à une troupe d'oiseaux, qu'en arrivera-t-il? Celui-là te plaira qui *se plaira en ta beauté, tu rendras oeillade pour œillade, regard pour regard ; soudain suivront les souris et petits mots d'amour lâchés à la dérobée pour le commencement, mais bientôt on s'apprivoisera et passera-t-on à la cajolerie manifeste. » D'un mot, le grand psychologue de Savoie montre l'immoralité de ce jeu (120) : « C'est un grand vice à une femme de vouloir entretenir de mauvaises amours, quoi qu'elle ne veuille jamais s'adonner réellement à l'amoureux. »

L'explication de la vanité féminine imaginée par Yves de Paris mérite d'être reproduite, à titre de curiosité (120 bis) : « Ce sexe infirme qui a part aux biens de la communauté, et cpii n'en a pas la disposition, se console au moins d'en porter la montre. Et parce que ces corps délicats supportent néanmoins les grands travaux de l'enfantement, l'amour, pour les faire reconnaître, les enrichit de cette belle forme, comme d'une récompense d'honneur, comme d'un triomphe de ses victoires, comme des livrées de ses espérances et comme il attache les fleurs aux branches qui portent les fruits. »

Cette vanité si féminine enlaidit quelque peu \^. sentiment religieux, elle s'insinue même jusque dans la pratique de l'humilité qu'elle mine du coup en la transformant en elle-même. Pour suivre ce tra-

(120bfs) Les morales chréttennes, IV, 223.

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vail jxirfide dans une âme, il faut la pénétration psychologique d'un François de Sales, et pour en sortir utilement l'intéressée, il faut son style : « En somme, — écrit-il à Mine des Gouffiers (lai) — nous n'aimons pas les croix, si elles ne sont d'or, emperlées et émaillces. C'est une riche, quoique très dévote et admirablement spirituelle abjection (quelle fine ironie !) que d'être regardée dans une Congrégation comme fondatrice, ou du moins comme grande bienfaitrice. Lucifer se fut contenté de demeurer au Ciel à cette condition-là. Mais de vivre d'aumônes, comme Notre-Seigneur, de prendre la charité d autrui en nos maladies, nous qui d'extraction et de courage, sommes ceci et cela, certes, est bien fâcheux et difficile. » Dans le même esprit, le Père Yvan écrit à une religieuse (122) : a Ma Fille, toutes vos croix ne sont que de l'eau claire. »

François comlxit une autre manifestation de la vanité sur le terrain religieux, celle-ci plus enfantine que nuisible. Il s'agit de la manie de certaines femmes qui se plaisent à vôtir de beaux atours des statuettes de Notre-Seigneur, de la Madone ou des Saints. Puisque ce goilt ne se rencontre guère que dans les cloîtres, ne serait-ce pas une sorte do déplacement de la vanité féminine. Du moment que H femme consacrée de Dieu ne peut plus se parer, comme son instinct l'y jx>rte, elle se siitisfait inconsciemment en parant des figurations de bois ou de cire. Quoi qu'il en soit de cette coutume, le fon-

\'2\) Lettre à Mme des Coufflent, XX. 73 vrnrt' ini/stiqur au XVII'— .st«Vle. 9. (I«) r.rttrrs splrltiiellrs. i '?•» : r\tfi ]»ii- H nr^inouil. l.i Pro-

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dateur de la Visitation la désapprouve. Dans les Constitutions, il défend aux Sœurs de u mettre des poupées sur l'autel parce que, pour l'ordinaire, eldes sont mal faites, parce que c'est une grande perte de temps et que les filles naturellement se plaisent à cela (i23). »

C« menu fait dénote une finesse d'observation psychologique qui ne laisse dans l'ombre aucun dé' tail. Avec un regard si scrutateur, avec un œil ouvert à tout, comment François n'aurait-il pas saisi un dernier trait de la femme, sa bizarrerie déconcertante qui, depuis que le monde est monde, laisse l'homme interdit ^et rôveur. A propos de la réception dans un monastère de Visitandines (( d'une fille tout-à-fait bonne et nullement fantasque, ni bizarre, mais d'un esprit tout-à-fait grossier, » le Saint écrit à la Mère de Monthoux (124) : « H n'en faut paai remplir la maison, mais prenez celle-là, car il se] trouve si peu de persojines en ce sexe sans fantaisle\ et malice et bizarrerie, qu^ quand on en trouve, on^ ne les doive recueillir. »

Frappé lui aussi du caractère déconcertant degi filles d'Eve, le Père Yvan écrit (i25) : « L'une croit] à la lune, l'autre croit au soleil ! )>

François de Sales est un trop parfait anatomisteJ du cœur de la femme pour n'avoir pas compris quel la vertu est souvent chez elle plus admirable et le vice plus détestable qu'ils ne le sont chez l'homme. 1 (( I^ femme vertueuse — écrit-il (126) — est d'au-

(124) Lettre à Mme de Monthoux, XIX, 377.

(125) Lettres spirituelUs, II. 73.

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tarit plus excellente dans sa vertu que son sexe semble être frêle et fragilité. »

Quant au mauvais côté du tableau, il est rendu par le Jésuite Etienne Binet avec une vivacité d expressions, une barinonie imitati\e et une originalité amusantes (137; : « La colère des bommes n'est que sucre et miel comparée au bel et à la colère d'une mauvaise fenmie... Encore lui faut-il demander pardon après avoir été outragé d'elle : cela crie, cela pleure, cela menace... Nous la voyez écumer par la boucbe, darder des rayons de ieu de ses yeux allumés,... enfler les veines au beau mitan du iront, se prendre par les flancs, frapper des pieds, des mains, de la langue, de tout. Si vous ne dites mot, elle enrage de dépit ; si vous répondez, ô Dieu, quels cris, quel tonnerre 1 Elle dit, puis redit, puis maudit.,.. Que si, par malbeur, elles sont deux ou trois qui soient d'accord.., Dieux Irmnortels, quel tintamarre I »

Tout en tenant pour particulièrement féminins les défauts et travers qui viennent d'être étudiés, les grands directeurs n'bésit^'nt jxis à Jes diagnostiquer cbez rhonnne quand ils les y rencontrent. Après la lecture dos pages [)réc^entes ce reproche de saint Vincent de Paul à un frère de la Mission gnagiie en intérêt par son rapprochement avec les avertissemonts semblables aiiressé^ par Erançois do Siiles A tant de femmes (ia8) : (( Ceux qui aimont Dieu ne s'en vantent pas ; au tontrairo ils craignent do no

HT,) I.a fltnr dcf p.viumin, II, 313 ; cité par H. Dr<^mond. Hist. lltt/^r. du scntimc7it rtUuii'uj eu France, I. laô. (1«8) Lettre â un frdrr >ir ht Mtnslon, 10 déc. 16M.

l'aimer point. Comme Dieu leur paraît infiniment aimable, ils voient que leur amour n'est rien en comparaison de celui qu'il mérite. Cependant vous exaltez si fort le vôtre, qu'au lieu de me paraître grand comme à vous, il me semble qu'il est fort petit. »

L'avis suivant sur l'excès de zèle adressé par M. Vincent à l'un de ses prêtres rappelle ceux de François h ses dirigées (i29) : « Parce que le zèle, comme les autres vertus devient vice par l'excès, il faut se bien garder de ne pas se laisser tomber dans ce labyrinthe, cer le zèle qui sort hors de l'enclos de la charité du prochain n'est plus un zèle, mais passion d'antipathie. »

Après toutes ces preuves du sens psychologique des grands directeurs spirituels, il est bon de faire remarquer que l'une des causes de leur supériorité à ce point de vue est que, à l 'encontre des autres moralistes, ils ont en vue une personne particulière ©t un cas particulier de conscience. Leur direction est rendue par là plus concrète, plus vivante et par suite leur pénétration psychologique y gagne. Si Vincent de Paul, par exemple, fait cette réflexion si juste : un bon esprit est meilleur à dix-huit ans qu'un mal fait à cinquante, c'est afin de décider Mlle Legi^as à confier un emploi important à une ^ jeune fille de cet âge, dont il apprécie le bon sens

(129) Lettre à M. Escart, prêtre de la Mission à Annecy, Paris, 14 nov. 1640.

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et la fermeté d'esprit (i3o). Si Bossuet écrit qu'il ne faut pas trop exciter son imagination au cours de l'oraison, mais qu'il convient de la tenir captive le plus possible, c'est qu'il s'adresse à une rêveuse, Mme d'Albert de Luynes (i3i).

V oici un exemple typique de la façon concrète dont les grands directeurs étudient les cas de conscience en tenant compte des circonstances de temps, de milieu de personnes qui forment autour d'eux une atmosphère spéciale. L'avisé M. Vincent apprend les maladresses commises par le caractère impulsif de M. Codoing auquel avait été confiée la charge de supérieur des prêtres de la Mission à Rome. Comment ramener le coupable à plus de modération et de prudence? Tel est le problème qui se pose. Vincent de Paul le résoud en tirant une leçon pratique de la mentalité des Romains avec lesquels l'ardent Codoing est obligé de vivre, et comme c'est à un supérieur qu'il adresse ses reproches, il s'applique et réussit à leur ôter tout caractère humiliant (iSa) : « Voyez-vous, Monsieur, vous et moi nous nous laissons trop emporter à nos opinions : vous êtes cependant dans un lieu où il faut une merveilleuse retenue et circonspection. J'ai toujours ouï dire que les Italiens sont les gens du monde Jes plus considérants et qui se méfient le plus des personnes qui vont vite. La roU^nuo, la patience et la douceur viennent i\ bout de tout, parmi eux, avec le temps, et

(130) Lettre il Mme Leqras, veille do Saint Luc 1631.

(131) Lettre à, Mme d'Albert (te T.uynea. 31 oct. 1693

(119> Lettre rt V rottolrui, prôtrtf de la MLsslon. SiiiX*rl«ur à Kuiiu'. 3ô mars 16'<S.

parce qu'ils savent que nous autres Français allons trop vite, ils nous laissent longtemps sur le pavé sans se lier avec nous... A Rome, — écrit-il dans une autre lettre (i33) — les esprits sont patients, observateurs de la conduite des hommes, et comme ils sont solides, ils ont peine de confier des choses d'importance aux personnes qui suivent les secondes imaginations, s'y attachent, et cela quelquefois au préjudice des premières. 0 qu'ils sont patients et longanimes et qu'ils aiment la patience et la persévérance aux premiers desseins. Notre défaut à nous deux est de suivre facilement nos nouvelles imaginations et de nous y attacher parfois trop fortement. »

Rien d'étonnant àceque les directeurs spirituels fassent preuve de pénétration psychologique dajis la connaissance des autres. Ils se prép<arent à la direction par l'étude approfondie d'eux-mêmes. Certains nous ont laissé des analyses remarquables de leurs sentiments, comme celle-ci qui se lit dans une Iettri3 de saint Bernard à l'im de ses fils de cœur auquel il avait recommandé, par mortification^ de ne lui donner que rarement de ses nouvelles (i34) : « J'appréhende tout parce que je ne sais plus rien, et je me fais souvent un chagrin très réel pour des maux imaginaires. Cela vient de ce que, dominé par l'amour, le cœur n'est plus maître de lui, il craint ce qu'il ignore, il se tourmente sans motif, son inquiétude va plus vite et plus loin qu'il ne veut ; c'est en vain qu'il s'efforce de régler sa sensibilité,

(133) Ib., 21 nov. 1642.

(134) Lettre à Rainaud, abbé de Foigny, n" 74.

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il n'en peut prévenir les excès, il s'énieul nialg^ré lui. Vous voyez, mon fils, que la précaution que j'avais prise et la discrétion lilialo, dont vous avez fait preuve en cette circonstance, m'ont bien mal icussi. Je vous prie donc de ne plus nie laisser ignorer tout ce qui vous concerne, si vous ne voulez redoubler mes inquiétudes au lieu de les diminuer. ))

Bon psyclioloj^^uc dans la direction des consciences, comment François de Sales ne le serait-il pas puisqu 'avant d'étudier les autres, il s'observe si bien lui-même. Henri Brémond le représente se regardant faire ou pâtir, assistant curieux ou réégné, comme d'un balcon, aux mouvement de son être. On le dirait — remarque cet auteur (i35) — attentif à un orage loinhiui ou à des enfants qui s'agitent. IJ écrit à propos do je ne sais quel trouble : h Je me înoquais en moi-même de ma faiblesse et mon esprit voyait clair comme le jour que tout cela était une inquiétude de vrai petit enfant. »

A l'exemple des Saints, François n'aime guère à iwrler de sa propre pei-sonne. S'il le fait quelquefois, c'est toujoui^s i>our l'iuslruction des autres ou i>ar preuve d'amitié. l>e peu qu'il écrit sur son compte dénoie l'habitude de s'analyser dans Icb moindirs détails. « Je ne sais si vous me connaissez bien — écrit-il i\ Mme de Chantai (i36) — je i>onse. que oui pour beaucou|> do parties de mon cœur. Je ne suis giière prudent et c'est ujio vertu que je n'aime

(135) II. nréruond, Hist. lltt. du scrUlrurut ralioit'ux en France. I. 82-83.

'|{.v fritrr à Mme de Chantai, XIII, 3U4.

pas trop. Ce n'est que par force que je la chéris parce qu'elle est nécessaire. Non, de vrai, je ne suis nullement simple, mais j'aime si extrêmement la simplicité que c'est merveille. A la vérité dire les pauvres petites et blanches colombelles sont bien plus agréables que les serpents, et quand il faut joindre les qualités de l'un à celles de l'autre, je ne voudrais nullement donner la simplicité de la colombe au serpent, car le serpent ne laisserait pas d'être serpent, mais je voudrais donner la prudence du serpent à la colombe, car elle ne laisserait pas d'être belle. ))

Plus savoureuses sont les lignes suivantes, encore adressées à sa sainte confidente. Qu'il y a loin de cet instantané où le Saint est pris sur le vif, dans le feu d'une action qui naturellement l'amuse, à ces photographies retouchées que psychologues et poètes donnent d'eux-mêmes (i37) : « Que vous dirai-je davantage.!^ Je viens tout maintenant de faire le catéchisme, où nous avons fait un peu de débauche avec nos enfants à faire un peu rire l'assistance, en nous moquant des masques et des bals, car j'étais en mes belles hmiieurs et un grand auditoire me conviait par son applaudissement à continuer de faire l'enfant avec les enfants. On me dit qu'il me sied bien, et je le crois. Mais ne suis-je pas un vrai simple de vous dire ceci? » Connaissez-vous plus exquis pour le style, plus fin, plus nuancé pour la peinture des sentiments.^ Avec un tel esprit d'observatoin, il est naturel que François réussisse si bien dans la direc-

(137) Lettre à Mme de Chantai, XIII, 266.

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tion, si bien que c'est merveille^ pour parler son beau langage.

Un dernier mot, à la fin de ce chapitre, sur une critique formulée contre le sens psychologique des grands directeurs de conscience. Si l'on n'en conteste d'ordinaire ni la solidité, ni la clairvoyance, ni lo coté pratique, on en met en dooite la profondeur. N'est-ce pas de l'outrecuidance de dénier cette profondeur à Bossuet dont le naturel est précisément d'être profond en toutes choses. « Ceux qui regardent la direction — écrit Calvet (i38) — comme une province de la littérature psychologique trouvent les lettres spirituelles de Bossuet sèches et superficielles. Ceux qui savent que la direction est un art pratique destiné à soutenir les âmes dans leur vie quotidienne admirent dans ces lettres la clairvoyance, le bon sens, la simplicité, la bonté et le respect des consciences. »

Ce reproche ne mériterait pas d'être cité si ce n'était qu'il est nm exemple saisissant des préjugés de certains auteurs contre la valeur psychologique des grands directeurs do conscience. Dans son remarquable ouvrage sur Bossuet, Lanson, au contraire, trouve aux lettres incriminées, du moins ft plusieurs, un raractf'To trop philosophique. Le guide spirituel qui écrit h la Sœur Cornuau les lignes suivantes rnanque-t-il de profondeur dans la conduite des Ames (i30) : Je vous permets la ])énitenco dont vous mo parlez. Mais, au reste, ne croyez

(138) Œuvrrx chntsirs de liosstirt. Col. d'auteurs français sou» Ift direction do M de» fîranffpj?. (I.IO) Lrttrr A la Srrnr Cnrnunu, rrPrmttrny. l" ort. 16P1.

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pas que ce soit là le fort du remède. Ce qui apaise pour un moment irrite souvent le mal dans la suite : cet effort qui fait qu'on voudrait mettre son corps en pièces est un excès et une illusion. On s'imagine qu'on fera tout à force de se itourmenter. Ce n'est pas ainsi qu'on guérit, c'est en portant l'humiliation de la peine et en se faisant d'elle-même un remède contre elle-même. »

Il ne faut pas que le sens pratique et la bonhommie des grands directeurs les fassent tenir pour des esprits sagaces et avisés plutôit que profonds. On pourrait avoir cette impression en lisant la correspondance spirituelle de Vincent de Paul, dont la caractéristique est le bon sens. Mais si l'on en fait une lecture attentive, on s'aperçoit que ce bon sens est si solidement basé sur l'expérience du cœur humain qu'il est, à n'en pas douter, d'un profond psychologue.

Quand les circonstances le demandent, M. Vincent donne à sa direction un tour philosophique : (( Sur ce que vous dites — écrit-il a un Supérieur des prêtres de la Mission (i4o) — que l'honneur ne vous apporte pas vanité, mais que le déshonneur vous attriste, je vous dirai. Monsieur, que vous savez faire mieux que moi l'anatomie de la volonté humaine, car vous êtes savant e't moi je suis une bête. Selon Sénèque, elle se porte à connaître ce qui lui semble bon et à rejeter ce qui lui paraît mauvais. Saint Thomas dit que les hoimmes spirituels surmontent la convoitise et s'en rendent les maîtres jus-

(l'iO) r.rttrc à M. Copiée, supérieur à Sedan. 13 août 1650.

qu'à se priver volontiers de leurs propres satisfactions, mais qu© difficilement arrivent-ils à aimer 1<* mal qui leur vient d autrui. Nous sommes, en effet, plus susceptibles de la douleur que du plaisir et l'on se ressent plus de la piqûre d'une rose que de son odeur. )) Entre Sénèque et saint Thomas, le bon Monsieur Vincent est à l'aise comme avec des amis qu'il comprend bien, est-ce signe d'esprit superficiel?

Citons encore ces lignes de profonde psychologie d'un directeur de conscience pourtant inconnu à côté d'un François de Sales ou d'un Vincent de Paul : (( Il est certain, — écrit le Père Rigoleuc, un Jésuite (i4i) — qu'à moins que nous n'ayons fait d*^ notables progrès dans la grâce, notre coeur n'est presque jamais sans dérèglement, qu'il n'agit d'ordinaire que dans le trouble et dans l'impureté de l'amour-propre et qu'il s'oppose incessamment \ l'action de Dieu. Outre que son inconstance naturelle lui fait changer de faco à toute heure, qu'il prend les différentes couleurs des divers événements de la vie et que les diverses impressions qu'il reçoit du dehors le tiennent dans une continuelle vicissitude do sentiments contraires, il est encore sujet à une fièvre continue de quantité de passions qui, par b violence de ses accès, l'enij^êche de demeurer dans le juste tempérament où il doit être pour jouir d'une parfaite santé... Sa délicatesse et sa sensibilité sont extrêmes, les moindres atteintes le blessent. Il est plein de détours et de déguisements. Il aime les illu-

(H\) Vir (In ;Vri J nigOlruc. '?-77

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siens qui le flattent et, pour comble de ses maux, il ne fuit rien tant que de se connaître, et il se jette au-dehors par toutes les voies qu'il rencontre, poiun'être pas O'bligé de rentrer en lui-même. »

La direction de conscience ne peut manquer de profondeur chez les maîtres de la spiritualité chrétienne, et ils sont nombreux, puisqu'elle s'inspire d'une doctrine profondément psychologique. Il faut penser qu'au moment ou la philosophie scholastique était I^ plus en honneur, qu'en plein triomphe de la raison raisonnante et presque argumentante à l'excès, l'expérience du cœur humain était telle chez les directeurs d'âme que l'un d'entre eux a pu composer l'Imitation de Jésus-Christ où se lisent ces lignes les plus profondes qui aient été écrites par un homme sur la psychologie de l'homme : a Mon fils, ne croyez pas à votre affection présente, elle se changera bientôt en une autre. Tant que vous vivez, vous serez sujet au changement, même malgré vous : tantôt actif, tantôt paresseux ; tantôt grave, tantôt léger. Mais l'homme sage et vraiment instruit des choses spirituelles demeure ferme au milieu de^ ses vicissitudes, ne prenant point garde à ce qu'il sent en lui-même, ni de quel côté souffle le vent de l'inconstance, mais arrêtant toute son attention sur la fin bienheureuse à laquelle il doit tendre. »

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